PRINCIPES GENERAUX
riiygit'iie l)uccale pouvoni néanmoins conserv(;r lonr denlui'o inlnelo. Mais que la santé générale vienne à s'an'aiblii", et le milieu Ijuccal subira des modifications soit dans son chimisme, soit dans Téquilihre biologique des espèces microbiennes qu'il renCerme. Et, chez lindividu jusque-là indemne, on pourra voir se produire des poussées de gingivite ou des caries dentaires au moment des règles et pendant la grossesse: des infections secondaires consécutives aux plaies d'extractions faites aux environs des époques ; des dépôts de tartre avec toutes leurs conséquences pyorrhéiques comme manifestations de l'arthritisme : du muguet à l'occasion d'une alVection fél)rile, etc.
Application de ces notions à l'hygiène de la bouche et des dents. — Lhvgiène bucco-dentaire a précisément pour but de réduire au minimum les conditions favorables à la pullulation microbienne et de maintenir l'équilibre biologique des diverses espèces que renferme, normalement ou accidentellement, la cavité buccale.
Il est bien évident que cette hygiène spéciale ne se sépare pas de l'hygiène générale que Ton a définie « la science des rapports sanitaires de l'homme avec le monde extérieur et des moyens de faire contribuer ces rapports à la viabilité et au perfectionnement de l'individu et de Tespèce (1) ». La conservation de l'intégrité buccodenlaire est intimement liée au maintien delà santé générale, comme nous l'avons dit plus haut. Faut-il répéter une fois de plus cette vérité, banale pour des médecins, que le corps humain est un tout dont les diverses parties sont solidaires?
Pour lutter contre la pullulation microbienne et f ivorissr la défense naturelle de l'organisme, Thygiène bucco-dentaire intervient directement par l'application de substances antiseptiques, et indirectement par le nettoyage mécanique et la modification chimique du milieu buccal.
L'application des antiseptiques, qui théoriquement semblerait être le procédé de choix, n'a en réalité qu'une action très limitée. Tandis que l'invasion microbienne est constante, les lavages de bouche sont forcément espacés. De plus l'abus des antiseptiques, médicaments irritants pour la muqueuse et le tissu cutané, risquerait d'avoir des inconvénients. 11 ne serait d'aucun avantage d'avoir constamment dans la bouche, par exemple, des comprimés qui fondraient lentement, d'autant plus qu'une partie du médicament serait forcément déglutie et pourrait non seulement léser les voies digestives, mais intoxiquer l'organisme.
Le nettoyage mécanique n'a besoin d'être fait que d'une manière intermittente, et c'est lui qui donne les meilleurs résultats pratiques. Il a surtout pour effet de débarrasser la bouche des débris alimentaires qui y séjournent après les repas. Le bol alimentaire produit
(l) J. et E. Arnould, Nouveaux éléments d'hygiène, Paris, 1902.
par laclion combinée de la mastication et de Tinsalivation 1^ n"est pas entraîné en totalité dans le tube digestif par la déglutition. Il en reste des parcelles, surtout dans le vestibule buccal, sur la mu- (jueuse, à la surface des dents et dans les espaces interdentaires.
De ces débris alimentaires, les uns, simplement déposés sur la muqueuse ou à la surface des dents, sont peu à peu entraînés par les mouvements des parties molles (joues, lèvres, langue) et déglutis avec la salive. Les autres, retenus entre les dents, sont attaqués par les microbes buccaux et subissent des fermentations acides qui aboutissent à leur liquéfaction et à leur dissolution dans la salive. Les albuminoïdes surtout, après un court séjour dans la cavité buccale, sont déjà en putréfaction, comme il est facile de s'en rendre compte en en retirant une parcelle à l'aide d'un cure-dent. Ces fermentations acides sont l'une des principales causes de la carie dentaire.
Nous renvoyons pour plus de détails à l'étude de la carie dentaire faite dans un autre chapitre de cet ouvrage. Ajoutons cependant qu'indépendamment des détritus alimentaires il se forme, à la surface des dents, des enduits muqueux mélangés de débris épithéliaux, réceptacles de microbes, masquant parfois par leur coloration jaunâtre ou verdâtre la véritable teinte des dents. Les plaques gélatineuses signalées par Black, sortes de boucliers soustrayant les acides microbiens à l'action neutralisante de la salive, seraient constituées par le Leplothrix racemosa de Yicentini, agent actif de la décalcification de l'émail, qui se présente microscopiquement sous forme de touffes blanchâtres (2).
Il importe donc, après chaque repas, de débarrasser la bouche de tous les débris alimentaires et des enduits qui constituent un milieu de culture éminemment favorable pour les microbes. Mais c'est surtout après le repas du soir que ce nettoyage s'impose. « Le sommeil, en réduisant les phénomènes de défense, permet aux germes de proliférer : au réveil, la langue est sale, saburrale, encombrée de débris épithéliaux, l'haleine souvent désagréable ou fétide, la sécrétion buccale parfois acide, et les bactéries sont beaucoup plus nombreuses (3). » Nettoyer sa bouche avant de se coucher, c'est donc réduire au minimum les conditions favorables à la pullulation microbienne.
Enfin le tartre servant de réceptacle à de nombreuses colonies bactériennes, le nettoyage mécanique devra être complété par l'élimination de ce corps étranger.
(1) Voy. Physiologie de la bouche et des dents, par M. Gdidaud et R. Nogué, (fasc. H du Traité de stoniatolof,àe).
(2) L. FnEY et G. Lemerle. Pathologie des dents et de la bouche. 3'= édition, Paris, 1910.
(3) A. Besson, Bactériologie de la bouche et des dents (Traite de stomatologie, fasc. n, p. 66).
HYGIKNE INDIVIDUELLE.
Il faut clislinguer, dans riiygit'ne individuelle, les soins que l'on peut prendre soi-même de sa bouche, et ceux pour lesquels on est obligé de recourir au spécialiste. Les premiers consistent surtout et presque exclusivement, comme nous l'avons déjà vu, dans le nettoyage mécani(|ue de la bouche.
Quand faut-il nettoyer sa bouche ? — C'est surtout après les repas que ce nettoyage est utile, pour empêcher les débris alimentaires de séjourner dans la cavité buccale et d'y subir des fermentations microbiennes. Il est donc d'une bonne hygiène de se débarrasser de ces détritus après chaque repas. A défaut de ces soins multiples, on devra au moins, ainsi que nous l'avons dit plus haut, nettoyer sa bouche avant de se coucher, ou mieux immédiatement après le repas du soir. Pendant le sommeil, les sécrétions sont ralenties, et la défense naturelle de l'organisme est moins active.
Un second nettoyage le matin au lever, au moment de la toilette quotidienne, complétera l'œuvre de propreté buccale.
Rappelons l'aphorisme de Rose (de Munich) : « N'oublie pas surtout de te nettoyer la bouche le soir. Celui qui ne se lave la bouche que le matin ressemble à celui qui ferme la porte de l'étable quand la chèvre est sortie (Ij. »
Emploi de la brosse à dents. — Le seul nettoyage efficace est celui qui se fait à l'aide de la brosse à dents. Cette brosse devra être en soies de porc assez dures et assez espacées, lesquelles sont ordinairement montées sur un manche en os.
La brosse à dents, chargée d'une pâte ou d'une poudre dentifrice, est promenée sur la surface des dents et des gencives et y exerce des frictions assez énergiques. Par ce moyen, les enduits muqueux, épithéliaux et alimentaires sont chassés, et les poils de brosse s'introduisant dans les espaces interdentaires en expulsent les débris d'aliments.
Beaucoup de personnes ignorent la façon rationnelle d'user de la brosse, et il faut la leur enseigner.
Tout d'abord il sera bon d'avoir sur sa table de toilette un verre d'eau tiède aromatisée de quelques gouttes d'élixir dentifrice (Voy. plus loin) et un tube de pâte ou une boîte de poudre dentifrice. La brosse est plongée dans le verre d'eau dentifrice, et l'on dépose à sa surface une certaine quantité de pâte ou de poudre.
On commencera par frotter les bords libres et les faces triturantes, puis les faces labiales et vestibulaires de toutes les dents, en partant de la gencive et en se dirigeant vers l'extrémité des
(1) Carle et Pont, A propos des inconvénients dusalol; quelques considérations sur l'antisepsie cutanée et buccale [Lyon méd., 11 et 18 mars 190G).
3fi0 M. GUIBAUD. — HYGIENE DE LA BOUCHE ET DES DENTS.
couronnes, c'est-à-dire de haut en bas pour les dents supérieures et de bas en haut pour les dents inférieures. Le mouvement contraire aurait pour effet de refouler plus profondément vers le collet des dents les parcelles alimentaires logées dans les triangles inlerdentaires et de rompre l'adhérence des gencives autour des collets. La brosse sera promenée non seulement dans le sens vertical, mais d'avant en arrière, et vice versa. Elle devra atteindre les parties les plus éloignées et la face postérieure des dents de sagesse si fragiles, de mauvaise résistance, comme dégénérées, et si souvent cariées avant leur complète sortie (P.
Lorsque la brosse sera dans le vestibule, on rapprochera les maxillaires de manière à relâcher les muscles des joue& et à permettre à tous les mouvements de brossage de s'effectuer librement.
Un rinçage de bouche entraînera les débris ainsi expulsés du vestibule et desespaces interdentaires.
On recommencera l'opération en ce qui concerne la face linguale des dents. Ici le brossage est moins commode, surtout au niveau des faces postérieures des incisives et canines inférieures; aussi est-ce en cette région que le tartre se dépose en plus grande abondance. Les mouvements incessants de la langue suppléent heureusement à la défectuosité du brossage des faces linguales des dents, sur lesquelles il est à remarquer que lescaries sont exceptionnelles. Diverses sortes de brosses ont été imaginées pour faciliter le nettoyage de cette partie de la bouche (fig. 82).
Un nouveau rinçage achèvera de débarrasser la cavité buccale de tous les détritus.
On doit brosser non seulement sesdents, mais ses gencives, produisant ainsi un véritable massage qui facilitera la circulation du sang autour du collet des dents. Les-
(1) L. GouRC, L'art dentaire à la portée du médecin, Paris, 1905.
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