PATURAGES. ROCHERS I GLACIERS
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que la production ligneuse sera double que dans telle autre où ces mêmes influences auront été mauvaises. Il en résulte que les bois formés dans les plaines présentent rarement une grande régularité dans l'épaisseur de leurs couches annuelles et peu d'homogénéité dans la composition de ces couches.
Étant données la grande étendue relative des régions dites de la plaine et la quantité variable de lumière, de chaleur et d'humidité qu'on y rencontre , il est nécessaire de partager le territoire de la France en un certain nombre de subdivisions. C'est encore la question d'humidité ou de répartition des pluies qui permet de distinguer les trois zones suivantes: 1** zone du Nord et de l'Est ou Parisienne; 2* zone Océanique ou Girondine ; 3° zone Méditerranéenne ou Pro^ vençale (voir la carte).
20. Zone du Nord et de TEst ou Parisienne. — Cette région, la plus développée de toutes, embrasse plus de la moitié de la France, c'est-à-dire, toutes les contrées qui, à l'exception du Morvan, du Jura et des Vosges , s'étendent au Nord d'une ligne orientée de l'Est h l'Ouest, de Valence à l'embouchure de la Gironde. Les forêts y sont en totalité peuplées d'essences feuillues ; les bois résineux, pin sylvestre, maritime ou pin laricio d'Autriche, n'y apparaissent toujours qu'a titre d'essences introduites par la culture. Le charme en est peut-être l'essence la plus caractéristique; le chêne rouvre et le chêne pédoncule y sont plus nombreux que partout ailleurs; le hêtre y abonde , sans lui appartenir en propre , puisqu'il s'élève dans la région montagneuse.
A côté des essences principales qui admettent la culture en massif, on y rencontre, à l'état disséminé, des espèces précieuses telles que : les frênes , les érables et les ormes , dont les bois doués de qualités spéciales apportent le plus utile contingent à la richesse forestière ; c'est également la patrie des bois blancs, saules, tilleuls, peupliers, qui recherchent surtout les terrains fertiles et humides; de nombreux arbustes y constituent les sous-bois.
Sur tous les points de la contrée, la quantité d'eau tombée atteint en moyenne 700 % ; mais ce qui caractérise surtout l'influence bienfaisante des pluies, c'est que la majeure partie tombe en été, de sorte
que les grandes sécheresses y sont rarement à craindre. Les vents dominants sont ceux de TOuest qui, chargés de nuages, activent peu l'évaporation et se condensent en brouillards et en pluie au moindre abaissement de température.
Tout concourt donc à rendre le climat humide et essentiellement favorable à la végétation ligneuse. C'est la région forestière par excellence.
21. Zone Océanique ou Girondine. — La région Océanique ou Girondine suit TOcéan, de Rayonne à Tembouchure de la Gironde, et même, à ce point, empiète sur la première en s'étendant jusqu'à la Loire; c'est dans les Dunes et dans les Landes qu'elle est le mieux accusée. Ses caractères s'effacent et se fondent insensiblement avec ceux de la région tempérée, à mesure qu'on s'éloigne du littoral en s'avançant dans la direction de l'Est vers le plateau central.
Le pin maritime, le chêne occidental et le chêne tauzin en sont les essences caractéristiques ; ces deux dernières lui appartiennent en propre. On y remarque aussi le chêne pédoncule, particulièrement abondant dans les parties submersibles de la vallée de l'Adour où il végète avec vigueur, atteint de remarquables dimensions et fournit ces excellents chênes de Bayonne très recherchés dans les chantiers de constructions maritimes ; le chêne rouvre , qui néanmoins fait presque absolument défaut dans la région des Landes ; le chêne yeuse, qui ne se trouve pas uniformément réparti et semble rechercher les terrains calcaires ; aussi est-il rare dans les sables des Landes et n'y a-t-il, en aucun point, la grande importance qu'il acquiert dans le littoral de la Méditerranée.
A ces végétaux essentiels des forêts se joignent 4*assez nombreuses espèces arbustives de la région parisienne, auxquelles s'ajoutent quelques autres de la région Méditerranéenne.
Ce climat, moins chaud et moins sec que celui de la Provence, convient parfaitement à l'agriculture. Il y tombe à peu près autant d'eau que dans la première zone ; seulement, ici, ce sont les pluies d'automne qui sont les plus fréquentes, et les vents d'Ouest dominants y entretiennent une somme d'humidité suffisante pour les forêts qui n'ont pas à redouter de trop grandes sécheresses.
22. Zone Héditerranéeiine ou Provençale. — Cette région au climat sec et chaud, au sol en très grande partie calcaire, borde la Méditerranée de Nice à Port-Vendres ; resserrée à ses deux extrémités entre le littoral et le pied des Alpes Maritimes à l'Est, des Pyrénées à l'Ouest, elle s'élargit dans son parcours moyen à la hauteur du Rhône, remonte jusqu'aux environs de Valence, pénétrant d'un côté assez profondément dans les Alpes par les grandes vallées qui en débouchent, s'appuyant de l'autre sur les grands contreforts des Cévennes. Les forêts y sont nombreuses, étendues, mais, malgré l'intérêt qu'elles offrent, elles ne présentent plus ces massifs frais et touffus, cette végétation vigoureuse , élancée , des forêts des zones tempérées. Le chêne yeuse et le pin d'Alep en sont les essences dominantes et caractéristiques; le pin maritime et le chêne-liège qui , par ses produits accessoires , est appelé à devenir une des principales richesses du pays , n'apparaissent que sur les terrains siliceux des Maures et de l'Esterel ; le chêne rouvre ne s'y mon* tre que sous une forme amoindrie ; c'est enfin la région de l'olivier et du mûrier qui n'appartiennent plus à la culture forestière proprement dite. Les grandes espèces disséminées deviennent rares dans les forêts où la végétation buissonnante prend un caractère spécial et une forme toute différente de celle de la région tempérée ; les cistes, lespaliures, les térébinthes et les lentisques forment des sousbois impénétrables qui se dessèchent pendant l'été et sont une des principales causes des incendies qui ravagent périodiquement les forêts de la contrée.
Les bois nourris sous ces climats chauds et bien ensoleillés sont généralement durs, serrés, lourds, très roides, sujets à se gercer et à se tourmenter beaucoup; ils n'atteignent que rarement de grandes dimensions. Ils fournissent, en tous cas, notamment le chêne yeuse, des bois de feu et du charbon de première qualité.
La quantité annuelle de pluie tombée n'est pas de beaucoup inférieure à celle de la zone Parisienne ; sa distribution, toutefois, est très différente. Plus de la moitié tombe en automne, l'autre moitié en hiver et au printemps; il en résulte, en été, des sécheresses persistantes. Les averses d'automne étant très abondantes, on compte annuellement beaucoup moins de jours pluvieux que dans d'autres
contrées, circonstance très défavorable aux forêts. Lèvent dominant est le vent du Nord-Ouest qui, sous le nom de mistral, souffle avec violence dans toute la vallée du Rhône.
§ 2. — Climat de montagne,
23. Effets généraux. — Les stations montagneuses sont caractérisées par un relief fortement accusé, des pentes raides, parfois abiniptes, un sol souvent rocheux, mais surtout par des pluies et des neiges qui entretiennent une somme d'humidité à peu près constante, de telle sorte que les inconvénients de la sécheresse ne sont à redouter dans aucune saison de Tannée.
En montagne, Thiver, au lieu de 4 à 5 mois, en dure 7 à 8 ; il s'allonge ainsi au détriment du printemps et de l'automne. La neige, toujours abondante dans les hautes régions, disparait binisquement quand le soleil est déjà haut au-dessus de l'horizon et Ton passe, pour ainsi dire sans transition, de l'hiver à l'été. Il en est de même pour l'automne qui est ainsi abrégé par les chutes prématurées de la neige. C'est ainsi que dans les Alpes, par exemple, aux altitudes de 1,800 h 2,000 mètres, la neige ne disparaît complètement que vers le 1" juin et elle commence à tomber abondamment dès le 15 septembre. Le printemps et Tautomne, avec leurs influences utiles ou nuisibles, n'existent plus que de nom dans ces stations élevées où, au lieu de quatre, le nombre des saisons est réduit à deux : un hiver de 8 mois sous la neige et un été de 4 mois avec des quantités de lumière, de chaleur et d'humidité à peu près constantes pour chaque année.
Il en résulte qu'en montagne les arbres ont une végétation beaucoup moins rapide, mais que, croissant dans des conditions qui, d'une année à l'autre, restent toujours égales à elles-mêmes, leur bois présente des accroissements réguliers et homogènes. A ce point de vue, le climat des régions les plus septentrionales du globe présente une certaine analogie avec celui des montagnes.
Il n'y a aucune subdivision à établir pour le climat de montagne, car la conséquence de Taltitude se fait parlout sentir sous la même forme sans être sérieusement influencée par la latitude, celleci n'ayant d'autre effet que de remonter ou d'abaisser le point où
commence le climat montagneux. Il suffira donc d'indiquer som-r mairement les caractères spéciaux que présente chacun des cinq grands massifs naturels formés par les Vosges, le Jura, les Alpes, les Pyrénées et le Plateau cerUraL
24. Massif des Vosges. — Le climat de la montagne commence vers 350 mètres d'altitude dans les Vosges qui forment une des contrées les mieux et les plus richement boisées de la France. Le sapin, le hôtre auxquels se joint l'épicéa sur les plus hauls sommets, en sont les essences dominantes. Le chêne, le charme, n'en occupent que les contreforts et disparaissent complètement sur les sommets élevés ; les érables accompagnent les sapins jusqu'aux plus grandes altitudes. Le pin sylvestre est assez commun et provient , dans la plupart des cas, de travaux de reboisements entrepris depuis longtemps sur une grande échelle*
La végétation forestière ne s'élève guère au-dessus de i ,250 mètres dans ces montagnes où les cimes les plus élevées dépassent à peine 4 ,400 mètres.
25. Massif du Jura. — Les forêts du Jura sont moins étendues, en général^, mais elles sont aussi riches, plus riches même que celles des Vosges. Bien qu'assises en sol calcaire, tandis que celles de la région Vosgicnne le sont en terrains siliceux, elles présentent avec ces dernières, dans leur peuplement et la nature des essences principales qui les forment, une simiUtude remarquable, avec un cachet plus méridional toutefois, à raison de la différence des latitudes, d'une part, et de l'autre, parce que les demiei's plateaux jurassiques appartiennent par leur altitude à la région alpestre , que les Vosges n'atteignent qu'exceptionnellement par quelques-uns de leurs sommets.
Les forêts du premier plateau , par leur végétation et leur composition, appartiennent bien plus à la région de la plaine qu'à celle de la montagne ; dès le deuxième plateau, vers 500 mètres d'altitude, apparaît, par biusque transition, le sapin, puis à mesure qu'on s'élève, l'épicéa, qui, sur les crêtes les plus hautes, finit par devenir l'essence dominante des forêts. Le hêtre accompagne ces essences
sans être néanmoins aussi abondant que dans les Vosges ; le charme ne s'y rencontre pas plus que le pin sylvestre.
Sur les hautes montagnes , dont les sommets sont exploités sous forme de pâturage , la végétation forestière n'atteint pas 4 ,500 mètres.
26. Massif des Alpes. — Le grand massif des Alpes qui s'étend du lac de Genève à la Méditerranée , présente , étagées les unes audessus des autres, toutes les zones de la végétation forestière française, depuis la cote jusqu'à celle de 2,900 mètres qui, dans cette région marque la limite supérieure de l'aire d'habitation pour les essences ligneuses.
Les parties basses , jusqu'à 600 ou 650 mètres d*altitude , bien qu'appartenant par leur relief à la véritable montagne , jouissent encore des bénéfices du climat provençal qui les avoisine; à partir de ces hauteurs, on rencontre d'abord le hêtre, le sapin, le pin sylvestre, puis l'épicéa qui ne se présente avec une certaine abondance que dans les parties septentrionales , principalement dans le massif de la Grande-Chartreuse, la Savoie et la Haute-Savoie. A ces espèces s'associent ou succèdent le pin de montagne , le mélèze et le pin cembro; ces deux derniers, absolument spéciaux aux, Alpes, ne se retrouvent à l'état spontané dans aucune des autres montagnes de la France.
Il est à regretter que dans toute cette région dont le climat serait si favorable à la production de bois d'excellente qualité , les forêts aient en grande partie disparu par suite de l'abus du pâturage. L'administration forestière a reçu l'importante mission de reboiser les Alpes; mais c'est surtout dans le but de consolider le sol que ces immenses travaux sont entrepris, et il faudra que les forêts nouvellement créées aient accompli pendant bien longtemps ce rôle protecteur, pour qu'on puisse les considérer comme une véritable source de produits ligneux.
27. Massif du Plateau central. — Comme les Alpes , le Plateau central est loin d'être bien boisé. Les rares forêts qu'on y rencontre, sont peuplées de hêtre, de sapin et de pin sylvestre.
Bien que, sous ce climat franchement montagneux, les bois soient susceptibles d'acquérir toutes les qualités désirables, les forêts actuelles suffisent à peine pour subvenir à la consommation locale. Cela tient sans doute à la forme du massif qui , mal partagé sous le rapport des moyens de transport, rend la sortie des bois coûteuse et en a éloigné le commerce. Faute de débouché, les habitants n'ont estimé la valeur productive des forêts que sous forme de pâturage ; la dent des bestiaux les a en grande partie détruites. L'œuvre du reboisement entreprise avec succès dans toute la région y produira les meilleurs effets.
A ce groupe peuvent être rattachées les montagnes du Morvan, très riches en forêts où le hêtre domine, et celles des Cévennes, où l'on rencontre une race de pin laricio qui leur est propre et qui , croissant en mauvais sol, dans des situations battues par les vents, prend des formes défectueuses sous d'assez faibles dimensions et ne donne que du bois de feu.
28. Massif des Pyrénées. — La végétation méditerranéenne et celle océanique s'élèvent souvent dans les Pyrénées jusque vers 900 mètres ; à partir de cette altitude , les forêts produisent surtout du sapin, du hêtre, du pin sylvestre et du pin de montagne. Le sapin du département de l'Aude mérite seul d'être mentionné pour la qualité exceptionnelle de ses arbres et la beauté de ses produits ; ailleurs, les forêts, ruinées par le pâturage et par les abus de toute sorte, ne présentent, en général, sur des surfaces immenses, que des peuplements fatigués et souvent interrompus par de grands espaces improductifs, couverts de rochers nus.
Le climat de la région comporterait une exploitation plus rationnelle du sol, et en y élevant de bonnes forêts, on y ferait aussi renaître de gras pâturages.