I . . . imminent, menaçant. — ... vertement, d'importance
— . . . abordable, modéré, modique. — ... à lier. — . . . diamétralement opposées. — ... poignante, aiguë. — ... à tue-tête. — ... à gorge déployée. — ... intime. — ... à coups redoublés.
— ... assourdissant. — ... aveuglante. — ... torrentielle,
diluvienne. — ... à pierre fendre. — ... frugal, plantureux,
succulent. — ... de loup. — ... de mort. — . . . luxuriante.
- . . . herculéenne. — ... à tire-larigot. — ... une armée à
plate couture. — Rendre un . . . signalé. — Un caractère foncièrement ... — ... chaudement. — Sous le fallacieux . . . de — ... tout rouge.
II. — Ami, battre, boire, chanter, clarté, crier, danger, douleur, se fâcher, faim, fou, force, frapper, geler, honnête, opinion, pluie, prétexte, prix, recommander, repas, service, silence, tancer, vacarme, végétation.
Exercice 39.
Traiter de la même manière les exemples des exercices 35—37 en partant des listes d*adjectifs ou d^adverbes placées à la suite des contextes.
Exercice 40.
Daiis cet exercice, chaque nom ou verbe peut former une série usuelle avec un ou plusieurs des mots placés entre parenthèses ; choisir ces mots et exclure ceux qui formeraient des séries incorrectes. Ex.: étant donné <aimer (hautement.
46 Première Partie.
tendrement, passionnément)-», former les séries BÀm^Y tendrement, passionnément, et exclwe «aimer hautement-», qui serait incorrect.
Résistance (acharnée, extrême, opiniâtre, persistante). — Jurer (catégoriquement, gravement, solennellement). — Progrès (bon, marqué, réel, sensible, sérieux). — Ordre (irréfutable, irrévocable, péremptoire). — Résolution (énergique, ferme, impassible, imperturbable, inébranlable, inflexible). — Maladie (épineuse, grave, inextricable, sérieuse). — Difficulté (compliquée, impossible, impraticable, insurmontable, sans pareille). — Remède (actif, efficace, énergique, important, infaillible, irrésistible, souverain). — Guérir (complètement, à fond, intégralement, parfaitement, purement, radicalement, souverainement). — Asile (certain, infaillible, solide, sûr, tutélaire). — Garder un trésor (énergiquement, jalousement, minutieusement, prudemment, avec soin). — Vous voilà (bien, correctement, dûment, exactement, rigoureusement, soigneusement) averti. — Tentative (chancelante, flottante, peureuse, timide). — Gela suffit (amplement, copieusement, fortement, largement). — Dimensions (colossales, démesurées, gigantesques, immenses, vertigineuses). — Prix (coûteux, énorme, exorbitant, immense, lourd). — Hauteur (culminante, extrême, vertigineuse). — Travail (endurant, entêté, opiniâtre, patient, zélé). — Ressemblance (absolue, adéquate, exacte, fidèle, servile). — Imitation (complète, fidèle, servile). — Activité (fiévreuse, intense, vertigineuse). — Importance (capitale, grande, essentielle).
— Valeur (haute, profonde). — Silence (intense, profond, religieux). — Gris (pénétrants, perçants). — Haine (meurtrière, mortelle). — S'amuser (follement, princièrement, royalement).
— Rire (à gorge déployée, à tue-tête). — Fidélité (ferme, profonde, à toute épreuve). — Toilette d'une élégance (consommée, souveraine, superbe, suprême). — Ignorance (crasse, complète, entière, parfaite). — Punir (rigoureusement, sévèrement). — (Entièrement, pleinement, tout, tout à fait) satisfait.
— - Travail (acharné, persistant, persévérant, soutenu). — Efforts (âpres, consécutifs, obstinés, patients). — Gela m'a (profondément, violemment) touché.
Délimitation des faits d'expression. 47
NB. — L'étude des adjectifs d'intensité peut être continuée indétininient par la consultation du Dict. des qualificatifs de Schéfer. 11 suffit pour cela de recueillir, dans une liste d'adjectifs, ceux qui ont un caractère intensif particulièrement frappant et de chercher (au besoin à l'aide d'un dictionnaire ordinaire) à quels substantifs ils se joignent le plus volontiers. Soit la rubrique grand (p. 140); je note, comme particulièrement intensifs: colossal, illimité, incalculable, incommensurablCj inépuisable, infini, monumental, prodigieux, surhumain, volumineuse, avec lesquels je forme les contextes: une puissance colossale, des pouxoirs illimités, un nombre incalculable, une grandeur incommensurable, une complaisance inépuisable, Vinfinie bonté de Dieu, une bêtise monumentale (familier), une virtuosité prodigieuse, des efforts surhumains, une voluminetise correspondance. Ces contextes peuvent entrer à leur tour dans des phrases entières. Une fois en possession de ces matériaux, le maître peut aisément rejiverser les termes du problème et proposer à ses élèves des exercices semblables aux précédents.
Séries ou périphrases verbales.
(SF. § 85)
Les exercices suivants sont destinés à établir la correspondance entre les locutions verbales composées et les verbes simples de sens analoque. Nous considérons comme verbes simples:
1. les verbes formés d'un mot unique (ex.: former un p)^ojet = projeter);
2. les verbes réfléchis (ex.: tirer vengeance de = se venger de):
3. les verbes ^^aiS-.?//*- (ex. : arriver à ferme = être achevé) ;
4. les verbes dits causatifs ou factitifs (SF. § 144) indiquant que le sujet est la cause de l'action d'un autre (ex.: arracher des pleurs = faire pleurer);
5) le verbe é^rc accompagné d'un jprfft^tca^ (ex. : fermer les yeux ■= être indulgent).
Le verbe simple remplaçant la locution composée sert uniquement à l'identifier et à montrer sa qualité de série phraséologique: la correspondance de sens n'a pas besoin d'être rigoureuse; comme on le voit par les exemples ci-dessus, la locution a souvent une plus grande force que le verbe simple, ou bien elle comporte unfnuance de sens ou un effet particuliers.
NB. — Les exercices qui suivent ne sont pas seulement importants au point de vue de la phraséologie: ils sont une préparation directe aux exercices sur l'identification (SF. 11^ partie. chapitre 3).
48 Première Partie.
Exercice 41.
Remplacer chaque locution verbale par un verbe simple de la même famille que le substantif en italique. Ex.: * Faire usage rfe» son droit: user de son droit.
Adresser une demande à qn. — Cette question n'a pas encore reçu de solution. — Prendre note d'un nom. — Adresser de sérieuses critiques à un auteur. — On ne peut encore porter aucun jugement sur cette affaire. — Porter une accusation sans fondement. — Proférer des menaces contre qn. — Prendre la mesure d'une table. — Mettre un terme à une querelle. — Faire des progrès dans ses études. — Faire des efforts pour réussir. — Induire en tentation par l'attrait du plaisir. — Se mettre à la poursuite d'un voleur. — Faire Vachat d'une montre. — Prendre à sa charge les frais d'un voyage. — Tramer un complot contre la personne du souverain. — Porter remède à un abus. — Prendre sa retraite après 25 ans d'activité. — Mettre une question à V étude. — Se mettre à la recherche d'un déserteur. — Faire une tentative de réconciliation. — Faire un plongeon dans l'eau. — Avoir la jouissance de tous ses biens. — Venir en aide à un indigent. — Avoir recours à l'obligeance de qn. — Faire remise d'une dette à un débiteur. — Je vous présente mes sincères remerciements. — Prendre du repos après un long travail. — Mettre sa conduite en accord avec ses principes. — Vous courez risque d'échouer. — Aviez-vous déjà connaissance de la chose? — L'armée bat en retraite. — Tirer vengeance d'une injure. — Mettre à V épreuve le dévouement d'un ami. — Porter secours à un navire en détresse. — Donner connaissance d'une décision aux intéressés. — Je prends une grande part à votre douleur.
Exercice 42.
Remplacer les locutions suivantes par des verbes simples, sans que ceux-ci soient nécessairement de la même famille que les substantifs compris dans les locutions (ex.: prendre de l'extension = se développer).
Délimitation des faits d'expression. 49
Ajouter foi à une nouvelle. — Passer une convention avec qn. — Faire bon accueil à un solliciteur. — Donner son assentiment à un projet. — Faire appel à la générosité de qn. — Mettre en vente un article. — Mettre le feu à un tas de paille. — Pousser des cris aigus. — Verser des larmes amères. — Contracter une obligation envers qn. — Faire ses préparatifs de départ. — Former le projet de partir en voyage. — Prendre une détermination. — Se mettre en route. — Faire un séjour dans une ville. — Mettre en ordre ses affaires. — Mettre le siège devant une ville. — Poser sa candidature à la députation. — Adresser la parole à qn. — Rendre un verdict de culpabilité. — Prendre un bain. — Donner des soins à un malade. — Se mettre en colère. — Encourir le blâme. — Engager les hostilités. — Etablir un parallèle entre deux écrivains. — Etablir une distinction entre deux choses. — Prendre qn pour modèle. — Son nom est tombé dans l'oubli. — Commettre une faute, une erreur, un meurtre. —
Exercice 43,
Remplacer chaque verbe simple par une locution de sens analogue et formée avec le verbe ou le nom placé entre parenthèses ; les substantifs ne sont pas nécessairement de la même famille. Ex. : tomber (faire) signifie que tomber doit être remplacé par faire une chute.
Etre intéressé dans une affaire (intérêts) et être intéressé à sa réussite (intérêt). — Faire circuler, répandre une nouvelle (mettre). — Finir une affaire (mener). — Je vous permets de sortir (donne). — S'abriter contre la pluie (se mettre). — Un édifice se dégrade (tombe). — Lequel préférez-vous? (donnez). — Comment le mal est-il né? (pris). — L'oiseau s'envole (prend). — Enquêter sur les troubles du Midi (faire). — Considérer sérieusement une objection (prendre, tenir). — Échouer dans une entreprise (essuyer). — Je conclus de tout ceci que (tire). — Prétendre à un héritage (élever). — Ordonner (donner, intimer). — S'engager à une chose (prendre). — Négocier avec l'ennemi (entamer). — Acquérir une propriété Bail y, Traité de stylistique française. II. 4
50 Première Partie.
(faire). — Influer (exercer). — Obliger qn à. faire qch. (mettre). — Libérer un prisonnier (remettre, rendre). — Asservir (réduire). — Députer (envoyer). — Congédier (donner).
— Consentir (mains). — Céder, 7'eculer (pied). — Accorder une demande (droit).
NB. — On peut continuer cet exercice au moyen des listes de verbes du dictionnaire de Schéfer, en s'attachant surtout à ceux qui expriment des idées abstraites (commencer, juger, etc.). Voici des exemples empruntés à la rubrique commencé (nous donnons entre parenthèses le mot caractéristique de la locution; celle-ci sera reconstituée, puis introduite à son tour dans un contexte) : un artiste commence (débuts); commencer un ouvrage (chantier); esquisser, ébaucher (faire); essayer (mettre); naître (prendre); éclore (œuf); partir (ancre, chemin, route, voile).
Rubrique jugé: arrêter (rendre) ; calculer (faire) ; conclure (tirer) ; considérer (prendre); croire (foi); décider (prendre); déterminer (prendre); discuter (mettre); examiner (soumettre, faire subir); juger (jugement, sentence, verdict), etc.
Rubrique pris: arrêter (mettre en état de); choisir (faire, dévolu); occuper (possession): saisir (main basse); surprendre (fait, flagrant délit), etc.
Exercice 44.
Trouver, pour chaque verbe simple, une locution composée ayant un sens analogue, et former de courtes phrases avec ces locutions. Ex.: être vieux = être avancé en âge (<^Socrate était déjà avancé en âge quand il fut mis en accusations^).
Démissionner. — (Commencer à) régner. — Commander une armée. — Être fier d'une chose (vanité). — Incendier (une ville). -- Allumer (de la paille, etc.). — Pleurer. — Regarder (yeux, regard, coup d'œil). — Soupirer. — Se lamenter. — Ridiculiier qn. — S'allumer. — Discourir. — Jurer (de faire une chose). — Se rappeler une chose. — Nuire à (tort, mal, préjudice). — Blesser. — Frapper. — Souffleter.
— Être désespéré. — Emprisonner. — Taire une chose. — Haïr. — Arranger (des objets). — Disposer de (p. ex. de capitaux). — Partir par mer (voile). — Se diriger vers un port (cap), — Sombrer (pic). — Faire sombrer un navire (bas, fond). — Donner qch. (cadeau, don, présent). — S'asseoir (place).
Délimitation des faits d'expression. 51
Reïtforcer Vidée de chaque verbe simple en formant une série au moyen du verbe placé entre parenthèses y et en y ajoutant un des adjectifs d'intensité figurant à la fin de Vexercice. Ainsi se tromper (commettre) deviendra 1) commettre une erreur, 2) commettre une grave erreur, une erreur grossière.
Être très attentif (prêter). — Démentir (donner). — Punir (intliger). — Corriger (administrer). — Examiner de près (soumettre). — S'intéresser beaucoup à qn (porter). — Cette histoire est très intéressante (présenter). — S'opposer (faire). — Résister (opposer). — Supplier (adresser). — Vaincre (remporter). — Être tout à fait libre (jouir). — Pécher (commettre). — Se tromper (commettre). — Se fâcher (entrer). — Être très éclatant (jeter). — Embarrasser qn (jeter). — Ecouter attentivement (prêter). — Avancer très vite dans une science (faire). — Vouloir faire une chose (avoir). -^ Coûter très cher (être). — Coûter trop cher (être). — Surveiller (exercer).
Acharné, actif, ardent, attentif (2), éclatant (2), élevé, entier, exorbitant, ferme, fervent, grand, grave, grossier, magistral, profond, rapide, sévère, soutenu, vif (3), violent (2).
Séries incorrectes.
(SF. § 86) Cet exercice contient des spécimens de locutions incorrectes, empruntées pour la plupart à des travaux d'élèves de langue allemande. Ces incorrections proviennent, tantôt de ce qu'une locution allemande a été traduite trop servilement, tantôt, et le plus souvent, de la confusion (ou, comme on dit, de la «contamination») de deux locutions voisines; ainsi <<exercer une attention soutenue^ est une contamination de 1. exercer une (active) surveillance sur, et 2. prêter une aitetition soutenue à.
Exercice 46.
Chercher Vorigine de chaque locution vicieuse et la remplacer par une expression correcte; la partie incorrecte de la locution est en italique.
Se détacher du joug de la tyrannie. — Éprouver un terrible accident. — Essuyer une curieuse aventure. — Un
52 Première Partie.
entrepreneur doit tenir le terme arrêté pour la livraison d'une construction. — Être délivré de sa prison. — Regagner sa liberté. — Exécuter un serment. — Donner la promesse de faire une chose. — Une quantité exorbitante. — La chaleur baisse, cède, s'apaise, se ralentit. — Tirer un avantage, retirer- profit d'une chose. — Saisir la parole. — Saisir la fuite. — S'attirer une maladie. — Devenir malade. — Faire préjudice à qn. — Ce travail me fait beaucoup de peine. — Faire une chose à plusieurs fois. — Être dans un âge élevé. — Asséner une blessure à qn. — Former un plan. — Tomber en colère. — Faire emploi d'une chose. — Avoir habitude de se promener après les repas. — Il est la m,ain droite
de son maître. —
Utilisation des dictionnaires.
Exercice 47. '
Former, avec les substantifs stcivants, des séries phraséologiques correspondant aux expressions allemandes placées entre parenthèses. Ex. : air (aussehen) = avoir l'air ; former avec chaque locution une courte phrase (Ex.: «^Vous avez l'air malade^).
Liberté (sich etw. erlauben; befreien). — Siège (belagern). — Lumière (sichtbar machen). — Vue (sichtbar v/erden; etw. in Aussicht nehmen). — Jour (der Tagesanbruch ; gebâren; am Tage; ôÊfentlich; nâchstens). — Peine (kaum; sich anstrengen; Miihe machen; leid tun). — Ame (niemand; sterben). -T- Dette (bezahlen). — Mors (durchgehen). — Main (betteln; behûlflich sein; eine Arbeit anfangen; handgenaein werden; seit langer Zeit; heimhcL; in einer Sache befehlen; vollenden). — Compte (berechnen; in Erwâgung ziehen; berichten; billig [kaufen] ; schlieêlich ; jemandem etw. zuschreiben ; eine Rezension). — Tête (trotzen ; mit jemandem allein sein ; ein Heer befehligen; ein Wein ist berauschend; ttiir schwindelt). — Pied (ein Heer aufbringen; den Boden berùhren; absteigen; mutig, standhaft ahwarten ; lange warten; jemanden in die Enge treiben; wôrthch nehmen). — Garde (sich vorsehen; Wache halten). — Feu (abfeuern; obdachlos sein).
Délimitation des faits d'expression. 53
NB. — On peut continuer cet exercice, très utile, avec les bons dictionnaires français-allemands qui tiennent compte de la phraséologie; consulter surtout les articles concernant les mots les plus usuels, comme tête, pied^ bouche, hras; pierre, terre; pièce, paH, partie, etc.
Unités phraséologiques.
(SF. § 88 et 92)
Exercice 48.
Les phrases suivantes renferment des locutions qui ont le
caractère «^'unités plutôt que de séries. 1) On délimitera chaque
locution dans V ensemble de la phrase (SF. § 102); 2) on
remplacera chaque locution par un mot simple (SF, § 92),
ou, à la rigueur, par une locution synonyme ; 3) on déterminera
la catégorie grammaticale (nom, verbe, adjectif, adverbe, etc.) à
laquelle appartient le mot simple, et par conséquent la locution.
Ex.: *Un travail de longue haleine» ; 1) de longue haleine est
tm tout; 2) il équivaut à long; 3) long et de longue haleine
sont des adjectifs. De même: <^Cet ouvrage doit coûter à peu
près dix francs* ; à peu près = environ (adverbes), etc.
NB. — Ces locutions, comme toutes celles examinées dans ce chapitre, appartiennent à la langue courante ou à la langue écrite; les expressions composées de la langue famiUère, régies d'ailleurs par les mêmes lois, seront traitées dans les exercices de la septième partie. Nous rappelons que la réduction des locutions composées à des mots simples équivalents est une préparation directe et indispensable à l'étude de l'identification des faits de langage; on doit tenir grand compte de ce genre de comparaisons.
Prendre son parti d'un échec. — Prêter l'oreille aux propos des flatteurs. — Je vais le voir de temps à autre. — Avec de la persévérance, la chose ira à bien. — Prenez garde de me pousser à bout. — C'est un homme dont je fais grand cas. — Casser aux gages un domestique. — Parler à cœur ouvert. — Se rendre compte de l'utilité d'une chose. — Faire une chose à son corps défendant. — Rester court au milieu d'un discours. — Mettre qn en demeure de s'expliquer. — Mettre en doute la réalité d'un fait. — En un clin-d'œil il eut fini. — Un contrat rédigé dans les formes. — Rendre grâce à Dieu de ses bienfaits. — Un travail de longue haleine. —
54 Première Partie.
Arriver à grand peine à terminer un ouwage. — Mettre la dernière main à un tableau. — Entrer en matière après un court préambule. — L'ennemi commence à lâcher pied. — Prendre en pitié un malheureux. — Garder rigueur à qn qui vous a offensé. — Faire fausse route. — Faire cause commune avec qn. — Tenir compagnie à qn. — Un bon mot n'est pas toujours bon. — II est hors d'état de se défendre. — Faire entrer une dépense en ligne de compte. — Je suis bien aise de vous revoir. - Une jeune fille très comme il faut. — Un endroit mal famé. — Une solidité à toute épreuve. — Un ouvrier au courant de son métier. — Être passé maître dans un art. — Des idées terre à terre. — Votre chapeau est posé tout de travers. — Prendre sur soi les frais d'un voyage. — Un commerçant doit faire honneur à sa signature. — Les vivres font défaut. — Faire preuve d'un grand courage. — Rencontrer qn par hasard. — Répéter sans cesse la même choses — Examiner une chose à tête reposée. — On ne peut prévoir la chose à coup sûr. — Je vous dis cela par acquit de conscience. — Je reviendrai tout à l'heure. — Faire une chose à bon escient. — Venez sur-le-champ. — C'est exact à peu de chose près. — Se lever de bonne heure. — Percer un corps de part en part. — Connaître à fond une science. — Quand même cela serait vrai, je ne puis y ajouter foi. — Avoir qch. à portée de la main. — Il s'habilla tant bien que mal, à la hâte. — Tous à l'exception d'un seul. — Revenir au bout de dix ans. — Flotter au gré du vent. — Je l'ai vu il y a deux ans. — Marcher le long du fleuve. — Magasin fermé pour cause de décès. — Par suite d« certaines circonstances il m'a été impossible de venir. — Il l'a fait en dépit de mes avertissements. - Gela est fait en dépit du bon sens. —
Indices de Tunité phraséologique.
(SF. § 89 et suiv.)
Exercice 49.
Indices orttio^raphiqnes.
(SF. § 90,1) Cet exercice contient des mots formés d'anciens groupes phraséologigues dont les éléments ont été confondus dans
Délimitation des faits d'expression. 55
V écriture f p. ex.: milieu ^owr mi lieu. 1) Beniplacer ces mots par a' autres, synonymes ou analogues (p. ex. : milieu = centre) ; 2) alors seulement, décomposer ces mots au moyen des indications fournies par un dictionnaire (consulter de préférence le Dictionnaire Général); ex.: milieu = mi lieu = lat. médius locus, et constater que le sens primitif est oublié!
Un endroit éloigné. — Avoir de Ventrain. — Le plafond d'une chambre. — Un parterre de fleurs. — Une affaire importante. — Une averse soudaine. — Prendre de Vembonpoint. — Le bonheur, le malheur. — La malchance le poursuit. — Avoir de Yentregent. — Un sanglant affront. — Un vilain bonhomme. — Un malaise momentané. — Monsieur, Madame et Mademoiselle X. — Donner un acompte sur ce qu'on doit. — Donner V alarme. — Paravent ^ parapluie, paratonnerre. — Gendarme, gentilhomme. — Engager des pourparlers. — Une marchandise de bon aloi. — En amont, en aval d'un pont. — ha. plupart des hommes. — S^ envoler, s^enfuir, s'ensuivre. — Beaucoup d'argent. — Un air débonnaire. — Soyez le bienvenu. — Davanta^ge, toujours, aussitôt, bientôt, dorénavant, désormais, autrefois, parfois, quelquefois, avant, après, auparavant, pourtant, cependant, toutefois, néanmoins, nonobstant, hélas, afin de, parce que, puisque.
Séparation des éléments des locutions.
(SF. § 90,2)
Le type parfait des locutions à éléments séparables se trouve dans les formes grammaticales; p. ex. la négation fie . . . pas, les temps composés des verbes (j'ai fait, je suis venu, etc.) où l'auxiliaire peut toujours être séparé de son participe par d'autres mots (cf. j'ai mal fait, j'y suis souvent venu, etc.) ; la phrase : il n'a pas fait cela renferme deux unités séparables enchevêtrées. Ces cas ne seront pas envisagés ici; on ne considérera que les unités d'un caractère essentiellement lexicologique (comme celles de tous les exercices de ce chapitre); p. ex.: faire fi de = dédaigner (cf. «Il ne fait jamais fi des bons morceaux»), rendre service (cf. rendre uu grand service), etc.; mais il ne faut pas oublier qu'il n'y a pas de différence de principe entre ces deux catégories (voir SF. § 252).
56 Première Partie.
Exercice 50.
Reconstituer^ dans les phrases suivantes, Vunité des locutions dont les éléments sont séparés par d^autres mots, et remplacer ces locutions par des expressions de sens analogue (ex.: faire fi = dédaigner).
La machine est mise insensiblement en mouvement. — J'ai mis tout en œuvre pour le faire réussir. — Nous venons de partir, et je n'en peux déjà plus. — Il ne pourra pas prendre de si tôt sa revanche. — A-t-on encore pied à cet endroit de la rivière? — Il est seul à la tête des troupes. — Ils sont toujours aux prises l'un avec l'autre. — Il m'a tenu fidèle compagnie. — Mettons-nous sérieusement à l'œuvre. - On pourrait, à la grande rigueur, soutenir cette hypothèse. — Je ne vous garderai jamais rancune. — Avoir grand faim. — Passer une armée en revue. — Mettre une idée à exécution. — Avoir un peu envie de pleurer. — Vous ne me faites pas du tout peur. — Son départ aura très probablement lieu jeudi. — Ce député ne prend pas souvent la parole, -r- Ne vous mettez pas, comme ça, pour un rien, en colère. — Grâce, sans doute, à cette bonne volonté dont il fit preuve, il dut de réussir rapidement.
Reprendre quelques-unes des locutions contenues dans les exercices précédents, pcmr en former des phrases où les éléments soient séparés de la même manière. Ex.: entrer en matière: <i Entrer tout de suite en matière».
Locutions à éléments interchangeables.
(SF. § 90,2)
Là encore, les formes de syntaxe offrent les exemples les plus parfaits ^cf. plus haut); ainsi une préposition (comme p. ex. près de), qui peut être suivie de n'importe quel substantif {près de la route, près de la maison, etc.), n*est pas autre chose que l'élément fixe d'une locution de cette espèce; de même une conjonction avec la proposition qu'elle introduit (p. ex.: Si vous voulez^ s'il fait beau temps, etc.). Mais nous n'envisagerons naturellement que les locutions d'un caractère essentiellement lexicologique, bien qu'il n'y ait pas
Délimitation des faits d'expression. 57
de séparation absolue entre celles-ci et les «locutions grammaticales» (voir SF. § 252).
Exercice 52.
1) Trouver^ par substitution d'un élément, le contraire de chacune des locutions suivantes, p. ex. bien élevé: mal élevé, en haut: en bas etc.
Vendre en gros. — Voyager par mer. — L'avant-garde d'une armée. — Parler à haute voix. — Faire une chose de bon gré, de bonne grâce. — Au delà du fleuve. — En amont du pont. — Aller en avant. — Vraupper, par devant. — Passer par-dessus. — La bonne chance. — Ma montre est en avance. — Une machine en mauvais état. — Trente francs au plus, tout au plus, — Être bien en point. — Avoir bonne mine. — Il avance de plus en plus, — Il est parti: tant mieux! — Les juges lui ont donné raison.
2) Remplacer les expressions en italique par d'autres plus simples, de manière à montrer qu'il s^agit bien de locutions composées (p. ex.: c'est du dernier bourgeois = c*€st extrêmement bourgeois, etc.), puis remplacer l'élément variable de la locution par un ou plusieurs autres éléments (p. ex.: c'est du dernier galant, etc.).
Regarder d'un air sévère. — Parler d'un ton de reproche.
— Chasser un chien à coups de pieds. — Marcher à pas lents,
— Cet homme est des plus aimables. — Venez aussitôt que possible. — Il est on ne peut plus complaisant. — C'est de la dernière inconvenance. — La faute est bien pardonnable, si faute il y a. — Le premier imbécile venu aurait trouvé cela. — Ils sont en lutte les uns contre les mitres. — Cela augmente de jour en jour.
Mots indépendants et mots en locution.
(SF. § 93) Exercice 53.
Dans cet exercice, des couples de phrases sont établis de telle sorte qu'un même mot apparaisse dans son emploi indé-
58 Première Partie.
pendant et soti sens le plus usuel (p. ex. champ dans: «champ de blé^), et aussi comme élément d'une locution toute faite (p. ex. sur-le-champ^. 1) Faire, dans chaque cas, la distinction entre l'une et Vautre fonction; 2) remplacer la locution par un mot simple ou une périphrase de sens analogue; p. ex. sur-lechamp = «immédiatement, tout de suite»; etc. ; 3) constater que, en locution, le mot étudié n'a plus de sens par lui-même; signaler particidièrement les locutions otc le sens usuel serait positivement absurde, comme dans «prêter l'oreille à une proposition'», <i'écouter de toutes ses oreilles-», etc.
NB. — Plusieurs des exemples cités ont, en locution, un sens nettement archaïque, et pourraient, par conséquent, figurer aussi dans l'exercice 57.
Un fait important: un incident tout à fait sérieux. — J'éprouve du plaisir à l'écouter : j'attends votre bon plaisir. — Garder le silence: garder un enfant. — Quels sont vos desseins?: faire une chose à dessein. — Faites-le, si cela vous plaît: passez-moi le pain, s'il vous plaît. — Avoir les yeux à fleur de tête: cueiUir des fleurs. — Savoir un poème par cœur: son cœur bat à se rompre. — Il viendra à coup sûr: recevoir un coup. — Vouloir une chose à toute force: manquer de force: faire sortir qn de force. — Mettre qn à la porte: il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. — Un titre de noblesse: j'accepte, mais à titre de revanche. — Faire grand cas d'un élève: c'est un cas épineux. — Avoir t^ent d'une chose: regarder d'où vient le vent. — Un feu de bois: un fusil qui fait long /éî?^; faire /eî^ sur un lièvre. — Le bout d'une corde: être à bout d'expédients. — Être bon: tenir bon. — Etre à Varticle de la mort : un article du code. — Prendre un Hvre: prendre le pas sur qn. — II n'a aucune méthode, il va au petit bonheur: le bonheur parfait n'est pas de ce monde. — Rendre un objet prêté : faire 7'endre gorge à un escroc. — C'est son père tout craché (familier): cracher par terre. — Vous voilà enfin? à la bonne heure! : Vheure est venue. — Une fiche de consolation: consigner des notes dans des fiches. — Conclure un marché: acheter quelque chose à bon tnarché. -La classe ouvrière: il est la cheville ouvrière
Délimitation des faits d'expression. 59
de toute l'afTaire. — Expliquer un mot: ils se sont donné le mot pour ne rien dire. — Sauter à pieds joints: lâcher pied. — Tenir compte d'une circonstance: établir un compte. — Le cas échéant, on procédera à une nouvelle enquête: l'héritage loi est échu. — C'est son propre cousin: il a de V àmour-p ropre.
— Déchirer qn à belles dents: une belle robe. — Un usurier âpre au gain : un goût âpre. — Fausser compagnie à qn : fausser une clé. — Lancer un cer/-volant: un cerf aux abois. — Avoir V avantage sur un adversaire: cette situation offre de grands avantages.
Exercice 54.
Dans cet exercice les mots en italique font partie de locutions et n'ont pas leur sens dominant ou usuel. 1) Former des contextes où ce setis dominant apparaît ; 2) identifie}' chaque locution au moyen dUm mot simple ou dhme périphrase. Ex.: Prêter serment de fidélité — jurer fidélité; cf. prêter de l'argent à un ami.
Courir un danger. — Brûler la politesse à qn. — Se rendre compte d'une chose. — Coucher un acte par écrit. — Ajouter foi à une nouvelle. — Savoir gré à qn d'un service.
— Rendre service. — Tomber malade. - Passer un détail sous silence. — Il m'a planté là. — Tomber par terre. — Un beau jour on le vit reparaître. — Tomber au beau milieu de l'étang. — Dévaliser un passant en pleine rue et en plein midi. — Se lever de grand matin, de bon matin. — Avoir la haute main dans une affaire. — Des objets sont invisibles à l'œil nu. — Prendre l'air. — Ne prenez pas mon observation en mauvaise part. — Il sai^ tirer parti de tout. — 11 m'a à peine regardé. — Entrer en matière après un court préambule.
Exercice 65.
Les locutions suivantes n'offrent aucun sens par la décomposition de leurs éléments (à condition, bien entendu, que cette décomposition soit spontanée, et ne s'appuie sur aucun travail d'érudition). Constater le fait en cherchant le sens usuel des mots pris individuellement (p. ex. : poser une question à brûle-
60 Première Partie.
pourpoint; cf. brûler du bois; distinguer un pourpoint d^avec un haut-de-chausses) ; puis remplacer chaque locution par un mot simple ou une périphrase de sens analogue (p. ex. à brûlepourpoint = «inopinément, brusquement, sans avertir»).
Avoir maille à partir avec qn. — (Donner un rendez-vous à qn et) lui faire faux bond. — Il prend facilement la mouche; il a la tête près du bonnet. — Se quereller à propos de bottes. — Tirer sur qn à bout portant. — (Je ne devine pas:) je donne ma langue aux chiens. — Faire des châteaux en Espagne. — Chercher midi à quatorze heures. — (Faire une promenade) entre chien et loup. — Ecrire à qn une lettre à cheval. — Il a fait chou blanc, et en est pour sa courte honte. — Je veux en avoir le cœur net. — Être de compte à demi avec qn. — Il est heureux comme un coq en pâte. — La musique, ce n'est pas dans mes cordes. — J'y vais séance tenante. — Travailler d'arrache-pied. — Prendre ses jambes à son cou. — J'ai fait cette chose à mon corps défendant. — Attendre qn sous l'orme, croquer le marmot, faire le pied de grue. — (Il y a trop de travail:) les ouvrières sont sur les dents. — Il ne fit ni une ni deux (et marcha droit à son adversaire). — Ces enfants font le diable à quatre (quand leur père n'y est pas). — C'est moi qui serai le dindon de la farce. — Aller à fond de train. — Une causerie à bâtons rompus. — Nous gardons cette histoire pour la bonne bouche. — Un Genevois de la vieille roche. — Battre froid à qn. — Ils en ont fait des gorges chaudes à mes dépens.
NB. — On trouvera beaucoup d'autres exemples dans les recueils de «gallicismes».
Locutions de forme analogue.
Exercice 56.
Dans Vexercice suivant chaque couple de phrases renferme deux locutions de sens différents, malgré Vancdogie ou même Videntité de leurs formes. Déterminer la signification de chacune d'elles au moye7i d"" expressions synonymes et constater V inutilité des détails de forme pour la fixation du sens.
Délimitation des faits d'expression. 61
Mettre la main à l'ouvrage: mettre la main sur un voleur. — Ne serrez pas si fort, vous me faites mal: le phylloxéra fait du mal à la vigne. — Je le veux: Je le veux bien, si cela vous fait plaisir. — Gela me fait de la peine de vous voir triste: ce travail me donne de la peine. — Faire sa toilette chaque matin: faire toilette pour aller au bal. — Il y a un rapport entre ces deux questions : avoir des rapports avec quelqu'un. — Vous avez lieu de vous plaindre : la bataille de Salamine a eu lieu en 480. — Ce n'est pas en prenant de grands airs qu'on a grand air, — On vous a fait tort dans le partage : votre conduite vous fait du tort. — Prendre congé après une visite: prendre un congé pour cause de maladie : prendre son congé après une longue carrière. — Vous avez de la chance, donc vous avez chance de réussir. — Sa charité le sollicite sans cesse à faire le bien: on me sollicite de coopérer à cette œuvre. — Y tenez-^ous beaucoup ? : il fait trop chaud, je n^y tiens plus. — Servez-moi de guide: servezmoi vite, garçon, je sais pressé. — Le chat tient du tigre: à quoi tient le bonheur de l'homme! — Croire en Dieu: croire aux revenants. — S^ occuper sérieusement c^'une affaire: s'occuper sérieusement à des bagatelles. — Avoir droit à un héritage: avoir le droit de voter. — Il faut mourir: il me faut de l'argent. — Manquer du nécessaire: manquer à sa parole. — Je pense aller vous voir demain : je pense sérieusement à m'expatrier: que pensez-vous de cela? — Ce que femme veut, Dieu le veut: je ne veux point c^'un trône où je risque ma vie. — Il est intéressé dans cette entreprise: il est intéressé à sa réussite et s'intéresse à toutes les nouvelles qu'on en donne. — Passer une station: passer par Berlin en allant à Paris. — S''\\ venait à mourir?: il vient de mourir. — User de son droit: îiser ses habits. — Cette couleur tire sur le vert: mon travail tire à sa fin. — Se passer une fantaisie: se passer du superflu. — Causer une déception à qn: causer de la pluie et du beau temps. — Le beau participe du vrai: participer à une entreprise. — S'il arrive quelque chose, je m'en prendrai à vous : vous ne savez pas vous y prendre. — Vous m'en voidez de ce que j'ai fait?: c'est à moi que vous
62 Première Partie.
en voulez?: que me voulez-vous?: voulez-vous de moi pour guide? — S^ échapper de sa prison: échapper à la mort. — Il se fait grand: il se fait à la vie. — Il rit de moi: il se rit du danger. — Attendre la mort calmement: s'attendre à un échec. — Décider une chose: se décider à une chose: le sort décide de notre vie. — Mêlez-vous de vos affaires: se mêler à la conversation. — Une chose me convient: je conviens d'xxne chose avec qn. — Ow êtes-vous?: où en êtes-vous de votre travail? — Mettre de l'argent de côté: il demeure dans la maison à côté. — Vous m.'' obligerez en le faisant: si vous ne le faites pas, vous m'obligerez à vous punir. — Devoir de l'argent à qn: devoir sa fortune à son travail.
Archaïsmes de sens.
(SF. § 94) Exercice 67.
Dans cet exercice chaque mot en italique apparaît comme élément d'une locution et avec un sens sorti de l'usage.
1) Former des contextes montrant le sens dominant ou un des sens dominants de ce mot dans V usage actuel et dans son emploi indépendant (ex.: *en dépit de-», cf. «crever de dépit*^;
2) remplacer chaque locution composée par un mot simple ou une périphrase (ex. : ^arriver au port en dépit de la tempête"» : en dépit de = malgré).
Il est plus mort que vrf. — Accorder créance à une nouvelle. — Il a été condamné en vertu de l'article 229 du . code pénal. — Faire une chose de son propre chef. — La profession de foi du ^^icaire Savoyard. — Je n'admets cette hypothèse que sous bénéfice d'inventaire. — Une loi entre en vigueur. — Ils sont assis côte à côte. — Dresser procès-verbal. — Il me tient lieu de père. — Vous avez lieu de vous plaindre — Mettez-vous en devoir de me satisfaire. — Il est hors c^'haleine pour avoir trop couru. — Est-ce à dire qu'il faille tout abandonner? — Gela se passait du vivant de mon père. — Mettre qn en demeure de s'expliquer. — Il u'y a pas péril en la demeure.
Délimitation des faits d'expression. 63
Mots archaïques.
(SF. § 95) Exercice 58.
Délimiter, dans les phrases suivantes, les locutions composées, leur trouver des synonymes et dire quels sont les m,ots archaïques qui y figurent.
Faire une chose par mégarde. — Chercher noise à qn. — Faire bonne chère. — L'entreprise est à vau-l'eau. — J'ai vu d'emblée de quoi il s'agissait. — Une marchandise de bon aloi. — Il disparut en un cHn-d'œil. — Il l'a fait à mon insu. — Vous voulez toujours agir à votre guise. — Un lieu mal famé. — De prime abord je l'ai reconnu. — Depuis son échec il se tient coi. — Se glisser à la dérobée. — Ils se faisaient des politesses à l'envi l'un de l'autre. — On le paie au fur et à mesure de l'ouvrage. — Rire aux dépens de qn. — Gela ne va pas assez vite à son gré. — Il va de pair avec les gens du meilleur monde. — Il fait semblant de le croire. — Marcher à tâtons dans les ténèbres. — Il doit au tiers et au quart.
Les mots ci-dessous ne sont plus en usage, excepté dans des locutions qu'on cherchera dans un dictionnaire et avec lesquelles on formera de courtes phrases.
Inadvertance. Foison. Partance. Gouverne. Pesant (subst.). Dévolu. Entrefaite. L'avenant. Mais (= davantage, lat. magis). Lie (lat. laetus). Dores (= d'orés). Instar. Tenant (subst.). Damer. Devers. Battant (adj. d'intensité, SF. § 84). For. Franquette. Guingois. Culminant. Haro. Liard. Martel. Mire. Parage. Parages. Philosophai. Prou. Jeun. Pinacle. Tablature. Merci (= pitié). Antan. Berlue. Opiner. Branle. Escampette. Catimini. Amiable. Séant. Céans.
Archaïsmes de syntaxe.
(SF. § 95) On appelle archaïsme de syntaxe tout emploi d'un terme grammatical ou d'un fait de syntaxe qui n'est pas conforme à l'usage de
64 Première Partie. »
la langue vivante. Soit l'expression: «Cela ne se passera pas de la sorte»; il y a archaïsme de syntaxe par le fait que l'article (la) fonctionne avec le sens d'un démonstratif (= cette), ce qui n'est pas possible dans l'usage actuel ; un archaïsme de syntaxe révèle presque toujours la présence d'un groupe locutionnel. Nous comprenons dans la même catégorie le cas où un mot fonctionne p. ex. comme adverbe, alors qu'il est adjectif dans son emploi courant, et ainsi de suite (ex.: tenir hon = résister, où h(yn est adverbe).
Exercice 60.
Identifier par des mots simples ou des définitions les locutions suivantes, et constater que leurs éléments ne peuvent s'expliquer par la syntaxe usuelle. P. ex, : ce me semble = «selon moi, à mon avis» ; ce n'est plus employé comme démonstratif au neutre en dehors des groupes ce qui, ce que, c'est, etc.
NB. — Plusieurs contextes de cet exercice et du suivant renferment des ellipses qui ne sont plus senties comme telles (p. ex. il a de quoi, etc.), et constituent un indice phraséologique (cf.
A part ce défaut, c'est un excellent homme. — Le bénéfice total est de 200 francs, tous frais payés. — Gela ne se peut pas. — Que m'importe? — Ce n'est pas de refus. — Il est on ne peut plus bête. — Je n'ai pas grand'chose à faire. — On explique la chose comme suit. — Sur ce, il sortit. — Je n'en ai que faire. — Il a coupé court à l'entretien. — Il gagne bon an mal an dix mille francs. — J'y arriverai coûte que coûte. — Qu'est-ce à dire? — Que n'étiez-vous là! — C'est comme qui dirait un singe habillé en homme. — C'est autant de gagné sur la maladie. — Passe pour cette fois, mais ne recommencez pas! — Vous voulez aller à Paris plutôt qu'à Genève? Va pour Paris. — Ils courent à qui mieux mieux. — Elle se fait fort d'en venir à bout. — H n*a pas le sou. — Il s'en donne à cœur joie. — Le diable l'emporte! — Je l'ai échappa belle. — Ne faites semblant de rien. — Il a de quoi vivre (ou: il a de quoi). — Gela me tient à cœur. — Qui vivra verra' — Je vous laisse à penser s'il était content. — Il vous veut du bien. — Il vit au jour le jour." — ^ ce compte-là la vie devient impossible. — Il a beau m'y engager, je ne me décide pas. — Au besoin, je viendrai moi-même. — Il n*fest
Délimitation des faits d'expression. 65
jamais à court d'expédients. — Fais ce que dois, advienne que pourra. — Au pis aller, on pourrait y consentir. — C'est à qui Je flattera le plus. — Sauf votre respect, je n'en ferai rien. — Si j'étais que de vous, je n'hésiterais pas. — Gela va sans dire. — Trop gratter cuit, trop parler nuit. — Gela revient au même.* — Il y est; reste à savoir s'il saura s'y tenir. — Passe encore de bâtir, mais planter à cet âge! — D'où vient qu'il n'a pas d'amis? — Il paie de sa personne. — Sonune toute, l'offre est assez avantageuse. — Puisque vous l'exigez, force m'est bien d'en passer par là.
Archaïsmes de construction.
(SF. § 95) Exercice 01,
Les locutions suivantes (ainsi que plusieurs de V exercice précédent), renferment des constructions archaïques^ contraires à l'ordre usuel des mots en français moderne. Trouver des expressions synonymes sans constructions archaïques, Ex.: autant que faire se peut = autant que cela peut se faire, autant que cela est possible, etc.
Remettez ce papier à qui de droit. — Autant que faire se peut, il ne faut rien laisser au hasard. — Il continue son chemin sans mot dire, comme si de rien n'était. — Il gèle à pierre fendre. — L'avare veut tout obtenir sans bourse délier. — A vrai dire, je n'y crois guère. — Il a beau avoir la langue déliée; toujours est-il qu'il n'a pas les idées claires; et qui plus est, il est pour ainsi dire impossible de savoir au juste s'il sait de quoi il parle. — Allez-y sans plus tarder^ sans coup férir; mieux vaut en finir tout de suite. — Je vous donne un bon conseil ; libre à vous de ne pas- le suivre ; vous ne voulez pas m'écouter? Qu'à cela ne tienne! A Dieu ne plaise que je cherche à vous retenir! Vous agirez comme bon vous semble. — Je n'ai pas fini, tant s^ en faut. — Chemin faisant, nous causions de mille choses. — Puisque telle est la loi, force m'est bien d'en passer par là. — La chose sera adjugée au plus offrant. — La chose vaut la peine qu'on s'en occupe,
Bail y, Traité de stylistique française. II. 5
66 Première Partie.
si tant est qu'elle soit réalisable. — A quelque chose malheur est bon. — Amen: ainsi soit-il!
Substantif sans article.
(SF. § 95) Exercice 02.
Uahsence d'article devant le substantif constitue une sorte d^ archaïsme de grammaire ^stéréoti/pé» ^ et indique presque toujours qu'un groupe de mots forme locution. Remplacer les expressions suivantes par des mots simples ou des périphrases. Ex.: tenir tête = résister.
Avoir peur, avoir faim, avoir froid; avoir connaissance d'un événement. — Faire silence. — Avoir affaire à forte partie. — Mettre bon ordre à des troubles. — Faire partie d'un comité. — Faire part d'une nouvelle à qn. — Prendre part à une expédition. — Faire appel à la générosité des riches. — Fair€ signe à qn d'approcher. — Prendre goût à une chose.
— Les anarchistes font école. — Avoir coutume de fumer après ses repas. — Vous faites erreur. — Prenez garde de tomber. — J'ai envie de sortir. — Rendre compte de ses actes. — Faire halte pour reprendre haleine. — Prendre congé après une visite. — Prenez courage, ayez foi en vous-même, ne perdez pas patience. — Cette monnaie n'a plus cours.
Exercice 03.
Former avec les substantifs suivants^ sans les faire précéder d'articles, des locutions verbales ayant à peu près le même sens que les verbes et les périphrases placés entre parenthèses; former de courts contextes montrant le sens exact et l'accord de chaque locution. Ex. : profit (profiter de) = tirer profit de; cf.: «7Z sait tirer profit des avantages de la situationi^.
Usage (employer). — Défaut (manquer). — Parti (utiliser).
— Epoque (être remarquable). — Parole (exécuter une promesse). — Recours (recourir). — Foi (croire). — Corps (se
Délimitation des faits d'expression. 67
former* être plus consistant). — Femme (se marier). — Route (marcher). — Connaissance (se familiariser). — Compte (considérer). — Crédit (ne pas exiger de paiement immédiat). — Parti (défendre). — Difficulté (être difficile). — Vent (apprendre, être informé). — Besoin (il me faut). — Mal (souffrir). — Erreur (se tromper). — Ombrage (être offusqué, offensé). — Jour (convenir d'un rendez-vous). — Garde (se garder de qch.). — Choix (choisir). — Prise (pouvoir prendre). — Soin (soigner). — Suite (succéder). — Pied (s'établir). — Suite (continuer à s'occuper de). — Exemple (imiter). — Accès (pouvoir entrer). — Coutume (être habitué). — Emplette (acheter qch.). — Pied (s'enfoncer dans l'eau). — Fin (être terminé). — Fin (terminer). — Obstacle (empêcher). — Opposition (s'opposer). — Feu (s'allumer).
Exercice 64.
Les locutions suivantes contiennent des substantifs précédés de la préposition à sans article; on les remplacera par des mots simples ou des périphrases.
Aller à pied. — Mettre un fonctionnaire à pied (familier). — Mener à terme. — Conduire une entreprise à chef. — L'enfant est venu à terme. — Je vous dis cela à titre de renseignement. — Vous pouvez y aller par terre ou par mer, à volonté. — Traiter à forfait avec un entrepreneur. — Mettre à profit les enseignements d'un maître. — Cette roue tourne à vide. — Un critique prend un auteur à partie. — Mettre sa responsabilité à couvert — Vendre à crédit. — Crier à pleins poumons, chanter à gorge déployée, manger à bouche que veux-tu, aller à bride abattue. — Être à charge à qn. — Recevoir qn à bras ouverts.
Exercice 65.
Former avec les substantifs suivants, précédés de la préposition à sans article (et accompagnés ou nofi d^ autres mots), des locutions ayant à peu près le sens des mots entre parenthèses ; former de courtes phrases montrant V emploi exact de chaque locution. Ex. : Fond (complètement) = à fond ; cf. ^savoir
une chose à fond».
68 Première Partie.
Bout (être très fatigué). — Pic (verticalement). — Bien (faire réussir). — Cœur (prendre soin de). — Tâche (s'efforcer).
— Court (manquer de ressources). — Mort (tuer). — Port (faire réussir). — Jour (compléter). — Part (parler en particulier à qn). — Flot (remettre en état). — Peine (presque pas). — Tort (injustement). — Livre (sans préparation).
Exercice 66.
Former des locutions composées où entrent les substantifs ci-après j précédés de la préposition en, de manière que ces locutions aient le même sens que les expressions placées entre parenthèses ; former de courtes phrases avec^ ces locutions. Ex, : Train (être occupé à) = être en train de ; cf. ^11 était en train de lire quatid /entrai».
Vue (être visible). — Butte (être exposé à). — Faveur (plaire). — Vogue (être célèbre). — Vigueur (être appliqué). — Haine (commencer à haïr). — Affection (commencer à aimer).
— Route (partir). — Sorte (faire le nécessaire pour que). — Terre (inhumer). — Marche (partir). — Droit (être autorisé à).
— Danse (commencer à danser). — Campagne (commencer une guerre). — Liberté (libérer). — Réserve (serrer, conserver). — Compagnie (être avec qn). — Demeure (obliger, contraindre). — Devoir (se préparer à). — Colère (se fâcher).
— Pièces (défaire une armée). — Pitié (plaindre qn). — Circulation (faire circuler). — Revue (inspecter).
Locutions renfermant les mots le^ ,la, y, en.
(SF. § 98) Exercice 67.
La présetice des pronoms personnels et particules le, la, y, en, dans un groupe de mots, en l'absence de toute relation de ces pronoms avec un substantif énoncé précédemment, est un indice de groupement phraséologique. Constater, povnr chacun des exemples ci-après, que les expressions pronominales n^ont aucune valeur syntaxique; remplacer chaque locution par un mot ou une périphrase. Ex.: <tL^ emporter sur wn adversaire'» = «'Vaincre un adversaire», etc.
Délimitation des faits d'expression. 69
NB. — Cet exercice a le caraclère d'un répertoire et renferme à peu près toutes les locutions usuelles présentant la particularité signalée plus haut.
Il ne le cède à personne sur ce point. — Vous ne devinerez jamais: je vous le donne en cent! — On ne me la fait pas, à moi! (familier). — Tu me le paieras! — Vous me la baillez belle! — Il le prend sur un ton tel que toute discussion devient impossible. — Tenez- vous-le pour dit, et n'y revenez pas; sinon, gare à vous! — Je ne Tentends pas de cette çreille. — L'emportw sur un adversaire. — Il l'a échappé belle! — Quelqu'un qui ne l'a pas volé; c'est X.!
NB. — D'autres expressions comme: En voilà un qui se la coule douce. Ça te la coupe, Je ne peux plus la dire, etc. sont trop familières pour être citées ici.
Vous m'avez fait du tort, mais je ne vous en veux pas. — Allons-nous-en d'ici ! — Est-ce que vous en êtes réduit à mendier? — Nous en resterons là pour aujourd'hui. — Vous avez l'air de mauvaise humeur: à qui en avez- vous? — Maintenant je veux savoir à quoi m'en tenir; j'en aurai le cœur net! — Je suis si étonné que j'en crois à peine mes yeux (mes oreilles). — Avec cent sous nous nous en tirerons. — Gela a assez duré: il faut en finir. — N'essayez pas de m'en imposer, je sais ce que vous valez. — Vous allez vous en voir de grises, car à moi, il m'en a fait de toutes les couleurs (familier). — Je ne vous comprends pas: où voulez-vous en venir? — En voici bien d'une autre, maintenant! (familier). — Votre achat ne vaut rien ; vous en serez pour votre argent. — On m'en raconte de belles sur votre compte! — Allons! ce n'est rien: nous en sommes quittes pour la peur. — C'est triste, mais que voulez-vous? Je n'en peux mais. — A l'en croire, il est un phénix: c'est étonnant ce qu'il s'en croit! — Il m'en coûte de vous refuser, mais il le faut. — Si le cœur vous en dit, ne vous gênez pas : donnez-vous-en à cœur joie. — C'en est trop, je n'y tiens plus! — Vous en avez menti! — Il vous en cuira de ne pas obéir ! — Il en est de cela comme de tout le reste. — Il en va tout autrement. — Vous en
70 Première Partie.
prenez bien à votre aise! — Tenez- vous-en là, n'allez pas plus loin! — Arrêtons-nous un instant, je n'en puis plus! — Si vous êtes malheureux, ne vous en prenez qu'à vous-même. — Inutile de le dissuader, il ne veut pas en démordre. — Les deux armées en sont venues aux mains. — Pour tout le reste je m^en remets à vous. — Gela ne m'effraie pas; j'en ai vu bien d'autres ! — Ah ! il a fallu travailler pour eu arriver là ! — Il s'en faut de beaucoup que vous soyez prêt. — Ne vous en laissez pas conter par lui; c'est un filou. — Au point où en sont les choses, il n'y a pas à y revenir. — C'en est fait de lui, c'est un homme perdu. — Le sort en est jeté, il faut vaincre ou mourir. — Je n'en reviens pas, qu'il ait eu cette audace! — Avec cet homme-là, on ne sait jamais où l'on en est. — Je le croyais corrigé: hélas! il n'en est rien! — Il a beau être lent à comprendre, il n'en est pas moins très intelligent. — Je m'en tiens à ce que j'ai dit: n'attendez de moi aucune concession. — Nous sommes renvoyés hors de cour: j'en appelle. — Cf.: s'enfuir, s'envoler, s'ensuivre
(exerc. 49).
Ceux qui s'y connaissent disent grand bien de cet
ouvrage. — Vous ne savez pas vous y prendre. — Il y a de
l'eau dans ce vin. — Prenez garde: il y va de votre vie! —
Que voulez-vous? Je n'y puis rien. — On n'y voit goutte ici.
— Oh, oh! comme vous y allez! — Cette exphcation est si
embrouillée que je n'y suis plus du tout. — C'est un homme
énergique: il n'y va pas par quatre chemins. — Il tape bien:
il n'y va pas de main morte. — C'est décidé, il n'y a pas à
y revenir. — Regardez-y à deux fois avant de vous engager. —
Ne vous y trompez pas, c'est quelqu'un, cet homme-là! — Ah!
j'y suis! j'ai deviné, cette fois. — Je n'y tiens plus^ il fait
trop chaud.
Pléonasme.
(SF. § 98) Exercice 68.
Les locutions suivantes renferment des pléonasmes qui ne sont plus compris comme tels. Identifîei' ces locutions.
Délimitation des faits d'expression. 71
Il est ici en lieu et place de son patron. — Prendre fait et cause pour quelqu'un. — Il ne peut jamais rester en place, il est toujours par voies et par chemins. — Il faut travailler fort et ferme, l'examen est dans un mois. — Vous pouvez le faire, mais à vos risques et périls. — Ce contrat est nul et non avenu. — Je ne juge pas, je fais une constatation pure et simple. — Cet ouvrage manque d'unité, il est fart de pièces et de morceaux. — Vous le croyez encore là: il est bel et bien parti. — Il se surmena tant et si bien qu'il en mourut. — Vous me donnez pleine et entière satisfaction.
Oubli des rapports syntaxiques.
(SF. § 97) Exercice 69.
Expliquer les locutions en italique par des mots simples ou des périphrases, et constater que V analyse de leurs élém£nts est inconciliable avec la syntaxe usuelle.
On ne doit pas juger les gens sur des on dit. — Je le sais par ouï-dire. — Votre travail est fait à la diable ; vous montrez trop de laisser-aller; soignez les détails: pas d'à peu près! — C'est une femme très comme il faut, mais un peu vieux jeu, très collet monté, très à cheval sur les principes. — Il gagne deux mille francs bon an mal an. — Faire un coq-à-Vâne. -— S'envoler à tire d'aile. — Coupe de barbe à la Henri IV. — Notre bonheur tient dans pas grand chose. — Ne vous inquiétez pas du qu'en dira-t-on. — S'en donner à cœur joie,^ manger à bouche que veux-tu et boire à tire-larigot. — Un tête-à-tête. — Crier à tue-tête. — Très bon enfant, le mari, mais un petit brin jaloux (familier). — Avez-vous lu la «Revue des deux mondes» d'iZ y a quinze jours?
Clichés.
(SF. § 99) Exercice 70.
Expliquer le sens des expressions suivantes par des tournures plus simples, tirées de la langue courante. — Dire à quelle forme de style (p. ex. langage des journaux) et à quel
72 Première Partie.
ge7ire littéraire (p. ex. la poésie) sont empruntés ces clichés: reclwrcher si tel ou tel cliché ri! est pas une citation textuelle de quelque auteur connu; voir enfin lesquelles de ces expressions prêtent le plus au ridicule par leur caractère prétentieux (on aura un indice de ce caractère du cliché si la langue familière remploie dans une intention plaisante).
L'astre du jour. — La voûte étoilée. — Les espaces célestes. — Les feux de la nuit. — Le flambeau des nuits. — Le matin de la vie. — L'hiver de nos ans. — Il est aux portes de la mort. — Il paie le tribut de la nature. — La Parque a tranché le fil de ses jours. — Nous Tavons conduit à sa dernière demeure. — Dans un combat: mordre la poussière après avoir vendu chèrement sa vie. — La fleur de la chevalerie a péri dans cette bataille. — Boire l'onde amère. — Secouer le joug de la tyrannie et lever l'étendard de la révolte. — Où sont les neiges d'an tan? — Triste retour des choses d'ici-bas! — Il a trouvé le chemin de son cœur; elle a cessé d'être inhumaine; elle a couronné sa flamme. — Le maquis de la procédure. — Livrer un coupable à la vindicte publique. — Un orateur cherche à passionner le débat. — L'accusé est entré dans la voie dés aveux. — Le roi est dans nos murs. — Depuis ma dernière lettre les événements se sont précipités. — Cet écrivain fait le plus grand honneur à la France, mais son dernier ouvrage n'ajoutera rien à sa gloire. — Ce procédé se recommande par sa grande simplicité. — L'homme de l'art. — Les hommes de loi, les gens de palais. — Le glaive des lois. — Les arrêts de Thémis. — Conduire au dernier supplice. — Il est au-dessous de toute critique. — Faire gémir les presses (= faire imprimer un ouvrage). — Ce livre est un pur chef-d'œuvre. — Ce tableau est une petite merveille. — Ge roman est une pénétrante étude de psychologie amoureuse. — On se perd en conjectures sur l'origine de cet incident. — Cette symphonie est une œuvre d'une belle allure, d'une belle tenue artistique. — La chaleur communicative du banquet l'avait inspiré. — La plus franche gaieté n'a cessé de régner. — Je ne résiste pas au plaisir de vous lire une page de cette œuvre exquise. — Il est toujours dans les vignes du
Délimitation des faits d'expression. 73
Seigneur. — Faire de trop copieuses libations. — II s'est trop hâté de chanter victoire. — II ri*a pas eu le temps de se reposer sur ses lauriers. — Reprendre le chemin de la terre natale.
Exercices d'ensemble.
Tous les exercices précédents sont destinés à préparer le véritable travail de délimitation, tel qu'il se présente dans la réalité, c. à d. la découverte des groupes phraséologiques contenus dans un texte suivi. En voici un spécimen; le texte est tiré de Madame Bovary dd Flaubert.
Le soir, à l'éttide, il (Charles Bava?!/) tira ses bouts de manches de son 2>^ipitre, mit en ordre ses petites affaires, régla soigneusement son papier. Noies le vîmes qui travaillait en conscience^ cherchant tous les mots dans le dictionnaire et se donnant beaucoup de mal. Grâce, sans doute, à cette bonne volonté dont il fit preuve, il dut de ne pas descendre dans la classe inférieure.
1. On devra extraire de ce texte les groupes présentant une unité de sens relative ou absolue; la cohésion de ces groupes de mots est très variable, mais il vaut mieux trop rapprocher les mots que trop les séparer. Voici les groupes qui, dans le texte ci-dessus, ont un caractère nettement phraséologique :
Mettre en ordre. — En conscience. — Se donner du mal (SF. § 93,2). — Grâce à (SF. ibid.), — Sa^is doute. — Bonne volonté, — Faire preuve de.
2. On remplacera ensuite chaque locution composée par un mot unique, ou, à défaut de celui-ci, par une périphrase de sens analogue; c'est le seul vrai moyen de découvrir l'unité de sens de chaque locution; en outre, cet exercice, poursuivi méthodiquement, est la meilleure préparation à la recherche des termes d'identification (P partie, chap. 3). Voici quelques exemples de ces substitutions.
Mettre en ordre: arranger. — En conscience : consciencieusement, assidûment, soigneusement. — Se donner du mal: se donner de la peine, faire des efforts, peiner, s^ efforcer. — Grâce à: à cause de, par. — Sans doute: probablement. — Bonne volonté: zèle, assiduité, application. — Faire preuve de: montrer, manifester. — Je dois qch. à mon zèle: mon zèle est la cause d'une chose qui m' arrive (cf.: grâce à).
3. Mais ce n'est pas tout: ces mots simples et ces périphrases devront être introduits dans le texte, où ils amèneront, naturellement, certains changements de construction et de grammaire (cf. SF. § 130). C'est ainsi que le texte de Flaubert pourra être modifié
74 Première Partie.
de la façon suivante (il n'y gagnera assurément pas au point de vue littéraire; mais on n'oublie pas qu'il s'agit pour nous d'une simple expérience, et que nos exercices ne sont pas des exercices pratiques d'art d'écrire!):
Le soir, à l'étude, il arrangea ses petites affaires . . . Nous le vîmes qui travaillait assidûment . . . faisant de grands efforts . . . Le zèle qu'il montra fut probablement cause qu'il ne descendit lyas dans la classe inférieure. >
Jusqu'où aller dans ces substitutions ? C'est affaire de goût et d'à propos ; cela dépend beaucoup de la somme plus ou moins grande de mots dont on dispose. Cet exercice deviendra surtout fructueux quand on arrivera à le faire spontanément, automatiquement, au cours même de la lecture des textes. Ses conséquences sont très importantes: si l'on s'efforce de toujours remplacer les expressions du texte par des expressions plus simples, on acquerra peu à peu le sens de la langue usuelle, seule véritable norme de comparaison pour apprécier la valeur stylistique des faits de langage (SF. § 214); et, progressivement aussi, on arrivera à ne plus comparer entre eux seulement des faits de langage isolés, mais des modes d'expression, et c'est là le but le plus élevé où puisse tendre la stylistique.