‹ Traité de sylvicultureChapitre 56 sur 128 · Dubois, hc. df · texte numérisé non relu

Dubois, hc. df

du Sud au Nord, s'étend des Pyrénées à la Loire et même, un peu au delà, jusqu'au Mans ; puis de TOuest à TEst, des bords de TOcéan à une ligne tirée d'Orléans à Tulle et à Toulouse. Atteint son maximum d'expansion sur le littoral, dans les Landes, la Gironde, le Lot-et- Garonne, la Dordogne et la Charente-Inférieure; décroît en abondance sur les bords septentrionaux et occidentaux de son aire, où il devient subordonné, rare et très rare.

Le tauzin semble préférer les sols siliceux et croît plutôt dans les stations du chêne pédoncule que dans celles du chêne rouvre.

Tempérament. — Le tempérament du jeune plant est robuste ; le couvert de Tarbre est léger; on ne rencontre le chêne tauzin que dans les stations où les grands froids de l'hiver et les gelées printanières sont peu à craindre. D'ailleurs, comme il entre en végétation très tardivement, il est moins exposé que les deux espèces précédentes à ces derniers accidents.

Il rejette très bien de souches.

Enracinement, fructification. — Bien que pourvu d'un pivot, ce chêne est particulièrement remarquable par ses racines traçantes qui possèdent au plus haut degré la faculté de drageonner.

La production des glands est assez abondante chaque année.

Croissance, — Le chêne tauzin est le plus souvent un arbre tortueux; il est loin d'atteindre les bielles dimensions du rouvre ou du pédoncule.

Bois et ses usages. — Son bois raide, se gerçant et se tourmentant beaucoup , est peu estimé comme bois de construction ou de travail; il est au contraire recherché comme bois de feu.

Produits accessoires. — L'écorce jeune renferme beaucoup de tanin et fournit du tan d'une qualité supérieure même à celle du chêne rouvre.

Dans les départements du Sud, ses glands sont récoltés pour l'engraissement des porcs.

Allures forestières, — Le traitement en taillis convient à tous égards au chêne tauzin; il doit môme lui être exclusivement applique, car ses dimensions toujours restreintes et ses médiocres qualités comme bois d'œuvre, font qu'on n'aui'ait aucun intérêt à le traiter en futaie.

80. Le chdne-Iiège (Quercus suber). — Le chêne-liège a les feuilles persistantes. C'est une essence exclusivement méditerranéenne, se trouvant en France à la limite septentrionale de son aire d'habitation ; répandue en Algérie et en Corse et formant sur les bords du littoral trois régions disjointes : l"" dans les Maures et l'Esterel, de Grasse à Hyères; 2*^ dans le Gard et THéraulL; 3** dans les Pyrénées-Orientales. Cette espèce essentiellement calcifuge se trouve ainsi cantonnée dans les sols granitiques, porphyriques et schisteux. Dans les Maures, elle monte jusqu'à 700 mètres; dans les Pyrénées, elle ne s'élève pas au delà de 500 mètres.

Tempérament. — Le feuillage du chêne-liège, bien que persistant, est grêle et rare, son couvert est léger; ce sont les conséquences du tempérament robuste de son jeune plant. Il repousse bien de souches.

Enracinement, fructification, — Les racines sont à la fois pivotantes et traçantes, suivant la profondeur du sol; elles ont aussi la faculté de drageonner, notamment quand les souches ont été atteintes par les incendies qui ravagent les forêts de sa région.

La fructification est précoce et se produit dès l'âge de 15 ans ; ce n'est guère qu'à 30 ans qu'elle est abondante et soutenue ; en France, elle n'est le plus souvent qu'intermittente.

Croissance, longévité, — Arbre de deuxième grandeur, d'une croissance assez rapide dans le jeune âge, mais prenant bientôt une forme trapue; sa longévité est grande.

Bois et ses usages, — Son bois est peu estimé comme bois de service , parce qu'il se tourmente trop ; il donne un très bon combustible et fournit un excellent charbon.

Produits accessoires. — Le liège qu'on tire de son écorce a plus de valeur que le bois lui-même; il donne une très grande importance à cette précieuse essence , dont on ne saurait trop recommander la multiplication partout où elle peut prospérer.

Les glands, sans être très âpres, ne sont pas ordinairement comestibles.

81 . Le chêne occidental (Qnercus occidentalis) • — Essence exclusivement océanique, appartenant au golfe de Gascogne, le chêne occidental recherche les sols siliceux, comme le chêne-liège auquel

il ressemble en tous points: pour le tempérament, T enracinement, la croissance, les qualités de son bois et de son écorce et dont il ne diiîère que par la maturation bisannuelle de ses glands, tandis que celle du chêne-liège est annuelle.

Allures forestières. — Lfi chêne-liège, comme le chêne occidental, acquièrent de l'importance surtout à cause de leur écorce. A ce point de vue, on en obtient le meilleur rendement en les disposant par pieds isolés à la façon des arbres fruitiers dans les vergers.

82. Le chêne yeuse (Quercus ilez). — Ce chêne, essentiellement méridional, est tout particulièrement répandu dans la zone méditerranéenne ; abondant sur tout le littoral, de Menton (Alpes-Maritimes) à Céret (Pyrénées-Orientales), il s'avance dans les Alpes par les grandes vallées jusqu'à Digne , Sisteron et Montélimart , remonte le Rhône jusqu'au delà de Valence, garnit les contreforts des Cévennes, pénètre vers le plateau central par la région des Gausses, jusqu'à Florac, Rodez, Saint-Affrique ; vers l'Ouest, il se prolonge jusqu'à Toulouse et Saint-Gaudens.

Il reparaît sur le littoral de l'Océan sous la forme d'une bande qui, de la Tesie , dans la Gironde, se dirige , presque sans discontinuité, jusqu'à Saint-Brieuc, sur la Manche, après avoir atteint son maximum d'expansion dans la Charente-hiférieure, où il s'élargit vers l'Est jusqu'au delà d'Angoulême. Gette essence est rare dans cette région océanique , elle y acquiert beaucoup moins d'importance que sur le versant de la Méditerranée ; elle manifeste, en effet, une pTéférence pour les sols calcaires, delà son abondance sur le littoral méditerranéen, sauf dans les régions granitiques des Maures et de TEsterel ; do là aussi sa rareté sur le littoral sablonneux de l'Océan, si ce n'est dans les régions calcaires de la Gharente; de là enfin, son apparition dansle plateau centralpar la région des Gausses. Il parvient dans les Alpes et en Provence jusqu'à Tàltitude de 700 à 800 mètres, dans les Pyrénées à celle de 600 mètres.

Tempérament. — L'yeuse est très robuste et résiste aux expositions méridionales les plus chaudes ; son feuillage, bien que persistant, est assez léger. Il fournit d'abondants rejets de souches jusqu'à un âge très avancé.

Enracinement, fructification, — Avec un enracinement essentiellement pivotant , Tyeuse possède des racines latérales drageonnantes.

La fructification est précoce et se produit dès 8 à 10 ans; elle se soutient abondante et régulière jusqu'à un âge avancé.

Croissance, lonyévité. — Bien que sa croissance soit assez rapide dans le jeune âge , il ne dépasse pas les dimensions d'un arbre de troisième grandeur. Sa longévité atteint et dépasse trois siècles.

Bois et ses usages, — Le bois du chêne yeuse est très dur, très lourd et extrêmement compact; il est fort sujet à se tourmenter et peu convenable au travail ; son poids exagéré et ses faibles dimensions en longueur limitent ses emplois comme bois de construction. Ce bois n'a point d'égal comme combustible.

Produits accessoires. — L'écorce du chêne yeuse donne un tau très estimé, supérieur à celui des chênes à feuilles caduques.

Les glands , lorsqu'ils sont doux , ont une saveur agréable et servent à la nourriture de l'homme, qu'ils soient crus ou cuits. On les récolte pour cet usage dans quelques déparlements du Midi.

Allures forestières. — Gomme le chêne tauzin et pour des causes identiques, le chêne yeuse ne comporte pas d'autre traitement que le taillis simple. Sous celte forme, il peut être utilement associé au pin d'Alep; il fournit alors d'excellents sous-bois peu sujets à être détruits par les incendies.

83. Le châtaignier (Castanea vesca). — Le châtaignier, répandu sur beaucoup de points de la France, ne parait cependant pas y être spontané, et c'est une erreur populaire de croire que l'hiver de 1709 l'a fait disparaître des régions de la Loire. Essentiellement calcifuge, il recherche les terrains siliceux.

Tempérament. — Le châtaignier exige moins de lumière et forme, en conséquence, des massifs plus serrés que ceux du chêne ; il tient assez bien le miheu, pour le tempérament, entre le hêtre et le chêne, au-dessous duquel il peut assez bien être maintenu en sous-étage.

Il repousse très bien de souches.

Le châtaignier fnictifie vers 25 ou 30 ans, s'il est isolé, vers 40

OU 60, s'il est en massif; ses années de semences sont assez rapprochées, à 2 ou 3 ans d'intervalle, et sont généralement abondantes.

Enracinement. — L'enracinement est formé d'un pivot assez allongé et de nombreuses et fortes racines latérales.

Croissance, longévité. — C'est un arbre de première grandeur, à croissance rapide et d'une grande longévité , malgré les tares centrales qu'il contracle d'assez bonne heure.

Bois et ses usages. — Le bois de châtaignier a beaucoup d'analogie avec celui du chêne ; il lui est cependant inférieur en qualité pour les constructions; même dans les contrées les plus méridionales de la France , l'arbre se creuse avant d'avoir atteint les dimensions qui le rendraient propre à ce service. Il est estimé comme bois de merrain et fournit également de très bons échalas ; il est aussi recherché pour la fabrication des cercles de tonneau.

Produits accessoires. — Son fruit est comestible. Sous le nom de châtaigne, il sert à l'alimentation dans les départements du Centre et du Midi. Le marron comestible, qui n'est autre chose qu'une châtaigne améliorée par la culture, se greffe sur le châtaignier sauvage, lequel est alors traité à la façon des arbres fruitiers. Cette culture, très répandue dans la région des Maures, fournit des fruits très estimés, connus dans le commerce sous les noms de marrons du Luc ou de Lyon.

Allures forestières. — Le châtaignier exige un climat doux. En France, du moins, il constitue rarement des massifs de quelque étendue. 11 est souvent introduit artificiellement sur de petites surfaces, dans les sols fertiles que leur déclivité rend impropres à l'agriculture. Traité en taillis, il donne alors des produits très abondants et recherchés, même comme bois d'oeuvre. Sous forme de grand arbre, il est surtout cultivé pour ses fruits ; ce n'est plus alora un arbre forestier. Pour constituer un massif de futaie, le chêne qui pousse dans les mêmes conditions que lui, devra toujours lui être préféré. Le châtaignier accepte le couvert beaucoup mieux que le chêne ; il pourrait avantageusement être utilisé comme sous-étage dans les pineraies des Landes.

84. Le hêtre (Fagus sylvatica) . — Aussi nommé Fau, Fayard ou Foyard, le hêtre est un arbre des zones tempérées et froides ; il se rencontre partout en France, si ce n'est sur trois points principaux: dans la haute région des Alpes, — sur tout le littoral de la Méditerranée, de Nice à Perpignan, — et sur le Uttoral océanique de Bayonne aux Sables-d'Olonne. En la vaste étendue qu'il occupe , le hêtre est dominant dans les régions des collines et dans les régions montagneuses de moyenne élévation, telles que: les Vosges, les collines jurassiques de la Lorraine et de la Comté, les collines de rOise et du Bocage , le Jura , une grande partie du plateau central , des Alpes et des Pyrénées; il est subordonné, rare et très rare dans les grandes plaines de la Flandre, de la Champagne, de la Brie, de la Beauce, de la Bresse, dans le bas cours de la Loire et de ses aiQuents et tout le long de la vallée du Rhône. Cette énorme expansion du hêtre est la preuve de ses tendances envahissantes ; on dirait que, en dehors de sa station normale, partout où la main de l'homme a abusé des exploitations dans les grands massifs de chêne, le hêtre s'est substitué à ce dernier.

Il est indifférent à la composition minéralogique du terrain ; c'est dans les sols légers et surtout calcaires qu'il se plaît le mieux ; il redoute les terres fortes et mouillées, craint la trop grande chaleur , la trop grande lumière, et préfère les climats humides el brumeux.

Tempérame^it. — Le jeune plant du hêtre est très délicat, le couvert de l'arbre est des plus épais. Il supporte les plus grands froids de l'hiver, mais son jeune feuillage, bien qu'un peu moins sensible aux gelées printanières que celui du chêne, est encore plus souvent atteint que celui-ci parce qu'il est plus précoce.

Le hêtre repousse mal de souches dans les climats froids, mieux et même bien dans les régions méridionales et notamment dans les Pyrénées; partout il perd d'assez bonne heure, vers 25 ou 30 ans, la faculté d'émettre des rejets de bourgeons proventifs, ceux d'origine adventive sont alors plus fréquents.

Enracinement, fructification. — Dans les premières années, la racine pivote, reste simple et s'enfonce à peu près autant dans le sol que la tige s'élève dans Tair; vers 12 ou 15 ans, le pivot s'arrête et les racines latérales prennent une grande extension; à 30 ans,

celles-ci cessent de croître et sont alors remplacées par des racines superficielles, traçantes, souvent en partie saillantes hors du sol jusqu'à une certaine distance du pied de l'arbre. En somme, l'enracinement total est peu profond, mais très étendu en superficie, sans pour cela donner de drageons.

Par la faine qu'il porte, le hêtre appartient à la catégorie des arbres à graines lourdes ; il ne fructifie qu'à un âge avancé, vers 60 ou 80 ans en massif, 40 ou 50 quand il est isolé ; il ne produit des f aînées abondantes que tous les 5 ou 6 ans sous les circonstances les plus favorables, et, quelquefois, tous les 15 ou 20 ans seulement. En ce dernier cas, dans l'intervalle des pleines faînées , il s'en présente de partielles. Les fainées complètes sont généralement plus communes dans les plaines et dans les coteaux que dans les régions montagneuses, mais, en retour, les années de disette absolue n'y sont pas rares. En montagne, si les faînées complètes ne viennent qu'à de longs intervalles, les faînées partielles s'y succèdent sans interruption.

Croissance, longévité, — Le hêtre atteint de très grandes dimensions, sans parvenir cependant à celles du chêne et du sapin, en raison de sa longévité bien moins élevée et qui dépasse rarement 200 ou 250 ans. Cette longévité décroît d'une façon notable au fur et à mesure qu'il quitte la région des collines pour s'abaisser dans la plaine; dans les forêts situées sur les bords de la Loire, il dépérit, en massif, avant l'âge de 150 ans.

Pendant les premières années qui suivent le semis, le plant s'accroît lentement, environ un décimètre de hauteur annuellement; mais, passé 5 ans, il prend son essor, écrasant autour de lui les espèces à couvert léger qu'on voudrait lui associer ; vers 40 ou 45 ans, il parvient à son maximum d'allongement annuel ; comme le chêne, entre 80 et 100 ans, il ne s'accroît plus sensiblement en hauteur.

Bois et ses tcsages. — Les emplois du hêtre sont très nombreux comme bois de travail et bois de fente. II est très estimé comme bois de chauffage et donne un charbon lourd et de bonne qualité.

Produits accessoires. — La faîne contientune huile grasse, comestible quand elle est exprimée à froid; en tous cas, très propre à l'éclairage. La récolte des faînes devient, pour cet objet, dans les années d'abondance, une source importante de produits pour les

propriétaires ou pour les habitants qui achètent le droit de les ramasser.

Allures forestières. — L'état de massif plein est celui qui convient le mieux au hêtre; par son couvert épais et ses détritus abondants, il fertilise le sol. Les produits les plus précieux sont aussi tirés des arbres dont le fût élancé s'est constitué dans les futaies régulières. II se régénère facilement par la semence, et la faculté qu'ont ses jeunes plants de supporter un couvert prolongé, permet d'user de tous les délais nécessaires pour obtenir un ensemencement naturel complet, il peut être élevé à l'état pur, mais il est toujours plus profitable de lui associer des essences à couvert léger de croissance aussi rapide que la sienne. Un massif de hêtre est le milieu fécondant le plus favorable au développement des espèces qu'on lui associe ; mais, par contre, il faut surveiller ses tendances à devenir dominant et, lorsqu'on ne veut lui réserver qu'un rôle secondaire, c'est à l'état de sous-étage qu'il rendra le plus de services sans devenir jamais nuisible. Le hêtre accepte le jardinage, mais alors les arbres contractent des formes souvent défectueuses et fournissent moins de bois d'œuvre. Le hêtre conserve trop peu de temps la faculté de rejeter de souches pour être avantageusement traité en taillis simple. Dans cette forme, le peuplement ne se maintient complet que sur les versants bien éclairés et à la condition expresse d'être exploité très jeune. Parmi toutes les essences forestières, c'est à peu près la seule qui puisse s'accommoder du traitement en taillis d'âges mêlés ou furetés.

Maintenu à l'état de réserve dans les taillis composés, il se constitue une cime ample, épaisse, qui écrase toute la végétation inférieure. On n'en obtient ainsi que des arbres à fût court, donnant un bois de travail de médiocre qualité et en faible quantité.

Le hêtre est l'espèce par excellence à cultiver dans les sols sans profondeur, on ne saurait trop le propager dans les collines jurassiques de la région parisienne. SafrugaUté le recommande également pour rétablir les terres sableuses fatiguées par le pâturage, le maintien abusif du chêne à l'état pur ou le traitement en taillis.

85. Le charme (Carpinus betulus) . — L'aire d'habitation du charme est entièrement comprise dans celle du chêne pédoncule et s'étend

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moins que celle-ci, aussi bien en latitude qu'en altitude. C'est un arbre de plaines et de coteaux ; en montagne, il disparaît brusquement sans passer par l'état buissonnant qu'affectent toutes les essences à la limite supérieure de leur aire. Il occupe toute la partie de la France située au nord d'une ligne tirée de Grenoble à l'embouchure de la Gironde, sans cependant s'élever sur les montagnes des Vosges, sur les plateaux du Jura et sur les points culminants du plateau central.

En résumé, domine vers le Nord-Est, où il a son maximum d'expansion ; décroit assez régulièrement en abondance vers le Sud-Ouest où il n'est plus que subordonné, rare ou très rare, où même il fait absolument défaut.

Indifférent à la composition minéralogique du sol, il végète dans tous les terrains de sa station, donnant toutefois la préférence aux lieux frais.

Tempérament. — Le charme a besoin d'abri dans sa jeunesse, en i-aison de la faiblesse d'enracinement des plants naissants et des dangers auxquels les exposerait le dessèchement d'un sol découvert. 11 demande bientôt de la lumière, mais il faut la lui ménager prudemment. En sols secs, pierreux, les chaleurs exceptionnelles de certains étés lui sont souvent funestes, mais, en revanche, il présente en toutes circonstances une résistance remarquable à l'action des gelées printanières; on voit alors son feuillage se maintenir parfaitement vert et intact, alors que celui des chênes et des hêtres s'est entièrement flétri et desséché sous l'action du froid. Le charme rejette parfaitement de souches.

Enracifiement, fructification. — En général, le charme est faiblement et superficiellement enraciné. L'enracinement de l'arbre pénètre rarement à plus de 50 centimètres de profondeur et se compose de nombreuses racines latérales nées d'un pivot qui s'est oblitéré de bonne heure. Malgré leur forme traçante, les racines ne drageonnent pas.

La fécondité du charme, qui est très développée, se manifeste de bonne heure, à 20 ans et même au-dessous ; il est peu de végétaux forestiers qui aient des années de semences aussi abondantes et en même temps aussi répétées. Le fruit du charme est un gland peu volumineux dont la dissémination est encore facilitée par la cupule

légère à laquelle il est soudé et qui joue le rôle d'une aile offrant une large prise au vent. Cette graine ne germe que le deuxième printemps après sa maturité.

Croissance, longévité. — La croissance du charme est toujours lente et, à toutes les époques de sa vie, elle est de beaucoup inférieure à celle du chêne et du hêtre. La végétation des rejets de souches est, au contraire, assez active pendant les 20 ou 30 premières années ; à celte époque, elle se ralentit pour devenir assez semblable à celle des sujets de francs-pieds. Quelle que soit son origine, il reste toujours un arbre de deuxième grandeur.

Le charme peut, en tout état de choses, atteindre 100 à 130 ans et même dépasser 150 ans dans de bonnes conditions et quand, au point de vue cultural, on a intérêt à le maintenir.

Bois et ses usages. — Le charme fournit un chauffage de toute première quaUté ; il n'est pas employé comme bois de construction en raison de son peu de durée ; sa ûbre, souvent entrelacée, le rend d'un travail peu facile et les menuisiers ne l'utilisent pas communément ; cependant sa dureté, son homogénéité, sa ténacité, le rendent précieux pour la fabrication de formes et d outils divers et pour la confection de certaines pièces de machines qui ont à subir des frottements, telles que dents d'engrenages, etc.

En France, du moins, on ne tire du charme aucun produitaccessoire.

Allures forestières. — Le charme ne se rencontre à l'état pur que par suite d'eiTeurs culturales. A cause de la lenteur de sa croissance, les espèces qui l'accompagnent parviennent toujours à le dominer ; mais, dans le rôle secondaire où il y a lieu de le confluer, il peut rendre les plus grands services, comme espèce de remplissage.

Traité en taillis, il donne jusqu'à un âge assez avancé (50 à 60 ans) des rejets très abondants dont on obtient de bons produits. Dans sa station, il se perpétue par rejets de souches même dans les conditions les plus mauvaises et, c'est grâce à sa présence que certains taillis, en sol presque stérile, conservent quelque valeur.

Sa végétation est trop lente pour qu'on puisse l'élever avec proflt sous forme de réserve dans les taillis composés ; c'est donc seulement à titre exceptionnel et quand on n'a rien de mieux à attendre du ter^ rain qu'on aura recours à lui«

Si 011 n'a jamais l'occasion d'élever le charme en futaie pour luimême, il est toujours fort utile de lassocier au chêne. Par sa présence, il augmente la densité du massif dans sa jeunesse ; plus tard, il protège les fûts des arbres en même temps qu'il entretient la fertilité du sol : ce qui permet de maintenir, sans inconvénients, les cimes des chênes dans Télat clair qui leur convient spécialement.

86. Le frêne commun (Frazinus ezcelsior). — Le frêne vità Télal disséminé dans presque toutes les régions de la France, où il croit dans les conditions les plus diverses. C'est dans les plaines basses, dans les grandes vallées, dans les vallons à sol frais et fertile qu'on le rencontre le plus communément. Il est habituellement le compagnon de l'orme, de l'aune, du chêne pédoncule. Mais on le trouve aussi dans les montagnes, sans qu'il atteigne cependant l'altitude du hêtre, et dans les sols secs des collines, pourvu qu'ils soient suffisamment meubles. Il ne refuse de croître que sur les sols compacts et tenaces.

Tempéra mefiit, — Le feuillage léger du frêne, sa cime peu ramifiée sont les indices d'un tempérament robuste ; c'est un arbre de pleine lumière qui demande à être maintenu à l'état isolé. Il rejette parfaitement de souches.

Enracinement, fructification. — La racine s'enfonce profondément dans la jeunesse et ne tarde pas à émettre des membres latéraux qui, se développant beaucoup en longueur et en grosseur, constituent à l'arbre une assiette très puissante.

Sa fructification est abondante et assez réguUère.

Croissance, longévité. — Le frêne est un arbre de première grandeur qui, dans de bonnes conditions, peut atteindre les plus belles dimensions; il reste, au contraire, étiolé et chétif dans les sols médiocres. En tout état de choses, sa croissance, relativement rapide dans sa jeunesse, en fait une essence précieuse dans les taillis.

Sa longévité est au moins égale à celle du hêtre.

Bois. — Le bois de frêne, peu propre à la construction, est recherché comme bois de travail. Il donne un bon combustible.

Produits accessoires. — A l'état vert comme à l'état sec, les feuilles fournissent un bon fourrage; aussi en pays de basses montagnes,

on rencontre souvent des frênes dans le voisinage des habitations, où on les exploite en têtards.

87. Les érables. — On compte en France cinq espèces d'érables : V érable sycomore, Y érable plane, V érable à feuilles d'obier, V érable champêtre et Yérable de Montpellier.

Les trois premières forment la catégorie des grands érables et présentent entre elles une grande analogie, au double point de vue des conditions d'existence et de la qualité des produits. Elles sont très exigeantes sous le rapport de la fertilité du sol et vivent dans les forêts à l'état disséminé, sans jamais y former des massifs purs d'une certaine étendue ; malgré le feuillage assez épais des arbres, le tempérament des jeunes plants est très robuste. Les souches produisent des rejets abondants et vigoureux. Ils fructifient régulièrement et leur semence légère, disséminée au loin, germe en abondance dans les clairières des forêts sur les places privées d'herbes. Leur bois, recherché comme bois de travail, fournit un très bon combustible.

L'érable sycomore (Acer pseudo-platanus) se rencontre le plus souvent mélangé au hêtre dont il a toutes les exigences ; il préfère les pays accidentés aux plaines et, dans les monlagnes, dépasse la région des sapins. Dans les Alpes, il parvient jusqu'à 1 ,500 mètres d'altitude.

Sa croissance est très rapide dans la jeunesse et devient parfois gênante, comme celle des bois blancs, pour les autres essences avec lesquelles il se resème naturellement. A l'état isolé, le sycomore développe une belle cime, fortement étalée. Il peut vivre de 150 à 200 ans.

L'érable plane (Acer plalanoides) . — Le plane accompagne souvent le sycomore, bien que, étant plus délicat, il soit toujours plus rare et s'élève moins que lui dans les montagnes. En forêt, son aire d'habitation semble limitée à quelques départements du Nord et de l'Est de la France. Sa croissance est aussi sensiblement plus lente que celle du sycomore ; en somme, il doit être plus estimé comme arbre d'ornement et de plantation d'avenues que comme arbre forestier.

L'érable à feuilles d'obier {Acer opulifolium). — L'érable à feuilles d'obier joue un rôle assez important dans les forêts du Jura, des Alpes, des Cévennes, des Pyrénées, où il vit, en plus ou moins grand

nombre, à Tétai disséminé. Par sa forme, son couvert et ses exigences, il se rapproche beaucoup de l'érable sycomore ; son bois esL également recherché par Tinduslrie et fournit un bon combustible.

L'érable champêtre {Acer campestris). — Ce petit érable est plutôt un grand arbrisseau qu'un arbre; à cause de sa croissance très lente, il disparaît de bonne heure au milieu des grandes essences qu'on laisse vieillir à l'état de massif; par contre^ il est très commun dans les taillis de la région parisienne, où il accompagne le charme et forme avec lui un utile mélange. Son bois, toujours rare sous des dimensions un peu fortes, présente une ténacité spéciale qui le fait rechercher pour certains usages ; il est d'ailleurs très bon comme combustible.

IJ érable de Montpellier {Acer Monspessulanum) . — Cette espèce, malgré ses petites dimensions et la lenteur de son accroissement, est précieuse par la qualité qu'elle possède de croître dans les sols les plus secs, jusque dans les fissures des rochers. Il est assez répandu dans les forêts des zones girondine et provençale, où il se comporte en tous points comme l'érable champêtre dans les stations qui lui sont propres.

88. Les ormes. — Les ormes ne se rencontrent jamais à l'état de massif dans les forêts; cependant, leur multiplication, dans des cas spéciaux, peut présenter un certain intérêt ; à ce point de vue, il importe de ne pas confondre les deux espèces les plus répandues.

L'orme champêtre {Ulmus campestris). — L'orme champêtre recherche avant tout les sols meubles et fertiles; il peut devenir un arbre de la plus grande taille. C'est dans les terrains d'alluvion récente, sur les abords submersibles des fleuves et des rivières, qu'on le trouve le plus abondant à l'état spontané, aussi bien au nord qu'au midi de la France. Il devient alors envahissant par se» racines traçantes qui se développent en rayonnant el par ses semences nombreuses et légères qui se disséminent au loin ; les semis naturels qui en résultent, grâce à la rapidité de leur végétation, risquent peu d'être étouffés par les herbes. Kn terrain sec, ses dimensions sont de beaucoup réduites, il donne des tiges irrégulières a fibres tourmentées : de là, le nom d'orme tortillard qui lui est alors appliqué. Cette

espèce est très fréquemment et, avec raison, plantée le long des routes, des avenues, sur les promenades publiques et sur les glacis des places fortes. Bien que Forme se rencontre à peu près partout, il semble préférer les climats doux et même chauds du Midi à ceux plus rudes et surtout plus froids du Nord-Est.

Son bois parfait, dur, élastique, extrêmementtenace, est d'une durée au moins égale à celle du chêne ; aussi est-il recherché pour une foule d'ouvrages. L'aubier se dégrade rapidement et n'est pas employé.

Les feuilles d'orme constituent le meilleur fourrage que puissent fournir les arbres forestiers; desséchées à l'air libre, c'est-à-dire fanées, elles- sont presque aussi riches en azote que les luzernes et les trèfles de prairies artificielles et sont supérieures à cet égard au foin des prairies naturelles.

Uorme de montagne {Ubnus montana). — Cette seconde espèce, facilement reconnaissable à ses feuilles plus larges, à sa cime plus ample, moins fournie, n'atteint jamais les grandes dimensions de la précédente. L'orme de montagne, toujours assez rare, vient partout ; il est fréquemm ent disséminé au milieu des chênes, des hêtres et même des sapins, dans les forêts de coteaux et de basses montagnes ; malgré ses préférences pour les terrains frais et légers, il se trouve en assez bon état de végétation sur les sols secs des calcaires jurassiques et jusque dans les crevasses des rochers.

Quoique doué par ses racines et par sa fécondité de la même faculté d'expansion que l'orme champêtre, en forêt, du moins, l'orme de montagne est beaucoup moins intéressant que ce dernier; car son bois est beaucoup plus léger, plus mou, moins tenace et moins durable. Les charrons savent très bien le distinguer; ils le désignent sous le nom iïorme blanc et refusent habituellement de l'employer.

89. Allures forestières des grandes essences disséminées. — A

l'exception des érables champêtre et de Montpellier, dont les allures sont en tout semblables à telles, du charme, les autres formes des trois genres précédents offrent enire elles assez d'analogie pour qu'on puisse les considérer comme un groupe à part.

Le plus souvent, ces arbres ne se rencontrent que par pieds isolés, soit dans les taillis où ils jouent un rôle utile par leurs abondants re-

jets et la rapidité de leur croissance, soit dans les futaies où les qualités de leur bois recommandent leur maintien parmi les espèces sociales. On a donc tout intérêt à les adjoindre au hêtre traité en futaie, en choisissant pour chaque espèce la station qu'il préfère. Le frêne recherche les endroits frais et même mouillés, pourvu que le sol reste meuble ; l'orme champêtre exige les sols les plus fertiles; les érables acceptent les terres plus pauvres, même rocailleuses , pourvu que la terre soit meuble, bien égoutlée et l'exposition plutôt froide que chaude. Partout où ces espèces existent, les semis se montrent abondamment, surtout dans les parties des coupes les plus découvertes. Mais, en général, jamais ils ne sont assez nombreux sur de grandes surfaces pour qu'on ait à modifier en leur faveur le traitement appliqué à une forêt.

Tous demandent la lumière et l'espace, c'est à l'état isolé qu'ils prennent le plus grand accroissement ; aussi, comme arbres de réserve, ils constituent une source abondante de revenu, en même temps qu'ils forment le plus bel ornement des taillis composés. Pour ces motifs, c'est une bonne opération d'en introduire artificiellement quelques pieds sous forme de plantations de hautes tiges dans les parties les plus fertiles des coupes. A cause de leur végétation tardive, on peut également recommander les introductions d'érables et d'ormes dans les fonds exposés aux gelées printanières.

Exceptionnellement, en montagne, on rencontre l'érable sycomore sous forme de petits massifs dans d'assez bonnes conditions de végétation. De même, dans les plaines submersibles au bord des grandes rivières, l'orme champêtre se trouve à l'étal dominant et parfois presque pur.

Dans la basse montagne, ces trois formes sont souvent traitées en têtards et en arbres d'émonde ; leur feuillage est alors donné aux bestiaux comme fourrage vert.

90. Le micocoulier (Celtisaustralis). — Cette espèce habite à peu près exclusivement la région de la Provence ; elle ne supporte que difficilement les climats plus septentrionaux. Le micocoulier prospère en plaine, en coteaux et même en montagne, à toutes les expositions ; réussit bien dans tous les terrains, pourvu qu'ils ne soient ni

trop légers, ni trop humides ou marécageux ; on le voit végéter presque dans les pierrailles ou sur les ruines ; ce sont néanmoins les sols gras et frais qu*il préfère.

Son feuillage est très léger ; son enracinement est puissant, pivotant et traçant. Les racines drageonnent; les souches produisent des rejets abondants et d'une grande vigueur.

Sa croissance esl rapide et, bien qu'il n'acquière pas les dimensions d'un arbre de première grandeur, il peut atteindre 20 mètres de hauteur totale et 3 mètres de circonférence à la base, à cause de sa grande longévité. 11 fructifie assez jeune, mais il reste quelquefois deux années sans rien produire.

Son bois ressemble beaucoup à celui du frêne dont il a toutes les qualités à un degré plus élevé encore.

Comme produits accessoires, on tire de ses racines une matière tinctoriale jaune ; ses feuilles donnent aussi un bon fourrage pour le bétail.

Allures forestières. — Le micocouUer se rencontre rarement en massif. Il se plaît mieux à Tétat isolé ; aussi, son rôle est-il plus important comme arbre d'ahgnement, d'agrément ou de culture industriels, que comme arbre forestier proprement dit. On le rencontre, néanmoins, disséminé dans les terrains vagues, pauvres, livrés aux pâtures ou exploités sous forme de broussailles. Eu somme, dans sa station, il se comporte à la façon des ormes dans les régions plus septentrionales.

91. Les fruitiers se rencontrent, en France, à l'état disséminé, dans presque toutes les forêts de plaines et de coteaux ; mais, à cause de la lenteur de leur végétation et de leurs faibles dimensions, ils sont surtout cantonnés dans les peuplements traités en taillis. Parmi les nombreuses espèces qui composent ce genre, V alisier torminai {Sorbiis torminalis), le sorbier domestique {Sorbus domestica) et le cerisier-nierisier (Cerasm avium) méritent à peu près seuls d'être signalés.

Les deux premiers préfèrent les terrains calcaires ; ils ont unci assez grande longévité et se signalent par les qualités exceptionnelles de leur bois; aussi on a un avantage réel h les laisser vieillir.

Le cerisier-merisier, commun en plaine, est beaucoup plus rare en montagne, où il s'étend dans la région du hêtre, mais sans la dépasser. Il n'est pas très exigeant sous le rapport des qualités du sol, il préfère néanmoins ceux frais et meubles. Sa croissance est assez rapide jusqu'à l'âge de 30 ou 40 ans, mais il dépérit d'assez bonne heure pour qu'il soit imprudent de le laisser vivre au delà de 60 à 70 ans.

Son bois s^altère rapidement à l'air, mais, par sa couleur et ses qualités spéciales, il est recherché par les tourneurs pour la fabrication des bois de chaises et de fauteuils ; c'est un combustible de médiocre qualité.

Allures forestières. — Les faibles dimensions de ces espèces, toujours rares en forêt, ne permettent pas de les mélanger avec des arbres de grande taille, sous le couvert desquels elles périssent bientôt étouffées. En futaie, elles ne peuventjouer qu'un rôle de remplissage dans les jeunes peuplements.

Dans les taillis , il n'y a jamais lieu de se préoccuper de leur multiplication ; on se contentera de réserver les sujets les mieux venants, partout où il ne se présentera rien de meilleur pour occuper leur place; quoi qu'il en soit, on devra toujours les préférer au charme, non seulement à cause des qualités précieuses de leur bois, mais aussi parce que leurs baies servent de nourriture à des oiseaux utiles.

92. Le bouleau verruqueux (Betula verrucosa). — Le bouleau se dislingue par son extrême rusticité. Il vit dans toutes les stations, aussi bien en plaine qu'en montagne, pourvu que l'atmosphère ne soit pas trop sèche ; il se maintient dans tous les sols et réussit même dans les tourbières; il préfère cependant les terres légères et sablonneuses. Il donne peu de rejets, mais se multiplie abondamment par drageons. Ces diverses qualités le rendent très précieux dans certains cas particuliers.

Par contre, le bouleau n'atteint pas de bien grandes dimensions; son fût dépasse rarement 50 centimètres de diamètre; son couvert est extrêmement léger; à l'état pur, il ne donne que des massifs très clairs, sous l'ombrage desquels le sol se dégrade. Il vit 400 à 120 ans; il peut aller exceptionnellement jusqu'à 150 ans.

Son bois est d'assez bonne qualité ; impropre à la construction, 11 sert à la meouiserie, au tour et à la fabricalion des sabots ; il fournit également un assez bon combustible.

Son écorce renferme une huile essentielle qui donne au cuir de Russie son odeur spéciale. Elle n'est pas utilisée en France pour cet

usage.

Allures forestières, — Le bouleau pubescetxt, également répandu en France, offre, en dehors des caractères botaniques, une telle analogie avec le verruqueux, qu'il n'y a aucun inconvénient à confondre les deux formes.

La cime du bouleau a un tel besoin de lumière qu'elle n'accepte pas l'état de massif plein. C'est seulement dans les sols pauvres ou même ruinés qu'il formera des peuplements purs; partout ailleurs les espèces spontanées s'associeront naturellement à lui. Il est indifférent de le voir mélangé avec d'autres espèces feuillues, mais il est nuisible aux résineux dont les bourgeons sont brisés lorsque, par un grand vent, les i*ameaux flexibles du bouleau viennent fouetter leur cime. Dans la majorité des cas, sous le climat de la France, le bouleau doit être considéré comme une partie accessoire du peuplement, son rôle devra se borner à servir d'abri pour protéger la jeunesse d'essences pins précieuses que lui ; ou bien encore, à cause de sa frugalité, à reboiser les mauvais sols.

Le bouleau est souvent envahissant au point de devenir gônant, mais il n'est jamais nuisible. Sa présence est même parfaitement justifiée dans les jeunes régénérations, car les espècas précieus(?s se développent sous son abri protecteur. L^ mélange force les sujets d'élite à s'élever et, dès que ceux-ci ont acquis une résistance suffisante, le moment est seulement venu da couper les bouleaux; ils donneront alors de bons produits. 0*1 commet trop souvent l'erreur de les extirper radicalement.

93. Les aunes. — Vaune commun {Alnus gluiinosa) se rencontre dans les stations humides de toute la France ; il affectionne les talus des rivières et des ruisseaux dont il sert à fixer les berges. Il semble d'ailleurs assez accommodant sous le rapport du sol , car il résiste en même temps sur les terrains marécageux ou tourbeux et sur

les craies de la Champagne ; néanmoins, les argiles Irop compactes et les eaux stagnantes lui sont préjudiciables.

Sa croissance est rapide , mais il vit rarement au delà de 70 à 80 ans; il repousse parfaitement de souches.

Son bois employé à Tair se dégrade rapidement; au contraire, sous Teau , il a une durée au moins égale à celle du chêne.

Il est recherché comme bois de chauffage pour la boulangerie.

L'aune blanc {Alnus incana). Cet aune abonde dans le lit des torrents des Alpes; il se propage sur les berges des cours d'eau, les éboulis et les cônes de déjection où il ne craint pas les sols couverts

de gros galets amenés par les débordements. Egalement commun dans le Jura ^ il ne se rencontre pas dans les sols siliceux el granitiques des Vosges et du Plateau central.

Il atteint rarement les dimensions du précédent; les qualités de son bois sont d'ailleurs à peu près les mêmes.

Vaune vert (Almis viridis). I/aune vert appartient, en France, à la région alpine; il recherche les sols siliceux, frais ou humides; il réussit sur les pentes les plus rapides, où il est très propre à fixer le sol et à le garantir contre les affouillements et les éboulements. Ce serait la meilleure essence à propager pour garnir les hauts couloirs des avalanches, car, il peut être traité en menus taillis et possède la précieuse faculté de se redresser après avoir été écrasé sous le poids de la neige. Malheureusement ses exigences trop spéciales au point de vue du sol ne permettent pas de l'utiliser dans les montagnes calcaires où aucune forme analogue ne se présente pour le remplacer.

L'aune vert n'est, à proprement parler, qu'un arbrisseau dont le bois ne peut servir qu'au chauffage ; il est d'ailleurs très utile dans les hautes stations qu'il habite, pour fournir le combustible nécessaire aux fromageries.

Allures forestières. Les aunes ne se rencontrent qu'accidentellement dans les futaies; exploités en taillis, ils rendent parfois d'excellents services el, dans les terres trop humides pour beaucoup d'autres espèces, on a un avantage sérieux à les propager. Pour les introduire, il faut avoir recours à la plantation, car les semis naturels ou artificiels ne pourraient réussir au milieu des hautes herbes qui envahissent ces stations.

94. Les bois tendres. — Les tilleuls, le peuplier-lrenible et les saules forment la catégorie des bois tendres.

Le tilleul à petites feuilles {Tilia par vif o lia) est beaucoup plus commun «n forêt que l'espèce voisine, le tilleul à larges feuilles {Tilia latifolia); ils ont d'ailleurs entre eux la plus grande analogie et, au point de vue forestier , on peut les confondre sans inconvénients.

Le tilleul est un arbre de très grande taille qui , à l'état isolé , atteint les plus belles dimensions; il se rencontre dans les plaines et surtout dans les pays de collines à sol calcaire ; il s'élève peu dans la montagne, où il ne dépasse pas l'altitude du chêne. Il recherche les sols frais, réussit dans les sols humides et redoute ceux qui sont meubles et secs.

Son bois léger et mou est de peu de durée; il est assez médiocre comme combustible.

Le Hber de l'écorce du tilleul, fournit la matière fibreuse connue sous le nom de tille.

Le peuplier-tremble (Populus tremula). Parmi les peupliers indigènes, le tremble est la seule espèce exclusivement forestière. Il se rencontre en France dans tous les sols et danstoutas les stations ; de la plaine, il s'élève dans la montagne jusqu'aux altitudes de 1,600 à 1,700 mètres. Il recherche surtout les sols frais, humides, riches en terreau, pourvu qu'ils ne soient pas trop compacts; c'est dans ces conditions seulement qu'il prend un développement convenable; partout ailleurs il reste chétif.

L'accroissement du tremble est très rapide , mais sa faible longévité ne lui permet pas de fournir de gros arbres. Exceptionnellement, dans certaines stations montagneuses qui lui sont particulièrement favorables, on peut voir des tiges qui mesurent 0",80 de diamètre. En général, il atteint tout son développement vers 50 ou 60 ans; passé cet âge, son bois est presque toujours dégradé par la pourriture centrale.

Son couvert très léger et son tempérament robuste ne lui permettent pas de supporter le moindre abri.

Il repousse assez mal de souches, mais drageonne très abondamment.

Le bois de tremble esl léger, tendre, de consistance homogène; il est recherché pour la fabrication des allumettes et des pâtes à papier.

Chauffage médiocre , il est surtout utilise comme bois de boulangerie.

Les saules. Ce genre comprend un grand nombre d^espèces , qui presque toutes habitent les bords des fleuves et des rivières , ou les teri'ains submersibles.

Le saule blanc {Salix alba) et le saule marceau (Salix caprea) sont ceux qui, atteignant les dimensions d'arbre, se rencontrent le plus communément en forêt.

Le saule blanc est l'espèce la plus importante du genre par sa taille et sa longévité ; croissant à l'état libre dans les sols frais et fertiles, il peut donner un grand arbre. Il est toujours assez rare dans les bois, où son couvert léger est peu nuisible aux espèces plus précieuses.

Le saule blanc se bouture très facilement.

Son bois, faiblement teinté en rose, est léger et très homogène; il sert à la sculpture et se débite en voliges pour la fabrication des caisses d'emballage.

Comme chauffage, il peut être assimilé au tremble.

Le saule marceau est bien plus répandu que le précédent; il accompagne partout le tremble dont il a la faculté d'expansion ; mieux encore que ce dernier, il se multiplie par la semence; comme lui il se bouture assez mal.

Sa longévité est d'ailleurs très restreinte. Croissant en liberté, il vit à peine 40 à 50 ans; englobé dans un massif, il périt vers 25 ans.

Son bois, plus dur et plus lourd que celui du tremble, présente, employé à l'air, une certaine résistance à l'altération et fournit, pour ce motif, des perches à houblon et des échalas recherchés.

C'est un mauvais combustible.

95. Allures forestières des bois tendres. — En général, les bois tendres ne sont appelés qu'à jouer un rôle secondaire dans le traite*

ment des forêts ; ce sont surtout des essences accessoires et de remplissage. Toutefois chacune d'elles a une manière d'être spéciale.

Comme le tilleul aime à croître en liberté et demande de l'espace pour étaler ses branches, on le trouve rarement dans les vieux massifs ; il est plutôt à sa place dans les promenades publiques qu'en forêt. Exploité jeune, il fournit des rejets très abondants et d'une croissance extrêmement rapide dans le début; toutefois, sa production moyenne ne dépasse pas celles d'espèces beaucoup plus précieuses. En somme , c'est une essence que l'on tolère sans qu'il y ait lieu de la propager. Sa présence est même nuisible sur les points où Ton cherche une régénération par la semence ; il y a souvent lieu , dans ce cas, de l'extirper radicalement, car les énormes cépées qui sortent des souches, étouffent rapidement tous les semis qui les entourent.

Le tremble se multiplie parfois très abondamment dans les jeunes futaies ; mais, c'est surtout une espèce de taillis où,, par ses nombreux drageons, il envahit quelquefois toutes les surfaces récemment exploitées. Malgré celte extrême abondance, le tremble devient rarement nuisible , car la vigueur de ses drageons s'épuise rapidement et beaucoup d'entre eux disparaissent dès les premières années. On commet souvent la faute de les détruire trop tôt sous prétexte d'amélioration culturale; il est facile, en effet, de constater que leurs tiges grêles et élancées servent de tuteurs et d'abri à celles des espèces plus délicates qu'elles soutiennent et protègent sans les entraver. En les laissant grossir, on en obtiendra, plus tard, des produits abondants qui feront largement compensation à des dommages éventuels. En un mot, il en est du tremble comme du bouleau; il faut compter l'un et l'autre comme remplissage tant qu'on ne peut obtenir mieux à leur place ; sans chercher à les propager, on ne doit pas les expulser systématiquement des forêts; il suffît de les surveiller et d'en tirer profit, dès qu'ils deviennent réellement gênants, en tous cas, avant leur complet dépérissement.

Les saules offrent encore moins d'intérêt que le tremble. Malgré sa longévité assez grande, le saule blanc dépérit de très bonne heure

dans les massifs forestiers; c'est lui qui contribue pour la plus foite part à former la charge de bois sec des délinquants. Dans les campagnes, il est surtout planté sur le bord des ruisseaux où on le traite en têtard. Il est aussi cultivé pour la production de l'osier. La facilité avec laquelle il se bouture permet de Tuliliser sous forme de plançons pour soutenir les lalus et former les barrages vivants dans les lits des torrents.

Le saule marceau est une espèce envahissante au premier chef et qui, par ^a croissance rapide et son couvert assez épais dans le jeune âge, est souvent préjudiciable aux bonnes essences. Il faut alors l'extirper sans ménagement. Le saule marceau peut néanmoins rendre des services à cause de sa rusticité ; on l'emploie avec succès pour former un premier broussaillement dans les terrains pauvres à reboiser.

D'autres saules, dont la taille ne dépasse pas celle des arbustes, sont localisés sur les bords des grands fleuves dans les zones périodiquement inondées. Exploités sous forme de menus taillis, on en tire un parti très avantageux.

2° Bois résineux.

96. Le sapin (Abies pectinata). — Appelé aussi sapin argenté, sapin des Vosges, Vergue (en Savoie).

Le sapin constitue , en France , de grandes forêts dans les régions montagneuses des Vosges, du Jura, des Alpes et des Pyrénées; rare dans les collines de la Bourgogne et dans le Plateau central, il manque dans les Maures, l'Esterel et les Ardennes.

Partout le sapin recherche le climat montagneux et il n'apparaît dans les faibles altitudes (200 ou 250 mètres) que sur les coteaux, au pied de montagnes du climat desquelles ils participent. On le voit encore en Normandie, aux environs de Pont-Audemer; mais tout fait croire qu'il n'y est pas spontané. On peut donc dire que le sapin est un arbre exclusivement de la montagne, où il est attaché par l'humidité de l'atmosphère; il caractérise le commencement de la région froide qui succède à celle du charme et du chêne.

Dans les Vosges, le sapin prospère jusqu'à 4,200 mètres ; jusqu'à

4,500 mètres dans le Jura ; 1,700 dans le Plateau central; 2,000 dans les Alpes et 2,100 dans les Pyrénées.

La nature minéralogique du sol lui est indifférente, pourvu que le terrain soit meuble, profond et simplement frais.

Tentpérament. — Le jeune plant du sapin est très délicat; c'est l'arbre d'ombre par excellence et, plus que toute autre espèce , il conserve la faculté de prendre son essor après avoir été longtemps gêné parle couvert. Il résiste assez bien aux grands froids de l'hiver, mais il est très sensible aux gelées printanières.

Enracinement, fructification. — Le sapin est pivotant; souvent, ({uand le sol manque de profondeur, sa racine centrale pourrit et le corps de l'arbre se creuse de bonne heure.

La fructification, assez abondante et assez régulière, ne présente point les intermittences et les inégalités que l'on observe à cet égard chez certaines essences, telles que : les pins, les chênes et les hêtres. La dissémination se fait au loin, à laide de l'aile dont la graine est munie et sous l'influence du vent.

Croissance, longévité. — Le sapin est un arbre de première grandeur, qui peut parvenir à 40 mètres d'élévation sur 1™,50 à 2 mètres de diamètre. Il croît rapidement en. hauteur jusque vers Tàge de 100 à 120 ans, en conservant une cime pyramidale aiguë. À un âge plus avancé, l'axe principal cesse de s'allonger et la cime s'aplatit de plus en plus au sommet ; c'est alors l'époque de la pleine fructification.

Sa longévité est très considérable.

Bois et SCS usages. — Bois de construction et de travail de premier ordre ; souvent utilisé comme bois de fente , il donne un chauffage médiocre , sauf son écorce qui est gorgée de résine et lance une flamme claire et vive.

Produits accessoires. — L'écorce du sapin renferme un peu de tanin et pourrait servir à la préparation des cuirs. L'arbre ne fournit que peu de résine ; celle-ci est localisée dans l'écorce et on a perdu l'habitude d'en retirer ce produit qui était connu dans les Vosges sous le nom de térébenthine de Strasbourg.

Allures forestières. — Le sapin , comme tous les autres conifères indigènes, ne peut être traité autrement qu'en futaie. Il constitue

TRAITÉ DE STLV. 8

les forets les plus sombres et aflectionne Tétat de massif très serré. Un peuplement de sapin abandonné à lui-même comporte toujours plusieurs étages de végétation ; le feuillage se continue , pour ainsi dire sans interruption, depuis les plus hautes cimes jusqu'au niveau du sol , et le couvert épais qui en résulte , entretient la fertilité du terrain en même temps que Thumidité constante dont cette espèce ne peut se passer. Aussi, le sapin semble né pour le traitement en futaie jardinée. Du reste, dans toutes les forêts qu'on ne fatigue pas par le pâturage ou par les exploitations abusives, le semis naturel ne fait jamais défaut, même sous les massifs complets.

Si les circonstances climatériques locales ne s'y opposent pas, le sapin acceptera la forme de futaie régulière ; mais à cette condition expresse qu'on respectera les différents étages superposés qu'il réclame d'une façon impérative, surtout dans les sols exposés à se dessécher. En effet, quand le sapin a cessé de croître en hauteur, sa cime s'étale et s'éclaircit; le sol, mal protégé parle couvert d'un peuplement réduit à un étage unique, va sans cesse en se dégradant; il est envahi par une épaisse couverture vivante au milieu de laquelle la régénération naturelle devient toujours difficile et parfois même impossible.

Sous cette réserve, le sapin peut former'de bonnes forêts à l'étal pur ; mais il est préférable de lui associer d'autres essences et notamment le hêtre et l'épicéa. Le mélange avec les formes qui le précèdent ou qui le suivent en altitude, s'impose dès qu'on approche des Umites inférieures ou supérieures de la zone montagneuse relativement étroite qu'il habite.

Le sapin ne supporte pas d'être transplanté en dehoi^ de ses stations naturelles; à ce point de vue, il est, parmi toutes les espèces forestières, une des moins accommodantes. Aux basses altitudes, il a beaucoup à souffrir des gelées printanières et, s'il échappe à ce danger, les accroissements exagérés qu'il prend sous un climat trop chaud, enlèvent à son bois toutes ses quaUtés: ses tissus, moux, spongieux, n'offrent aucune résistance lors de la mise en œuvre. En même temps, sa longévité est singulièrement réduite, sans compter que certains insectes et champignons l'attaquent et Tépuisent rapi-* dément.

97. L'épicéa (Picea vulgaris). — Connu aussi sous les noms de pesse, fie, fuve dans le Jura, sapin dans les Alpes, sapin blanc dans l'Europe septentrionale.

Bien que très répandu dans les plaines du Nord de l'Europe, Tépicéa ne se rencontre spontané en France que dans une zone supérieure à celle du sapin ; il devient de plus en plus abondant à mesure que l'altitude s'accroit et finit par former des peuplements purs. Il monte jusqu'aux plus hauts sommets des Vosges, à 1,300 mètres ; il prospère à 1,550 dans le Jura et, dans les Alpes, atteint 2,400. On ne le trouve pas dans le Plateau central, il n'est que rare et disséminé dans le massif des Pyrénées.

Dans ces différentes régions, l'épicéa recherche surtout les stations froides et humides. C'est ainsi que, dans les Alpes françaises, si on le trouve abondant dans les hautes vallées de la Savoie et du Dauphiné, il devient d'autant plus rare qu'on pénètre plus avant dans les Alpes de la Provence, où il est remplacé par le pin de montagne. Le même fait explique aussi son absence dans les Pyrénées.

Indifférent aux qualités minéralogiques du sol , il est aussi beau dans les grès et les granits des Vosges et des Alpes que dans les calcaires du Jura.

Tempérament. — Le tempérament de l'épicéa est robuste, son jeune plant ne se développe bien qu'en plein découvert, surtout aux grandes altitudes. Dans les stations plus basses, il accepte mieux l'ombi^age; mais il s'installe difficilement sous des massifs pleins, il préfère les espaces enherbés et participant aux influences atmosphériques. Partout il craint la sécheresse à cause de son faible enracinement. 11 supporte parfaitement les hivers les plus rigoureux et il est rarement atteint par les gelées printanières. Il présente sous tous ces rapports une certaine analogie avec le charme.

Enracinement, fructifi^cation. — L'enracinement de l'épicéa est faible et consiste essentiellement en une souche dépourvue de pivot et garnie de racines traçantes assez grêles ; aussi cet arbre résiste-t-il mal à l'effort des vents.

La fructification est sujette à plus d'intermittences et d'irrégularités que celle du sapin et, suivant les contrées, n'est abondante que tous les 2, 6 et même 8 ans; elle se produit normalement à 50 ans.

Croissance, longévité. — L'épicéa est un arbre de très grande dimension , à tige droite , élancée , pouvant atteindre 40 mètres et plus d'élévation, mais dont le diamètre reste généralement inférieur à celui du sapin. Son couvert est assez épais; il conserve une cime touffue, pyramidale et qui jamais , quel que soit son âge, ne prend la forme tabulaire naturelle chez les sapins qui ont dépassé 100 ans.

Bois ci usages. — Le bois d'épicéa, plus léger, en général, plus blanc que celui du sapin, s'emploie aux mêmes usages et, suivant sa provenance, se paie plus ou moins cher que ce dernier. Il est mou, spongieux, de qualité inférieure dans les stations basses, en raison de la rapidité de sa croissance ; vers les limites supérieures de sa zone, au contraire, il acquiert d'excellentes qualités et sa valeur dépasse du quart au cinquième celle du bois de sapin. C'est ainsi que, dans les Alpes, il est toujours préféré à^ce dernier, quel que soit l'emploi auquel on le destine. En résumé, bois de construction et de travail de premier ordre, il peut même être employé pour la mâture.

Produits accessoires. — L'écorce contient du tanin et sert, dans les régions où le chêne fait défaut, à la préparation du cuir. Il faut 10 kilogr. d'écorce d'épicéa pour remplacer 3 kilogr. d'écorce de chêne.

En France, on a renoncé à extraire la résine de l'épicéa ; cet arbre est en effet trop précieux comme bois d'œuvre pour qu'on lui fasse subir les dégradations que comporte cette pratique, d'ailleurs peu lucrative.

Allures forestièf-es. — Gomme le sapin, l'épicéa demande à être maintenu en massif sombre, mais il s'y comporte d'une manière différente ; végétant mal à l'état dominé, il se constitue naturellement en un étage unique auquel le grand nombre des tiges conserve toute sa densité. Grâce à la forme toujours conique de sa cime, il possède plus qu'aucune autre essence la faculté de vivre à l'état très serré ; ce qui lui permet de fournir les peuplements les plus riches en matériel que Ton connaisse.

Il est avantageusement traité en futaie régulière ; mais, comme il est très exposé à être renversé par le vent, on fera bien de le mélanger avec le hêtre, le sapin ou le mélèze : les peuplements acquièrent ainsi plus de soUdité et se régénèrent plus facilement. Il se

montre d'ailleurs très envahissant dans les pâtures et les taillis qui avoisinent les forêls résineuses; on dirait que, sous Tinfluence d'un ^ traitement méthodique, il a des tendances à déserter les grands massifs. A cause de son tempérament robuste, il est une des rares essences pour lesquelles on a pu tenter avec succès la régénération naturelle par coupe à blanc.

Contrairement au sapin, l'épicéa est transporté on ne peut plus facilement en dehors de ses stations d'origine ; il accepte tous les climats de l'Europe centrale, pourvu qu'ils ne soient pas trop secs. On a certainement abusé de ses facultés accommodantes pour le répandre à profusion sur des points où il n'est pas à sa place. Ses produits sont alors plus que médiocres et les arbres sont exposés à de nombreux dégâts de la part des insectes.

98. Le mélèze (Larix europsa). — Le mélèze n'apparait spontané que dans les régions élevées des Alpes, il manque dans tous les autres groupes montagneux. Dans celte station, il forme une bande dirigée du Sud au Nord et s'infléchissant de l'Ouest à l'Est avec la courbe des Alpes, en s'appuyant constamment sur la partie orientale et septentrionale de la frontière qui sépare la France de la Suisse et de l'Italie; le centre de son aire semble se rencontrer dans les hautes vallées de la Durance et de ses ai&uents, entre le mont Pelvoux et le mont Viso. Il y vit en massif mélangé avec le sapin, l'épicéa, le pin sylvestre ou le pin de montagne à partir de 1,200 mètres d'altitude, pur ou mélangé avec le pin cembro au delà de i ,800 mètres. Il peut s'élever jusqu'à 2,900 mètres, limite de la végétation forestière dans le§ Alpes françaises; par contre, on le voit s'installer naturellement, même audessous de 1,000 mètres d'altitude, dans les friches mises en défens, pourvu qu'elles soient exposées au Nord et à l'Est.

Le mélèze ne marque aucune préférence pour les qualités minéralogiques des sols, pourvu qu'ils soient suiGsamment meubles, légei^ et profonds. Il recherche surtout les expositions froides ; mais l'espace et la lumière lui sont indispensables.

Tempérament. — Le jeune plant de mélèze ne supporte pas le moindre couvert, ce qu'il craint surtout c'est la chaleur et la sécheresse ; naissant en pleine lumière, sa graine ne peut germer que

dans un terrain toujours humide. Le feuillage, qui se renouvelle en totalité chaque année, fournit un terreau mieux constitué que celui d'aucun autre conifère ; il ne forme d'ailleurs qu'un couvert assez léger sous lequel s'installe un gazon continu, généralement pâturé ou fauché.

Enracinement, fructification. — L'enracinement se fait par plusieurs racines principales, obliquement et profondément enfoncées, desquelles partent un grand nombre d'autres petites racines plus ou moins traçantes ; le pivot véritable s'est oblitéré dès les premières années.

La fécondité du mélèze est précoce et la fructification s'opère assez régulièrement tous les ans.

Croissance, longévité. — La croissance du mélèze, rapide dans sa jeunesse, devient extrêmement lente à un âge plus avancé.

Dans sa station, il peut vivre plus de cinq siècles et donner des arbres de très fortes dimensions. Transporté à de faibles altitudes, sa longévité est extrêmement réduite.

Bois et ses usages. — Le bois du mélèze est d'excellente qualité, c'est un des plus précieux que produisent les forêts indigènes ; on a pu dire de lui avec raison qu'il est le chêne de la montagne.

Dans les Alpes, il passe pour imputrescible dans toutes les conditions d'emploi. Descendu sur les collines par la culture artificielle, il donne encore un très bon bois; malgré la rapidité de sa végétation, il conserve son aubier mince, et son bois parfait est encore préférable à celui de toutes les autres espèces résineuses qui pourraient lui être associées.

Produits accessoires. — En France, les forêts de mélèze ne sont pas soumises au résinage. Les feuilles de cette essence sécrètent une gomme particulière que la médecine utilise , comme purgatif, sous le nom de manne de Briançon.

L'écorce du jeune mélèze est très riche en tanin.

Allures forestières. — Dans les hautes régions habitées par le mélèze , les peuplements ont à lutter contre la rigueur du climat, l'âpreté du sol, la décUvité des pentes et le voisinage des pâtures. Alors le traitement d'une forêt est toujours chose fort délicate, car la moindre imprudence peut être l'occasion de désastres irréparables.

A cause de son extrême besoin de lumière à tous les âges, le mélèze végète mal en étages superposés ; les massifs clairs, composés d'arbres de même âge, sont de beaucoup préférables. Pour perpétuer cet état, il suffit de mettre scrupuleusement en défens, non seulement les bois très jeunes, mais encore les parties exploitables que Ton veut régénérer. Dès que le découvert est suffisant, le semis s'installe au milieu du gazon peu touffu qui tapisse toujoui-s le sol de la forêt.

A la limite inférieure de son aire, le mélèze se mélange avantageusement avec l'épicéa, le pin de montagne ou même le pin sylvestre. Il accepte alors le traitement jardiné dans les conditions qui conviennent à ces espèces. Conservé en groupe dans les hauts gazons, il abrite le bétail en même temps qu'il fournît d'excellents produits : aucune espèce ne convient mieux pour la création de prés-bois.

Introduit à de faibles altitudes , il ne réussit convenablement que dans les stations bien aérées. En sol compact et dans les fonds humides, son feuillage est bientôt attaqué par certains champignons, entre autres le Pezziza Wilcomii, et l'arbre ne tarde pas à périr.

99. Le pin sylvestre (Pinus sylvestris). — Le pin sylvestre ne paraît spontané en France que dans les Vosges, dans les Alpes, le Plateau central et quelques points des Pyrénées; il manque complètement dans la région calcaire et montagneuse du Jura. Il atteint les altitudes suivantes: 1,100 mètres dans les Vosges, 1,500 dans le Plateau central, 1,700 dans les Alpes et 2,000 dans les Pyrénées. Partout il recherche les expositions chaudes.

Excepté dans les régions du pin d'Alep et du pin maritime, le pin sylvestre a été propagé partout comme principale essence de reboisement: en plaine comme en montagne, il a ainsi reçu une très grande expansion artificielle.

Sans refuser de croître dans les sols calcaires, il préfère de beaucoup ceux qui ne le sont pas.

Tempérament. — Les pins sylvestres ont le couvert léger, surtout à un âge avancé; leur jeune plant est des plus robustes; l'arbre constitué, très avide de lumière, ne comporte pas l'état de massif serré. 11 leur faut de l'espace pour développer en largeur une cime qui ne

peut rester feui liée sur une grande hauteur; aussi est-il indispensable de le leur ménager, sans quoi l'on s'expose à ne produire que des arbres grêles qui ploient sous leur propre poids, sous ^elui de la neige ou du givre, et à voir chaque année les peuplements se clairiérer d'eux-mêmes par la rupture des tiges dont la cime est trop réduite. Cette forme, résistante entre toutes, n'a rien à redouter des gelées d'hiver, ni de celles du printemps; par contre, plus que toutes les autres, elle est exposée aux ravages des insectes et des champignons. Ces dangers sont surtout à redouter en dehors de ses stations naturelles. Le pin sylvestre craint aussi les hauts sommets exposés à des vents violents; alors il semble résister tant qu'il est assez jeune pour passer l'hiver sous la neige ; mais, dès que, en grandissant, sa cime dépasse cette zone, il perd ses feuilles et ne tarde pas à périr, plutôt sous l'action mécanique des vents, que par l'effet d'un cUmat trop rigoureux.

Enracinement, fructification. — L'enracinement est assez variable; en sol léger et profond, le pivot se développe beaucoup et forme la partie essentielle de la racine jusque vers 30 ou 40 ans ; passé ce terme, les racines latérales s'accroissent en vigueur, mais ont aussi ime tendance à s'enfoncer. Dans les terrains liants, au contraire, le pivot s'arrête de très bonne heure et des racines peu profondément situées ne tardent pas à les remplacer.

La fécondité du pin est très précoce et l'on voit des arbres isolés qui , à 15 ans , produisent déjà des cônes et de bonnes graines ; régulièrement, dans les massifs, ce n'est guère que vers 50 ans, et même au delà, qu'elle se prononce. En général, on trouve au moins quelques cônes chaque année, mais il n'y a abondance que tous les trois ou cinq ans.

Croissaiice, longévité. — Dans ses stations naturelles, le pin sylvestre est un arbre de grande taille qui atteint 30 et même 40 mètres d'élévation, mais dépasse rarement 4 mètres de circonférence et reste, à cet égard, bien en arrière du sapin et de l'épicéa. Sa croissance, très lente dans le Nord, est infiniment plus rapide dans les climats tempérés.

Sa longévité est également très grande. Dans les plaines où il a été introduit, il vit beaucoup moins longtemps.

Bois et ses usages. — Le bois du pin sylvestre, de toute première qualité sous les hautes latitudes ou altitudes, devient médiocre au fur et à mesure qu'un climat plus doux lui donne une croissance plus rapide. Dans ce dernier cas, la proportion d'aubier est considérable relativement à celle du bois parfait qui, lui-même, bien que d'assez bonne qualité, est loin de valoir celle du bois connu dans le commerce sous le nom 4e sapin rouge, et qui n'est autre que le pin sylvestre du nord de l'Europe.

Comme chauffage, il est meilleur que le sapin et l'épicéa; il est surtout recherché par la boulangerie.

Produits accessoires, — On ne résine pas le pin sylvestre. Les souches distillées en vase clos donnent du goudron et du charbon de bonne qualité.

xMlures forestières, — Les pins sylvestres doivent être conduits en futaie régulière. En massif pur et dans les stations convenables, les peuplements jeunes entretiennent le sol en assez bon état jusque vers l'âge de 25 à 30 ans ; plus tard, l'état superficiel se dégrade et, sous les vieux massifs purs, la régénération naturelle devient difficile. C'est ce qui explique pourquoi, dans les forêts fatiguées, on est souvent obligé d'avoir recours à la régénération artificielle, q uis'obtient d'ailleurs facilement, soit par plantations, soit par semis. Le pin sylvestre se mélange naturellement avec le hêtre, le sapin ou l'épicéa, au milieu desquels, grâce à sa croissance rapide, il se maintient à l'état dominant et fournit d'excellents produits. Ces mélanges sont malheureusement beaucoup trop rares en France, et dans bien des circonstances, on aurait intérêt à les créer artificiellement.

Dans la haute montagne, il se prête assez bien à un jardinage adapté à son tempérament.

Souvent cette essence se rencontre dans les sols trop pauvres pour qu'on puisse lui associer aucune autre espèce de grande taille ; dans ce cas, il est indispensable de respecter scrupuleusement toute la végétation arbustive qui buissonne à ses pieds.

Qu'ils soient purs ou mélangés, les pins sylvestres sont faciles à traiter; il suffit, à tous les âges, de ménager continuellement aux plus belles tiges l'espace nécessaire pour développer librement leur cime.

La frugalité de cette forme et sa faculté de s'adapter aux condi-

lions les plus diverses, en font une espèce précieuse entre toutes pour la mise en valeur des terrains incultes dans les régions de collines et de basses montagnes.

100. Le pin de montagne (Pinusmontana). — Également appelé pin à crocliets, suffin, pin crin, torche-pin.

Le pin de montagne habite les régions élevées des Alpes, où il peuple, souvent seul, d'autres fois avec le sapin et le mélèze, des forêts assez considérables. On le trouve aussi, mais par bouquets seulement, sur quelques hauts plateaux des Vosges et du Jura. A de très grandes hauteurs et spécialement dans les sols ou les climats humides, cet arbre reste chétif et même rampant; il forme alors les variétés connues sous le nom de pin chétif ou mugho.

Également spontané dans les Pyrénées, il y forme des forêts très étendues. Dans ces deux stations, il apparaît vers 1,500 mètres, s'élève en massif jusqu'à 2,200 et se maintient même à 2,500 mètres d'altitude. Jamais il ne descend dans les plaines, même dans les plus septentrionales.

Il croît sur tous les sols, qu'ils soient secs, humides, marécageux ou tourbeux; c'est même dans ces dernières conditions seulement qu'on le trouve dans le Jura et dans les Vosges.

Outre les qualités de son bois, cette propriété de végéter dans les conditions où aucune autre essence ne pourrait se maintenir, le rend précieux pour assurer la permanence de l'état boisé dans les régions alpestres.

Tempérament. — Dans les hautes stations où il est cantonné, son jeune plant ne demande aucun abri ; à cet égard, c'est une essence de lumière ; néanmoins le pin de montagne résiste mieux que le pin sylvestre à l'action du couvert et peut reprendre une belle végétation une fois qu'il a été dégagé. Le feuillage de l'arbre est assez épais.

Enracinement f fructificaiion. — L'enracinement est composé de plusieurs maîtresses racines traçantes; on n'y remarque pas de pivot principal.

La fructification se produit de bonne heure, vers 10 ans, et se maintient abondante et continue.

Croissance, longévité. — La croissance du pin de montagne est

lente, jamais il n'atteint les dimensions d'arbre de première grandeur; cependant les belles formes de sa tige et la régularité de sa croissance en font une espèce des plus précieuses à tous égards.

Sa longévité est assez grande et peut dépasser 200 ans.

Bois et ses usages. — Le pin de montagne est estimé pour la charpente et le sciage et, à Texception du mélèze, on le préfère dans les Alpes aux autres essences résineuses. Le grain de son bois est très fin et très égal ; aussi il se fend et se travaille très bien. Gomme chauflage ilest aussi plus apprécié que les autres conifères.

Allures forestières. — Le tempérament du pin de montagne offre la plus grande analogie avec celui de Tépicéa; cependant on ne rencontre presque jamais ces deux espèces associées; au contraire, le pin de montagne semble se substituer complètement à l'épicéa dès que le climat devient trop sec pour ce dernier. Quoi qu'il en soit, l'un et l'autre peuvent être traités d'une façon identique, soit à l'état pur, soit en mélange avec le sapin ou le mélèze.

Dans les hauts couloirs où il sert parfois de forêt de protection, il faut l'abandonner à lui-même ou lui appliquer une sorte de jardinage approprié a son tempérament.

101 . Le pin maritime (Pinus pinaster). — Comme le pin sylvestre, le pin maritime est très fréquemment employé au boisement, de sorte qu'il est difficile de déterminer nettement son aire d'habitation. C'est, en tout cas, une espèce essentiellement littorale à l'état spontané^ abondamment répandue dans la région sablonneuse qui borde le golfe de Gascogne, de Bayonne à La Rochelle, se trouvant sur le versant méditerranéen des Pyrénées, puis dans la région granitique des Maures et de l'Eslerel qui s'étend de Toulon à Nice. Propagé abusivement par semis, bien au delà de son aire , jusque dans le Centre et l'Est et même jusqu'au Nord, cette forme des climats doux devait donner lieu à de graves mécomptes. C'est ainsi que, pendant le rude hiver de 1879-1880, la destruction par la gelée de tous les pins maritimes qui couvraient plus de 80,000 hectares de terrain en Sologne, a occasionné un véritable désastre pour cette contrée.

Il croît sur les bords de la mer et s'élève jusqu'à 800 mètres dans les Alpes-Maritimes et 900 dans les Pyrénées.

Tempérament. — Essence de pleine lumière, à couvert léger, résiste purfaitement à la chaleur et à la sécheresse; elle peut aussi supporter des froids assez rigoureux, pourvu qu'ils ne dépassent pas — 20°.

Éminemment calcifnge, il accepte les sols les plus pauvres pourvu qu'ils soient franchement siliceux.

Enracinement, fmctifi^ation. — Les racines sont très développées, pivotantes et traçantes à la ibis. Cette disposition, jointe à une croissance très rapide dans la jeunesse et au peu d'exigence • de l'espèce à l'égard de la fertilité du sol, a fait choisir avec succès le pin maritime pour fixer les sables mouvants des dunes et pour boiser ceux des Landes.

La fructification est très précoce ; dans les sables des dunes, elle apparaît quelquefois à 15 ans; mais alors les graines sont souvent vaines. Elle devient très abondante et presque continue vers 40 ou 50 ans.

Croissance, longévité. — Le pin maritime est un arbre de grande taille et de végétation rapide, longtemps soutenue, qui peut à 100 ans atteindre plus de 3 mètres de circonférence; il parvient à de plus grandes dimensions encore à la faveur de sa longévité plusieurs fois séculaire et arrive à 30 mètres de haut sur 4 à 5 mètres, et même plus, de tour. Il faut reconnaître toutefois que le résinage auquel il est habituellement soumis, l'amoindrit le plus souvent de ses dimensions , le déforme et en fait un arbre tortueux, grêle, à cime irrégulière, étalée. •

Bois et ses usages. — Le bois de pin maritime est à grain grossier ; les accroissements sont épais et très apparents. Purgé de son aubier, il donne des bois de construction, de sciage et de fente de qualité moyenne. Le gommage diminue considérablement le développement des arbres et enlève toute homogénéité au bois, à partir de l'âge où l'on commence les premières quarres ; il faut néanmoins reconnaître que cette opération, en ralentissant sa croissance, donne, dans les portions restées intactes, un bois plus lourd, plus résineux, beaucoup plus résistant et plus durable. Il forme également un combustible d'assez bonne qualité, mais qui a l'inconvénient d'éclater et de projeter au loin des étincelles.

Produits accessoires. — Surtout exploité au point de vue de la gemme, le pin maritirae fournit des produits abondants dont le revenu peut varier de 25 à 40 fr. par hectare, non compris la valeur du bois.

Allures forestières. — Le pin maritirae, lorsqu'il est gemmé, est soumis à un traitement spécial en vue de sa plus grande production en résine. Dans les régions où cette pratique ne lui est pas appliquée, il doit être conduit comme le pin sylvestre, peut-être même en massif plus clair. Il se régénère très facilement à cause de sa fertilité précoce et abondante, aussi bien que par sa faculté de s'installer sur les sols nus.

102. Le pin d'Alep (Piniui Halepensis). — Aussi connu sous le nom de pin de Jérusalem.

L'aire du pin d'Âlep est plus méridionale encore que celle du chêne yeuse ; exclusivement confiné au littoral de la Méditerranée, il ne dépasse pas, vers l'Est, le département du Gard et, vers le Nord, les limites méridionales de ceux des Hautes-Alpes et de l'Ardèche.

Il vient dans tous les sols , sur les versants rocheux , pierreux et presque dépourvus de terre végétale des calcaires jurassiques et crétacés.

Tempérament. — Essence de pleine lumière, à jeune plant très robuste, le pin d'Alep demande une grande chaleur et résiste aux expositions les plus brûlantes. Il ne supporte pas le cUmat de la France centrale. Son couvert est très léger.

Enracinement, fructification. — L'enracinement est pivotant et en même temps largement développé; il reste parfois superficiel, au détriment de la bonne végétation de l'arbre.

La fi*uctification est précoce et abondante.

Croissance, longévité. — Le pin d'Alep a une croissance assez rapide, cependant il ne dépasse pas les dimensions de seconde grandeur; vers 20 ans, il forme un arbre de tige grêle, flexueuse dont la végétation se ralentit; à un âge avancé, la cime s'étale largement et prend la forme en parasol analogue à celle du pin pinier. ,

Bois et ses usages. — Son bois, d'assez médiocre qualité, est employé néanmoins dans la menue charpente ; il fournit également une

grande quantité de sciage employé spécialement pour la confection des caisses d'emballage.

Il fournit un combustible qui flambe bien, recherché dans les usines.

Allures forestières. — Le pin d'Alep, très répandu dans les régions calcaires sous le climat de la Provence, ne se rencontre qu'exceptionnellement en massif pur. Le plus souvent, dans les forêts traitées sans méthode et livrées au pâturage, il est mélangé avec le chêne yeuse et d'autres espèces feuillues qu'on exploite en taillis , en réservant les pins pour les exploiter dès qu'ils ont atteint des dimensions convenables. Dans ces conditions, il se régénère très bien. Le pin d'Alep mériterait cependant, à cause de sa rusticité et des produits qu'il donne , un traitement plus rationnel; il pourrait d'ailleurs être avantageusement conduit à la façon du pin sylvestre.

103. Le pin laricio (Pinus laricio). — Ce pin est susceptible de nombreuses modifications ; il a donné naissance à des races diverses dont les unes, comme le laricio de Corse, le laricio des Cévmnes, celui des Pyrénées, sont spontanées dans ces trois localités ; les autres, comme le pin de Calabre et le pin noir d'Autriche, ont été artificiellement introduites.

Le pin laricio de Corse ne se rencontre que dans cette île; il habite les régions montagneuses où sa station commence vers 1,000 mètres , c'est-à-dire au-dessus de celle du pin maritime , et s'élève jusque vers 1,700 mètres; il n'est plus alors qu'à l'état de buissons rabougris.

Il recherche les sols graveleux qui proviennent de la décomposition des granits.

Tempérament. — Le tempérament du pin laricio est loin d'être aussi robuste que celui du pin sylvestre ; son couvert est assez épais et, dans les hautes altitudes qu'il habite, le semis naturel s'installe et résiste très bien sous le couvert des grands arbres. 11 supporte assez bien le froid , même dans les régions les plus septentrionales de la France. Cependant l'hiver de 1879-1880 a fait périr un grand nombre de ceux qu'on y avait introduits.

Enracinement, fructification. — L'enracinement est générale-

ment faible et pivotant dans l'origine ; il n'est représenté, plus tard, que par quelques racines traçantes peu allongées comparativement aux dimensions de l'arbre.

La fructification se produit dans des conditions analogues à celles du pin sylvestre qui se trouverait dans les mêmes stations.

Croissance, longévité. — Le pin laricio de Corse est un arbre de première grandeur qui parvient quelquefois à une hauteur de 45 mètres et une circonférence de S'^jSO. La tige, bien plutôt cylindrique que conique, se dépouille rapidement de ses branches inférieures, et reste complètement nue jusqu'au-dessous de la cime, qui, dès 80 ou 100 ans, est courte, aplatie, peu développée et formée de quelques grosses branches irrégulièrement ramifiées.

L'accroissement en diamètre est peu rapide; vers 150 ans, il se ralentit, il diminue et devient très faible ; la longévité est néanmoins fort élevée.

Bois et ses usages. — Le bois du pin laricio de Corse, caractérisé par l'épaisseur de son aubier, possède, pour son bois parfait, des qualités toutes spéciales qui le font rechercher comme bois de construction.

Produits accessoires. — Bien que ce pin soit assez riche en résine, il ne peut pas être gemmé avantageusement.

Le laricio des Cévennes forme au pied de ces montagnes, dans l'Hérault, dans le Gard et l'Ardèche, entre 200 et 800 mètres d'altitude, quelques forêts d'une étendue totale de 900 hectares environ; il croit sur les sols généralement peu profonds du calcaire corallien et du grès houiller, où il contracte une forme tortueuse, étalée, et n'y parvient qu'à 6 ou 10 mètres de hauteur, en restant souvent brancbu dès la base.

Il s'élance néanmoins dès que le sol devient frais et profond; il reprend alors la cime pyramidale aiguë du laricio de Corse.

Le laricio des Pyrénées est un grand arbre élancé qui forme des massifs assez étendus sur le versant espagnol de la chaîne , qui est rare et disséminé sur le versant français; il se distingue par ses feuilles peu épaisses , d'un vert assez clair , disposées en plumet

le long et à Textréniité des jeunes pousses. Sous tous les autres rapports, il s'écarte peu du pin laricio d'Autriche dont il a le tempérament, sans toutefois présenter une aussi grande résistance à la gelée.

Le pin noir d'Autriche. — Cette variété est fréquemment employée pour sa rusticité dans les boisements des terrains calcaires. Elle a le couvert épais et donne des détritus abondants qui améliorent le sol ; mais la persistance de ses branches et ses formes trapues font que ses produits ne semblent pouvoir être employés autrement que comme bois de feu. Du reste , son introduction et sa culture en France ne sont pas d'assez ancienne date pour qu'on puisse juger comment il se comporte à l'état de massif suffisamment âgé pour donner du bois de service.

En Autriche, il donne des produits qui sont préférés , pour tous usages, à ceux du pin sylvestre croissant dans les mêmes conditions. Il est de plus soumis au gemmage.

De toutes les races de laricio introduites en France, celle dont on pouri^it le plus recommander la multiplication est certainement celle de Calabre. Il en existe, dans le domaine des Barres Vilmorin, quelques massifs qui sont aussi remarquables par leur rusticité que par la beauté de leur port, Tcxiguïté et la régularité de leurs bran-, ches, la forme étroite, allongée et aiguë de leur cime.

Allures forestières. — Le pin laricio de Corse, celui [des Cévennes et celui des Pyrénées, n'ont pas encore été soumis depuis assez longtemps à un traitement méthodique, pour qu'on soit bien fixé sur la manière de les conduire. Néanmoins, toutes ces races, même celles de récente introduction, affectent plutôt les allures de l'épicéa que celles du pin sylvestre et des autres fonnes du genre pin. Ils semblent donc pouvoir être traités sans inconvénients à la façon de l'épicéa, c'est d'ailleurs ainsi qu'on procède dans le Wienerwald pour le pin noir.

104. Pin cembro (Pinus cembro), aussi nommé arolle en Suisse et en Savoie.

Le pin cembro est peu répandu en France, il croît spécialement dans les Alpes, en mélange avec le mélèze, le pin de montagne et l'épicéa ; il s'élève même au-dessus du mélèze et, sous forme d'arbres isolés, il représente, dans les plus hautes régions, les derniers spécimens de la végétation arborescente. Il s'accommode de tous les terrains^ pourvu qu'ils soient profonds et humides.

Tempérament. — Le jeune plant est délicat; sans rechercher l'ombre, il craint surtout la sécheresse ; l'arbre constitué a le couvert assez épais et résiste aux températures les plus froides.

Enracinement, fructification. — L'enracinement est largement développé ; il se fait, dans la jeunesse, par un pivot et de fortes racines latérales; vers 15 ou 20 ans, le premier s'atrophie et les secondes seules continuent à s'accroître avec vigueur en traçant au loin. La fructification commence vers 50 ans et n'est abondante que tous les 4 à 6 ans.

Croissance, longévité. — Le pin cembro a une croissance extrêmement lente ; néanmoins, par sa très grande longévité, il pâment à d'assez fortes dimensions, en diamètre surtout, car sa hauteur dépasse rarement 15 ou 20 mètres. Il est du reste remarquable que sa croissance reste la même lorsqu'on le cultive dans les régions basses. Il est bien différent en cela du mélèze qui, dans de semblables circonstances, s'accroit avec une rapidité extraordinaire.

Bois et ses usages. — Son bois est tendre et peu recherché pour les constinictions, mais, à cause de la lenteur de sa croissance, il est d'une homogénéité parfaite, et, comme tel, très recherché pour la fabrication des petites figurines en bois sculpté qui forment une des industries des hautes vallées de la Suisse.

Produits accessoires. — Le pin cembro ne se résine pas ; mais sa graine, assez grosse et remplie d'une amande comestible et savoureuse, se vend sur les marchés du firiançonnais.

Allures forestières. — Dans les pâturages alpestres, où il s'avance comme le dernier représentant de la forêt, le pin cembro ne com- . porte pas d'autre traitement que celui que la nature veut bien lui donner. Cependant, s'il était mieux conseiTé, il rendrait encore d'importants services pour la protection des massifs inférieurs : il maintiendrait le sol, arrêterait les avalanches et servirait de refuge

au bétail. Malheureusement, cette essence tend à disparaître sous la hache du montagnard qui l'accuse à tort d'occuper une place exclusivement réservée à Therbe. C'est à peine si, dans les Alpes françaises, on rencontre encore quelques rares peuplements de cembro à qui on puisse donner le nom de forêt. Ils sont le plus souvent représentés par des arbres isolés, relégués sur d'âpres moraines tapissées de rhododendrons, ou sur les pentes abruptes inaccessibles au bétail ; ou bien encore, comme dans la forêt des Ailles (Briançonnais), par de petits massifs disposés en forme de prés-bois.

Le pin cembro aime surtout à vivre en liberté et n'accepte le mélange avec l'épicéa et môme avec le mélèze que sous forme de massif très clair.

ARTICLE TROIS Leg peuplements.

105. Définition. — On appelle peuplement la réunion des tiges croissant ensemble sur un espace déterminé de terrain forestier.

106. Formation des peuplements. — La distribution naturelle des espèces se fait par voie d' élimination \

Dans les milieux si divers qui se rencontrent sous un même climat forestier, chaque espèce tend à occuper exclusivement les espaces qu'elle préfère. Elle se développe d'aulant mieux sur chacun de ces points, qu'elle a moins de chances d'être éliminée par d'autres qui n'y seraient pas aussi favorablement placées qu'elle. Partout et toujours les plus faibles finissent par céder la place à celles plus vigoureuses ou plus longévives qui les surciment.

Telle est la loi simple qui préside à la répartition naturelle des espèces lorsqu'elles s'associent pour former les peuplements.

107. Alternance des essences. — Voici d'ailleurs le mécanisme de son fonctionnement :

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