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CHAPITRE DEUXIÈME

FUTAIE JÀRDINÉE

ARTICLE PREMIER Considérations générales.

8 i«'. — CoMtitution de la foréi Jardinée.

195. En quoi consiste le jardinage. — Le jardinage, tel qu'il a été pratiqué en France pendant longtemps dans la plupart des forêts résineuses, consistait :

 parcourir annuellement toute l'étendue des forêts jardinées en exploitant, par unité de surface, un nombre d'arbres * fixé à l'avance ; ces arbres étaient enlevés çà et là et choisis uniquement parmi ceux que leur dimension ou leur mauvais état de végétation rendaient exploitables.

Cette opération, qui constituait le véritable mode de jouissance de la forêt, était accompagnée de Textraction des sujets morts. Tous ceux de ces bois morts qui avaient la dimension d'arbre, étaient défalqués du nombre des tiges à réaliser ; on ne tenait aucun compte des autres. En somme, tout en tirant parti des produits sains et exploitables, on procédait au curage de la forêt, comme il y a toujours lieu de le faire.

Le jardinage ainsi appliqué est donc une véritable méthode de traitement, puisqu'il n'enlève à la forêt que des produits exploitables ; à ce point de vue, il constitue un progrès immense sur les exploitations primitives (134).

1 . Le mot I arbre » était pris dans le sens primitif de celui de « fotaie » , c'est-à-dire qu'il ne s^appliquait qu'aux tiges ayant trois pieds ou un métré de tour à hauteur d'bomme.

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196. Forme des peuplements. — Un semblable système a pour résultat de faire porter les exploitations annuelles, non plus sur des espaces continus, mais sur des arbres considérés individuellement et répartis au hasard dans toute l'étendue de la forêt. La régénération se fait uniquement dans les points découverts; ceux-ci sont entourés de toute part par des arbres en croissance de dimensions variables. Dans ces conditions, le mélange des âges s'établit de la façon la plus désordonnée et la forêt jardinée revêt une forme toute spéciale et qui n'est pas sans présenter quelque analogie avec celle de la forêt sauvage.

En effet, dans les séries régulières, les tiges d'avenir sont dominantes à tous les états de leur développement: elles sont juxtaposées. L'état normal est un fait ; il résulte de Tordre invariablement établi par la répartition des âges sur des espaces distincts et, par la relation constante entre les âges et les surfaces. Au contraire, dans la futaie jardinée, les tiges d'avenir sont superposées. Parmi les sujets dominés, il est absolument impossible, à un moment quelconque, de distinguer ceux qui seront dominants un jour de ceux qui ne le deviendront jamais. Les combinaisons d'âge, de grosseur, de couvert se multiplient à l'infini, de telle sorte que l'état normal, s'il existe, s'établit indépendamment des surfaces, et la loi qui le régit reste encore mystérieuse.

Certainement, par des inventaires souvent répétés, on peut constater si le matériel en croissance s'enrichit ou s'appauvrit sous Tinfluence du traitement appliqué; sans doute, il se présentera des périodes où, ce matériel restant constant, on se sentira voisin de l'état normal. Mais cet état sera-t-il pennanent ou n'est-il que temporaire ? Il faut chercher la réponse dans le champ des hypothèses et des conventions.

D'ailleurs, l'aspect d'une forêt jardinée change avec le calibre de l'arbre exploitable. Plus celui-ci est faible, moins il y a de tiges ayant dépassé l'âge de leur plus grand accroissement en hauteur ; le nombre de celles ayant des longueurs différentes sera maximum et le profil du massif se dessinera suivant une ligne irrégulièrement brisée. Plus, au contraire, la grosseur sera forte, plus disparaîtra cette forme sinueuse, car alors les arbres qui, ayant dépassé le terme

de leur accroissement en longueur, étalent leur cime dans une même zone de hauteur, seront en nombre plus considérable. Ces sujets, grâce à leurs grandes dimensions, forment la partie principale du peuplement et la catégorie la plus importante ; comme arbres constitués, ils sont les seuls qui frappent la vue, et cela, au point que certains massifs jardines présentent presque Taspect de vieilles futaies régulières.

{2. — Avantages et inconvënients de cette forme.

197. Avantages. — Le profil sinueux des peuplements jardines permet à la lumière de se projeter sur une plus grande surface foliacée, et un plus grand nombre de tiges, bien que dominées, sont maintenues vivantes sous rinfluence de la lumière latérale. Tous les points du sol sont ainsi protégés par une végétation active dont les étages se superposent en donnant d'abondants détritus : en fait, mieux que tout autre mode de traitement^ le jardinage réglementé est à même d'assurer d'une manière permanente la ferlililé de la forêt.

Les sujets les plus vigoureux, tout en continuant à appartenir au massif, se créent une certaine individualité et, par leur végétation meilleure, par leur enracinement plus profond, ils rendent la forêt plus solide et plus durable. A tous les points de vue, les massifs jardines sont moins exposés aux dangers extérieurs que les peuplements réguliers; car, ils offrent moins de prise aux vents, ils risquent moins d'être écrasés sous le poids de la neige et présentent un milieu peu favorable à la propagation exagérée des insectes nuisibles.

De plus, la forêt entière est sans cesse en voie de régénération et ces peuplements, dont on ne saurait déterminer exactement l'âge moyen, se succèdent sans transition, sans à-coup, en restant toujours identiques à eux-mêmes dans le temps et dans l'espace.

Enfin la formation du mélange naturel des espèces caractérise celte forme qui présente, en outre, l'avantage d'être applicable à toutes les forêts, aux plus petites comme aux plus grandes.

11 est permis de constater, en dernier lieu, que le jardinage nio-

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déré a maintenu, jusqu'à nos jours, cerlaines des forêts qui y ont été soumises, dans un étal de richesse et de prospérité remarquable.

198. Inconvénients. — Par contre, les peuplements restent ce que la nature les a faits ; leur composition comme leur amélioration échappent à l'action du forestier.

La qualité des produits laisse parfois à désirer. Les arbres, tantôt dominés, tantôt isolés, sont souvent déformés et branchus ; en tous cas, ils ne fournissent que rarement ces pièces élancées, de croissance régulièrement constante, que produisent les peuplements uniformes.

Les exploitations portant sur de gros arbres englobés dans des tiges de tous âges occasionnent à ces dernières des dégâts importants ; leur dissémination sur de grandes étendues couvertes de bois en croissance rend la surveillance difficile et le transport des produits onéreux.

La possibilité, calculée sur des bases incertaines, ne permet pas de réaliser un rapport suffisamment soutenu, et les limites vagues entre lesquelles flotte le capital générateur sont une occasion d'épargnes inutiles ou d'abus de jouissance. En un mot, le désordre est à craindre.

Enfin les conséquences des incendies y sont plus funestes que partout ailleurs.

I 3. — Cireonstaneeê dans lesquelles le jardinage doit être appliqué.

199. Motifs cultnraux et économiques. — Malgré les nombreux inconvénients culturaux et économiques qu'il présente, il y a lieu d'avoir recours au jardinage dans des cas assez fréquents que M. Broiiliard a énumérés dans les termes suivants ^ :

D'abord dans les forêts de protection. Celles-ci ne se présentent guère que sur les points les plus sauvages des régions montagneuses , c'est là, par exemple, où des éboulements sont à craindre, des avalanches à redouter, des torrents à prévenir, des vents ù briser. Ainsi en est-il au-

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