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DENTIFRICES

Généralités sur les dentifrices. — Les produits usités pour le nettoyage de la bouche et des dents sont appelés dentifrices {fricare, frotter). Ils se présentent sous forme liquide ou solide.

Les dentifrices liquides, que l'on désigne sous le nom d^eaux ou élixirs dentifrices, servent surtout comme gargarismes ou bains de bouche. Les dentifrices solides peuvent être en poudres ou en pâtes plus ou moins consistantes. Ils sont destinés à être portés par la brosse au niveau des gencives et des dents, de manière à les débarrasser par friction de tous les enduits et débris alimentaires qui peuvent s'y trouver.

Il n'y a pas une grande différence entre les pâtes et les poudres, parce que celles-ci ne peuvent guère être introduites dans la bouche à l'état pulvérulent, sous peine d'être entraînées dans les voies respiratoires. On est donc obligé de mouiller la brosse avant d'y déposer la poudre, de manière à obtenir une sorte de pâte.

Les formules des dentifrices sont plus ou moins compliquées; mais, quels que soient les produits qu'elles renferment, on peut les décomposer en : substances actives, essences, excipients et colorants.

a. Substances actives. — Les substances actives sont des antiseptiques choisis parmi ceux dont l'usage prolongé ne peut produire aucun effet nocif; il faut, en effet, distinguer entre les médicaments employés comme collutoires ou comme bains de bouche d'une manière accidentelle, à l'occasion d'un abcès dentaire, d'une stomatite, etc., et les dentifrices servant quotidiennement pour le nettoyage d'une bouche saine. Dans ce dernier cas, il est tout à fait inutile, et il peut être nuisible à l'intégrité de la muqueuse buccale et même des dents d'employer des produits fortement antiseptiques.

Les substances actives telles que Vacide phénique, le thymol, Valdéhyde fovmique, etc., ne seront donc prescrites qu'à de très faibles doses pour les soins d'hygiène journalière de la bouche. Nous verrons plus loin que ces médicaments ne sont nullement nécessaires à la fabrication d'un bon dentifrice.

Le salol doit être absolument proscrit de tout dentifrice. De nombreuses observations ont été publiées d'éruptions aiguës ou chroniques causées par des dentifrices contenant cet antiseptique. La plus commune de ces éruptions revêt la forme d'un eczéma sec siégeant sur les lèvres ou au pourtour de la bouche. On en trouvera la description et les observations dans les travaux de Garnier (1), Besnier (2), Thibierge (3), Carie et Pont (4), W. Dubreuil (5). Le seul traitement dans tous les cas cités a consisté dans la suppression du salol dans les préparations dentifrices ; la guérison a été obtenue en quelques jours.

Or, comme le fait remarquer Dul)reuilh, « le salol entre dans la composition de plusieurs dentifrices spécialisés. La plupart des formules de poudres ou de solutions dentifrices recommandées par les dentistes ou que l'on trouve dans les journaux de médecine en contiennent aussi, de sorte qu'une infinité de personnes s'en servent journellement et avec avantage, car il paraît être un excellent antiseptique buccal. Il ne provoque d'accident que chez ceux qui ont une susceptibilité anormale ». Mais, comme les éruptions salolées des lèvres sont très fréquentes, il est à supposer que de nombreuses personnes possèdent cette susceptibilité, soit congénitale, soit acquise, et il vaut mieux s'abstenir de prescrire le salol comme dentifrice, étant donnée surtout la grande quantité de produits qui le remplacent avantageusement.

En résumé, les antiseptiques, par leur emploi répète, deviennent dangereux, car la plupart d'entre eux sont des irritants susceptibles de déterminer des altérations gingivales ou péribuccales. Ceci s'entend dans une bouche saine, car, lorsqu'il s'agira de traiter une atïection bucco-dentaire quelconque, l'antisepsie reprendra tous ses droits et le médecin devra formuler des bains de bouche appropriés.

h. Essences. — Les essences sont destinées à donner aux dentifrices vnie saveur agréable et, au besoin, à dissimuler ou à atténuer le goût des substances actives.

L'une des essences les plus employées pour la préparation des

(1) Garmer. Eczéma orbiculaire des lèvres, conséculif à l'emploi de préparations dentifrices au salol {Rerue iiu'-d. de VEsl, 15 sept. 1900).

(2) Besmeh, art. Eczému. in Pratique dermatologique. Paris, 1901.

(3) THniiEHGi;. art. Eruplions inèdicamenteases, in Pratique dermatologique, Paris. 1901.

(4) Ca-rle et Pont, A propos des inconvénients du salol. Quelques considérations sur l'antisepsie cutanée et buccale {Lyon méd., Il et 18 mars 1906).

(5) \V. DuuREuiLH, De l'eczéma des lèvres causé par les dentifrices au salol (Journ. de méd. de Bordeaux, 29 déc. 1907).

doulitVioes est l'essence de menthe^ dont la saveur pi(juantc excite ai,'réaltlement les papilles gustatives et qui laisse après son passage dans la bouche une délicieuse sensation de fraîcheur. On Tassocie très souvent avec les essences de badiane et d'a/j/s vert, qui en tempèrent la force. Citons encore les essences de girofle, de cannelle, de géranium, de citron, etc. Dans les pays anglo-saxons, l'essence de wintergreen [GauUheria procumbens) est très en faveur. Les huiles essentielles possèdent non seulement un parfum agréable, mais des propriétés antiseptiques, et peuvent parfaitement remplir dans un dentifrice le double rôle de médicament actif et de substance aromatique. C'est ainsi que l'on obtiendra un bon élixir dentifrice à l'aide de la simple formule suivante :

Essence de menlhe e.\lia-(ino 10 \;v.

Alcool rectifié à 90» Q. S. j). 1 litre.

•Filtrer avec soin au papier et préparer deux ou trois mois d'avance, si possible (formule analogue aux alcools de menthe du commerce). Quelques gouttes dans un demi-verre d'eau tiède.

c. Excipients. — Pour les dentifrices liquides, l'excipient est l'alcool « bon goût », étendu ou non d'eau distillée; pour les poudres dentifrices, le corps est à base de carbonate de chaux: pour les pâtes, il renferme en outre de la glycérine ou du glycérolé d'amidon.

d. Colorants. — Les colorants ne sont pas indispensables. Ils ont pourtant l'avantage d'indiquer la nature du produit et d'éviter des erreurs. L'usage a prévalu de colorer les dentifrices en rouge, sans doute parce que cette teinte rappelle celle de la muqueuse gingivale.

Qualités d'un bon dentifrice. — La réaction chimique du milieu buccal normal nous indique qu'un dentifrice ne doit pas être acide; il est bon, au contraire, qu'il soit alcalin. On évitera donc les acides thymique, chlorhydrique, les eaux oxygénées acides, la crème de tartre ( tartrate acide de potassium), qu'on trouve dans de nombreuses formules, etc., et on introduira au besoin dans la formule des alcalins tels que le bicarbonate ou le borate de soude.

Un dentifrice ne doit pas contenir de substance caustique. Éviter l'alun, le chlorate de potasse, le salol. Les antiseptiques (phénol, formol) ne devront y entrer qu'à faibles doses.

D'autres substances nuisibles devront être également proscrites, par exemple le sucre (saccharine), qui figure dans de nombreuses formules de dentifrices.

Les poudres (\ oy. plus loin) doivent être très finement pulvérisées et ne contenir aucune substance capable d'user l'émail.

L'addition d'une certaine quantité de savon dans une poudre ou une pâte dentifrice est indispensable pour émulsionner les matières grasses. Le savonnage de la bouche est aussi nécessaire que celui

des autres parties du corps. Il faut, dit Lucas Championnière ( 1), placer le savon au rang des antiseptiques familiers, et cet agent possède par lui-même incontestablement une action microbicide démontrée par de nombreuses expériences. Il fait la lessive des tissus, et il est certainement supérieur à d'autres antiseptiques mieux classés.

Le savon a l'avantage de n'être ni toxique ni irritant; et cet autre encore, d'exercer une action qui n'est point arrêtée par les matières grasses ; bien mieux, il détruit celles-ci et prépare en tout cas admirablement les tissus à subir l'action d'autres substances.

Les expériences de Pane et d'Agata (de Naples) (2j ont montré l'action bactéricide d'une solution de savon à 1 p. 100 sur les microbes buccaux, et en particulier sur le pneumocoque.

Enfin le goût d'un dentifrice n'est pas sans importance. Une saveur et une odeur agréables sont les qualités que le public apprécie le mieux dans ces préparations et dont on se préoccupera avec juste raison, car elles font du nettoyage de la bouche un plaisir et non pas une corvée.

Préparation des dentifrices. — Les produits dentifrices ne sont pas considérés par la loi comme des médicaments; il n'est pas nécessaire, pour les préparer ou pour les vendre, de posséder le diplôme de pharmacien. Aussi, en ce qui concerne les nombreuses spécialités répandues dans le commerce et fabriquées sans aucun contrôle scientifique, l'acheteur ne possède aucune garantie au point de vue de la nature et de l'innocuité des substances incorporées. C'est pourtant en matière d'hygiène que le primum non nocere devrait surtout trouver son application.

Ne sont pas considérées comme remèdes secrets (c'est-à-dire dont la vente est interdite, même aux pharmaciens) les diverses compositions chimiques, hygiéniques, odontalgiques, cosmétiques, alimentaires et autres qui ne doivent pas être employées en qualité de médicaments, et qui, si elles sont en même temps susceptibles de servir accidentellement en médecine, n'ont pas cependant cette destination d'une manière exclusive (3).

Il vaut donc mieux s'abstenir des dentrifices du commerce, dont on ne connaît pas la composition exacte. Nous avons vu que certains d'entre eux contiennent du salol, qui n'est pas toujours inoffensif. D'autres blanchissent rapidement, presque instantanément les dents, mais ils doivent cette propriété à des acides, et leur emploi est donc dangereux. D'autre part, les journaux démodes donnent souvent des

(1) Lucas Championmère, Valeur antiseptique des savons [Journ. de méd. et de chir. pratiques, 10 avril 1910).

(2) La Riforma medica, 21 sept. 1908, p. 1048.

(3) Dalloz, Petit dictionnaire de droit, art. Pharmacie-droguerie (lois du 21 germinal an XI et du 25 avril 1895).

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« conseils de beauté » eL en liarLiculier tles l'orniules de denlrifiees dont leurs lectrices font aveuglément usage. Ici encore, aucun contrôle scientifique, aucune responsabilité ; ces formules sont souvent simplement copiées dans une publication analogue.

Le stomatologiste doit montrer à ses clients le danger auquel ils s exposent en se servant de produits qui ne j^résentent aucune garantie d'innocuité et qui sont fabricjués la plupart du temps par des parfumeurs ignorant complètement la composition chimique des dents et du milieu buccal. 11 formulera lui-même des prescriptions appropriées à Télat particulier de chaque individu, insistant par exemple sur les alcalins lors des périodes de grossesse. Ses conseils auront d'autant plus de poids qu'ils seront désintéressés, Tordonnance pouvant être exécutée par un pharmacien au choix du client.

Il est bon de remarquer que la plupart des dentifrices ne se préparent pas extemporanément, mais exigent des manipulations plus ou moins longues, parfois des macérations de plusieurs semaines.

1" Eaux ou élixirs dentifrices (1*. — Ce sont des dissolutions d'essences, de produits synthétiques, de médicaments, de colorants dans Talcool à UO" pur ou étendu d'eau. L'alcool employé pour leur préparation doitètre de l'alcool de vin bien rectifié ou, à défaut, de l'alcool de riz désodorisé.

Les eaux dentifrices de bonne qualité doivent être préparées avec de l'alcool à 90 ou à 80°. La proportion d'essences qui entre dans un litre doit varier entre 15 et 20 grammes. On choisira toujours de préférence les essences naturelles de qualité supérieure pour toutes les préparations d'un titre alcoolique élevé.

Le menthol, des traces de chloroforme donneront parfois un goût agréable aux dentifrices. La délicatesse d'un parfum n'est pas proportionnée à la quantité des espèces d'essences qui entrent dans la composition des formules. La façon de les combiner détermine seule la valeur du produit, et souvent ce sont les combinaisons les plus simples qui sont les meilleures.

Quelle que soit la qualité du produit que l'on veut obtenir, il faut toujours verser le mélange des essences et des teintures dans l'alcool mélangé préalablement aux eaux distillées et bien agiter. Il ne faudra jamais faire l'inverse, c'est-à-dire dissoudre les essences dans l'alcool et ajouter ensuite le coupage pour ramener au titre voulu. On séparerait ainsi une partie des essences.

Colorants. — Les eaux dentifrices sont colorées le plus souvent en rouge, quelquefois en jaune.

(J) Les renseii^nements qui suivent sur la préparation des élixirs dentifrices ainsi que plusieurs formules indiquées sont tirés du F"ormulaire des principales spécialités de parfumerie et de ijharmacie, par R. Ceubelaud, qui a bien voulu nous autoriser à les reproduire. Consultez aussi : Chimie des parfums et fabrication des essences, dentifrices, etc., par J. Piesse.

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L'un des colorants les plus employés est la cochenille. La dose par litre d'élixir est de 8 à 10 grammes de cochenille pulvérisée ou de 80 à 100 grammes de teinture de cochenille à 1/10 du Codex. L'addition de teinture de benjoin fait virer au rouge doré.

he santal rouge [Pterocarpus santalinus) râpé pulvérisé est le colorant le plus tenace et le moins coûteux; il donne une teinte rouge doré très agréable à Toeil. La dose par litre délixir est de 5 à 8 grammes de poudre ou de 25 à 40 grammes de teinture à 1/5. On peut mélanger avantageusement le santal rouge avec la teinture de cochenille ou la teinture de benjoin.

Le bois de campôche ou son principe colorant, Ihématine, donnent un rouge assez vif.

LVos//îe donne un rose-églantine superbe et très tenace, mais en milieu alcoolique présente un dichroïsme très accentué (reflets verdàtres . On évitera cet inconvénient par l'emploi de Véosinate de polasse.

La siilfo- fuchsine, qui est tolérée à condition d'être exempte d'arsenic, résiste indéfiniment, même à l'action du soleil.

Pour les élixirs jaunes, le seul colorant pratique est le safran (teinture à 1/10 du Codex) à la dose de 1 gramme par litre. Il a comme inconvénients une odeur et un goût sui generis très accentués, mais que l'on peut dissimuler à l'aide des essences.

Formulaire.

'/. Elixir denlifric ;) la badiane.

Essence de badiane redistillée 100 cent, cubes.

— de girofle extra 3 —

— de menthe Mitcham (Jackson) 60 —

— de rose d'Orient 2 —

Teinture de benjoin de Siam à 1 /5 100

— de Cochenille à 1/10 100 —

— de Pterocarpus santalinus à 1/5 :250 —

Mesurer ou peser dans l'ordre, et verser dans le mélange ci-dessous préalablement agité :

Eau distillée. 1 000 cent, cubes.

Alcool à 90° 8 500 —

On obtiendra 10 litres de produit. Eiltrer au papier. Formule très agréable dans laquelle domine le goût sucré de la badiane. (R. Cerbelaud.)

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