VII. - HYGIÈNE DENTAIRE DANS LA MARINE MILITAIRE
Le D*^ L. Fourgons, médecin de la marine, a publié sur ce sujet une étude très documentée (1) dont nous extrayons ce qui suit :
<< Il y a déjà de longues années que la question non seulement de l'hygiène, mais même des soins dentaires avait été résolue dans la marine. Lefèvre, dans son Hisloire du service de santé de la Marine, nous apprenrl qu'au xvnie siècle la fréquence des maladies de la bouche chr/ los marins, « à une époque où le scorbut sévissait souvent parmi les équipages embarqués et même à terre parmi les ouvriersdes arsenaux maritimes des côtes de l'Océan et de la Manche, l'influence que les stomatites, gingivites pouvaient avoir sur la conservation des dents, les altérations de ces organes si essentiels à la mastication des aliments durs et coriaces composant la ration du matelot, avaient conduit à créer dans les hôpitaux de la Marine des emplois de chirurgien-dentiste ». Le port de Brest avait été pourvu le premier d'un de ces chirurgiens spécialistes dans un temps où l'on était encore éloigné de ces fractionnements de la pratique de la chirurgie. « En 1730, on consulta le port de Rochefort sur la convenance de la création d'un emploi semblable. On répondit au ministre
(1) L. FouRGous, Notice historique sur l'hygiène LJcntaire dans la marine militaire [Arch. de sloma.tologie, juillet 1907).
qu'il serait utile aux soldats et aux marins des équipages souvent attaqués du scorbut dans le cours des campagnes de mer, principalement de celles au Canada, à 1 île Royale, à Terre-Neuve, de trouver un chirurgien-dentiste entretenu dans ce port. » La place fut donnée à 40 livres par mois au sieur Caperon, frère du chirurgiendentiste du roi. Il fut remplacé à sa mort par le sieur Aumâtre. Plus loin, nous parlant des dissentiments qui existaient à cette époque entre les médecins et les chirurgiens, Lefèvre nous dit qu'en 1791, à Rochefort, le premier médecin Lucadon fut provoqué en duel parle chirurgien-dentiste.
Si, après cette date, on ne trouve plus d'allusion aux chirurgiensdentistes dans Touvrage de Lefèvre, pas plusquedans les règlements de 1786 et de 1798, c'est que probablement on ne remplacja pas les titulaires de cette époque. Cependant la question de l'hygiène de la bouche ne fntpasnégligée,etlesrèglementscitésplushaut s'occupent de ce détail.
Les articles 30 et 31 du règlement du l" janvier 1786 prescrivent de déposer sur le gaillard deux bailles contenant de l'eau et du vinaigre avec laquelle les hommes devaient se rincer la bouche. Les chirurgiens majors devaient s'assurer tous les quinze jours de l'état des dents de chaque homme. Dans l'ordonnance de 1798 (19 pluviôse an VI), on retrouve les mêmes prescriptions. La quantité de vinaigre à délivrer par jour à chaque plat est fixée à une demichopine.
Forget, dans son Traité de médecine /lora/e, publié en 1832, insiste sur la nécessité de surveiller l'hygiène de la bouche et des dents par des inspections journalières, et il consacre deux articles aux maladies des dents et aux opérations que l'on pratique sur les dents. « Souvent, dit-il, dans le cours de cet ouvrage, nous avons eu occasion de faire sentir de quelle importance est l'hygiène de la bouche pour les marins, non seulement pour les préserver des maux que peut entraîner la négligence à cet égard, mais encore pour conserver des serviteurs à TÉlat ou au commerce ; un bon râtelier étant une des qualités essentielles du navigateur, si souvent condamné à vivre d'aliments dont la mastication est difficile, ou dont l'assimilation nécessite la trituration exacte. L'inspection journalière de la bouche a donc non seulement pour objet une simple mesure de propreté, mais encore un but directement médical, car les marins sont très peu soigneux de leur personne et fort insouciants de l'avenir, et c'est au médecin de leur faire sentir ce que cette incurie peut entraîner de graves conséquences... Il est indispensable que le chirurgien soit muni des instruments nécessaires à l'entretien des dents et au traitement de leurs maladies; la caisse d'instruments comprend une clef de Garengeot et un pied-de-biche; on devrait y joindre les autres instruments nécessaires, grattoirs, lime, cautère.