ANGINES A FAUSSES MEMBRANES
Les angines à membranes grisâtres, adhérentes, reposant sur une muqueuse exulcérée et saignante, envahissant les amygdales, la luette, parlbis la muqueuse buccale, les fosses nasales et le larynx, sont ordinairement causées par le Bacille de la diphtérie. Mais ici encore on ne peut généraliser et l'examen bactériologique montre que les angines membraneuses non diphtériques sont fréquente? (Martin, Roux et Yersin, Veillon, Boulloche, Hébert, etc.); le Streptocoque, les Staphylocoques. le Pneumocoque, le Pneumobacille,
Fiy;. 63. — Bacille de la diphtérie dans F'ig. 64. — Bacille de la dipliléric
les cultures, forme courte. dans les cultures, forme moyenne.
le Colibacille, un Diploslreptocoipie décrit par Mucha (I) doivent souvent être incriminés, et à cette liste il faut encore ajouter le Saccharomyces (hi muguet et aussi d'autres levures Klein et Gordon (2)].
Aspect microscopique. — Le Bacille de la diphtérie ou bacille de Loftler se présente sous la forme de petits btUonnets immobiles, de dimensions très varial)les. D'après leurs dimensions, on distingue trois variétés de Bacilles diphtériques.
A. Bacilles courts, presque cocciformes, souvent associés par deux, mesurant en moyenne 2 u. de long sur 0,8 [x de large (fig. T)'!.
B. Bacilles moyens, mesurants à 5 ix de long, sur 0,8 a de large, disposés parallèlement ou associés par deux bout à bout, ou unis par deux à angle plus ou moins aigu, de manière à figurer un V ou un accent circonflexe (fig 58k
C. Bacilles longs, dont la longueur dépasse i et .") a, parfois imbriqués et enchevêtrés; ce sont les plus actifs; on les rencontre
(1) Mrc.HA, Zt'llsch. /'. klin. Mcd., t. LXIII, p. 3i7.
(2) Ki.iiN et GonnoN, Tlic local j;overn. boarti ; 32'' rai>port annuel, p. âOî».
Thaiti'; nE stomatologie. U. — 8
'ig. 65. — Bacille de la diphtérie dans les cultures, forme longue.
dans les angines graves; ils sont fréquemment un peu courbés avec des extrémités renflées (formes en cornichon) (fig. 59).
Le Bacille de la diphtérie se colore aisément par les couleurs basiques d'aniline et prend le Gram.
Caractères des cultures. — Le Bacille de la diphtérie est aérobie
et cultive entre 20° et 42".
La cullure caractéristique est l'ensemencement en surface sur sérum solidifié; dès la dix-huitième heure, à 37°, apparaissent de petits pointsgrisâtres, prenant rapidement le volume d'une tête d'épingle ; vues par transparence, les colonies paraissent plus opaques au centre; en vieillissant, elles augmentent de taille, restent régulières et se colorent parfois en jaune pâle.
En bouillon, à 37°, se développent au bout de douze à vingtquatre heures de petits points blancs, granuleux, adhérents aux parois du vase, puis il se forme à la surface un voile constitué par des amas de bacilles enchevêtrés; il se produit un précipité au fond du tube et le bouillon reste limpide.
En gélatine, à 20°-22°, développement grêle de colonies punctiformes sans liquéfaction.
Inoculations. — Le cobaye est l'animal de choix. Injectées sous la l)eau à la dose de 1/2 centimètre cube, les cultures en bouillon âgées de vingt-quatre à quarante-huit heures tuent cet animal en vingt- (juatre à soixante-douze heures, suivant la virulence du bacille. Il se produit un légerœdème au point d'inoculation, la température s'élève et l'animal succombe à l'intoxication sans généralisation du microbe. Quand les cultures sont peu virulentes, le cobaye échappe à la mort ; il se produit de l'œdème, puis une escarre au point d'inoculation; l'escarre s'élimine et l'animal guérit.
On peut reproduire des fausses membranes sur la conjonctive et la vulve du cobaye en portant une parcelle de culture sur la muqueuse préalablement excoriée ; sur les muqueuses saines, les inoculations restent sans effet.
Recherche et diagnostic. — l° Les préparations de fausses meml)ranes, colorées par la thionine phéniquée, le bleu de méthylène phéniqué, ou le bleu de Roux, révèlent la présence de bacilles. On colore alors une préparation par la méthode de Gram : le Bacille de Loffler reste coloré {réaction caractéristique, permettant d'éliminer un grand nombre de bacilles que l'on trouve d'ordinaire dans la bouche).
2° On pratique des ensemencements sur sérum (Voy. p. 75). Les tubes sont placés àTétuveà 37°. On portera le diagnostic de diphtérie toutes les fois que Fexsudat ensemencé sur sérum donne en vingtquatre heures de nombreuses colonies de bacilles présentant F aspect et les réactions colorantes du Bacille de Lôffler.
3° On détermine la virulence du microbe en inoculant plusieurs des colonies isolées. Une parcelle de chacune des colonies choisies est ensemencée en bouillon. Au bout de vingt-quatre heures on inocule sousla peau d'un cobaye 1 centimètre cube de chaque culture; l'animal périt plus ou moins rapidement, suivant la virulence du bacille (Voy. plus haut).
Associations microbiennes. — Le Bacille de Lôftler existe rarement à l'état pur dans les fausses membranes. Parfois les microbes qui l'accompagnent sont en petit nombre et dénués d'importance, mais souvent on voit, à côté du bacille spécifique, un nombre considérable d'autres bactéries qui jouent un rôle dans la gravité de l'infection. Les principales de ces associations sont les suivantes :
1° Coccus Brisou ; petit coccus décrit par Roux, Yersin et Martin, prenant le Gram; isolé, en diplocoque ou en petits amas. Association d'ordinaire bénigne.
2'^ Staphylocoque pyogène; association fréquente, plus grave que la précédente.
3° Streptocoque ; association grave, déterminant fréquemment des broncho-pneumonies (Martin).
4° Bacterium coli; association peu fréquente, très grave (Blasi et Russo-Travalli).
5" Microbes anaérobies ; ces associations sont fréquentes (Leiner) ( 1 ) ; les microbes anaérobies associés sont les hôtes ordinaires de la bouche, ils paraissent déterminer l'odeur nauséabonde de certaines membranes.
6° On a encore signalé les associations avec le Pneumobacille, le Pneumocoque, le Proteus vulgaris, etc.
Bacille pseudo-diphtérique. — La virulence des bacilles retirés des fausses membranes est très variable ; dans les diphtéries graves les bacilles virulents sont très nombreux; dans lesdiphtéries bénignes on constate, à côté de quelques colonies actives, un grand nombre de colonies constituées par un bacille avirulent. Ce bacille avirulent, rencontré fréquemment dans la bouche des personnes saines (Voy. p. 96), a été décrit par Lôffler, G. Hoffmann, etc., sous le nom de Bacille pseudo-diphtérique. Le Bacille pseudo-diphlériquo pai-ail n'être que le bacille de Lôiller dépourvu de ses propriétés pathogènes (Roux et Yersin).
A. Les différences morphologiques entre les deux bacilles sont
(1) Lf.ineh, Cenlralh. f. Duhl., Orijj., t. XLIII. '2 déc. 1006 et 17 jaiiv. 1907.
insignifiantes: le Bacille pseudo-diphtérique est en général plus court que le Bacille de Lôffler, mais Martin a montré que ce caractère est très variable : la longueur du bacille légitime varie beaucoup et d'ordinaire cette longueur permet de juger de sa virulence (Voy. plus haut).
D'après Neisser, le Bacille diphtérique coloré par le bleu de méthylène montrerait des granulations teintées autrement que le protoplasma (corpuscules métachromatiques, polaires), granulations que ne montrerait jamais le Bacille pseudo-diphtérique. Il est démontré aujourd'hui que cette réaction n'a rien de caractéristique.
Daprès Rothe, le Bacille diphtérique attaque les sucres et produit des acides dans les bouillons glucose, lévulose et dextrose; le Bacille pseudo-diphtérique attaquerait parfois la glucose, rarement la lévulose, jamais la dextrose.
B. Le Bacille pseudo-diphtérique ne détermine jamais la mort du cobaye, mais il provoque parfois chez cet animal de l'œdème au point d'inoculation. Un tel bacille, ne tuant pas le cobaye, peut tuer les petits oiseaux. Or Roux et Yersin prenant un échantillon de bacille donnant un œdème passager au cobaye, ont pu remonter sa virulence en l'associant au Streptocoque et le rendre pathogène pour le cobaye. La virulence n est pas un caractère fixe.
C. On a objecté à l'identification des deux bacilles que l'on n'est pas encore parvenu à rendre actif un Bacille pseudo-diphtérique dépourvu de toute virulence. Roux et Yersin ont observé que les bacilles virulents, dans une gorge diphtérique, deviennent moins pathogènes pendant la convalescence et finissent par devenir complètement inactifs, or on peut restituer leur virulence à ces bacilles légitimes devenus avirulents.
D. Étant donné un Bacille pseudo-diphtérique déterminant un léger œdème chez le cobaye, l'inoculation préventive de sérum antidiphtérique n'empêcherait pas le développement de cet œdème, alors qu'elle empêche toute réaction quand on injecte le Bacille de Loffler (Spronck). Ce signe n'est pas constant.
E. Dans un milieu de culture favorable, des bacilles non virulents pour le cobaye donnent fréquemment de la toxine neutralisable par le sérum antidiphtérique (Martin).
ANGINES ULCÉREUSES ET ULCÉRO-MEMBRANEUSES.
Ces angines, aujourd'hui décrites sous le nom d^ingines de Vincent, sont causées par le Bacille fusiforme, ordinairement associé à des Spirilles, et parfois aussi à d'autres espèces microbiennes : Bacterium coli, Pneumobacille, etc. Nous avons eu déjà l'occasion de décrire ces associations à propos des stomatites (Voy. p. 85 et 105).
BACILLE DE LINFLUENZA. 117
ANGINES PHLEGMONEUSES
L'agent ordinaire de ces angines est le Slreplocoqiie, très souvent associé à d'autres microbes ; on rencontre parfois aussi le Pneumocoque et le Staphylocoque ; dans un cas, Widal a démontré le rôle pathogène du Colibacille. La présence des microbes anaérobies de la bouche est fréquente sinon constante, c'est à ces microbes que le pus de certaines angines doit son odeur fétide.