MICROBES DE LA CARIE ET DES INFECTIONS DENTAIRES
microbes qui ont pénétré par la dent dont la carie a été pour eux la véritable porte d'entrée, et dans ces lésions à distance on ne doit rencontrer « que des espèces de plus en plus isolées, espèces justement des plus pathogènes, puisque, pour arriver à cette profondeur des tissus, il leur a fallu lutter contre la défense de ces tissus ». C'est ainsi que le pus des adénophlegmons éloignés de la lésion dentaire primitive ne contient plus que quelques espèces microbiennes, mais il conserve les caractères spécifiques de la carie : odeur fétide, processus putride.
Enfin, pour étudier linfection de la dent elle-même, il importe de commencer toujours par les parties profondes, canaux, pulpe, pour terminer par la carie, point où le processus est le plus compliqué.
Dans de telles recherches, il importe d'utiliser une technique très rigoureuse : il faut se mettre à l'abri de toute cause de souillure et, d'autre part, isoler tous les microorganismes qui existent dans la lésion étudiée.
Technique de Monier. — Le pus des lésions péridentaires (phlegmons, pustules, abcès) est recueilli suivant les règles ordinaires, dans des pipettes stérilisées, après stérilisation de la surface de la lésion et ouverture au bistouri ou mieux au thermocautère.
Pour recueillir le pus des canaux dentaires, il est indispensable d'extraire la dent : on ne peut pénétrer dans la chambre pulpaire à travers une paroi cariée, sans entraîner à la profondeur les microbes qui puUulentdansla carie. La dent dont la chambre pulpaire n'est pas encore en communication avec l'extérieur est extraite, placée dans un étau et entamée extérieurement à la lime sur une faible épaisseur, puis on détermine avec une pince une fracture brusque suivant la lainure obtenue. On peut dès lors puiser aseptiquement le contenu du canal avec une pipette stérilisée.
Dans tous les cas, le pus recueilli est soumis à l'examen microscopique etensemencé aérobiquement etanaérobiquemcnt selon les procédés que nous avons décrits (Voy. p. 74 et 75).
Le pus des lésions dentaires est louche, mal lié, coloré on brun plus ou moins foncé; il répand une odeur putride, gangreneuse, caractéristique de la carie. Les leucocytes y sont granuleux, parsemés de vacuoles ; ils fixent mal les couleurs, leurs noyaux sont fragmentés, nécrosés. Les microbes sont excessivement nombreux, leurs formes sont très variées. Le nombre des espèces que permettent d'isoler les cultures est considérable, et à côté des microbes aérobies on y trouve conslainment de nombreuses espèces strictement anaérobies.
Les espèces isolées par Monier dans les infections profondes (adénites, périoslites, etc.) sont les suivantes
streptocoque (aérobie) i fois sur 6 cas observés. ^^ i
D 17 / . 1 • ^ ^ . 1 ( j Dans deux cas
BaciUus /viHiosiis (anacrobie). . . 6 — b cas observes. / . .
Bncillus frunilis (anacrobie).... H — (> cas observés. } *' . ' ', .
n^ 1 li I \T 11 111 .. \ ■ i anacrobies
L.occ()-l)acillc de Veillon iid. .. I — <> cas observes. \ , , ,
r> n iM 1 ; • 1 • ^ o u j ' existentsculs.
Bacille luainenleux (anacrobie i. 2 — 6 cas observes. ,
104 A. BESSON. — BACTERIOLOGIE DE LA BOUCH]-.
Dans les infeclions propres de la denl, dans la pulpite aig^uë, Monier rencontre :
Le Streptocoque (aérobie) 4 fois sur 5 cas observés.
Le Staphylococjue blanc (^aérobie) ,... 1 —
Le Bacillus ramusus 'anaérobie; 5 —
Le Bacillas frayilis anaérobie) 3 —
Le Cocco-bacille de A'eillon (anaérobie) 1 —
Des Spirilles 1 —
Tous ces microbes, sauf un, le Bacille filamenteux, ont été décrits précédemment, dans la flore normale de la bouche (Voy. p. ~~ et suivantes).
Le Bacille filamenteux, décrit pour la première fois, d'une façon très incomplète, par Monier, se présente sous la forme de filaments allongés, formés par la réunion de bacilles placés bout à bout ; il se colore mal par la méthode de Gram et donne des colonies blanches opaques dans les cultures profondes en gélose sucrée.
Dans les infections péridentaires et dans la cavité encore close de la dent malade, on rencontre donc la même tlore microbienne ; les microbes anaérobies existent constamment et parfois à l'exclusion de tout germe aérobie. Ces microbes anaérobies vivent à l'état normal dans la cavité buccale; ils sont pathogènes, déterminent chez riiomme un certain nombre d'aiTeclions gangreneuses (gangrène pulmonaire, otites suppurées, phlegmons, etc.) et chez l'animal des suppurations fétides ; ils paraissent être les agents principaux des infections dentaires.