‹ Traité de sylvicultureChapitre 94 sur 128 · édition, pages 298 k · texte numérisé non relu

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délicats, tels que ceux du sapin, par exemple ; dans ce cas, il conviendra de suppléer à ce manque d'abri au moyen du sous-bois rabougri lui-même, qu'on ne coupera point, ou qu'on ne coupera qu'en partie, selon le tempérament de l'essence, afin de laisser aux nouveaux brins le temps de se fortifier pour résister aux influences atmosphériques. Plus tard, on extraira le sous'bois rabougri par forme de nettoiement.

Dans les bois feuillus, le moyen de régénération sera plus prompt et plus facile, toutes les fois que les brins mal venants garniront entièrement le terrain et auront de faibles dimensions; en effet, il suffira d'avoir recours à un recepage, en faisant abattre en même temps tous les vieux arbres. Ce recepage effectué sur des brins d'un faible diamètre, fera naître de beaux rejets qui, dans peu d'années , auront pris une assiette et une végétation presque entièrement semblable à celle des brins de semence. Mais si les sujets rabougris étaient nombreux et déjà forts, il vaudrait mieux prendre le parti de les déraciner, afin d'obtenir un peuplement nouveau et complet, el d'empêcher que les rejets qui résulteraient du recepage ne vinssent à gêner ou h étouffer les jeunes brins de semence.

Lorsque l'essence sera le hêtre, on fera mieux, en général, de viser à une régénération par la graine, cet arbre étant peu disposé k se reproduire de souche. La nature du sol ainsi que le climat exercent à cet égard une grande influence. C'est au forestier à apprécier les causes locales et s'assurer, par des expériences faites en petit, de la faculté reproductive des souches. S'il existe le moindre doute sous ce rapport, il ne tentera pas le recepage, et cherchera, au contraire, à amener un nouvel ensemencement. Il pourra aussi, si le sous-bois n'est pas rabougri au dernier degré, se contenter de le débarrasser des arbres qui le dominent, et le laisser croître tel qu'il est. Cet expédient se fonde sur un fait bien constant : c'est que le hêtre possède, comme le sapin et plus que lui peut-être, la propriété de regagner de la vigueur, lors même qu'il a langui pendant fort longtemps sous le couvert ; et il n'est pas rare de lui voir prendre une belle croissance dès que les arbres qui l'offusquaient ont disparu.

Tel est le traitement à appliquer aux principaux états de peuplements qu'on rencontre dans les forêts jardinées ; on 'y en rencontre sans doute encore beaucoup d'autres, mais qui ne diffèrent (soit sous le rapport de l'âge, soit sous le rapport de la consistance) que par des nuances plus ou moins tranchées de ceux que nous venons de décrire, et dont le traitement doit, par conséquent, se rapprocher plus ou moins des règles que nous avons données.

Ce qui rend surtout difficiles les coupes de transformation, c'est que ces différents peuplements se trouvent pêle-mêle sur une étendue souvent

très peu considérable, et qu'il faut alors changer de mode de traitement presque h chaque pas. Pour réussir dans ces opérations, l'essentiel est toujours d'avoir bien en vue le but qu'on veut atteindre. Ce but est d'obtenir des massifs qui, bien que différents d'âge par place, puissent être régénérés à la même époque sans qu'il en résulte une trop grande perte d'accroissement.

Les règles qu'on vient d'exposer et qui sont fondamentales du traitement des forêts jardinées, exigent qu'on se défende constamment, dans l'application, contre la tendance bien naturelle à tout forestier de chercher à élever des peuplements parfaitement réguliers. Souvent, par exemple, on serait tenté de faire disparaître certains bouquets de perchis assez âgés déjà, parce qu'ils sont environnés de fourrés et qu'il serait possible de provoquer un nouveau repeuplement qui se raccorderait mieux avec ceux-ci. Une telle opération serait cependant une faute, car, souvent répétée, elle entraînerait immédiatement des pertes considérables d'accroissement, et, dans les situations où les semis naturels ou artificiels réussissent difficilement, elle peut même offrir des dangers. Il est donc très important de se bien consulter avant que d'abattre, dans les coupes de transformation, d'autres bois que ceux qui, par leur âge, leurs dimensions ou leur position isolée, ne peuvent évidemment faire partie du massif quasi régulier qu'il s'agit de constituer. C'est ce massif qui procurera un jour le peuplement normal que l'on a en vue ; mais il faut savoir attendre ce résultat et ne pas lui faire plus de sacrifices que de raison.

275. Coupes jardinatoires. — Les coupes jardinatoires ne sont autre chose que le jardinage continué dans les parcelles encore plus ou moins éloignées de la transformation.

Ces coupes sont surtout destinés à faire disparaître, au fur et à mesure de leur exploitabilité, les bois auxquels on ne pourrait impunément laisser dépasser ce. terme. Tout en faisant ces extractions, on peut aussi se proposer pour but de préparer insensiblement les peuplements à l'état plus uniforme auquel il doivent, plus tard, être amenés définitivement. Dans cette vue, on fera porter le jardinage, autant que possible, sur les arbres dont la présence entrave le développement des tiges qu'ils dominent et qui constituent l'avenir. Mais ces tentatives de régularisation ne seront poursuivies que très sobrement et en tenant toujours le plus grand compte de la place occupée par le peuplement considéré, dans le cadre général de l'aménagement.

C'est ainsi, par exemple, que dans l'affectation qui suit immédia-

lement celle en cours de transformation, on se bornera à enlever les arbres tout à fait dépérissants, de façon à augmenter la proportion des gros bois et à régulariser, autant que possible, sur ce type ; tandis que, dans les autres, on pourra, en enlevant un plus grand nombre d'arbres exploitables, se rapprocher des types uniformes d'un âge moyen.

ARTICLE DEUX Transformation d'une futaie réguUère en futaie jardinée.

276. Généralités sur ce traitement exceptionnel. — La transformation d'une futaie régulière en fulaie jardinée constitue un véritable retour en arrière ; car, si l'état régulier normal peut exister quelque part, on n'a aucune raison pour le rompre. Aussi, quand il est question de revenir au jardinage, ce ne peut être que dans les forêts dégradées, soit par des jouissances abusives, soit par l'application irréfléchie de la méthode régulière, dans les stations qui ne la comportent pas. En semblable situation, l'important est de constituer l'état boisé aussi économiquement que possible et sans trop se préoccuper de la forme obtenue au début. Le traitement applicable est subordonné à l'état actuel ; il échappe à toute règle fixe et on ne saurait attribuer aucune limite certaine à la durée de la transformation. Néanmoins, on peut indiquer d'une manière générale l'esprit dans lequel ce genre d'opération peut être conçu.

Puisque les vieilles futaies régulières ont des tendances à revenir d'elles-mêmes à Télat jardiné , lorsqu'il se rencontre de tels massifs à transformer, il suffira d'en parcourir annuellement toute la surface et d'y enlever, en jardinant, un nombre d'arbres dont le volume représenterait deux fois, trois fois au plus, la production du sol. En dessous de la vieille futaie qui disparaît ainsi lentement, l'état jardiné se crée nécessairement; mais il ne faudra pas attendre la disparition de ses derniers représentants pour modérer les exploitations, sous peine d'être conduit à suspendre les coupes pendant un temps plus ou moins long.

Dans les hauts et moyens perchis, on extraira, dans la même forme,

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(les tiges en nombre tel que leur volume représenterait la moitié ou le tiers de la même production. De cette façon, on enrichit le peuplement et, dès que, grâce à ces économies accumulées, il s'est modelé sur la forme jardinée que Ton cherche, on passe à l'application de la possibilité normale.

Les parties trop jeunes, dont les produits n'auraient aucune valeur marchande, sont maintenues dans leur ancienne forme jusqu'à ce qu'elles puissent entrer dans la catégorie précédente.

A la longue, l'ensemble se raccorde. Mais, avant tout, il faut savoir restreindre la jouissance et compter avec le temps.

ARTICLE TROIS Transformation d'un taiUis simple régulier en taillis fareté et réciproquement.

277. La première opération ne se justifie pas. — On a rarement l'occasion de transformer ^ffiitaMte fureté en taillis régulier ; car, en général, le premier de ces modes est appliqué dans des conditions climatériques trop rudes pour que le second soit justifié. Aussi, quand les circonstances permettent d'abandonner le furetage, c'est en futaie régulière ou jardinée qu'il y a lieu de convertir.

278. La deuziôme ne présente aucune difficulté. — Rien n'est plus simple que la transformation d'un taillis régulier en taillis fureté. Il sufBt, au lieu d'exploiter à blanc étoc comme par le passé, de n'enlever, dans chaque cépée, que les perches de calibre, en respectant scrupuleusement toutes les autres. En faisant de même à chaque rotation, l'état fureté s'étabUra tout naturellement.

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