III. — Monographie des essences
77. Renseignements généraux. — Dans les monographies qui vont suivre, les espèces seront étudiées dans Tordre porté au tableau ci-après. On s'est contenté de donner pour chacune d'elles les renseignements suivants' :
1* Aire d'habitation en France ; préférences au point de vue du sol.
2* Tempérament; aptitude à rejeter des souches.
3* Enracinement; mode de fructification.
il* Croissance en hauteur et en grosseur; longévité.
5^ Bois et ses usages.
6* Produits accessoires.
7* Enfin, sous la rubrique Allures forestières, on a résumé leur manière d'être en forêt et leur aptitude à s'accommoder de tel ou tel mode de traitement.
!•' Grodpb. — Essences feuillues.
/ Le chêne rouvre et le chéoc pédoncule.
Le chêne tauzin.
Le chêne-liêge.
Le chêne occidental.
Le chêne yeuse.
Le châtaignier.
Le hêtre.
Le charme.
Le frêne.
Les érables.
Les ormes.
Le micocoulier. Les fruitiers.
Les bouleaux.
Les aunes.
Les tilleuls.
Espèces sociales .... Bois durs.
Bois durs.
Espèces disséminées. . . ( g^j^ dcmi-durs
fiois tendres ou bois
blancs i ^*» P«"P"««
Les saules.
I. Toutes les données botaniques ont été empruntées à la Flore forestière de M. Mathieu.
2* Groupe. — Essences résineuses.
Le sapin.
L'épi€Ôa.
Le mélèze.
Le pin sylvestre.
Espèces sociales { Le pin de montagne.
Le pin maritime.
Le pin laricio.
Le pin d'ÀIep.
Le pin cembro.
l'» Bois feuillus.
78. Le chêne rouvre et le chêne pédoncule. — Le chêne rouvre et le chêne pédoncule sont les plus répandus en France, et, lorsqu'on emploie le mot de chêne seul, c'est toujours de Tune ou de l'autre de ces deux formes qu'il est question.
Le chêne rouvre (Quercus sessiliflora) est encore appelé chétie mâle, durelin, drille ou dnllard, roure, chêne blanc.
Le chêne pédoncule {Quercus pedonculata)^ suivant les régions, porte aussi les noms de: chêne à grappes, chêne blanc (Gironde, Landes, Picardie), chên^ femelle, gravelin, chêne noir (Blésois).
Aire d'habitation, soL — En Finance, ces deux espèces se rencontrent à peu près partout, sauf dans la haute montagne et dans les départements les plus chauds du littoral de la Méditerranée. Le pédoncule est très abondant dans les régions du Sud-Ouest, où il peuple, presque à lui seul, les forêts feuillues des Landes et du bassin de l'Adour. C'est lui qu'on plante dans les haies qui entourent les pâturages de la Normandie. Le rouvre domine dans le centre de la Finance et dans les régions accidentées. Ces chênes atteignent leur maximum d'expansion dans la zone tempérée, où ils caractérisent, par leur abondance, une région se confondant souvent avec celle de la vigne et à laquelle succède la région froide du sapin. Leur aire d'habitation n'est cependant pas identique, car, si le chêne rouvre, qui craint moins que le pédoncule la chaleur et la sécheresse, descend plus bas dans les régions méditerranéennes, il s'élève aussi moins haut en latitude et en altitude.
Indifférents à la composition minérale du terrain, ils se plaisent
surtout dans les sols profonds, argileux sans trop de compacité. Néanmoins, ces deux chênes, que pendant longtemps on avait considérés comme pouvant impunément se substituer Tun à l'autre, manifestent des préférences bien distinctes S
Le pédoncule exige un sol humide ou, tout au moins, frais ; les terrains argilo-sablonneux, fussent-ils submergés en certaines saisons, lui sont parfaitement convenables ; c'est souvent une faute grave d'en poursuivre l'assainissement. Cette espèce est, par excellence, celle des grandes plaines et des vallées.
Les sols bas, argileux, humides conviennent peu au chêne rouvre ; celui-ci préfère les terrains plus meubles, graveleux, sablonneux, calcaires, pourvu qu'une . certaine quantité d'argile y maintienne la fraîcheur dont il ne peut se passer. Aussi les collines, les plateaux, les contreforts des montagnes, où il trouve plus habituellement toutes ces conditions réunies , forment sa station de prédilection.
On ne saurait attacher trop d'importance, dans les travaux de repeuplement, à cette différence fondamentale, afin de placer chacune des deux formes dans la station qui lui est propre.
Tempérament. — Chez les deux espèces, le jeune plant est robuste, par suite leur couvert est léger, souvent même incomplet pour le pédoncule. Ils résistent bien à la chaleur, assez bien aux grands froids de l'hiver, mais leur feuillage est très sensible à l'influence des gelées printanières; le ^po^oBoule, qui entre en végétation plus tôt que le .* P^TM^^t^uwo, est plus exposé à ces accidents ; d'ailleurs, ses feuilles tombent aussi plus tôt en automne et persistent rarement è^J^étRtmdrceseeftt.
Comme toutes les essences feuillues de lumière, l'un et l'autre repoussent parfaitement xle souches.
Enracinement, fructification. — La racine de ces deux chênes est essentiellement pivotante.
Leur fruit lourd porte le nom de gland; les années de semence qu'on appelle glandées, sont surtout fréquentes sur les chênes isolés dans la région du Sud-Est où l'on peut récolter des fruits presque tous les ans ; plus on s'avance vers le Nord, plus les glandées sont
1 . Dubois, Considérations cuUurales sur les futaies de chêne du Blésois. Blois, Lexesne, 1866.
rares; clans le centre, elles ne se succèdent qu'à 6 ou 7 ans d'intervalle et parfois, dans la France septentrionale, elles se font attendre 10 et même 15 ans.
Croissance, longévité. — La croissance de ces chênes, lente au début, devient bientôt assez active dans les bons sols ; elle se soutient jusqu'à un âge très avancé, car leur longévité est très considérable et dépasse plusieurs siècles.
Aussi bien sur les pieds isolés que sur ceux en massif plein, l'accroissement en hauteur s'arrête vers l'âge de 100 ans.
Bois et usages. — Le bois de chêne doit être mis au premier rang, pour l'ensemble des qualités qu'on y rencontre; mais, suivant la nature du sol et du climat qui active ou ralentit la végétation, il est plus ou moins nerveux ou plus ou moins tendre. Le bois du pédoncule est, en général, plus dense que celui du rouvre croissant dans les mêmes conditions; il convient mieux comme bois de constniction ; le rouvre est plus eslimé pour le travail et pour la fente. Le pédoncule de Hongrie donne néanmoins du merrain très apprécié.
Produits accessoires. — L'écorce de ces deux chênes est utilisée comme écorce à tan; celle du rouvre qui croît sur les coteaux chauds et bien éclairés, est généralement plus recherchée.
Allures forestières. — « Le grand mérite du chêne pour les propriétaires de bois, dit M. Broilliard\ c'est qu'il abonde dans les forêts, qu'il croît dans presque tous les sols, qu'il prospère à l'état de massif ou d'arbre isolé, en futaie comme en taillis, et qu'il joint à la rusticité une longévité permettant à la plupart des sujets d'arriver à de grandes dimensions. »
Le chêne repousse abondamment de souche et conserve cette faculté jusqu'à un âge très avancé; aussi, il s'accommode très bien du traitement en taillis simple ; il fournit alors un chauffage très estimé. Le plus souvent ce traitement lui est appliqué pour en tirer la matière tannante contenue dans sa jeune écorce.
Mais la principale valeur du chêne lui vient de ses qualités comme hois d'œuvre et des grandes dimensions qu'il est susceptible d'acquérir. Traité en futaie, il devient le géant des forêts do la plaine; par