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V. - MICROBES DES STOMATITES

Quand l'intégrité de la muqueuse buccale est compromise par un traumatisme évolution dune dent, action érosive du tartre dentaire, présence d'un corps étranger, déchirure contre un fragment dentaire, frottement du frein de la langue contre les incisives (coqueluche), élimination du mercure, du plomb, etc.", les microbes de la bouche trouvent dans cette solution de continuité une brèche à la faveur de laquelle ils se développent et manifestent leur virulence. De même, quand les défenses de l'organisme viennent à faiblir, quand la phagocytose se ralentit, quand la sécrétion salivaire diminue ou tarit, quand l'alimentation est suspendue, la muqueuse buccale dépourvue de ses moyens ordinaires de résistance devient vulnérable et se laisse envahir par les microbes qui vivent à sa surface : c'est ce qui se passe dans les affections fébriles, les cachexies, la fièvre typhoïde, l'urémie, le diabète, etc.

Ces considérations nous permettent de prévoir t|ue la plupart des stomatites sont causées par les microbes habituels de la flore buccale, et que, dans ces stomatites, nous rencontrerons, comme dans la

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bouche normale, une grande diversité d'espèces, un véritable polymicrobisme.

Ce polymicrobisme, ordinaire dans la majorité des stomatites, rend la classification étiologique de ces all'ections fort difficile. Dans la plupart des inflammations de la muqueuse buccale on rencontre, à divers degrés de fréquence, les mêmes microbes, hôtes normaux de la bouche. Dans la perlèche, on a pu isoler un grand nombre de germes : des Staphylocoques (Raymond), des diplocoques, les divers bacilles de la bouche, un Streptocoque anaérobie (Lemaistre), etc. ; dans les aphtes vulgaires, l'herpès buccal, l'ulcération sublinguale des coquelucheux, la stomatite mercurielle (Galippe), on rencontre la même tlore, très variée et mai déterminée; le Streptocoque et le Staphylocoque dominent dans la slomalite impétigineuse qui accompagne les poussées d impétigo contagiosa.

Certaines stomatites, cependant, présentant une individualité clinique très nette, ont pu être mieux définies au point de vue étiologique et leur bactériologie est plus précise; nous passerons en revue les principales.

STOMATITE DE LA FIÈVRE APHTEUSE

La fièvre aphteuse ou cocotte des bovidés peut se conimuni(iuer à l'enfant, rarement par contact direct, plus souvent par consommation de lait cru contaminé (David, Goubaux, Weissenberg, etc.) ; ce serait là, d'après Comby (l),la seule étiologie des aphtes vrais de la bouche humaine, tous les autres cas devant rentrer dans le cadre des stomatites herpétiques, ulcéreuses, etc. Sans prendre parti dans celte question très controversée, nous rappellerons (jue la fièvre aphteuse des bovidés est causée par un microbe invisible, traversant aisément la bougie Berkefeld (sérosité aphteuse diluée dans 40 à 50 volumes d'eau), mais arrêté par les filtres à parois plus serrées, tels que la bougie Chamberland B et la bougie de Kitasato.

STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEUSE

La stomatite ulcéreuse ou ulcéro-membrancuse, détinie au point «le vue anatomo-pathologique par Bergeron (2), paraît pouvoir être causée par différentes associations microbiennes, tout en conservant les mêmes caractères clinicpies.

I. — Très fréquemment la stomatite ulcéro-membrau<.'use est causée, par la symbiose fuso-spirillaire de \'iucent (N'oy. p. 85).

Vincent, sur '21 cas deslomalile ulcc'ro-membraneuse. en trouve 10

(1) CoMUY, Trailo des maladies de renfance, Paris, ISîiT, t. II, p. .3r)G.

(2) lÎEnGiinoN, De la stomatite ulct5reuse des soldats et de son identité avec la stomatite ulcéreuse des enfanls, Paris, 1859.

déterminés par Tassociation de son Bacille avec des Spirilles (1), Weaweret Tunnicliff (2), Bernheim (3), Zeitz (4), Vezpremy (5), Bonsfield (6i rencontrent la même association dans de nombreux cas de stomatite.

II. — Dans 4 cas sur 21, Vincent rencontre des associations polymicrobiennes : Bacilliis fîavus, Bacillm coli, Leptothrix, Bacillus crassus spuiigenus, Spirochètes, etc.

Vezpremy (7) trouve en outre un Cladothrix : Cladothrix putridogenes. signalé aussi dans le noma.

Fischer (8), dans une stomatite ulcéro-membraneuse, à côté de divers microbes, décrit un microbe spécial, le Bacillus slomalofcelidiun.

Le Bacillus stomato-fœtidiiin est un petit bacille, mesurant 0,5 à 1 ade long, non sporulé, ne prenant pas le Qram. Aérobie strict, il trouble le bouillon, liquéfie la gélatine, dissout les albuminoïdes en produisant des gaz fétides et fait fermenter les sucres. Il ne paraît pas pathogène pour les animaux de laboratoire.

III. — Dans plusieurs observations (7 fois sur 21), Vincent ne rencontre que des Coccuspyogènes, seuls ou associés : Staphylocoques, Streptocoques, Tétragènes.

NOMA

La stomatite gangreneuse ou noma parait être causée par des associations microbiennes très variées, en dehors de toute espèce spécifique (Buday) (9).

A côté des bactéries vulgaires de la bouche : Bacilles, Staphylocoques, Streptocoques, Bacille fusiforme, Spirilles, rencontrés par Rossi, Babès, Durante, Buday, etc., de nombreux auteurs ont décrit dans le noma des espèces spéciales auxquelles il se sont efTorcés dattribuer un rôle spécifique plus ou moins démontré.

I. Schimmelbusch (10) décrit un bacille court, à bouts arrondis, souvent disposé en diplobacilles, rarement en chaînettes. Aérobie, il cultive sur les divers miheux; il détermine chez la poule des abcès gangreneux.

n. Babès et Zambilovici (11 ), Guizctti (12) décrivent un bacille

(Il V xcENT, C. R. de la Soc. de hiol., t. LVI, 20 lév. 100-S.

(2) Wea-sver et TiNMcuFF, Journ. of infecl. diseases, t. il, 1905, p. 1 i6.

(3) BEKNHEni, Cenlralbl. /. Bakt., t. XXIII, p. 177.

(4) Zeitz, Zeilsch. f. hyg., t. XXX.

(5) Vezpremy, Cenlralbl. f. Bakt., Orig., t. XXXVIII, fév. 1905.

(6) Bonsfield, Lancel, 14 sept. 1907.

(7) Vezpremy, Cenlralbl. f. Bakl., Orig., t. XLIV et XLV.

(8) Fischer, Zeilsch. f. hijg., t. XLIX. 1905, p. 239.

(9) Bl'd.\y, Ziegler's Beitrag. z. palholog. Analom., t. XLVIII, p. 255.

(10) Schimmelbusch, Deulsche med. Woch., 27 juin J8S9.

(11) Babès et Z.\mbilovici, Roumanie médicale, 189J.

(12) Gi-izETTi. Il Policlino, 1896.

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