‹ Traité de stomatologie (volume 5)Chapitre 46 sur 154 · VII. - MICROBES DE LA BOUCHE DANS LES MALADIES INFECTIEUSES · texte numérisé non relu

VII. - MICROBES DE LA BOUCHE DANS LES MALADIES INFECTIEUSES

Dans la plupart des affections fébriles, la résistance de l'organisme se trouvant amoindrie, les germes de la bouche se multiplient et peuvent créer des stomatites et des angines ; c'est ainsi que l'on observe fréquemment des angines secondaires dans les fièvres éruptives, des ulcérations buccales dans la fièvre typhoïde, etc. Ce sont là des faits que nous avons eu déjà l'occasion d'exposer (Voy. p. 104 et 109).

Mais, dans un grand nombre de maladies microbiennes, la bouche sertde porte d'entrée au microbe, ou est envahie secondairement par celui-ci : dans tous ces cas, la recherche et la découverte du germe spécifique dans la cavité buccale ont une grande importance diagnostique et éliologique. C'est à ce titre que Jious devons nous occuper de ces maladies.

Scarlatine. — L'angine est d'ordinaire le premier symptôme et parfois le symptôme dominant de la scarlatine.

Il est généralement admis aujourd'hui que le Slreplocoqiie n'est pas l'agent delà scarlatine, néanmoins on le rencontre presque constamment, au titre d'infection secondaire, chez les scarlatineux.

L'angine érythémateuse du début de la scarlatine donne d'ordinaire une culture à peu près pure de Streptocoque (Kurlh, \\'eaver); on y rencontre souvent aussi le Staphylocoque.

Quand l'angine revêt la forme pseudo-membraneuse, soit au début, soit au cours de la maladie, le Streptocoipie, associé aux microbes ordinaires de la bouche {Slaplujlocoqiie^ Colibacille^ Pneumocoque, microbes anaérobies, etc.), est ordinairement rencontré. Mais, dans un cinquième des cas environ, on constate le développement d'une ixngine k Bacilles (le Lof/ter, présentant les caractères bactériologiques et cliniques de la diphtérie.

Rougeole. — Les angines cpie l'on observe fréqucmuienlau cours de la rougeole sont d'ordinaire caus(''es par le Slreplococjue et par le Staphylocoque (Simonin).

Grippe. — Dans l'influenza, le Bacille de Ffeiller, dont nous avons signalé l'existence fréquente dans la bouche à l'état normal

(Voy. p. 95), pullule dans les crachats, le mucus bucco-pharyngien et le mucus nasal. Il peut déterminer des angines en se localisant sur l'amygdale Kamen (1), Auerbach (2)1.

Cependant, dans certaines épidémies de grippe, ce microbe ne paraît pas devoir être mis en cause et l'on rencontre dans les crachats et le mucus buccal, soit le Pneumocoque, soit le Paratétragène zoogléique, soit le Micrococcus catarrhalis (Jehle) (3).

Micrococcus catarrhalis. — Microbe voisin du Méningocoque. formant des diplocoquos iri-éguliers en forme de grains de café, isolés ou en petits amas, libres ou intraleucocytaires. Pas de formes en chaînettes; pas de capsules. Le Micrococcus catarrhalis ne prend pas le Gram.

Aérobie, il cultive entre 20° et 38", ne liquéfie pas la gélatine, donne un léger trouble avec dépôt pulvérulent en bouillon et de petites colonies blanches, irrégulières, sur gélose à 37». 11 ne coagule pas le lait.

Peu virulent pour les animaux de laboratoire, il détermine des lésions légères des plèvres quand on Tinjecte à dose massive dans la cavité pleurale du cobaye ou de la souris.

Pneumonie. — Nous avons dit que le Pneumocoque existe parfois dans la bouche des personnes saines. Dans les quatre cinquièmes des cas, il persiste très longtemps dans la salive des sujets ayant eu une pneumonie (4).

Pendant la pneumonie, le Pneumocoque de la salive est virulent ; cette virulence disparaît au moment de la crise pour se manifester de nouveau au bout d'une quinzaine de jours. La persistance du Pneumocoque dans la cavité buccale explique la récidive fréquente des pneumonies (Netter).

Méning-ite cérébro-spinale. — La méningite cérébro-spinale épidémique est ordinairement causée par le Diplococcus intracellularis meningilidis de Weichselbaum ou Méningocoque.

Le Méningocoque présente une certaine analogie avec le Micrococcus catarrhalis (Voy. plus haut). C'est un diplocoque en grains de café, souvent associé en tétrades, ne formant jamais de chaînettes, parfois entouré d'une capsule très nette exsudats et surtout cultures en sérum de lapin . Un de ses caractères importants est d'être ordinairement inclus à l'intérieur des leucocytes. Il ne prend pas le Gram.

Il ne cultive qu'à partir de 2o° ; le développement sur gélatine est nul ; les ensemencements réussissent surtout sur les milieux additionnés de sérum ou de sang et les premières cultures sont toujours grêles.

Le Méningocoque est pathogène pour la souris qui succombe à l'inoculation intrapéritonéale d'une forte dose de culture ; le cobaye et le lapin sont peu réceptifs.

(1) Kamen, Cenlr. f. Bakt., Orig.,t. XXXV, nov. 1903.

(2) Auerbach, Zeilsch. f. Ilyçf., t. XLVIII, fasc. 2, p. 259.

(3) Jehle, Wien. klin. Woch.. t. XX, 3 fév. 1907.

(4) Netteh, loc. cit.

MÉNINGOCOQUE. 119

Le Méningocoque se rencontre dans les exsudais des méninges et le liquide céphalo-rachidien ; il existe fréquemment aussi dans les rhinites et les pharyngites rauco-purulentes qui accompagnent les méningites (Fliigge, Strlimpell, Weigert, Albrecht et Ghon, Dunham, etc.).Goodwinetvon Sholley (1), examinant systématiquement le mucus nasal dans 52 cas de méningite, y ont trouvé dix-sept fois le Méningocoque. Kiefer, manipulant le microbe de Weichselbaum , a contracté une rhinite purulente causée par ce microbe. Confirmant riiypothèse de Flugge, Ostermann pense que la méningite cérébro-spinale est étroitement liée au développement préalable d'une pharyngite à allures bénignes où pullule le -^

Méningocoque. Examinant le ^-^ gg p^,, ^^ méningite cérébropharynx de vingt-quatre per- spinale. Méningocoque de Weichselsonnes appartenant à des familles baum. où se sont produits des cas de

méningite, Ostermann trouve dix-sept fois des Méningocoques dans la gorge (obtention des cultures pures, agglutinables par le sérum spécifique). Ces personnes présentaient une légère pharyngite, sans fièvre; le mucus pharyngé contenait une quantité énorme de méningocoques : plusieurs d'entre elles échappèrent à la méningite; chez certains sujets, à la faveur d'une prédisposition mal déterminée, le microbe franchit le rhinopharynx et vient frapper les méninges.

Contrairement aux observations de Jundell, de (ioodwin et von Sholley, qui ont observé le Méningocoque dans le rhinopharynx d'individus sains ou atteints de maladies saisonnières, en dehors de tout cas de méningite, Ostermann examinant le pharynx de cinquante enfants et de dix adultes, en dehors de toute épidémie de méningite, n'y a jamais rencontré le Méningocoque.

Oreillons. — Capitan et Charrin ont signalé en 1881 la présence d'un coccus dans le sang des malades atteints d'oreillons. Laveran et Calrin (2) ont isolé du sang et du liquide de ponction de la parotide des malades atteints d'oreillons un diplocoque arrondi, ne prenant pas le Gram. Mecray et Walsh (3) ont décrit un microbe analogue. Ce coccus a été retrouvé par Tessier et Esmein (4) qui en font une variété du Micrococcus telragenes ; il est constant dans la salive parotidienne des ourliens et a été rencontré dans un cas dangine et de stomatite pultacées accompagnant les oreillons.

(1) Goonwmet von Sholley, Joiirn. of inf. disenses, Suppl., no *J, fcv. I'.t06, p. 21 .

(2) Laveran et Gatuin, C. R. de la Soc. de bioL, 1892, p. 05.

(3) Mechay et Walsh, Cenlrnlbl. f. liakt., t. XXI, p. 68.

(i) Tessieh et Esmein, C. H. de la Soc. de hioL, t. L.X, mai 1905.

Fîèi^re typhoïde. — Au cours de la fièvre typhoïde, le Bacille d'Eberth se rencontre fi équemment dans la bouche des malades. Il peut être associé au Staphylocoque dans les ulcérations buccales des typhiques (Fraenkel) ; il cause certaines angines survenant au cours delà fièvre typhoïde (Chantemesse, Besson, Bendixel Bickel) ; des rhino-pharyngites (Gallois), le laryngo-typhus (Besson) (1).

Le Bacille d'Eberth présente de grandes analogies avec le Bacteriurn coli; il se distingue de ce dernier microbe en ce qu'il ne coagule pas le lait, ne fait pas fermenter la lactose, ne rougit pas la gélose lactosée additionnée de quelques gouttes de teinture de tournesol et ne produit pas d'indol dans les cultures (2).

Tuberculose. — Le Bacille de la tuberculose se rencontre fréquemment dans la cavité buccale, soit qu'il ait été apporté par les crachats (tuberculose pulmonaire), soit quil provienne d'ulcérations tuberculeuses du pharynx, de l'amygdale, de la langue, etc.

La recherche du Bacille de la tuberculose dans les crachats est un des procédés classiques de diagnostic clinique.

Quand on se trouve en présence d'un crachat suspect, on enlève un petit fragment au centre de la masse purulente et on l'étalé sur une lamelle selon le procédé ordinaire (Voy. p. 69).

La préparation, desséchée et fixée, est colorée par la méthode de Ziehl (Voy. p. 71) ; dans les préparations ainsi traitées, le Bacille de la tuberculose se présente sous l'aspect de petits bâtonnets très fins, de 2 à 5 [jl de longueur, colorés en rouge foncé, tantôt homogènes tantôt granuleux. Les cellules épithéliales, les leucocytes, les autres microbes sont teintés en bleu pâle.

Quand il s'agit d'une ulcération,

Pijj. 67. — Bacille de la tuberculose * i i <•

dans les crachats. on en racle la surface avec un

scalpel ou une ose de platine flambés et le produit de raclage sert à préparer les lamelles.

Quand, après un examen microscopique négatif, il reste des doutes sur la nature des crachats, on doit pratiquer l'inoculation. Le crachat ou le produit de raclage recueillis purement sont broyés avec un peu d'eau stérile et l'émulsion obtenue est injectée sous la peau d'un cobaye ; si le produit est tuberculeux, l'animal ne tarde pas à présenter les symptômes de la tuberculose. Les produits buccaux

(l) Besson, Revue de méd., 189j.

^2) Consulter Besson, Technique bactériologique, page 567.

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