II. -— Méthode aÉirâBA.LE de tbaitement
ARTICLE PREMIER La régénération.
l f. — Méthode par coupa succetsioes.
153. Lescoupes de régénération. — Les conditions de la régénération d'un massif de futaie régulière parvenu au terme de l'exploitabilité se réalisent au moyen d'opérations successives qui portent, dans leur ensemble, le nom de coupes de régénération et qui se distinguent entre elles par les termes de : coupe d* ensemencement, coupes secondaires et coupe définitive.
154. Coupe d'ensemencement. — Admettant que le sol se trouve dans des conditions favorables pour recevoir les graines et favoriser leur germination (73), on provoque la production d'une quantité de semence suffisante pour ensemencer complètement le terrain en interrompant légèrement le massif de façon à isoler lesVimes (59). On met ainsi le peuplement à Yétat d'ensemencement.
Si l'on tient compte de l'état superficiel du sol, de la fécondité, locale des espèces et de la rigueur du climat, cette première coupe peut être faite tantôt sombre, tantôt espacée.
La coupe est sombre, dit M. Bagnéris', quand les branches latérales des cimes des réserves se touchent lorsqu'elles sont agitées par le vent.
Dans la coupe espacée, l'intervalle entre les cimes peut aller de 2 à 5 et 6 mètres.
1. Manuel de sylviculture, 2* édition. Berger-Levraolt et G*% à Nancy, 1878, page 35.
Lh coupe sombre est celle qu'on n le plus souvent Toccasion d'appliquer ; elle est nécessaire toutes les fois que la semence est lourde et s'écarte peu du pied de Tarbre qui Ta produite, que le tempérament du jeune plant est délicat, que le sol est exposé h s'enherber fortement ou à se dessécher, qu'on opère sur les lisières des forêts ou dans les endroits exposés aux vents. Dans toutes ces conditions, en effet, on peut craindre que le semis ne soit pas suffisamment complet, ou que les graines ne germent pas, ou que le jeune plant disparaisse faute d'abri, ou enfin que les réserves ne soient renversées avant d'avoir produit des semis ou avant que les jeunes plants ne puissent se passer d'abri.
C'est seulement quand toutes les conditions contraires sont réunies qu'on peut faire la coupe d'ensemencement plus ou moins espacée. C'est dire que la coupe sombre est la règle et la coupe espacée l'exception.
Quant aux porte-graines, il est évident qu'il faut les conserver parmi les pieds les plus vigoureux , ceux à fût élevé et dont la cime est largement développée. On doit, avant tout, s'attacher à une égale distribution du feuillage et non à la régularité de répartition des tiges. Une coupe sombre bien faite ne doit pas laisser arriver la lumière par grandes plaques sur le sol, mais bien comme tamisée par les feuilles.
On assure la conservation des facultés germinalives des graines lourdes après leur chute, par renlèvement des sous-bois. On constate, en effet, que les graines charnues, comme les glands et les faînes, sont détniites par des moisissures lorsqu'elles séjournent dans des milieux humides où l'air circule difficilement. L'opération serait d'ailleurs commandée pour empocher les jeunes plants naissants de disparaître sous l'influence d'un couvert trop bas.
Le sol doit être ainsi nettoyé autant de fois que cela est jugé nécessaire jusqu'à complète installation du semis. Cet état de propreté caractérise les surfaces mises en ensemencement et c'est le seul cas où il se justifie.
En même temps que se fait le recepage des sous-bois et dans le même but, on élague, s'il y a lieu, les branches trop basses sur les arbres placés aux abords des clairières.
Sous des peuplements ainsi réduits à un seul étage dont le couvert est élevé, l'air circule ; la lumière diffuse, la chaleur et les pluies arrivent jusqu'au sol en quantité suffisante pour créer à la surface un milieu éminemment favorable à la germination des graines et a l'installation des jeunes plants.
Ainsi : intemiption du massif, netloiemeiit du sol et relèvement du couvert , telles sont les opérations que nécessite la mise d'une parcelle à l'état d'ensemencement.
Dans les régions où les années de semence sont rares, une coupe d'ensemencement faite sombre peut se resserrer en massif avant la production du semis. On rétablit alors l'état d'ensemencement par l'extraction des quelques arbres devenus surabondants.
On profitera de cette période de l'installation du semis pour délimiter et repeupler artificiellement les surfaces qui ne sembleraient pas susceptibles de se régénérer naturellement. Quand, par exemple, l'espèce à cultiver n'est pas représentée dans le peuplement; quand les gelées printanières compromettent régulièrement la production des graines, etc.
155. Les coupes secondaires. — Pour que la régénération soit satisfaisante à tous égards, il suffit que les espèces à cultiver soient représentées par quelques plants par mètre carré, pourvu qu'ils soient uniformément répartis. Ce résultat obtenu, il est inutile de refuser plus longtemps au jeune semis la lumière dont il a besoin ; on juge d'ailleurs de son état de gêne à la pâleur de son feuillage et à la faible longueur de ses pousses.
Le moment est venu de faire les coupes secondaires. A cet effet, on désigne pour être abattus un certain nombre d'arbres choisis parmi cjux qui recouvrent les semis les plus complets et les plus vigoureux : les plus gros sont généralement les plus nuisibles ; on laisse mieux garnies et tout à fait intactes les places insuffisamment onsamencées ou celles peuplées de sujets trop jeunes ; en un mot, on prend soin d'éviter les insolations trop brusques et le desséchemoiit du sol, de prévenir les accidents de gelées et de ménager à l'ensomble dos jeunes plants un abri protecteur.
C 3s extractions se font avec une lenteur mesurée par la rigueur du climat, la fertilité du sol et le tempérament des essences.
Quelles que soient d'ailleurs ces circonstances, fussent-elles aussi favorables que possible, on serait toujours amené à faire ces coupes en plusieurs fois, pour épargner au jeune semis la fatigue considé-
rable qui serait la conséquence de renlèvement d'une trop grande quantité de produits sur des espaces restreints.
Sous rinflueiice de ces coupes secondaires successives, le semis participe progressivement à la lumière ; il s'installe et grandit. En même temps s'opère le mélange naturel des essences. Après les espèces sociales installées les premières, celles disséminées, dont la graine légère vient des massifs environnants, apparaissent à leur heure, au fur et à mesure que le découvert fait naître sur le sol les conditions favorables au tempérament de chacune d'elles. Quel que soit l'avenir réservé à ces régénérations de hasard, elles jouent, comme remplissage, une rôle des plus utiles et hâtent la formation du fourré.
156. La coupe définitive. — On conduit ainsi le peuplement jusqu'au moment où, constitué à l'état de fourré passant au gaulis, il n'a plus à redouter ni le plein soleil, ni la sécheresse, ni la gelée. Alors la coupe définitive lui donne un libre essor.
Celle-ci fait disparaître les derniers représentants de l'ancienne futaie. A proprement parler, elle n'est que la dernière des coupes secondaires ; car elle n'enlève ni plus ni moins de matériel, elle ne donne ni plus ni moins de lumière que ne le fait chacune de ces exploitations relativement à celle qui l'a précédée.
Du reste, l'expression de coupe définitive n'a rien d'absohi, en ce sens que, dans certains cas, on a intérêt à conserver des arbres de choix qu'on laisse vieillir au milieu du jeune repeuplement, lorsqu'ils sont disposés, par leur forme et leur vigueur, à supporter la crise de l'isolement. Mais cette pratique ne saurait être généralisée, cai' la constitution et la conservation d'une telle réserve i)réscntent de sérieuses difficultés (173).
157. Remarques générales. — 1° Suivant les circonstances, il faut compter qu'il s'écoulera de 10 à 25 ans entre la coupe d'ensemencement et la coupe définitive. La durée de cette période sera plus longue pour les essences d'ombre (liêtre, sapin) que pour les essences de lumière (chêne, pin sylvestre) ; plus longues dans les peuplements mélangés que dans les peuplements purs ; dans les cli-
mats rudes que dans les climats doux ; sur les points exposés aux gelées printanières que sur ceux où ces dangers ne sont pas à redouter. On constate également que les jeunes semis souffrent plus du couvert dans les sols pauvres et superficiels que dans ceux frais et fertiles. C'est seulement dans ces dernières conditions que les coupes d'ensemencement théoriques, établies sur de grandes surfaces continues, donnent des résultats satisfaisants et se justifient.
Dans les sols médiocres, superficiels, dans les climats rudes, les coupes d'ensemencement devraient être faites moins sombres à cause de la rareté des années de semence, de la moindre fertilité des arbres et aussi de l'enchevêtrement des racines de la vieille futaie qui dessèchent superficiellement le sol et ne laissent au serais aucune place disponible où il puisse s'installer (36). Mais ces coupes trop claires auraient l'inconvénient de dégrader davantage la surface ; aussi il est préférable de procéder par voie de petites trouées, disposées de loin en loin , en choisissant les places où il existe déjà du semis. Sous forme de coupes secondaires, on augmente l'étendue de ces places découvertes au fur et à mesure que les jeunes brins naissent sur leurs bords, et, à la longue, les semis se rejoignant, la surface entière est l'égénérée. Ce moyen est également à recommander quand on veut obtenir le mélange naturel de deux essences sociales.
2® La méthode par coupes successives donne naissance à des semis qui se présentent sous forme de taches d'autant plus inégales en hauteur que la période de régénération aura été plus longue. Cet état, au lieu d'être nuisible, est plutôt avantageux puisque, tout en favorisant le mélange des essences, il donne plus de densité au peuplement et augmente sa force de résistance contre la neige, le givre ou le verglas. D'ailleurs, ces inégalités s'atténuent avec l'âge et disparaissent avant l'état de haut perchis.
3** Il faut constater, enfin, que la régénération naturelle est obtenue sans suspension notable dans la production. En effet, dans la coupe d'ensemencement, chaque arbre continue à grossir et s'accroît même d'autant mieux qu'il a plus d'espace pour développer sa cime. En outre, on ne commence la série des coupes secondaires que sur les points où le semis est déjà formé ; de telle sorte que le couvert de chaque arbre enlevé est bientôt remplacé par celui des semis qui
végétaient sous sa protection. Il y a ainsi substitution complète d'un massif à un autre, sans temps d'arrêt ; car la production se maintient à peu près normale, puisque le sol ne reste jamais complètement dénudé.
En résumé, la méthode de régénération par coupes successives satisfait à toutes les exigences culturales et économiques. Elle réserve au forestier une part d'action prépondérante qui lui permet de diriger à son gré la composition des peuplements, faculté qu'il ne retrouve dans aucun autre mode de traitement. Aussi on en a fait avec raison la méthode de régénération par excellence, depuis que MM. Lorentz et Parade l'ont enseignée en France, sous le nom de Méthode du réensemencemerU naturel et des éclaircies.
I 2. — Méthode par coupe unique.
158. Dangers de la méthode. — Ce procédé consiste à exploiter systématiquement, en une seule fois, tout le matériel existant sur les surfaces à rajeunir, en confiant à la nature le soin de régénérer celles-ci par l'apport de graines provenant, soit des peuplements voisins, soit de quelques arbres réservés dans l'enceinte des coupes.
-Que l'exploitation soit faite à blanc étoc ou à tire et aire (160), la coupe unique ne peut être appliquée méthodiquement aux essences à graines lourdes ; car si le semis de ces espèces n'existe pas avant l'opération, il ne se formera plus après. En effet, le sol dénudé se dégrade rapidement et ne se garnit que d'espèces à graines légères, de telle sorte que le jeune peuplement formé n'aura aucune ressemblance avec celui qui l'a précédé.
Même dans les circonstances les plus favorables, c'est-à-dire quand, au moment de son passage, le sol est garni de semis préexistants des essences à cultiver, la coupe rase n'est pas mieux justifiée :
1* Parce qu'elle entraine le développement de l'espèce unique dont le semis existe au moment où on vient découvrir le sol et donne ainsi naissance à des peuplements purs (généralement d'essences d'ombre) ;
^ Parce que les semis préexistants disparaissent en grand nombre
SOUS riaflueiice d'une trop brusque exposition aux agents atmosphériques (insolation, sécheresse, gelées);
S*" Enfin, parce que l'exploitation et renlèvement d*un matériel considérable sur des surfaces restreintes, fatigue le semis au point de compromettre son existence.
159. — Circonstances dans lesquelles elle reste applicable. — L'emploi de la coupe unique reste donc exclusivement limité à la régénération des espèces à graines légères; encore faut-il que cette condition soit accompagnée de certaines circonstances favorables.
Ainsi, par exemple, en montagne, aux grandes altitudes, sur les points où la violence des vents empêche d'utiliser la méthode des coupes successives. En ces stations, le nombre des espèces est très restreint, les arbustes et les arbrisseaux faisant à peu près défaut, le sol dénudé ne se couvre que d'herbes grêles et peu touffues au milieu desquelles les graines ailées des mélèzes, des épicéas, des pins de montagne, provenant des massifs voisins, s'installent en plein découvert.
Pour faciliter leur régénération, ces coupes blanches sont disposées par bandes longues et étroites, en marchant à la rencontre des vents dominants. On cherche également à les établir dans la direction de la ligne de plus grande pente, plulôl que suivant l'horizontale; enfin, il est toujours prudent de réserver à la limite supérieure de la forêt une zone d'abri intacte. On doit d'ailleurs renoncer à celte méthode partout où les pentes sont très raides.
Quoi qu'il arrive, la régénération ne s'obtient qu'assez lentement et souvent on est obhgéde la compléter artificiellement. Pour obvier à cel inconvénient, on a proposé de disposer les coupes par bandes alternées, dont les unes sont rasées el les autres conservées en massif plein : les bandes nues, mieux abritées et recevant la graine des deux côtés à la fois, devaient avoir plus de chances de se régénérer complètement. Mais les massifs ainsi disposés, étant très exposés à être renversés par le vent, les résultats deviennent aléatoires, et on a reconnu que le système précédent était encore préférable.
On peut aussi avoir recours à la coupe unique dans certaines régions chaudes de la plaine, lorsqu'on a affaire à des essences de
lumière, conane le pin marilimc et le pin d'Alep, dont les vieux peuplements portent régulièrement de la graine. 11 suffit d'exploiferb massif à blanc, en automne, avant la dissémination des graines; les cônes se détachent au moment de Tabatage et, si Ton prend la précaution d'activer Texploitalion de manière à ce que le parterre des coupes soit débarrassé avant la germination des graines, on voit le sol se garnir d'une quantité de jeunes plants suffisante pour assurer la régénération. Ces jeunes sujels sont heureusement doués d'une végétation assez rapide pour s'élever en même temps que le fourré impénétrable de moils-bois qui les enserre de toute part*.
160. Résultats obtenus par son application. — La coupe unique donne naissance à un peuplement sauvage qui se crée au hasard par suite d'exploitations brutales , et n'ayant rien de commun avec les moyens d'action de la nature. Néanmoins, elle a été appliquée à foutes les futaies feuillues de l'Ile-de-France, de la Normandie et du Berry, en exécution de l'ordonnance de 1669. Ces coupes étaient exploitées par contenance, de proche en proche et à tire et aire, ce qui veut dire avec réserve d'un certain nombre de porte-graines (20 par hectare); en même temps, on imposait l'obligation de ne jamais revenir en arrière pour faire des coupes d'amélioration ou autres et de répandre une certaine quantité de graines sur le parterre des coupes récemment exploitées. C'est ce qui explique la composition disparate des vieux massifs aujourd'hui exploitables dans les forêts de ces régions. Partout les peuplements se sont formés sous l'action de circonstances fortuites qui , au moment de la coupe unique, auront favorisé le développement de telle ou telle espèce. En général, le hêtre envahissant s'est substitué au chêne, et celui-ci ne s'est maintenu que sur les points où, le semis de hêtre faisant défaut, les charmes, qui s'installent comme le chêne en pleine lumière, n'ont pas entravé son développement.
]. C^estde celte façon qu* après les incendies in régénération s'opère parfois nalurellement dans les régions de la Provence et des landes de Gascogne.
ARTICLE DEUX Les soins eultarauz.
161. Leur utilité. — La conduite des peuplements de mémo âge comporte, à tous les états de développement, des soins consianls dont on ne saurait s'affranchir sans perdre en grande partie les avantages de cette forme. Loin d'être facultatives, les améliorations font partie intégrante du traitement en futaie régulière, à ce point que, si les circonstances locales ne permettaient pas de les poursuivre dans tous les détails de leur application, il faudrait préférer à cette méthode un autre mode de traitement.
Ce dernier fait se présente généralement dans les pays neufs ; souvent aussi dans les grandes régions forestières où la main-d'œuvre est rare, où la consommation locale, ménagère ou industrielle, ne présente pas un débouché suffisant pour utiliser les bois communs. De même, quand le personnel de gestion, surchargé d'autres travaux en des circonscriptions trop étendues, ne peut donner à cette branche du service tout le temps qu'elle comporte ; ou enfin quand l'instruction professionnelle lui fait défaut.
Ces soins culturaux comprennent : les dégagements de semis et les éclaircies périodiques.
j 1er — £gj dégagements de semis,
162. Nature de l'opération. —L'état de découvert successif au moyen duquel on provoque l'installation des essences à cultiver, a pour conséquence de faire naître, en même temps que celles-ci, des espèces disséminées, des arbustes, des arbrisseaux décroissance le plus souvent rapide dans leur jeunesse ; de plus, les souches des sousbois recepés rejettent avec d'autant plus de vigueur qu'elles reçoivent plus de lumière. Il peut se faire enfin que, dans un mélange de composition cherchée, une des espèces manifeste des tendances trop envahissantes.
L'opération qui consiste à rétarder l'essor des espèces secon-
daires qui lendraient à entraver le développement normal d^s espèces précieuses constitue le dégagement de semis.
163. Exécution. — Dans la première jeunesse, les brins de semence, dont les rameaux latéraux n'ont qu'une faible importance, vivent surtout par leur bourgeon terminal, et on favorise leur développement par la simple suppression des obstacles qu'ils peuvent rencontrer suivant la verticale : aussi l'opération se fait-elle rapidement et à peu de frais. Il suffit de rapprocher de terre les tiges nuisibles, en enlevant d'un coup de serpe les parties gênantes de leur cime.
L'important est de ne jamais détniire systématiquement l'état de fouiTé ; car, en isolant les tiges d'avenir, on risque de les voir se courber sous le poids du givre, de la neige ou de leur propre feuillage. Le dégagement de semis n'est donc jamais une coupe, dans le sens de réalisation de produits généralement attaché à ce terme.
Les opérations trop souvent pratiquées sous le nom d^expurgades ne se justifient pas ; car la composition des peuplements se modifie sans cesse avec l'âge. Dans le fourré, un rôle de remplissage important est réservé aux espèces secondaires ; celles-ci occupent utilement une place que leur enlèvement laisserait vide, de telle sorte que tout ce qui n'est pas nuisible est nécessaire, et on trouve un avantage réel à en différer l'enlèvement jusqu'au moment où Ton pourra en tirer profit. D'ailleurs, si on excepte certains saules, parfois aussi les tilleuls et les coudriers, les espèces à croissance rapide ont le feuillage assez léger ; il suffit, par exemple, que les trembles et les bouleaux ne fassent pas massif enti'e eux pour être longtemps inofTensifs.
Le plus souvent, il y a lieu de commencer les dégagements pendant la durée même de la période de régénération et dès avant le passage de la coupe définitive. On les répète dans la même forme tant qu'ils sont nécessaires, c'est-à-dire jusqu'à ce que les liges des espèces à cultiver soient généralement dominantes, et il doit en être ainsi vers l'époque du passage de l'état de gaulis à celui de perchis. Alors la constitution générale du jeune peuplement est définitive* ment acquise ; il reste à Taméliorer dans sa consistance et sa com^
position, en donnant à chaque lige d'avenir les soins individuels qu'elle demande. C'est la part faite aux éclaircies périodiques.
8 2. — Les éclaircies périodiques.
164. But de ropération. — En suivant la marche de la végétation dans une jeune futaie réguhère, on a constaté (150) que, pendant la durée des états de fourré etdegaulis, les liges les.plus vigoureuses ont facilement raison de celles plus faibles. C'est par centaines de mille qu'il faut compter les brins qui disparaissent ainsi pendant les 20 ou 30 premières années. A partir du bas perchis, les éhminations portent sur des sujets plus gros, doués d'une plus grande vitalité et, par suite, présentant plus de résistance. Il devient alors utile d'intervenir dans la lui te qui s'^engage entre des sujets d'à peu près égale force et de venir en aide à ceux qui, par leurespèce, par leur forme et par la place qu'ils occupent, présentent le plus d'intérêt au point de vue de l'avenir.
L'éclaircie consiste à desserrer progressivement ces sujets précieux dans la région où leur cime manque d* espace.
165. Sa justification. — En effet, toute tige, en prenant de l'âge, a besoin de développer ses rameaux et, c'est dans l'étage dominant que s'engage la lutte entre les sujets les plus forts. Pour favoriser sur chaque point la croissance du plus intéressant d'entre eux, il faut frapper, parmi ses compétiteurs de valeur moindre, ceux qui lui disputent les espaces latéraux, et cela sans trop se préoccuper des tiges retardataires ou dominées. Celles-ci ont succombé dans la lutte : désormais elles ne seront plus nuisibles. Elles ont, au contraire, un rôle utile à remplir, car elles sont appelées à donner de la densité au peuplement, à favoriser l'élagage naturel et à enrichir le sol ; de plus, chez les essences d'ombre, si quelque trouée vient à se produire dans l'étage supérieur, elle sera rapidement comblée par une tige déjà languissante à qui l'accès de la lumière rendra de la vigueur. En un mot, à tous les âges du peuplement uniforme, le respect scrupuleux des étages inlcfinédiaires et buissonnants est la base fondamentale de tout système d*éclaircie. Aussi bien dans la jeunesse
que dans Tâge moyen, ces bois dominés augmentent la densité des peuplements et permettent de desserrer les tiges d'avenir sans interrompre le couvert. Dans les hautes et vieilles futaies mélangées, tout en protégeant le sol, ils s'opposent, par leur couvert bas, à la formation des semis anticipés qui souvent constituent un obstacle sérieux à l'installation des espèces précieuses quand le moment est venu de les régénérer méthodiquement.
Ainsi, l'éclaircie s'adresse à un nombre restreint de sujets. Son but est de créer des individus fortement constitués, répartis dans un massif de vigueur moyenne qui leur fournit aide et protection en même temps qu'il fertilise le sol. Les arbres qui sont l'objet de ces soins constants grossissent plus rapidement, ce qui permet d'abréger les révolutions. C'est en même temps le seul moyen d'entretenir l'équilibre dans un peuplement mélangé composé d'espèces de tempéraments différents ; car, en faisant porter l'éclaircie uniquement sur l'étage dominé, on mettra nécessairement à l'état pur l'espèce dont la croissance aurait été la plus rapide.
En tout état de choses, l'important est de ne jamais interrompre une consistance dont tous les étages concourent à compléter la densité (440-441). Quand l'éclaircie a été bien faite, elle doit à peine modifier l'aspect général du peuplement. Aussi est-il nécessaire de revenir à intervalles plus oh moins longs pour recommencer des opérations dont l'effet n'est durable que pour un temps. C'est ce qui leur a fait donner le nom d'éclaircies pénodique^.
Bien que ces opérations soient d'un ordre exclusivement cultural, elles fournissent, dans la majorité des cas, des résultats pécuniaires qui ne sont pas à négliger : elles deviennent de véritables coupes. A ce point de vue, il est tout au moins commode de profiter de leur passage pour réaliser les bois morts ou mourants. Mais ces dernières réalisations, qui intéressent le rendement , la bonne tenue et pour ainsi dire la propreté de la forêt, n'ont rien de commun avec le but cultural que l'on poursuit.
Si de la théorie on passe à la pratique des opérations, il faut se poser les questions suivantes : A quelle époque faut-il faij^e la première éclaircie ? Quel est le degré d'intensité à donner aux éclaircies périodiques? Quelles sont les périodicités à établir?
TBÂiTi DE 8YLV. 12
166. Époque de la première ôclaircie. — En général, dans les régénérations naturelles, les semis sont assez inégaux et les tiges d'avenir commencent à s'affirmer dans le gaulis.
Si le peuplement est formé d'une seule essence, les tiges dominantes peuvent toujours s'élever librement et Véclaircie vraie aura pour but de leur fournir l'espace qui leur manque latéralement. Avant d'intervenir de cette manière en faveur des sujets à dégager, on fera bien de laisser à la nature le soin d'opérer une première sélection et d'attendre que ces tiges puissent être distinguées sans trop d'hésitation, ce qui n'a généralement lieu que quand le bas perchis est franchement constitué dans l'ensemble.
Cette règle ne serait plus applicable aux peuplements mélangés, dans lesquels, à tout instant, une essence secondaire peut nuire à l'espèce principale, aussi bien suivant la verticale que dans le sens horizontal. Dans ce cas, les éclaircies ne seront que la continuation des dégagements et il pourra se faire que, pendant toute la vie du peuplement, elles conservent cette forme à^éclaircies-dégagements.
Dans les régénérations artificielles qui se constituent avec une uniformité absolue, la lutte entre un nombre restreint de tiges d'à peu près égale force se continue pendant longtemps : le peuplement se dégrade, s'affaiblit dans son ensemble, sans qu'aucune tige acquière une vigueur exceptionnelle. C'est ainsi, par exemple, que dans les perchis résineux trop uniformes, les cimes s'aplatissent sous l'influence du vent qui les agite et brise les bourgeons des pousses latérales. Un tel danger est d'ailleurs plus à redouter sur les terrains peu inclinés que sur les pentes très rapides. Quoi qu'il en soit, il faut rompre de bonne heure cette uniformité trop grande, au profit d'un petit nombre de sujets choisis, môme arbitrairement, pourvu qu'ils soient convenablement espacés entre eux. Cette première opération faite, très prudemment, en une ou plusieurs fois, mais à des intervalles très rapprochés, les tiges dégagées prendront de la force et la même hésitation ne se présentera plus dans l'avenir.
On procéderait de même dans les régénérations naturelles où semblable situation se présenterait accidentellement. Aussi les éclaircies doivent, suivant les cas, être commencées^ ^
tantôt dans le gaulis, tantôt dans le bas percbis, mais jamais plus tard.
167. Intensité des éclaircies. — Les expressions /aiôfe; moyenne ou forte s'appliquaient à un système d'éclaircie qui consistait, comme on le fait encore trop souvent aujourd'hui, à enlever les étages dominés, partiellement ou en totalité. L'intensité était d'autant plus grande qu'on ajoutait un plus ou moins grand nombre de tiges simplement retardataires à celles francbement surcimées. Les opérations localisées dans l'étage dominant, comme cela vient d'être dit, ne sauraient être caractérisées de la même façon, car le nombre des tiges à desserrer et la manière de procéder diffèrent, non seulement avec le tempérament des essences, mais encore avec l'âge des peuplements, la composition du mélange, le sol et le climat. C'est donc seulement en parlant de l'application de la méthode aux différentes espèces qu'on indiquera le genre d'éclaircie que chacune comporte.
168. Périodicité des éclaircies. — L'état de développement du massif renseigne sur la périodicité. Pendant la phase du plus grand accroissement en hauteur, on ne doit enlever qu'un petit nombre de liges à la fois sur le même point, pour ne pas entraver le fonctionnement del'élagage naturel. On desserrera chaque arbre d'avenir sur une, deux au plus de ses faces, se réservant de revenir plus tard soigner ses autres aspects. D'ailleurs, chaque sujet n'occupant qu'un espace assez restreint, la trouée formée par son enlèvement sera rapidement comblée : c'est dire que, pendant cette période, les éclaircies se suivront à des intervalles assez rapprochés.
Dès que l'on a atteint la dimension de haute futaie, les sujets sont en nombre restreint, et l'espace occupé par chaque cime est assez grand pour que la trouée formée par la suppression de l'une d'elles mette longtemps à se refermer. On ne coupera qu'un petit nombre de liges, mais l'effet produit sera plus durable : par suite, les périodicités seront plus longues.
Sans rien préciser à ce sujet, on peut dire que, en général, la périodicité de 6 à 12 ans convient depuis l'état de gaulis jusqu'à la
la fin de celui de haut perchis et celle de 12 à 20 ans dans les hautes futaies constituées.
169. Dernière éclaircie. — M. Bagnéris ^ recommande d'accompagner la dernière éclaircie du nettoiement du sol, de manière à lui imprimer le caractère d'une coupe de régénération anticipée.
Cette opération, à laquelle on a parfois donné le nom à'éclaircie préparatoire, se comprend à la rigueur lorsqu'on a affaire à des essences d'ombre (hêtre et sapin), soit pures, soit mélangées entre elles, dont les semis, provoqués sous forme de semis préexistants, peuvent se maintenir sous le couvert jusqu'au moment où ils seront utilisés. Mais elle ne se justifie en aucune façon lorsqu'il s'agit d'essences de lumière, de chênes, par exemple. En effet, la disparition des sous-bois ne peut que hâter la dégradation du sol sans aucun profit, puisque les semis qui pourraient naître ne se maintiendront pas sous le couvert sombre prolongé. Dans les forêts de chêne en mélange avec le hêtre, le danger sera peut-être plus grand encore ; car, après le recepage, les semis de hêtre se produiront en abondance et nuiront à la production du chêne lorsque le moment sera venu de poursuivre son installation.
Dans la majorité des cas, le mieux sera donc de faire la dernière éclaircie dans la même forme que les précédentes et sans s'écarter en rien de la règle générale.