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LE TARTRE

L'hygiène bucco-dentaire individuelle comporte non seulement les soins que chacun peut et doit prendre lui-même, et dont nous venons

(1) GuiD.^UD etNoGuÉ, art. Physiologie de la bouche (fasc. II de ce Traité, p. 32|. — Besson, art. Bactériologie de la bouche (fasc. II de ce Traité, p. 67, 79 et 87). — C.-N. Johnson, L'obturation des dents. Adaptation française de P.-E. Gires et G. Robin, 2^ édition, Paris, 1909. — L. Gourc, L'art dentaire à la portée du médecin, Paris, 1905. — Preiswehk-Chompret, Atlas-Manuel des maladies des dents et de la bouche, Paris, 1005.

(le parler, mais encore des séances périodiques chez le spécialiste pour la visite de la bouche et l'ablation du tartre et des enduits dont le brossage n'empêche pas toujours la formation.

Si, au point de vue delà pathogénie et de la composition chimique, on a pu distinguer deux espèces de tartre, le tarlre salivaire et le tarlre sériqiie, celui-ci paraissant être de formation hématogène, tandis que le premier est causé par la précipitation des sels de la salive, cette diilerence d'origine a peu d'importance en ce qui concerne le traitement qui doit leur être appliqué. Tartre sérique et tartre salivaire sont des foyers d'infection dont il importe de débarrasser la surface des dents.

Le tartre sérique se dépose seulement autour des racines, dans certains étals pathologiques (diathèse hyperacide, etc.). Le tartre salivaire se forme primitivement sur les couronnes et peut ensuite s'étendre aux racines. Il est extrêmement fréquent, et peu de bouches en sont absolument exemptes. Mais, malgré sa fréquence, c'est aussi un produit pathologique, et l'on y trouve non seulement les matières minérales et organiques déjà indiquées (Voy. fasc. Il, p. 60 et 79), mais encore les microorganismes qui ont été les agents de sa formation, en particulier le Leplothrix huccalis^ le Spirillnin spiiiigeniim et le Vibrio riigiila. Tout ce qui suit se rapporte au tartre salivaire.

Position. — Le tartre se forme surtout au voisinage des canaux excréteurs des glandes salivaires, c'est-à-dire, pour la mâchoire inférieure, sur la face linguale des dents antérieures; pour la mâchoire supérieure, sur la face jugale des grosses molaires. C'est du moins là qu'il existe en plus grande abondance, mais on peut le rencontrer autour de toutes les dents.

Au maxillaire inférieur, il se dépose très fréquemment sur les faces veslibulaires ou labiales, aussi bien que sur les faces linguales : au maxillaire supérieur, il est beaucoup plus rare sur les faces linguales.

Le dépôt salivaire ayant son point de départ au niveau du collet des dents s'étend graduellement non seulement en surface, mais en épaisseur, vers l'extrémité libre de la couronne, par un phénomène tout à fait analogue à celui des calculs vésicaux, rénaux, hépatiques, etc , qui sont formés de dépôts successifs de sels minéraux autour d'un corps étranger quelconque servant de noyau. Il peut aussi s'éten Ire du côté de la racine, comme nous le verrons plus loin. Dans certaines bouches non soignées, seuls les points exposés aux frottements masticatoires, comme le bord libre des incisives inférieures et la portion avoisinanle de leur face antérieure, ou encore la face triturante des molaires, sont à découvert, tout le reste de la couronne étant envahi par le tartre. Lorsque l'un des côtés des arcades dentaires est inutilisé pour la mastication, le plus souvent

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à la suite cruno afTeclion douloureuse (périodontilc, etc.), les dents de ce côté peuvent ôtre complètement recouvertes de tartre, celles du côté opposé restant indemnes. Il en est de môme pour les dents isolées n'ayant pas d'antagonistes. On trouve parfois d'énormes blocs, d'un volume bien supérieur à celui de la dent recouverte (fig-. 85).

L'examen même superficiel d'une bouche où le tartre n'abonde que d'un seul côté permet au médecin d'attirer l'attention du patient sur l'habitude qu'il a prise, souventà son insu, de ne pas utiliser les dents de ce côté pour la mastication.

Les caraclères physiques du tartre sont variables. Tantôt on le trouve sous la forme d'une masse molle et granuleuse, qui se désagrège et s'enlève facilement à l'aide d'un instrument. Tantôt il est épais, dur et pierreux. Dans ce dernier cas, il demande une plus

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85. — Blocs de tartre attachés à une canine et à une molaire (d'après Johnson).

grande pression pour être détaché ; mais, en revanche, il se divise moins et s'enlève souvent tout d'une pièce. Sa consistance dépend surtout de la rapidité ou de la lenteur de sa formation et de la durée de son séjour dans la bouche. S'il s'est déposé rapidement, si sa formation est récente, il est relativement mou; mais il durcit progressivement (Johnson).

Sa couleur varie du gris jaune au noir. Il est le plus souvent gris jaunâtre lorsqu'il est de formation rapide et récente; la teinte noirâtre ne se produit généralement qu'après un long séjour dans la bouche, et non d'une façon constante. Chez les fumeurs, la coloration est franchement noire et très caractéristique, d'un noir de jais, tout au moins à la surface.

Conséquences. — Le tartre constitue, au point de vue de l'hygiène buccale, un foyer d'infection, un milieu de culture microbienne, et à ce titre il est déjà indiqué d'en débarrasser la bouche. Mais son action se fait aussi sentir localement et d'une manière encore plus frappante. Il favorise la carie dentaire, car non seulement il empêche le nettoyage spontané par la salive ou les divers frottements (mastication, etc.) et le nettoyage artificiel par la brosse et les dentifrices sur les surfaces où il s'attache, mais il maintient sur ces points une

incessante pullulalion microbienne. Par son contact avec les muqueuses, il provoque des gingivites; la gencive enflammée est douloureuse et saigne au moindre frottement. Le tartre s'introduit sous cette gencive, qu'il décolle peu à peu, provoquant la formation de languettes gingivales hypertrophiées et s'étend le long du cément radiculaire, en détruisant la membrane alvéolo-dentaire. Il se produit ainsi des culs-de-sac, réservoirs naturels pour les matières infectieuses. La dent, « déchaussée » d'abord, ébranlée ensuite, peut perdre ses adhérences alvéolaires et se détacher spontanément sans présenter d'autre lésion qu'une couche de tartre s'étendant jusque vers l'apex. Ici la question de terrain intervient (arthritisme, etc.), et nous renvoyons le lecteur au chapitre de la polyarthrite alvéolo-dentaire (pyorrhée alvéolaire; (1).

Ablation du tartre. — Instruments. — Il existe de nombreux modèles « d'instruments à nettoyer ». La plupart sont bons et peuvent rendre des services. 11 faut seulement éviter ces énormes grattoirs que Ton voit encore sur les catalogues des fournisseurs et qui sont peu propres à exécuter un travail aussi délicat et aussi minutieux que l'est l'ablation du tartre.

Les instruments à nettoyer peuvent être divisés en plusieurs groupes : 1° pour les couronnes : a. ceux qui sont destinés aux faces linguales des dents inférieures et qui, agissant par traction ou par pression directe, ont une courbure dirigée suivant leur axe (fig. 86); b. ceux des faces linguales ou vestibulaires des dents latérales, ayant une courbure droite ou gauche suivant le côté auquel ils servent (fig. 87) ; c. ceux des faces labiales des dents antérieures (supérieures ou inférieures), n'ayant besoin que d'une faible courbure dans le sens de l'axe (fig. 88) ; cl. enfin ceux destinés aux interstices dentaires, en particulier aux faces proximales des dents antéro-inférieures, et qui, pour pénétrer entre les dents, doivent être très minces, en forme de faucille plus ou moins arrondie (fig. 89).

2° Pour les racines : on se servira d'instruments très fins pouvant être introduits entre la dent et la gencive jusqu'à l'apex (fig. 90).

Pendant que la main droite tiendra l'un des instruments à nettoyer, la main gauche sera munie d'un miroir qui servira d'écarteur et de protecteur pour les lèvres, les joues et la langue, qui en outre permettra d'apercevoir par réflexion les points non accessibles à la vision directe (faces linguales, etc. ) et qui enfin éclairera les parties obscures des arcades dentaires. Le miroir buccal devant être stérilisé après usage sera à manche métallique, le manche et la gaine du miroir ne faisant qu'une seule pièce, si possible, pour faciliter la stérilisation et présenter plus de solidité.

Nous n'insisterons pas sur la nécessité de n'employer (|ue des ins-

(1) Voy. art. Nogué, Pyorrhée alvéolaire, au début de ce volume.

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