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PATHOGENIE DES ACCIDENTS OCULO-DENTAIRES

Les accidents oculaires in/ïammaloires relèvent d'une pathogénie plus obscure que celle des accidents orbitaires.

Les ulcères cornéens qui pourraient être attribués avec quelque raison à une origine dentaire relèveraient tantôt d'une contagion directe (piqûre de cure-dent, grattage avec des ongles sales et imbibés de salive, fistule suppurée juxta-oculaire), tantôt d'un processus neuro-infectieux ou neuro-parali/lique par névrite ascendante du trijumeau, tantôt de processus mixtes où une action irritative pourra fixer les microbes partis de la cavité buccale infectée. La possibilité de l'amélioration d'ulcères et d'abcès cornéens avec hypopion par l'ablation de dents cariées (Brunschwing, Lagleyze) pourrait l'aire penser à des processus de ce genre ou à des métastases microbiennes. Lagleyze croit que parfois, sans transfert des microbes eux-mêmes, les toxines qui en émanent pourraient tout expliquer à elles seules.

L'action vaso-motrice du système nerveux pourra favoriser l'issue possible de globules sîinguins et des microbes à travers les parois vasculaires. Les états dystrophiques généraux, certaines conditions spéciales (surmenage, froid, etc.), des lésions viscérales chroniques, pourront, entre autres conditions dominantes, mettre certains sujets en état de moindre résistance, provoquer la complication extrabuccale et les mettre hors d'état de se défendre contre elle.

Ces divers éléments pathogéniques s'appliqueront aux infections intraoculaires (iris, corps vitré, choroïde, rétine et nerf optique) : la névrite optique relèvera bien plus, même au cas de phlegmon orbitaire, de l'infection du nerf et de ses vaisseaux que de la compression pure et simple.

Les accidents non inflammatoires de l'œil et des annexes ont naturellement une pathogénie bien différente. Névralgies, paralysies, spasmes, relèvent, suivant le cas, qu'il s'agisse d'un réflexe irritatif ou d'une intoxication nerveuse, d'un processus d'excitation ou d'inhibition. Il en est de même pour l'exagération ou la diminution des sécrétions (glandes lacrymales). Le terrain est presque toujours prédisposé, et on pourra souvent assimiler les amauroses sans lésions intra-oculaires et certaines paralysies aux processus génériquement désignés sous l'appellation, d'ailleurs discutable et provisoire, dliystéro-traumatisme.

Despagnet a pensé, dans un cas damaurose unilatérale sans lésions, à un spasme vasculaire réflexe parti de la dent malade, ayant gêné l'irrigation du nerf optique de ce côté, ce trouble vasomoteur réflexe ayant disparu, comme Tamaurose, par l'ablation de l'épine initiale.

Dans le glaucome, on devra savoir qu'il n'y a pas d'inflammation oculaire. C'est un processus congestif, et il s'agit, selon nous, dans le glaucome aigu, d'une hypersécrétion séro-aibu mineuse intra-

oculaire analogue aux œdèmes aigus, d'origine vaso-motrice, ce qui rend la pathogénie du glaucome beaucoup plus accessible qu'on ne le disait auparavant.

En somme, sauf pour les accidents d'infection orbitaire dont le mécanisme est le moins douteux, certains accidents oculaires, lorsqu'ils seront cependant d'une étiologie dentaire indiscutable, auront leur observation terminée par l'énoncé d'une pathogénie souvent plausible, souvent aussi indémontrable. Les progrès de la pathologie générale pourront néanmoins, ici comme ailleurs, apporter une certitude de plus en plus grande. En attendant, on évitera, dans les cas ambigus, de se payer de mots et de les revêtir d'une théorie cachemisère, éphémère et fragile, et savoir, quand il le faudra, terminer son exposé par un honnête point d'interrogation, même si létiologie buccale est certaii.e.

Il reste enfin, éternel problème, peut-être insoluble, à établir pourquoi l'infection se porte du côté de l'œil, à côté des cas innombrables où la même infection dentaire ne l'attaquera pas. Mais c'est le même problème qui se pose chez un syphilitique, un diabétique, un rhumatisant, dans l'infection puerpérale, etc. Pourquoi tel est-il pris, si rarement même dans l'ensemble des cas, du côté des yeux? Aucune hypothèse vraisemblable, entre toutes celles qui ont été émises, ne nous rend un compte exact de la raison d'être, si profondément mystérieuse et variable, qui fera d'un œil sain le siège d'une infectieuse.

En ce qui concerne le retentissement sur l'œil de l'évolution dentaire physiologique, la pathogénie générale des accidents de dentition a été exposée dans le II" fascicule de cet ouvrage. Dans chaque cas particulier, vu la complexité des accidents oculaires, on cherchera à établir la conception palhogénique vaso-motrice, nerveuse, congestive ou infectieuse, de telle ou telle lésion oculaire, dont les relations avec la dentition ne sont pas toujours niables. Il est certain que, chez quelques enfants, la rougeur du sac conjonctival, le gonflement palpébral inférieur que l'on remarque au cours de l'éruption des dents, lui sont liées, sans qu'on puisse toujours dire s'il y a un état franchement infectieux ou seulement fluxionnaire ou même réflexe. Bien des auteurs ont remarqué des faits semblables sans pouvoir leur donner une pathogénie franche. Lorsque, chez un scrofuleux, c'est par contre, au milieu d'un assez mauvais état général causé par l'éruption dentaire qu'il se produira une série de pustules (soidisant phlyctènes) sur la conjonctive, on pourra dire que très probablement l'éruption dentaire a été la cause occasionnelle qui a déterminé le moment d'apparition de la poussée phlycténulaire chez un sujet prédisposé. Il serait toutefois difficile d'affirmer positivement qu'il y a eu une origine infectieuse buccale, et, si l'éliologie semble probable, le mécanisme reste obscur.

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