‹ Traité de stomatologie (volume 5)Chapitre 43 sur 154 · MUGUET · texte numérisé non relu

MUGUET

Le parasite du muguet, entrevu par Berg, puis par Gruby, décrit par Ch. Robin sous le nom û'Oïdiuni albicans, est une levure, un Saccharomyces (Audry) (5). Il se trouve répandu dans Tair; il pénètre à tous moments dans les voies aériennes, mais il ne cultive d'ordinaire sur la muqueuse buccale que lorsque la sécrétion salivaire se trouve modifiée par une maladie antérieure et (jue le mucus buccal présente une réaction franchement acide (Gubler). Dans certaines conditions exceptionnelles, le parasite peut causer une infection généralisée (Virchow, Ileller, Zenker, ^^'agner, Schworb, Roger).

Aspect microscopique . — I. — Il est aisé d'étudier le parasite du muguet dans les concrétions de la stomatite crémeuse. On prélève un fragment de la concrétion, on le dissocie dans une goutte d'eau sur le porte-objet, on fait agir pendant quelques instants la liqueur de Gram et l'on couvre d'une lamelle : la levure se colore en brun par l'iode. Les frottis desséchés et fixés sont colorés à la manière ordinaire, avec une solution aqueuse de couleur basique d'aniline (Voy. p. 70).

Dans de telles préparations on voil, à côté de nombreuses cellules épithéliales, le parasite sous laspect de longs filaments lubuleux, cloisonnés, enchevêtrés et entremêlés de corpuscules ovoïdes ou

(J) PiiTHUsciiKY, Deiilsclie med. Woch., JS98, a» 38. |2, DuHANTi:, Cenlndhl. f. liakl., l. XXXIII, p. 398.

(3) Peutiies, Ceidralhl. f. Bald., t. XXVI, p. i09.

(4) V. Raukiî, Miinch. med. Woch., 1903, n» I.

(5) SvNONYMU-: : Oïdium albicans |liobin), Saccharoniycc-s albicans (Audry), Syrinj^ospora Hobini (Quinqnaud), Kndomyces albicans ^^'uillenlinl, Monilia all)icans (Zopf).

arrondis présentant un gros nucléole {mi/celiuniel spores desanciens auteurs).

II. — Dans les cultures, laspect du Sacc/îaromf/cé'.sa/6/cr//îs diffère totalement suivant la nature du milieu où s'est fait le développement (G. Roux et G. Linossier). Dans les cultures en bouillon on trouve des formes analogues à celles que nous venons de décrire : longs filaments enchevêtrés, entremêlés de cellules ovalaires. Dans le vin. on ne

^ f '■.•'"/i6o "w Oo^^:p^^âr^ — ^

Fi^. 60. — Muguet buccal. Fig. 61. — Saccharomyces

nlhicans.

a, cellules épithéliales ; b,h, corps ovoïdes: A, filaments dans une plaque de J,e,(/, filaments tubuleiix. muguet ; B, clamydospores termi-

nales ; C, asques et ascospores (d'après Vuillemin).

voit que des filaments. Sur les milieux solides on n'observe que des cellules ovalaires ou rondes, isolées ou réunies en groupements irréguliers, entourées d'une membrane réfringente. Dans le liquide de Xœgeli (1), on assiste à la formation de spores (que Ton n'observe jamais dans les autres milieux de culture), l'examen microscopique montre des chapelets de cellules ovalaires à l'extrémité desquels apparaissent des formes sphériques volumineuses, les clamydospores. A l'intérieur de ces sphères se développent les spores qui sont mises en liberté par déhiscence. L'examen doit être pratiqué dans unegoutte du liquide qui a servi à la culture, ou de glycérine.

(1) Le liquide de N;egeli a la composition suivante :

Eau 1000 grammes.

Tartrate dammoniaque 10 —

Phosphate de potasse 1 gramme.

SulCate de magnésie 0gi,20

Chlorure de calcium OB'", 12

Faire bouillir, filtrer, répartir en tubes, stcj-iliser.

MICKOBES DES ANGINES,

Cultures. — Le Saccharomyces albicans est exclusivement aérobie, il se développe entre 20° et39° sur la plupart des milieux de culture; il pousse bien sur les milieux légèrement alcalins, neutres on modérément acides.

Ou obtient les cultures en prélevant une parcelle de concrétion crémeuse et en l'étalant sur une plaque de gélatine, après l'avoir comprimée enlre deux doubles de papier fillre stérilisé; on peut aussi délayer la concrétion dans un peu d'eau stérile et pratiquer un isolement par gélatine avec une goutte de cette eau.

Sur gélatine (culture caractéristique), on obtient de petites taches sphériques, perlées, très blanches, ne liquéfiant pas le milieu. Sur gélose, les colonies sont blanches, étalées et lisses.

Dans les milieux liquides, il se produit de petits grumeaux blancs, le liquide restant clair.

Jiîocuiations. — L'inoculation dans la chamljre antérieure de l'œil, dans le péritoine du lapin ou sous la peau produit des lésions locales. L'inoculation d'une culture pure dans la veine auriculaire du lapin peut déterminer une mycose généralisée aboutissant à la morl.

Chezlecobaye, rinoculalionin Irapéritonéaleproduit une péritonite à fausses membranes.

Fig'. 62. — Saccharomyces ançiinœ (d'après Troisier et Achalme).

Saccharomyces anginae. — Dans un cas d'angine cliniquement analogue au muguet, Troisier et Achalme (1), ont rencontré une levure constituée par des globules ovoïdes présentant fréquemment des bourgeons plus ou moins volumineux. Celte levure, ([u'ils désignent sous le nom de Saccharomi/coa anginœ, pousse aisément sur les milieux ordinaires ; sur les milieux solides elle donne une culture abondante, épaisse, gris rosé. L'examen microscopique des cultures y montre des formes analogues à celles de l'organisme et parfois des ascoporcs au nombre de quatre par cellule.

y/. - MICROBES DES ANGINES.

Les innombrables es|)èces microbiennes île la cavité bvu-co-pharyugée peuvent, pur le lait d'une exaltation accidentelle de leur virulence, relevant des causes que nous avons précédemment exposées, produire les angines aiguës communes. Quand la résistance du

(1) THOisn;ii et Aciiai.mi:, Arch. méd. expèrim., 1S!":<, t. V, p. 29.

phayrnx se trouve momentanément diminuée par une cause locale (refroidissement, traumatisme), ou générale (fièvre, intoxication), l'envahissement par ces microbes crée Tangine ; lorsque celle-ci est constituée, le microbe pathogène qui a exalté sa virulence est susceptible de se transmettre à d'autres individus : ce fait explique la contagiosité des diverses angines aiguës.

A côté de ces angines banales, à microbes communs, il faut faire une place importante à celles qui sont causées par le Bacille de la diphtérie : on se trouve ici en présence d'une affection spécifique, essentiellement contagieuse et causée par un microbe dont la présence dans la bouche normale est niée par la plupart des auteurs. Si Ton veut se reporter à ce que nous avons dit à propos du Bacille pseudo-diphtérique, on admettra peut-être avec nous que ce microbe nVst qu'une forme atténuée, saprophyte du Bacille de la diphtérie, et qu'il est très logique de concevoir que le passage à la virulence de ce saprophyte puisse déterminer une angine diphtérique, angine, qui, grâce à l'exaltation du microbe qui l'a causée, se transmettra avec la plus grande facilité (Voy. p. 96 et 113). Nous rentrons donc ici encore dans le cadre étiologique des angines à microbes communs; il estd'ailleurs indéniable, et tous les cliniciens le reconnaissent, qu'une angine à Bacille diphtérique peut parfois se développer sans qu'il soit possible de retrouver, malgré les recherches les plus rigoureuses, la filiation du contage.

Des considérations que nous venons d'exposer il résulte qu'il ne faut pas s'attendre à trouver dans une angine le seul germe spécifique : dans le milieu souillé qu'est le pharynx il est impossible qu'à côté du microbe pathogène il ne se développe pas d'autres germes qui jouent parfois un rôle important en tant que microbes associés, renforçant la virulence du germe spécifique. Il en résulte que lorsqu'on dit : angine à Streptocoques, angine à Pneumocoques, etc., on entend simplement désigner le microbe dominant, en laissant au second plan ses satellites moins importants.

Bien plus, les différents microbes pathogènes de la bouche peuvent déterminer des variétés d'angines cliniquement identiques : au pomi de vue étiologique, les dénominations d'angine érythémateuse, pultacée, phlegmoneuse, etc., n'ont aucune valeur, l'examen bactériologique seul peut fixer sur la nature de l'affection.

Pour simplifier les descriptions et éviter les redites, nous adopterons néanmoins dans cet article la classification clinique en énumérant à propos des différentes formes d'angine les microbes qui sont susceptibles de produire ces lésions.

Technique de l'examen des angines. — Il est indispensable de pratiquer tout d'abord rex:amen microscopique direct de lexsudat : cet examen seul permet de déterminer l'espèce microbienne prédominante et de fixer la fré(|uence relative des espèces associées, il

ANGINES ERYTHEMATEUSES. 111

permet également de constater la présence des microbes qui ne se développent pas dans les milieux de culture (Spirilles, etc.). Les cultures serviront ensuite de procédé de contrôle, permettront d'isoler les espèces et d'en étudier la virulence. Les examens microscopiques, cultures et inoculations, seront pratiqués selon les règles générales (Voy. p. 68 et suivantes); nous signalerons ici les détails particuliers des prélèvements d'exsudats.

Prélèvement de l'exsudat. — Détacher la fausse membrane ou l'enduit pultacé à l'aide d'un petit tampon d'ouate hydrophile fixé sur une tige métallique, un stylet ou une pince à forcipressure; quand la fausse membrane est très adhérente, on la saisit directement entre les mors d'une pince ; lorsqu'il n'existe pas d'exsudat visible on racle légèrement la surface des amygdales ou du pharynx avec une petite spatule de platine ou de nickel.

Il est aisé de préparer d'avance des tampons stérilisés pour le prélèvement ; on enroule un peu d'ouate hydrophile sur l'extrémité d'une tige métallique, puis le tampon enroulé sur sa tige est placé à l'intérieur d'un tube à essai bouché à l'ouate et le tout est stérilisé au four Pasteur.

Avant d'utiliser les fausses membranes recueillies, on les comprime très légèrement entre deux doubles de papier filtre stérilisé pour les débarrasser du mucus qui se trouve à leur surface.

Piqûre de l'amygdale. — 11 est parfois intéressant de recueillir les microbes à l'intérieur de l'amygdale; on évite ainsi les souillures de la surface et on peut fixer d'une façon certaine la nature du germe pathogène qui a envahi les tissus.

1" Faire rincer soigneusement la bouche à l'eau bouillie pour la débarrasser des mucosités.

2° Faire asseoir le malade au jour; l'engager à l'immobilité, en lui exposant l'innocuité de l'opération; placer l'abaisse-langue

3° Prendre une pipette Pasteur un peu longue, à effilure forte et terminée par une pointe aiguë à bords tranchants; en cluiutTer fortement l'extrême pointe, la porter rapidement dans la bouche et l'enfoncer en plein tissu de l'amygdale. La pointe chaude cautérise la surface de la glande, détruit les germes qui s'y trouvent et arrive pure et refroidie dans les couches profondes. Praliqu(M" une légère aspiralion, puis retirer l'instrument.

4'' Pour ensemencer la très faible quantité de matière obtenue, on porte immédiatement l'extrémité de la pipette dans un tube de bouillon stérile et l'on aspire et refoule à deux ou trois reprises un peu de bouillon dans la pipette,

ANGINES ERYTHEMATEUSES.

Dans ces angines, caractérisées par la rougeur et la luméfaction des amygdales, les microbes les plus ordinairement en cause sont

des microcoques, particulièrement le Streptocoque ; parfois aussi on rencontre les Staphylocoques^ le Pneumocoque. Les associations microbiennes sont fréquentes.

Le Bacille de la diphtérie peut causer de telles angines, en dehors de toute production de fausses membranes; nous avons observé récemment un cas d'amygdalite érythémateuse légère, sans aucune production pultacée, sans réaction générale, oùlexamende Lexsudat amygdalien montrait lexistence dune culture à peu près pure de Bacille diphtérique très virulent,

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