Notammeut celles chaudronnées
dominants, quand ceux-ci viennent à disparaître, ce qui n*est pas rare. Un massif de sapin sans étage dominé se trouve dans une situation critique, et la notion de ce fait est de la première importance pour qui doit opérer une éclaircie dans les sapinières.
Dans les peuplements mélangés de hêtre, les éclaircies seront conduites dans le même esprit; ces opérations seront, d'ailleurs, singulièrement facilitées par la présence du hêtre et par la faculté qu'il possède de pousser vers la lumière des branches toujours prêtes à utiliser ses rayons.
8 2. — Traitement de V épicéa,
182. Régénération. — On constate que le semis d'épicéa s'installe rarement sous une vieille futaie régulière de cette essence; cela tient à ce que le sol est tapissé d'un amas d'aiguilles qui s'accumulent pendant des années avant d'être transformées en terreau. En effet, au milieu de ce feutrage de matériaux secs et stériles, si les graines viennent à germer sous l'influence de l'humidité produite par la fonte des neiges, les jeunes plants, dont la végétation est extrêmement lente, n'ont pas le temps de pousser leurs radicelles jusqu'à la couche de terreau avant la saison où la sécheresse est à craindre. Le sapin, au contraire, lance rapidement un long pivot qui traverse la couche non décomposée et pénètre profondément dans le terreau, où il n'a plus rien à craindre du dessèchement possible. C'est sans doute sur cette faculté que possède le semis de sapin d'envahir les vieilles futaies d'épicéa quand les jeunes plants de ceux-ci en paraissent exclus, qu'on s'est appuyé pour bâtir des théories d'alternances entre ces deux essences.
D'autre part, on voit dans des coupes qui semblaient d'abord réfractaires à Tensemencement, le semis d'épicéa apparaître abondant sur tous les points où le vent, en déracinant des arbres, a créé de petits vides dont le sol bouleversé est exposé à la lumière en même temps qu'à l'action directe des pluies.
Ces indications dénotent la plus grande analogie entre les exigences du jeune plant d'épicéa et celles du jeune plant de charme. Aussi, pour provoquer une régénération naturelle dans une forêt
d'épicéa, il faut desserrer le massif dans les limites permises, eu égard à Taction dangereuse du vent dans la station, et ratisser le sol de façon à rompre la couche d'aiguilles qui encroûte le terreau. L'expérience permet également de conclure qu'il est plus facile et plus sûr de conduire à bien la régénération d'une futaie régulière d'épicéa, en procédant par trouées éparses (157), plutôt qu'en disposant de grandes surfaces à l'état théorique de coupe d'ensemencement sombre.
Faute de s'être rendu un compte exact des faits, des échecs souvent répétés ont mis en faveur, dans certaines régions, la régénération par coupe unique. Or, on sait ce qu'il faut penser de cette méthode où une trop large part est toujours faite à la régénération artiûcielle (158).
En toute situation , dans un mélange d'épicéa avec le hêtre et le sapin, les choses se passent bien plus avantageusement grâce à la fertilité des détritus fournis par ces dernières espèces.
Quoi qu'il en soit, les semis obtenus, il faut les découvrir assez rapidement, d'abord parce que, tout jeune, le plant d'épicéa supporte mal le couvert dans les hautes stations, et aussi parce que le faible enracinement des arbres constitués expose les peuplements interrompus à être renversés par le vent.
183. Soins cultnraux. — A cause de l'extrême lenteur de sa croissance pendant ses premières années, l'épicéa aurait souvent besoin d'être dégagé ; mais dans les stations peu accessibles où il est cantonné, on lui accorde rarement les soins qui se prodiguent parfois avec un luxe exagéré dans les forêts de la plaine.
L'épicéa demande à être maintenu en massif serré à toutes les époques de sa vie ; c'est à cette condition seulement que, l'élagage naturel fonctionnant régulièrement, les fûts prendront ces belles formes lisses, élancées, cylindriques, qui constituent leur valeur. Contrairement au sapin, l'épicéa meurt dès qu'il est franchement dominé ; mais, avant d'en arriver à cette extrémité, la forme conique de leur cime permet aux tiges retardataires de languir pendant longtemps dans l'étage supérieur.
L'épicéa se constitue donc naturellement en un étage unique où les cimes se déforment et se dégradent en raison même du nombre exagéré des tiges qui le composent. Cette situation fâcheuse est fatale dans un peuplement d*épicéa pur, mais on peut en atténuer les conséquences, en favorisant, dès la (îimension de bas percbis, par des éclaircies prudentes et souvent répétées , les sujets qui auraient des tendances à s'y. montrer dominants.
Si ces opérations ont été négligées dans la jeunesse, il est trop tard pour les entreprendre dans le haut perchis ou la haute futaie; alors on en est réduit à assister, sans aucun moyen d'action, à l'agonie d'un peuplement encore jeune dans lequel la mort naturelle, les insectes, le vent, la neige, fontnaitre, sous forme de vides, les signes avant-coureurs d'une régénération anticipée.
L'épicéa a nécessairement besoin d'un sous-étage que le sapin ou le hêtre peuvent seuls lui fournir ; aussi ne faut*il jamais manquer l'occasion de les lui associer. L'une ou l'autre de ces espèces s'élève moins rapidement que lui ; elles acceptent l'état dominé: ce qui permet d'éclaircir les épicéas sans courir aucun danger.
{3. — Traitement du mélèze,
184. Régénération. — Pour obtenir la régénération d'une futaie régulière de mélèze, il est indispensable de mettre rigoureusement en défens les parties à repeupler, et d'établir une coupe d'ensemen* cément espacée. On donne une légère culture au sol sur les points où il est fortement enherbé. 11 est inutile d'ailleurs que le semis soit très abondant; il sufBt, le plus souvent, de remuer le gazon sur des bandes de 0'",30 de largeur, espacées entre elles de l'",50 à 2 mètres; quelques brins naîtront aussi dans les intei*valles incultes.
Le semis devenu général et haut de 0",50 au moins, on peut opérer hardiment une coupe secondaire qui sera bientôt suivie de la coupe définitive. Le puissant enracinement du mélèze lui pennet de résister, même à l'état clair, sur les points où les autres essences, l'épicéa notamment, seraient infailliblement renversées par les vents.