Cours d^ aménagement des forêts, page
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dessus d'un village dominé par un versant abrupt, en un canton exposé aux avalanches, dans un bassin de réception où se réunissent les eaux, sur un col où vient s'engouffrer le vent. Ces lieux sont bien connus, ce sont de simples cantons plutôt que de grandes étendues. Mais le maintien de la forêt y est d'autant plus nécessaire qu'il est plus difficile de l'y rétablir une fois qu'elle a disparu.
En second lieu, il est bon de conserver le jardinage dans les forêts dont la régénération est incertaine, ou assez lente pour qu'on ne puisse l'obtenir dans un temps déterminé. Ceci résulte du sol et du climat. Ainsi, sous un climat excessif par sa rudesse ou par le défaut d'abri, il faut un temps très long pour que le serais se produise, se développe et se constitue en massif. La durée nécessaire y est souvent indéterminée ; abandonnée à elle-même, la forêt se reproduira, mais à la longue, en un siècle peut-être. C'est ce qui arrive vers la limite supérieure de la végétation forestière et, de même, sur les plateaux élevés, sur les croupes relativement basses, sur les lisières battues par des vents constants. Ainsi encore sur un sol ingrat par sa nature rocheuse ou par sa pente escarpée, le semis complet se fait parfois attendre indéfîniment ; si l'on enlève les arbres avant qu'il y ait de la jeunesse à leur pied, on s'exposera au déboisement progressif. C'est ce qui a lieu sur les blocs de rochers revêtus d'une mousse épaisse maintenue par le couvert, sur des pierres mobiles fixées par les racines des grands arbres, dans les escarpements ou même sur les pentes très raides, où il est impossible de marcher d'un pas assuré, où les graines glissent sur le sol et sont entraînées par les pluies. Toutes ces circonstances de sol et de climat sont souvent combinées entre elles, de sorte qu'on ne peut guère les définir. Mais elles se traduisent par des faits qui montrent les lieux où le jardinage doit lêtre appliqué. Le massif y est rarement continu, ordinairement entrecoupé par des vides ou des clairières persistantes ; sur les terrains découverts, la roche apparaît à nu ou bien le tapis de gazon reste interrompu par places.
ARTICLE DEUX Méthode de traitement.
200. Application de la méthode. — L'application du jardinage est d'une simplicité primitive ; car la régénération est en grande partie abandonnée à la nature et les peuplements en croissance ne sont pas susceptibles d'être améliorés par des soins culturaux. Néanmoins, si la régénération reste incomplète ou se fait trop attendre, on lui vient en aide par des serais et des plantations convenablement
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distribués. On doit encore élaguer modérément les arbres dont la maturité est proche et dont les branches les plus basses nuisent aux jeunes sujets qui entourent leur pied.
En tout état de choses, le pâturage doit être scrupuleusement interdit.
En se renfermant strictement dans les limites du nombre des arbres à exploiter, on prendra de préférence ceux qui couvrent la jeunesse et qui sont le moins bien venants. On évitera de faire de larges trouées, de dégarnir les lisières, d'isoler les arbres pauvres en branches et, par suite, en racines. Si, au contraire, il se rencontrait des espaces où le peuplement serait trop uniformément constitué, il faudrait, par des trouées. prudentes, ramener Tétat jardiné. On se gardera bien d'enlever les perches dominées qui seront un jour ou l'autre des sujets de remplacement. Il en est, à ce point de vue, du jardinage comme de l'éclaircie : après la coupe, on ne doit pas s'apercevoir du passage de la hache.
201 . Rotations. — Les séries jardinées doivent être de faible étendue, de façon à égaliser autant que possible les facteurs de la production. Dans le but de réglementer les exploitations, de faciliter le choix des arbres et de garantir la bonne exécution des opérations, on a imaginé de restreindre l'étendue annuellement parcourue, en partageant la série en un certain nombre de divisions, dans chacune desquelles la coupe de l'année se trouve concentrée. Il s'établit ainsi une véritable rotation, mais la durée de celle-ci n'a rien de commun avec la période, pas plus que la division ne tient de V affectation. Le nombre des coupons fixe la périodicité du retour du jardinage sur le même point et, en même temps, l'intensité de la coupe sur chaque unité de surface. En effets étant donnée une série de 100 hectares dans laquelle la possibilité aurait élé fixée à un arbre par hectare et par an, si la surface est divisée en 10 coupons^ dans chacun de ceuxci on prendra successivement 10 arbres par hectare, en une seule fois, lors du passage de la coupe. Si le nombre des coupons était de 5 seulement, celui des arbres à prendre par hectare sera réduit dans la même proportion»
11 en résulte que si, d'une part, le procédé de division en coupons
est un palliatif ingénieusement inventé pour porter remède à certains désavantages économiques de la méthode primitive, d*autre part, l'intensité donnée aux exploitations est une dérogation au principe du jardinage vrai ; car, en exagérant le nombre des coupons, on arrive à prendre 10 fois, 15 fois même, le volume qu'il devrait fournir annuellement et, par conséquent, à découvrir le sol 10 fois, 15 fois plus qu'il aurait dû l'être normalement. Cela change considérablement les conditions dans lesquelles les peuplements se constituent, et on s'expose à perdre, au point de vue cultural, une partie des bénéfices cherchés dans l'ordre économique.
Pour concilier ces exigences contradictoires, on est conduit, en tenant compte de la situation, du climat et des essences, à faire varier la durée des rotations entre 6 et 15 ans. En général, il faut revenir plus souvent chez les essences d'ombre que chez celles de lumière, plus fréquemment dans les sols fertiles, à plus longs intervalles dans les climats rudes. Parfois même, dans les stations alpestres où la végétation est très lente, on se croit autorisé à dépasser le chiffre maximum ci-dessus fixé, ce qui permet de mieux réglementer le pâturage dont la tolérance devient une nécessité dans la haute montagne. Dans les forêts mélangées, les rotations plus longues procurent aussi à chacune des espèces composantes la faculté de s'installer dans l'espace plus ou moins découvert qui convient le mieux à son tempérament.
AUTIGLtî TllO:S AppUcation aux diflérentes essences.
2 lor .^ Traitement des résineux en montagne,
202. Limites de son application. — Le jardinage est surtout à sa place dans les régions montagneuses où les espèces feuillues sociales ne se rencontrent pas, le hêtre excepté. Si, à la rigueur, ce dernier peut accepter l'état jardiné, du moins on a rarement l'occasion de lui appliquer ce mode de traitement d'une manière permanente. Ce sont donc surtout les espèces résineuses de la mon-
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tagne, telles que : le sapin, Tépicéa, le pin sylvestre, le pin de montagne et le mélèze que le jardinage concerne.
Son application diffère suivant que Ton a affaire à des essences d'ombre ou à des essences de lumière, quand des nécessités locales l'imposent à ces dernières espèces qui s'en accommodent difficilement.
203. Essences d'ombre. — Dans les sapinières, il ne faut enlever que très peu d'arbres à la fois sur le même point, un seul, par exemple. On doit se garder de faire disparaître, sous forme d'éclaircie, les perches dominées tant qu'elles ne sont pas mortes: avec la faculté qu'on leur connaît de s'élancer aussitôt qu'elles sont découvertes', elles remplacent immédiatement l'arbre dominant quand il aura disparu par le fait de l'exploitation ou par accident.
Des procédés analogues, bien qu'un peu différents, sont applicables à l'épicéa comme au pin de montagne. Le tempérament plus robuste du jeune plant, la forme de l'arbre plus élancée et l'état plus cimple du massif engagent à prendre 2 ou 3 arbres sur les mêmes points, de façon à mieux aider la régénération.
204. Essences de lumière. — Pour le pin sylvestre et le mélèze il en est autrement. 11 importe d'enlever plusieurs arbres à la fois à la même place, de manière à découvrir de petites surfaces, deux ou trois ares, par exemple, en n'interrompant ainsi le massif que de distance en distance ; mais le vent qui s'engouffre dans ces trouées est souvent à craindre, car il ébranle les tiges qui entourent les clairières et, de proche en proche, en augmente l'étendue au point de créer de véritables vides. Contrairement à ce qui se fait dans les sapinières, on doit se garder de conserver, après l'exploitation des gros arbres, les perches qui étaient dominées ou serrées par eux ; elles sont étiolées, sans avenir, et occuperaient le sol sans profit. Le mélèze a des exigences de même genre , mais il comporte mieux l'état de clairière que le pin sylvestre.
Dans les peuplements ainsi créés, le mélange des âges s'établit non plus par pieds isolés, mais par petits groupes plus ou moins homogènes.
2 2.^ Traitement spécial du pin d*Alep.
205. Mélange avec les feuillus. — A l'état pur, le pin d'Alep peut être traité à la façon du pin sylvestre ou du pin maritime dont il présente les allures robustes. Mais cette méthode n'a pas été, jusqu'à présent, adoptée par les particuliers ou par les communes qui sont les principaux détenteurs des terrains où cette essence se rencontre.
Les rochers calcaires de la Provence portent des forêts de pin d'Alep, mélangé de chêne kermès, de chêne vert ou de chêne blanc. Souvent on exploite les feuillus en taillis et on se borne ù réserver les plus beaux pins lors du passage des coupes, les pins étant l'essence la plus précieuse.
Pour tirer le meilleur parti de ces forêts, il suffit d'y faire du jardinage adapté à l'essence. La forêt divisée en 20 ou 25 coupes, on peut se borner à enlever successivement dans chacune d'elles les pins mûrs ou dominant du semis ou des tiges trop serrées, en même temps qu'on recèpe avec soin le taillis de chêne. Ce recepage, effectué sous des pins isolés pour la plupart, entretiendra un sous-bois des plus utiles par son couvert et par ses produits tout en permettant la reproduction de la pineraie; et le jardinage des pins, réduit aux bois mûrs ou surabondants, donnera bientôt la prédominance à l'espèce la plus précieuse, en assurant le développement des arbres '.
ARTICLE QUATRE Traitement jardinatoire.
206. Exposé de la méthode. — En certaines régions de la Suisse et de l'Allemagne, notamment dans la Forêt-Noire, on applique aux forêts résineuses de la montagne un traitement intermédiaire entre la futaie régulière et le jardinage proprement dit, et qu'on désigne sous le nom de traitement jardinatoire, ou jardinage réglé *.
Après avoir divisé la série en trois parties à peu près égales entre elles, on fixe, d'après l'âge moyen des bois, l'ordre dans lequel ces