VI. — PHÉNOMÈNES CONNEXES AUX RÉACTIONS CUTANÉES
Tels sont les faits que fournit l'observation directe des malades. .\vant de passer à ceux qui relèvent de l'expérimentation thérapeutique et qui sont non moins probants, disons un mot de certains phénomènes connexes aux retentissements cutanés, dontquelques-uns peut-être sont sous leur dépendance médiate, d'autres sans corrélation avec eux, mais qui traduisent également l'irritation gingivodentaire et disposent à la recherche de réactions qui auraient pu passer inaperçues. A côté de la tuméfaction fluxionnaire douloureuse ou non douloureuse, on rencontre parfois une sorte d'empâtement de la totalité des téguments delà joue, douloureuse ou non, perceptible par la palpation profonde entre deux doigts.
On note aussi souvent Y hypertrophie et la sensibilité des ganglions sous-maxillaires, dont l'un, plus ou moins dur, plus ou moins mobile, doit être recherché par l'exploration profonde, les doigts repliés en crochet sous la branche horizontale du maxillaire inférieur.
Souvent de plus, en ce point, on décèle un petit cordon lymphatique induré que l'on fait rouler sous le doigt et dont la mobilisation occasionne généralement une douleur exactement limitée. Cette « lymphite » coïncide généralement avec l'hypertrophie et la sensibilité ganglionnaires. Enfin, du côté de l'isthme, on constate assez souvent des phénomènes de réaction qui peuvent aller de la simple hyperémie de la muqueuse (comparable à l'érythrose cutanée) à 1'%pertrophie chronique et latente de l'amygdale, l'hypertrophie amygdalienne douloureuse et même à l'angine (1) et la pharyngite aiguës.
(1) L. Jacquet, Sur l'angine dentaire. Communication à la Société de l'Inlerna.1 des hôpitaux de Paris, 20 avril 1905.
REPERCUSSIONS CUTANÉES ET MUQUEUSKS. 333
VII. - REPERCUSSIONS CUTANÉES ET MUQUEUSES DES EXCITA TIONS GINGIVO-DENTAIRES PRATIQUÉES DANS UN BUT THÉRA- PEUTIQUE.
Répercussions expérimentales. — L'ensemble des faits que uous venons de passer en revue nous autorise donc à admettre la répercussion des excitations jj^ingivo-dentaires sur les diflerentes fonctions, sensitive, thermique, vaso-motrice, sécrétoire et trophique des téguments, chacune réagissant à la cause morbide de la façon qui lui est propre. Il y a là plus que des faits isolés et sans portée, artificiellement recueillis, mais un véritable syndrome réflexe dentocutané, comme le montrent : la coexistence dos divers éléments de ce syndrome chez un même malade, leur localisation homolatérale au côté irrité, enfin leur rapport chronologique avec l'apparition ou le renforcement de l'action irritante.
C'est cette apparition ou ce renforcement de l'action irritante que réalise dans un certain nombre de cas Vacle opératoire. Il devient alors, comme nous l'avons dit, une véritable expérience.
Chez plusieurs malades, nous avons vu, à la suite du curettage d'une fistule, de la cautérisation d'une gencive, du débridement ou de l'avulsion d'une dent, etc., se produire une exaltation très nette de la sensibilité neuro-musculaire du côté traité, des céphalées violentes, des névralgies localisées, l'aggravation d'une dépilation dilVuse, l'apparition d'une pelade ou l'élargissement d'un disque peladique ancien.
L'intervention opératoire, en eflet, constitue un véritable traumatisme qui peut s'accompagner à son tour de réactions cutanées plus ou moins vives. Et l'on conçoit que la constatation de ces faits, particulièrement de ces « pelades post-interventionnistes », ait pu être considérée comme dangereuse. Ces faits, à notre avis, sont susceptibles d'une tout autre interprétation.
L'acte opératoire a été la cause d'un ébranlement notable, venant se superposer aux causes d'irritation déjà existantes. Par conséquent, il a pu, chez un sujet prédisposé, produire les troubles que nous avons mentionnés.
Mais, suivant une comparaison de Jacquet, « semblable à la lance d'Achille qui guérissait elle-même les blessures qu'elle avait faites », l'intervention doit être suivie, lorsqu'elle a été judicieusement co[iduite, d'une réaction salutaire.
Cen'est qu'en s'attaquaiitàleur cause, les lésion's gingivo-dentaires, que l'on peut supprimer ou diminuer les répercussions cutanées.
Deux considérations nous paraissent surtout à retenir dans l'application rationnelle de ce traitement.
D'une part, c'est moins l'évolution dentaire elle-même que V obstacle à cette évolution qui paraît surtout pathogène, d'où l'importance du débridemenl de la gencive (enchatonnement deladentde sagesse)^
GAUMERAIS.
IRRITATIONS GINGIVO-DENTAIRES.
des extractions nécessaires (persistance des dents de lait ou de leurs racines) pour préparer aune dent sa place normale.
D'autre part, il n'est pas toujours indispensable de faire disparaître toutes les causes d'irritation pour supprimer leur retentissement cutané. Bien souvent, nous Pavons vu, pour que ce retentissement ait lieu, il faut une somme d'excitations diverses qui tout à coup s'exerce sur un terrain prédisposé, en état de moindre défense physiologique. Supprimons alors, en quelque sorte expérimentalement, un ou quelques-uns des éléments de cette somme, et rapidement la guérison s'annoncera pour bientôt s'achever et rester durable. Il suffira d'être assez heureux pour éliminer l'épine ou les épines irritatives réellement agissantes, desquelles dépendaient les réactions morbides observées.
Intéressanleensoi,réludedes répercussionscutanées et muqueuses des irritations gingivo-denlaires devient donc une nécessité, puisque leur connaissance met entre les mains du stomatologiste des moyens de traitement raisonnes et efficaces (1).
l. — Tableau des irritations cutanées signalées dans 81 observations.