IV. — RÉPERCUSSION TROPHIQUE
Arrivons aux retentissements trophiqiies des irritations dentaires.
Le mieux étudié est la pelade.
Peu d'auteurs, même parmi ceux, en minorité aujourd'hui, qui admettent encore sa nature parasitaire et contagieuse, refusent aux lésions gingivo-dentaires un pouwoir peladogène possible.
Pour l'observateur attentif qui se laisse conduire par les faits, la formule de Jacquet en donne une exacte interprétation. « La pelade n'est ni une entité spécifique, ni un syndrome, mais un symptôme aboutissant d'irritations banales et diverses (1). »
A côté des irritations auriculaire, pharyngée, gastro-intestinale,
(1) Head. Soc. de dermal., 6 mars 1902.
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broncho pulmonaire, etc., la plus importante, parce que la plu? fréquemment rencontrée, la plus banale par conséquent, est Tirritation provoquée par les lésions du système gingivo-denlaire ou par l'évolution dentaire.
Dans un certain nombre de cas, la pelade s'accompagne de troubles névralgiques concomitants dans la sphère tri gémellaire du côté peladique ; plus souvent elle en est précédée.
Jamais elle ne se montre comme un phénomène isolé, mais elle est accompagnée d'un « faisceau de phénomènes vaso-moteurs, thermiques, fluxionnaires, trophiques, qui constituent une atmosphère réactionnelle » et qui ne sont que la traduction sur des fonctions autres que la fonction tropho-pilairede l'irritation d'origine dentaire. Nous connaissons déjà un certain nombre de répercussions cutanées de cet ébranlement.
La lésion dentaire ne constitue pas la seule irritation possible, et Vévoliition du système dentaire en est une des causes les plus importantes. En effet, sur "273 cas de pelade où l'âge de début a pu être relevé, Jacquet a trouvé 185 cas pour les années correspondant à la période d'évolution du système dentaire permanent contre 88 pour les 35 années d'accalmie.
Les 273 observations de Jacquet se décomposent ainsi qu'il suit :
6 mois à Sans 1 cas.
3 ans à 7- 37 —
60 ans et au delà 1 —
Or nous savons que la dentition de lait évolue de quatre à huit mois après la naissance jusqu'à la fin de la troisième année, et la dentition permanente de six ans à quatorze d'une part et de vingt à trente pour les dents de sagesse.
Il est bon d'ajouter qu'il y a dans ces époques d'apparition de très nombreuses variations et que, en ce qui concerne la dent de sagesse en particulier, la date d'apparition peut être avancée et surtout fort reculée; la dent de sagesse « est désordonnée », a dit Topinard. Les chiffres de la statistique de Dausats (1) se superposent assez exactement à ceux de Jacquet : on y voit une augmentation marquée du chiffre des pelades, paraissant bien correspondre aux mômes périodes.
Il y a donc de quatorze à dix-neuf ans, c'est-à-dire entre les deux
(1) Dauzats, Recherches sur hi contagiosité de la pelade, p. 85, 86 et 129, Paris, 1900-1901.
CAUSES PRÉDISPOSANTES. 331
principales périodes de révolution dentaire, une « notable accalmie poladique ».
D'après les travaux de Jacquet, la pelade serait une aiïection systématique atteignant de préférence une certaine zone nucliomastoïdo-maxillaire dont l'innervation, exclusivement venue des deuxième et troisième paires cervicales, comme nous l'avons vu, est particulièrement pauvre en « circulation nerveuse ». Rien d'étonnant alors à ce que le point d'arrivée tégumentaire de ces excitations dentaires soit les zones de moindre résistance nerveuse physiologique.
Joignons k ces troubles Vhijpotonie excessivement marquée de certains territoires peladiques oupéripeladiques ; lapeau flasque et comme trop large s'y laisse plisser entre deux doigts avec la plus extrême facilité.
En résumé, hypolonicité, canilie, fragililédespoils, dépilaiion diffuse qui peut aller jusqu'au quart ou au cinquième des cheveux d'un côté (on les réunit pour rendre l'appréciation plus facile en deux nattes symétriques), enfin dépilaiion régionale désignée sous le nom de pelade, tels sont les principaux termes de ce syndrome de répercussions trophique, cutanée, des irritations dentaires.
V. — CAUSES PRÉDISPOSANTES, OCCASIONNELLES ET ADDITIONNELLES DECES RÉPERCUSSIONS.
Après ce qui précède, on pourrait s'étonnera bon droit, semblet-il, étant donné le nombre considérable de lésions dentaires qui atteignent tous les âges et toutes les classes et la longue période pendant laquelle l'évolution intra-osseuse du système dentaire constitue une série d'excitations pour ainsi dire permanentes, on pourrait s'étonner que les répercussions cutanées de toute sorte dont nous avons fait une rapide énumération ne soient pas plus fréquentes.
D'abord, quand l'attention n'y a pas été spécialement attirée et quand les phénomènes réactionnels n'existent qu'à l'état d'ébauche, ils ne sont pas d'une constatation qui s'impose de soi-même ; il faut souvent les rechercher avec soin. Alors, par exemple, qu'un disque peladique bien net ne saurait passer inaperçu, il n'en est pas de même des troubles objectifs légers de la sensibilité, des troubles sécrétoires, de certaines dépilations diffuses, de la canitie, de la fragilité pilaire (1), qui traduisent cependant une altération analogue, quoique moins apparente, des fonctions cutanées.
D'autre part, tous les sujets sont loin de réagir de la même façon à un ébranlement nerveux donné. Pour les uns, une cause morbide, qui provoque chez d'autres les plus graves désordres, reste totalement inactive. Quoi de plus démonstratif à ce point de vue que le mode de réaction personnelle aux causes prurigènes?
(1) Jacquet, Communication au Congrès de Cherhourç/, août 1905 : Odontologie, 30 août 1905.
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Mais, à côté du rôle de la prédisposition individuelle^ un l'acteur aussi important doit entrer en ligne. Les états morbides antérieurs du tégument, loin de disparaître en totalité, laissent derrière eux des traces de leur passage, qui s'enregistrent dans la mémoire tégumentaire. Et, à l'occasion d'une irritation nouvelle, apparaissent en ces mêmes points antérieurement lésés des désordres qui ne se seraient peut-être pas produits si les téguments ne s'étaient pas souvenus de leur première atteinte.
Enfin Jacquet a mis en évidence le rôle considérable de Yassociation des excitations d'origine différente, venant exercer leur action sur un côté du corps et le mettre en état d'opportunité morbide. Des Iraumatismes, des compressions lentes (chapeaux trop lourds, appareils nécessités par certaines professions, téléphonistes), des lésions inflammatoires cutanées, des lésions broncho pulmonaires, pleurésies, otites, coliques hépatiques, etc., s'additionnent aux irritations gingivo-dentaires et en multiplient l'effet.