‹ Traité de stomatologieChapitre 52 sur 106 · I. — PRINCIPES GENERAUX · texte numérisé non relu

I. — PRINCIPES GENERAUX

Le polymicrobisme buccal et la défense de l'organisme. — Bien avant les travaux de Pasteur et de son école, le nettoyage de la bouche faisait partie des soins banals de propreté corporelle. Aujourd'hui la connaissance de la riche flore microbienne qui pullule dans la cavité buccale permet d'envisager la question d'un point de vue plus scientifique.

On sait qu'il existe normalement dans la bouche des bactéries éminemment pathogènes, prêtes à profiter d'une lésion locale ou d'un affaiblissement de la santé générale pour manifester leur virulence. Nous renvoyons, pour l'étude de ces microorganismes, à un autre chapitre de cet ouvrage (1).

Rappelons seulement que les microbes de la cavité buccale peuvent comprendre, à titre normal ou accidentel, non seulement les germes de la carie ou des infections dentaires, des stomatites ou des diversesaffections buccales, mais encore les germes de maladies d'organes voisins (angines, otites, etc.) et, d'une manière générale, ceux de la plupart des maladies infectieuses (pneumonie, tuberculose, etc.) (2).

Il serait illusoire de chercher à produire une asepsie, même relative, dans un milieu où sont constamment introduits, soit par l'air inspiré, soit par les aliments, soit par le contact des mains ou de tous autres objets, des agents infectieux qui y trouvent les conditions les plus favorables à leur pullulation (température, humidité, débris alimentaires, etc.). Aussi bien l'organisme se défend-il spontanément chez l'homme sain, de telle sorte qu'il suffira d'adapter les mesures d'hygiène à ses moyens naturels de défense.

(1) A. Besso>', Bactcrioloj^ie de la bouche et des dents (fasc. II, p. 63).

(2) Miller, Les microorganismes de la cavité buccale, Berlin, 1892. — Lebewnsky, Les gingivo-stomatites et le polymicrobisme buccal. Thèse de Paris, 1898.

Ces moyens de défense sont de trois sortes. Les uns, mécaniques, consistent dans le balayage des débris épithéliaux et des résidus alimentaires par les mouvements de la langue, des mâchoires, des lèvres et des joues, et par la sécrétion salivaire, pendant la mastication et la phonation. Tous les corps étrangers ainsi détachés de la muqueuse et des surfaces dentaires sont entraînés avec la salive par la déglutition.

L'action chimique de la salive alcaline vient à chaque instant neutraliser les sécrétions acides des microbes et créer un milieu moins favorable à leur développement et à leur action nocive sur les tissus dentaires.

Le rôle bactéricide de la salive est à peu près nul ; mais elle paraît avoir des propriétés chimiotactiques positives (1), ou peutêtre, pour parler un langage plus moderne, posséder un pouvoir opsonique particulier. Dans des conditions normales, une active leucocytose permet à la muqueuse de lutter contre Tenvahissement microbien et de se régénérer rapidement lorsqu'elle a subi une lésion en l'un de ses points. Le polymicrobisme buccal a en outre pour conséquence l'antagonisme des diverses espèces, permettant d'opposer aux microbes pathogènes d'autres microbes inoffensifs pour l'organisme. Frey et de Névrezé (2) rappellent à ce sujet les belles expériences de Miller avec le B. prodigiosus : « Je rin(jai ma bouche, dit IMilIer, avec un bouillon de B. prodigiosus contenant plus de deux milliards de bacilles: aussitôt après, puis à divers intervalles, je comptai les bacilles contenus dans une parcelle de ma salive; voici le résultat :

Au début 97 600

Après 1 heure 1 220

— 2 heures 1 27

— 3 lieures 17

— 6 heures 0

(' Bon nombre d'autres bactéries, ajoute-t-il, qui pénètrent dans la bouche humaine, subissent le même sort, c'est-à-dire sont vaincues dans leur lutte pour l'existence. »

Nous verrons plus loin que l'hygiène bucco-dentaire dispose également de ces trois sortes de moyens : mécaniques, chimiques et antisepticiues.

La défense naturelle de l'organisme explique comment la négligence des soins d"hygiène n'a pas forcément pour conséquence immédiate la production des maladies microbiennes ; comment, en particulier, des personnes très négligentes au point de vue de

(1) HuGENSCHMiDT, Etudc expérimentale des diveis procédés de défense de la cavité buccale contre l'invasion des bactéries pathof;ènes. Thèse de Paris. 1896.

(2) L. Fkky et DE NÉvRKZK, Contribution à l'étude des ferments et en particulier (lu ferment lactique dans la thérapeutique buccale. Communication au Congrès de Berlin, 1909 (analysée dans la Province dentaire du 15 mars 1910).

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