‹ Traité de sylvicultureChapitre 57 sur 128 · Darwin, Origine des espèces · texte numérisé non relu

Darwin, Origine des espèces

LES ARBRES ET LA FORÊT. loi

Les essences exigeantes utilisent les détritus que celles plus frugales ont incorporés dans le sol et il arrive un moment où, par rintermédiaire de celles-ci, les premières rencontrent, dans un terrain jusqu'alors trop pauvre en terreau, des conditions de fertilité suiBsantes pour leur installation. C'est ainsi, par exemple, que le hêtre, en améliorant le sol, en le rendant plus frais, augmente la force de résistance du chêne et, à la longue, lui permet de soutenir la lutte avec avantage.

Inversement, quand la fertilité du sol est aOectée dans un sens rétrograde par des causes accidentelles, les types les plus exigeants perdent du terrain, impuissants qu'ils sont à résister à la poussée des formes frugales : la variété du mélange va sans cesse en se simplifiant. Il en est ainsi dans certaines forêts feuillues fatiguées, que les morts-bois ou les résineux viennent progressivement envahir.

Ces faits n'ont rien que de naturel et, pour les expliquer, il n'est pas nécessaire d'avoir recours à des théories d'alternances analogues à celles qui trouvent leur application en agriculture. Tout est subordonné à la constitution plus ou moins parfaite de la terre à bois (40). Quand un sol forestier se refuse, à un moment donné, de nourrir une espèce qu'il a longtemps portée, ce n'est pas parce qu'il est ruiné en tel ou tel principe minéral, mais simplement parce que des abus de jouissance ont fait disparaître la couche de terreau ou en ont diminué l'épaisseur. Dès que cette couche sera reconstituée par des soins hygiéniques mieux entendus, la même terre recommencera à produire ces mêmes espèces et cela, indéfiniment, sans l'addition d'aucun autre engrais ou amendement.

n est fort possible que la seconde ou la troisième récolte d'une espèce artificiellement introduite donne des résultats moins avantageux que la première ; mais ces forêts factices s'éloignent des conditions naturelles pour se rapprocher des cultures agricoles, et le principe de Taltemance peut à la rigueur leur devenir applicable.

108. Peuplements spontanés. — La nature a créé les forêts dans son but mystérieux, sans se préoccuper de l'homme et de ses besoins ; elle poursuit son œuvre lentement, à l'aide dès moyens qui lui sont propres. Dans la forêt primitive, les arbres atteignent le dernier

1r3:2 CONSTITUTION NATURELLE DE LA FORÊT.

terme de leur longévité; ils ne tombent que par vétusté et enrichissent le sol de leurs débris. Partout se trouvent des sujets fertiles dont les graines se disséminent à profusion, et, sur chaque point découvert, l'individu doué de la plus grande énergie vitale parvient, à son tour et à son heure, à se rendre maître de la place qu'il occupera jusqu'à la fin de son existence : terme qui dépasse de beaucoup le moment où ses produits seront utilisables pour l'homme. C'est ainsi que, dans une même station, le peuplement vierge de toute exploitation se régénère sans cesse à sa mam'ère sauvage. Aussi^ sans tenir compte de l'amplitude des mouvements de la forêt à travers les âges', on peut dire que, eu égard à la brièveté de l'existence humaine, elle se perpétue semblable à elle-même dans le temps et dans l'espace.

109. Peuplements soumis aux exploitations. — Depuis longtemps, en France, il n'existe plus de ces peuplements sauvages. L'homme est intervenu demandant aux forêts l'utilité, et, à sa suite, des perturbations sans nombre se sont introduites pour interrompre le cours primitif des choses. Ainsi, les exploitations sans méthode et sans frein, le pâturage immodéré, les incendies, l'enlèvement des litières, etc., appauvrissent les peuplements et le sol, entravent la croissance et la reproduction des espèces les plus précieuses et rongent la forêt, soit en partie, soit en totalité.

D'autre part, l'application des méthodes qui provoquent le i-ajeunissement de la forêt par rejets de souches, favorise, au détriment d'autres, la multiplication des espèces chez lesquelles cette faculté est le plus développée : les résineux, par exemple, sont exclus des forêts traitées en taillis ; les hêtres y deviennent aussi plus rares.

La quahté des produits demandés à la forêt influe également sur la composition des peuplements. Car, suivant qu'on veut obtenir (les tiges de faibles dimensions ou des arbres d'un fort calibre, il faut avancer ou reculer le terme des exploitations. Dans les peuplements coupés jeunes , comme dans les prairies annuellement broutées ou fauchées, la variété des espèces se maintient sous l'influence

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