VI. — TUMEURS CONGÉNITALES
Les diverses parois de la cavité buccale peuvent être le siège de kystes ou de tumeurs solides, visibles dès la naissance ou se développant plus tard aux dépens de divers vestiges embryonnaires. L'étude de ces tumeurs a une si grande importance chirurgicale que nous n'indiquerons ici que les néoplasies dont la date d'apparition remonte à la naissance.
Fistules des lèvres. — On peut voir sur le bord libre des lèvres ou sur leur face muqueuse de petits pertuis donnant accès dans des conduits cylindriques enfoncés dans l'épaisseur de la lèvre et terminés en cul-de-sac. Si nous signalons ici leur existence, c'est que nous les considérons comme un premier stade des tumeurs kystiques. Demarquay, Bérard, Richet, Murray, Depaul, Feurer, Lannelongue, Rœse, Trélat, Madelung, Clutton, Laue, Miller, Frislsche, Clavet, Venot, Touchard, Glogy ont observé ces petits conduits qui ne sont autre chose que des fistules borgnes externes.
Ces fistules sont plus fréquentes à la lèvre inférieure ; là, elles viennent s'ouvrir de clKupie côté de la ligne médiane, tantôt librement sur la surface du bord libre, tantôt au sommet d'une petite saillie papillaire.
Parfois le segment de lèvre conqiris entre les deux fistules s'hypertrophie et devient saillant (Miller).
Sur la lèvre supérieure les fistules peuvent ètredoubles et s'ouvrir sur la surface libre, ou bien uniques et correspondre à la surface du frein. Cette disposition a été observée par Lannelongue, Clavel.
La longueur du trajet varie de quelques millimètres à un centimètre etdemi. De ces conduits, par iapi-ession, s'écoule unlicjuidemuqueux. L'étude histologique en a été faite par Slieda, Coyne ; la paroi a la
structure du revêtement de la lèvre : épithélium pavimenteux stratifié, couche extérieure fibro-conjonctive ; on a vu des culs-de-sac glandulaires s ouvrant dans ces trajets.
L'existence de ces pertuis peut coexister avec d'autres malformations (bec-de-lièvre, fissures palatines). Cette anomalie se rencontre souvent chez plusieurs membres d une même famille. Demarquay la constatée sur une mère et quatre de ses enfants sur sept ; Murray sur
un père et trois de ses enfants ; Richet sur la grand'mère, la mère et la fille.
De nombreuses explications ont été données au sujet de la pathogénie de ces fistules :
Inflammation de glandes labiales au cours de la vie intrautérine (Depaul, Demarquay, Murray) ;
Défaut de soudure des deux parties de l'arc branchial (Trélat, Richet, Feurer) ; Soudure incom plète d'une pièce médiane représentant un intermaxillaire inférieur, avec les pièces latérales de l'arc branchial (Fritsche, Lanne-
longue et Ménard) ; , . w i -
Kyste par invagination de la muqueuse ou kyste développe aux dépens des glandes labiales (Touchard). . , ,,• i
Il nous semble que les nombreuses invaginations épitheliales qui se produisent au niveau et dans le voisinage des lignes de soudure 'des divers bourgeons maxillaires, peuvent expliquer l'existence de ces fistules. Elles seraient un stade de début des formations kystiques ; que le pertuis extérieur s'oblitère, et un kyste prendra la place du petit conduit muqueux. . i r
Le traitement de ces fistules consiste tout simplement dans 1 excision, et mieux l'extirpation. u i ^«i
Tumeurs kystiques. - Les joues, les lèvres, le plancher buccal, les maxillaires peuventêtre le siège de kystes dermoïdes ou mucoides existant dès la naissance, ou n'apparaissant qu'à une époque plus ou
moins reculée. ,, . ^ •+
Lannelongue a ainsi observé divers kystes dont 1 existence avait
été reconnue par les parents, à la naissance. De même Stoltz, Guyon,
Fig. 85. — Double fistule congénitale de la lèvre inférieure chez un sujet atteint de bec-de-lièvre bilatéral congénital (MuséeDupuytren, d'après Lannelongue).
TUMEURS CONGENITALES. 149
Rémignon, Démons, Sonnenburg ont observé des grenouillettes congénitales.
Clavet a décrit dans la lèvre supérieure des kystes dermoïdes, médians ou latéraux ; une de ces tumeurs était polykystique. Ces kystes sont situés sous la muqueuse ; la diftbrmité attire seule l'attention. Leur existence dans le voisinage des lignes de suture les fait expliquer parla théorie de Tenclavement.
Lannelongue a observé un kyste séreux au niveau de la joue; \evneuil a trouvé un kyste dermoïde pilifère, sur la face externe du maxillaire supérieur.
On observe fréquemment sur la voûte palatine du nouveau-né de petites tumeurs kystiques, incluses dans l'épaisseur de la muqueuse et faisant une saillie appréciable à la surface. Ce sont de petits grains blanchâtres, du volume d'une tête d'épingle ou d'un grain de millet, souvent multiples, siégeant dans la région desraphés, raphé médian et raphé maxillo-palatin, quelquefois sur les rebords maxillaires.
Ces petits kystes disparaissent spontanément, dans les premiers mois après la naissance, par rupture de la poche et évacuation du contenu ; il s'agit d'une petite masse de matière cireuse constituée de cellules épithéliales analogues à celles de l'épithélium pavimenteux de la muqueuse palatine. Fieux leur a reconnu la structure de globes épidermiques, libres dans une cavité.
Ces petites masses avaient été désignées par Bednar sous le nom d'aphtes du palais et par Borhn sous celui de millet du palais. Guyon et Thierry, Fieux ont constaté leur existence sur les fœtus après le sixième mois et sur les nouveau-nés ; leur fréquence est très grande : 343 fois sur 407 enfants d'après Guyon et Thierry, dans 95 p. 100 des cas d'après Fieux.
Guyon et Thierry ont considéré ces kystes comme des glandes sébacées arrêtées dans leur développement ;Cornil et H;mvier en ont fait des dilatations des conduits excréteurs des glandes muqueuses. Leur structure les a fait comparer par Fieux à des tumeurs épithéliales perlées. Leur existence s'explique par l'exagération de nombre et l'hypertrophie des globes épidermiques constatés, îi l'état normal, par Tourneux, Dieulafé et Herpin, chez le fœtus, au niveau «le la voûte * palatine.
Fibro-choiidroines. — Ce sont de petites végétations fibro-cartilagineuses revêtues de muqueuse ou de peau. Lannelongue en a observé plusieurs cas au niveau des joues et des lèvres; ils siègent sous forme de tumeurs pédiculées sur la face cutanée ou la face muqueuse de ces régions.
Fîbro-lipomes et nngfio-lipoiiics. — Le Dentu a observé une petite lille Ac hoisans qui était allcinle d'un lipome difTus delà joue gauche et de la moitié correspondante des lèvres ; les grains adipeux étaient serrés, très adhérents à la peau et aux parties profomU^s. Le
150 DIEULAFÉ ET HERPIX.