Soins culturauz. — Même dans sa jeunesse, le mélèze se
iTouve mal à l'état serré. 11 convient donc de pratiquer de bonne heure des éclaircies assez hardies. Cependant, à cet égard, les mélèzes sont moins exigeants que les pins, et Téclaircie doit se borner à suivre les indications naturelles bien apparentes, en n'enlevant que les tiges grêles et retardataires. Maintenus en massif, ces arbres prennent des fûts élancés et sans nœuds, et le sol, enrichi. tous les automnes par des aiguilles abondantes, se maintient en bon état. Le bétail ne doit pas être réintroduit avant la formation du perchis.
186. Remarque. — Tant que, dans les régions alpestres, la surface n'est pas rocheuse ou inclinée en pentes abruptes, Téducation du mélèze en futaie régulière est relativement facile et donne des résultats avantageux. D'ailleurs, cette espèce se mélange naturellement avec l'épicéa et le pin de montagne. Dans ce cas, le traitement n'ofiTre aucune particularité, si ce n'est que le mélèze doit en général être considéré comme l'élément principal du peuplement.
Partout où les éboulements et les avalanches sont à craindre, le jardinage des arbres morts est le seul mode de traitement à recommander.
! 4' — Traitement du pin tylveslre.
187. Régénération. — En général, le feuillage léger du pin sylvestre protège mal le sol et, sous les vieux massifs, le terrain est souvent tassé, durci et couvert de genêts, myrtilles ou bruyères, notamment sur les points où le pâturage et des exploitations mal conduites ont amené la destruction des sous-bois. Dans ce cas, en même temps qu'on dispose les cimes à l'état de coupe d'ensemencement claire, on donne une culture au sol, en arrachant les plantes sauvages sur des bandes de 0",50 à 0'",60 de largeur, espacées entre elles de 2'",00 à 2",50 d'axe en axe. Quand cela est possible, on évite cette dépense, en faisant arracher les souches des arbres exploités dans la coupe d'ensemencement. Partout où le sol aura été remué, il se garnira bientôt de semis.
Les jeunes pins s'élèvent rapidement, ils se verticillent vers 3 ans et n'ont plus alors besoin d'aucun abri. Il faut se hâter de les décou*
vrir sans autre précaution que celle de ne pas les fatiguer par un trop grand encombrement de produits.
En mélange avec le hêtre, le pin sylvestre se régénère très facilement. Le hêtre s'installe d'abord dans la coupe d'ensemencement sombre ; au fur et à mesure que les coupes secondaires découvrent le terrain, on voit les jeunes pins sylvestres apparaître en grand nombre sur les places moins bien garnies de semis où, grâce à leur végétation rapide, ils se maintiennent facilement au milieu des hêtres qu'ils ne tardent pas à dépasser. Il est cependant un fait assez curieux à constater : c'est que, dans un mélange intime de hêtres et de pins, l'élagage naturel se fait mal sur ces derniers. Il faut alors lui venir en aide par des élagages modérés.
188. Soins culturauz. — Les dégagements sont rarement nécessaires, car le pin sylvestre pousse plus rapidement que toutes les espèces qui l'accompagnent dans ses principales stations. Toutefois, il est bon, dès l'état de fourré , de surveiller le semis pour le desserrer sur tous les points où les jeunes tiges se montreraient trop abondantes; car les sujets qui meurent en grand nombre quands ils s'entrelacent et se superposent, sont immédiatement envahis par des insectes et des champignons et constituent un véritable danger pour leurs voisins. Cela est surtout à craindre dans les semis artificiels. On donne souvent le nom de dépressage à ces opérations qui tiennent plutôt de l'éclaircie que du dégagement proprement dit.
Le pin sylvestre demande à être maintenu en massif clair à tous les âges; c'est seulement quand la cime, sans être franchement isolée, est exposée à la lumière directe qu'elle se constitue avec une ampleur suffisante pour assurer, en même temps qu'un accroissement rapide, la formation d'une bonne proportion de bois de cœur; en effet, outre les accidents de toute nature auxquels sont exposées les pineraies, on constate que, maintenues trop serrées, elles ne fournissent pour ainsi dire que de l'aubier.
L'éclaircie peut être nécessaire dès l'âge de 10 ans dans les massifs dinjs et uniformes, tels qu'en produisent les semis artificiels ou même les plantations; mais, dans un peuplement naturel, toujours
FUTAIE BÉGULIÈRE. 201
plus OU moins inégal, Téclaircie peut être difiërée. Dès que celte opération est devenue nécessaire, elle demande à être souvent répétée, tous les 5 à 6 ans, par exemple. On peut alors procéder hardiment, en se bornant, chaque fois, à dégager les plus belles perches, d'un côté seulement, ou tout au plus de deux côtés sur quatre, sauf à poursuivre l'opération sur les deux autres faces lors du prochain passage. C'est seulement dans la haute futaie constituée qu on pourra adopter les périodicités égales ou supérieures à 10 ans.
Il est tout à fait inutile de conseiTer les pins dominés, car ils disparaissent très vite sous le couvert de leurs voisins. Mais, si Ton veut que la pineraie conserve une belle végétation , il faut s'abstenir, avant tout, d'élaguer les branches basses vivantes et d'enlever quoi que ce soit parmi les bois feuillus, buissons ou broussailles qui se présentent en sous-étage. Il importe également de garder les lisières bien défendues par la végétation latérale et basse, contre les actions des vents et les rayons du soleil ; se souvenir enfin, que le pin sylvestre, plus encore que le chêne, couvre mal le sol et que tout ce qui peut aider à l'entretien de la fraîcheur est favorable à sa végétation.
189. Double étage. — Une excellente opération est d'introduire une essence d'ombre (le hêtre ou le sapin) sous un jeune perchis de pin sylvestre. On obtient ainsi, comme avec le hêtre sous le chêne, l'idéal de la culture forestière par la futaie à double étage : l'un dominant et formé d'une essence de lumière qu'on éclaircit largement comme son tempérament l'exige; l'aulre dominé qui entretient le sol à son maximum de production. En France, notamment dans les basses Vosges, on a introduit le sapin sur de grandes surfaces comme sous-étage dans des repeuplements artificiels de pins sylvestres âgés de 30 à 50 ans. Mais ces opérations n'ont pas toujours été interprétées dans leur sens vrai. Considérant le pin sylvestre comme une espèce transitoire, on s'est hâté de le faire disparaître dès que son rôle d'abri a été terminé, c'est-à-dire quand le sapin a pu être complètement découvert. On a réussi, il est vrai, à créer des sapinières pures sur des points où il n'eût pas été possible de les obtenir sans passer par l'intermédiaire du pin ; mais, le plus souvent, ces sapi-
nières artificiellement créées dans des stations trop basses ont une végétation extrêmement rapide, et ne donnent que du bois mou, poreux et, en tous cas, de qualité bien inférieure à celle du bois parfait de pin. Il eût fallu considérer le pin sylvestre comme l'élément principal du peuplement, le traiter pour lui-même sans trop s'occuper du sapin qui, tout en remplissant son rôle fertilisant, aurait pu lancer ses liges dans le massif de pin sylvestre quand des accidents ou la maturité y auraient créé des vides. Il est tout au moins regrettable que pareille tentative n'ait pas été faite avec le hêtre, car les résultats culturaux eussent été aussi satisfaisants, et on n'aurait pas été tenté de sacrifier les pins aux hêtres, comme on s'est cru autorisé à le faire en faveur du sapin.
2 5. — Traitement du pin iarido et du pin de montagne,
190. Observation générale. — Le pin laricio de Corse est cantonné dans une région où l'application d'un traitement régulier aux forêts n'est pas chose facile ; aussi ne peut-on établir sur des faits la méthode qui lui serait applicable. Seulement on a déjà pu constater que, à fégard du tempérament, cette espèce se rapproche beaucoup plus de l'épicéa que du pin sylvestre. On peut conclure qu'un traitement analogue à celui de l'épicéa (182-183) lui serait convenable en tous points ; c'est d'ailleurs de cette façon que la variété « noire d'Autriche » est soumise dans le Wienerwald à un traitement des plus perfectionnés et dont on obtient d'excellents résultats.
Pas plus que celui du pin laricio , le traitement du pin de montagne en futaie régulière n'a été, jusqu'alors, étudié d'une façon bien méthodique. Cependant ce que l'on sait aujourd'hui du tempérament de cette essence, permet de supposer qu'on peut, partout où l'état régulier serait acceptable, lui appliquer un traitement identique à celui de l'épicéa.
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ARTICLE TROIS Essences cultiTées en vue de leur rendement en produits accessoires.
I !•'. — Traitement du pin maritime gemmé,
191. Régénération. — Dés que, dans une futaie de pin marilimé soumise au gemmage, le rendement en résine n'atteint plus un certain minimum, le moment est venu de la régénérer. Rien n'est alors plus facile. On gemme à mort ^ tous les arbres et on les exploite au fur et à mesure de leur épuisement. Sur toutes les places découvertes par ces extractions, le semis s'installe dans la broussaille, dans les sentiers tracés par les ouvriers et, mieux encore, aux endroits où les souches ont été extraites. Généralement, l'opération se fait sous forme de concessions dont la durée est de 3 ou 4 ans. Ce délai expiré, les adjudicataires livrent la surface complètement régénérée et si, sur quelques points, le semis est insuffisant, on le complète par des repiquages de graines qui se font à très bon compte.
192. Soins culturaux. — La végétation des jeunes pins maritimes est assez rapide pour que les semis puissent se passer de dégagements. Il faut reconnaître aussi que ces opérations, fussent-elles utiles, seraient le plus souvent négligées.
Les éclaircies font la base du traitement de toutes les espèces de pins. Plus que les autres encore, le pin maritime destiné à donner principalement la résine demande à avoir sa cime isolée. Mais il est inutile d'exagérer l'opération, et dès que les cimes ne se touchent plus, les pins se trouvent soumis à une insolation complète et il n'y a plus aucun intérêt à en diminuer le nombre.
En général, les semis naissent uniformes et très denses ; ils s'élèvent rapidement et il convient d'y opérer un dépressage dès Tâge de 10 ou 12 ans au plus tard et d'y revenir tous les 5 ou 6 ans, hardiment mais sans isoler complètement les pins avant l'âge de 20 ans. Alors on ne conserve plus que 600 ou 700 tiges par hectare et on commence à gemmer à mort les pins, au nombre de 200, par exemple, qui doivent disparaître dans la
1. L. Boppe, Cours de technologie forestière, pages 125 et suifantes.
prochaine éclaircie, 4 ou 5 ans plus tard. A 25 ans, on réitère cette opération, et enfin, vers 30 ans, on ne laisse plus que 250 à 300 pieds par hectare, puis on commence à résiner à vie Tensemble des arbres.
Le nombre des tiges se réduira encore et successivement à 200 et même à i50 vers Tâge de 60 à 80 ans.
En opérant les éclaircies, il est bon d'élaguer les branches basses des tiges conservées ; on prévient ainsi les nœuds secs et on facilite le résinage ; mais il est inutile et regrettable d'élaguer plus haut que les quarres ne s'élèveront, c'est-à-dire au delà de 3 à 4 mètres. Ce serait diminuer la vigueur de l'arbre et sa richesse en résine.
Pour obtenir du résinage des produits abondants et soutenus, il faut éviter de Texagérer. Un repos d'une année, après quatre ans de résinage, est nécessaire aussi, dans la jeunesse des pins, pour en prévenir l'épuisement et assurer à la forêt richesse et longévité. Ménagée, la pt^noe/ar des Landes peut durer 120 et 130 ans; surmenée, elle s'allanguit bien vite et il faut la renouveler à un âge moitié moindre ^
Les renseignements qui précèdent suffisent pour indiquer la manière de traiter le pin maritime dans les régions où on ne le résine pas. Les principaux dangers auxquels sont exposées les forêts de pin maritime surviennent des incendies et les moyens de les prévenir
sont détaillés ci-après (334).
3 ?. — Traitement du chén&4iège et du chêne occidental.
193. Chène-liège. — Le chéne-liège est répandu dans les montagnes des Maures et de TEsterel ; en mélange avec le pin maritime, il occupe à peu près tous les sols granitiques de celte région. Depuis ces vingt dernières années, grâce aux chemins d'accès qui ont permis de pénétrer dans ces contrées longtemps sauvages, grâce aussi aux mesures administratives tendant à diminuer les ravages des incendies, l'exploitation industrielle du chène-liège a pris une grande extension et constitue annuellement une des principales richesses du pays.
Les chênes-lièges se trouvent naturellement disséminés sous les perchis de pins qui restent souvent serrés et négligés parce qu'ils présentent peu d'intérêt par eux-mêmes et leur situation en une région où les chemins