Brosses à dents du D' Amoédo
personnes qui négligent cette pratique ont le plus souvent de la gingivite, et leurs gencives saignent facilement au moindre frottement, ce qui leur fait appréhender encore plus le contact de la brosse. Il faut les engager à se brosser les dents et les gencives sans crainte de faire saigner ces dernières. Si dans les premiers temps le contact de la brosse dure est trop pénible à supporter, mieux vaul faire le massage des gencives avec le doigt qu'avec une brosse molle.
Après avoir nettoyé ses dents et ses gencives, il est bon de nettoyer la face dorsale de la langue, dont les villosités retiennent de nombreux débris alimenl aires. Nous avons vu au Japon des brosses à dents très pratiques dont le manche souple en baleine peut être courbé en deux, de sorle que la courbure médiane fait office de gratte-langue. Une baleine ordinaire rendra les mêmes services.
La brosse à dents, avons-nous dit, doit être en soies plutôt dures. Les brosses molles, les brosses en blaireau, les brosses en caoutchouc ne remplissent pas le même office. Elles sont plutôt dangereuses qu'utiles. En effet elles ne chassent pas les débris alimentaires des espaces interdentaires, mais les y refoulent au contraire ; elles ne massent pas suffisamment les gencives : enfin elles donnent une fausse sécurité à la personne qui, s'en étant servie, croit avoir accompli consciencieusement les soins d'hygiène bucco-dentaire.
Asepsie de la brosse à dents. — La brosse à dents doit évidemment être individuelle. Elle risquerait d'être sans cela non un objet d'hygiène, mais au contraire un agent de transmission des maladies infectieuses.
En dehors des moments où l'on s'en sert, on ne la laissera pas traîner sur une table de toilette, exposée à la poussière et chargée de détritus buccaux qui seraient pour les microbes un excellent milieu de culture. On pourra la conserver dans un récipient contenant une solution antiseptique, par exemple XXX à XL gouttes de formol à 40 p. 100 dans 1 litre d'eau bouillie. Il sera plus simple et presque aussi efficace de la savonner et de la rincer après usage et de la suspendre à l'abri des poussières, de manière à la laisser égoutler dans un des supports spéciaux que l'on trouve dans le commerce (fig. 83 et 84\
Moyens accessoires du nettoyage mécanique. — Les frictions à l'aide du doigt nu ou enveloppé d'un linge ne peuvent remplacer la brosse pour le nettoyage complet des dents; les lignes qui précèdent l'expliquent en ce qui concerne l'expulsion des débris alimentaires. Mais ces frictions sont très utiles pour activer la circulation du sang dans les gencives et pour refouler vers les couronnes des dents les liquides buccaux ou les produits de suppuration accumulés sous les franges gingivales décollées dans certains cas pathologiques.
Dans les cas de dents très serrées, lemploi d'un fil de soie ou mieux d'un mince fîl de caoutchouc qui s'étire sans se rompre est indispensable pour chasser des espaces interproximaux les débris alimentaires inacessibles aux poils des brosses. On introduira le fil avec précautions pour éviter les brusques échappées vers les gencives. Ce procédé permettra en outre de déceler les caries proximales insoupçonnées, la surface des dents cessant alors d'être lisse et les bords rugueux de la petite cavité de carie accrochant le fil.
Fig. 83. — Support pour brosses à dents pouvant se poser sur la table de toilette.
Fig. 84. — Support pour brosses à dents pouvant se fixer à une paroi verticale.
A défaut du brossage des dents après chaque repas, l'usage du cure-denls est utile, à condition d'être intelligemment pratiqué. On emploiera un cure-dents flexible, mince, — c'est-à-dire pouvant s'introduire facilement entre les dents sans forcer, — et propre, n'ayant pas traîné dans une poche et n'étant pas souillé par des usages précédents. Un cure-dents en plume qu'on changera chaque fois, une mince lame métallique à pointe mousse qu'on flambera avant de s'en servir, n'auront que des avantages. Par contre, il faut proscrire les épingles, les cure-dents en bois qui peuvent nuire tant aux gencives qu'à l'émail des dents. L'actinomycose a été parfois contractée par l'intermédiaire de brins de paille cueillis au cours d'une promenade à la campagne et employés comme cure-dents.
Le rince-bouche, dont l'usage à table, à l'issue des repas, a heureusement disparu, était très hygiénique, sinon agréable pour les assistants. Dans l'intimité du cabinet de toilette, il est toujours
à recommander. Il représente, comme nous l'avons vu, Tun des temps du nettoyage mécanique, celui qui consiste à entraîner hors de la cavité buccale les matières balayées par la brosse.
Il ne faut i)as se contenter d'introduire l'eau dentifrice et de la rejeter aussit(M. On la gardera un instant dans la bouche en la brassant pour ainsi dire dans tous les sens par les mouvements combinés des parties molles (lèvres, joues, langue). Ce hain de bouche, que Ion prendra tiède de préférence, aura pour effet de débarrasser les dents et la muqueuse buccale et linguale de tous les enduits et débris épithéliaux ou alimentaires et de procurer une sensation de bien-être, surtout si le liquide est aromatisé comme nous l'indiquerons plus loin.
Si l'on réserve pour le soir le brossage bucco-dentaire, il sera indiqué après chaque repas de combiner l'usage du cure-dents et du rince-bouche.
Érosions dentaires et brossage des dents. — Le brossage « exagéré » des dents et l'abus des dentifrices ont été invoqués par plusieurs auteurs comme la cause d'érosions ciinéiformes, acquises et non congénitales, que Ton constate chez certaines personnes au niveau du collet, surtout à la face labiale des dents antérieures. Dans ces érosions dites « chimiques », la surface dentinaire mise à nu n'est pas ramollie, mais très dure au contraire, lisse et blanchâtre.
Les bords d'émail qui la limitent sont nets et non déchiquetés; la dent est comme taillée en sifflet, à l'emporte-pièce.
Cette théorie mécanique est soutenue entre autres par Cruet (1) : « Ici ce sont les brosses, les poudres, les frottements divers qui produisent le phénomène ; l'abrasion chimique, en elï'et, s'observe surtout chez des personnes très soigneuses de leurs dents (trop) et faisant abus de tous les dentifrices. »
Miller ^2) disait de même : « J'ai examiné, durant ces dernières années, environ 300 cas d'érosion et, dans 85 cas, j'ai fait un examen très complet des malades ; or je n'ai jamais trouvé jusqu'à présent un cas d'érosion où la brosse dentaire n'ait été employée avec une poudre grossière quelconque. »
L'expérimentation et l'observation clinique conduisent cet auteur à des conclusions identiques : « Un grand nombre de cas d'érosions sont produits par des moyens mécaniques seulement, principalement par la brosse à dents ou par un instrument semblable accompagné d'une poudre abrasive. La nature de la brosse et surtout de la poudre, la nature des dents et leur position, aussi bien que l'intégrité des gencives, la tension des muscles et la façon d'employer la brosse, modifient plus ou moins l'aspect et l'étendue de l'érosion.
(1) Cruet, Hygiène et thérapeutique des maladies de la bouche, Paris, 1899.
(2) Miller, Conlerence à la Société d'odontologie de Paris, nov. 1906.
« L'aclion combinée des acides et d'un facteur mécanique quelconque équivalent amène une érosion rapide de Témail, tandis que Térosion de la dentine n'est pas, d'ordinaire, accélérée par Tacide. Dans bien des cas, on a observé que la dentine décalcifiée était moins lésée par la brosse que la dentine normale.
« L'aclion d'un acide sur les collets des dents, si elle n'est pas accompagnée de celle d'un facteur mécanique puissant, aboutit à l'amollissement et à la carie, non à l'érosion (1). »
Par contre, Frey ['2) a trouvé une fois la lacune cunéiforme chez mi vieillard qui n'avait jamais fait usage de la brosse à dents, et Bastyr a pu constater sa présence sur des dents en retrait que ne pouvait atteindre la brosse. Ce dernier ne put d'ailleurs jamais reproduire expérimentalement l'érosion en brossant des dents même ramollies par des acides.
D'autres faits plaident contre la théorie mécanique. L'érosion cunéiforme peut se rencontrer sur des dents isolées et non pas toujours sur toutes les dents soumises au brossage. De plus, au lieu d'aller sans cesse en augmentant, au bout de deux, trois, quatre, dix ans, l'érosion devient insensible et s'arrête spontanément.
Aussi plusieurs théories chimiques ont-elles été admises par d'autres auteurs. C'est ainsi que ^lichaëls attribue l'érosion à l'action du sulfocyanure de potassium, Preiswerk (3) à celle d'une Irypsine fabriquée par les bactéries buccales.
Un jour nouveau et peut-être définitif a été porté sur cette question par G. Milian (4). Les érosions cunéiformes sont bien d'origine chimique, comme l'avaient pressenti plusieurs auteurs mais l'agent jusque-là insoupçonné de leur production est le mercure absorbé dans un but thérapeutique, et surtout sous forme d'injections d'huile grise.
Le siège de l'érosion au collet des dents et aux dents antérieures rappelle celui de la stomatite mercurielle ; l'érosion cesse de s'accroître au bout de quelques années, alors que l'on arrête le traitement mercuriel. Ce qui a pu faire croire à une action mécanique, c'est que justement cette forme de stomatite hydrargyrique se manifeste chez les gens qui nettoient soigneusement leur bouche par des brossages répétés et empêchent de la sorte la stomatite purulente, la stomatite microbienne d'apparaître. L'érosion cunéiforme est la stomatite des gens propres.
(1) Mii.i.ER, Observations et expériences sur l'érosion des dents. Communication au Cong:rès de Genève [Odonloloyie, 13, IX. 1906).
(2) Fhey, lll" Congrès dentaire international, Paris, 1900; L'érosion dite « cliiliiique » des dents et le terrain (Revue des mtthulies de la nulrilion, oct. 1907).
(3) PiiEiswERK, Atlas-manuel des maladies des dents et de la bouche, édition française de J. Chompret, Paris, 1905.
(4) G. Milian, Les lacunes cunéiformes ou érosions dites « chimiques » des dents sont une manifestation de stomatite mercurielle fruste [Pi-oçjrés médical, 6 nov. 1909).
El Miliaii conclut : " Le brossage très fréquent des dents sera également le meilleur préventif de cette érosion que si longtemps et aujourd'hui encore on attribua précisément au brossage.
w Le brossage empêche le dépôt du mercure à l'insertion de la gencive ; plus on brosse souvent, moins on laisse le mercure en contact avec la dentine. »
De tout ce qui précède, il résulte qu'on trouverait difficilement des exemples authentiques d'érosions dentaires causées par l'abus des soins hygiéniques. Il y a bien, comme nous le verrons plus loin, des substances qu'il est dangereux d'employer comme dentifrices. Mais il appartient justement au médecin de mettre le public en garde contre leur usage et de ne préconiser que celles dont l'usage prolongé ne peut entraîner aucun inconvénient.