S 6. RÉGLAGE DU MICROSCOPE POLARISANT
159. Conditions aoxqnelles doit satisfaire un microscope réglé. Pour les travaux habituels, le microscope polarisant doit satisfaire aux conditions suivantes:
1" Les fils du réticule doivent être perpendiculaires l'un sur l'autre. Pour vérifier celte perpendicularilé, on introduit l'oculaire dans le tube du microscope, en engageant sa petite languette dans la fente pratiquée à son extrémité, puis on examine un trait fin gravé sur une lame de verre. En faisant tourner la platine, on fait alors successivement coïncider ce trait avec l'un et l'autre des deux fils; l'angle de rotation compris entre ces deux coïncidences devra être rigoureusement de 90°. [1 est évident que cette vérification devra être faite pour chaque oculaire,
2° Les sections principales des niçois doivent être perpendiculaires entre elles.
3" Elles doivent être parallèles aux fils du réticule contenu dans l'oculaire qui servent à en indiquer la trace.
4'* L'objectif doit être constamment centré.
160. Réglage des nieols. On peut placer les niçois perpendiculaire^ ment l'un à l'autre, en cherchant la position qu'il faut donner au polariseur par rapport à l'analyseur, pour que le champ de l'appareil présente le maximum d'obscurité; il suffit pour cela de tourner l'un des deux niçois, le second restant fixe. Ce procédé toutefois est insuffisant, car l'œil apprécie difficilement la position du maximum
166 loMnanents d'optique
d'obscurité. U vaut mieox alors employer pour régler les nlools. une des deux méthodes suivantes:
aj Béghge acte la lame sensible de BertrandA Cette lame coosiste en quatre secteurs de quartz, taillés normalement à Taxe optique, et
juxtaposés. Les deux secteurs dd sont dextrogyres fig. 214), les deux autres gg sont lérogyres.
Ces secteurs sont taillés à la même épaisseur, soit 2\ nun; par suite du phénomène de la polarisation rotatoire ils rétablissent la lumière entre les niçois croisés, et donnent en lumière blanche une Fig. 214. teinte légèrement bleuâtre; aux niçois parallèles la
teinte est rouge violacée.
Si les sections des niçois ne sont pas rigoureusement croisées ou parallèles, les secteurs dd et g g se teintent immédiatement de couleurs différentes.
Pour régler les prismes, on place la lame de Bertrand sur la platine du microscope, et on vise la trace du plan de jonction de deux lames avec un oculaire faible: puis si Tanalyseur ne peut tourner dans sa gaîne, on agit sur le polariseur de façon à égaliser les teintes des quatre secteurs par une rotation convenable de celui-ci. Lorsque ce réglage est effectué, il est commode d'avoir le polariseur au zéro de sa graduation. Dans ce but on place son cercle gradué au zéro et Ton fait tourner le prisme dans sa douille au moyen d'une clef spéciale.
La lame de Bertrand est encore utilisée pour la mesure exacte des extinctions ; dans ce but elle est placée dans un oculaire négatif, et sa surface supérieure coïncide avec le plan de l'image réelle. Cet oculaire appelé oculaire Bkrtram),^ peut également s'employer pour le réglage des niçois, mais comme la coloration des secteurs n'apparaît que lorsque la lame sensible est placée entre le polariseur et l'analyseur, il faut nécessairement employer un nicol auxiliaire (fig. 200) qui se place immédiatement au-dessus de l'oculaire. On enlève tout d'abord le polariseur, puis on intercale l'analyseur ordinaire au-dessus de l'objectif. Celui-ci fonctionne alors comme polariseur vis-à-vis du nicol auxiliaire, et les secteurs apparaissent différemment colorés deux à deux. En tournant alors l'analyseur auxiliaire jusqu'à égalité des teintes et apparition de la couleur bleuâtre précédemment indiquée, on croise alors les deux niçois. Si à ce moment la graduation du prisme auxiliaire n'est pas au zéro il faudra le faire tourner dans sa
1 E. Bertrand, Zeitsch. f. Kn-st. 1. 1877, 69. * E. Bertrand, loc. cit.
Réglage dn microacope polariaaat 167
monture au moyen d'une clef jusqu'à ce que ce résultat soit obtenu. Quant au réglage du polariseur. il se fera de la même manière; après avoir retiré latéralement l'analyseur ordinaire et tourné l'analyseur auxiliaire de 90", on intercale le polariseur qu'on met au zéro de sa graduation, et on fait tourner le prisme dans la douille de façon à égaliser les teintes comme précédemment.
b) Reloge avec Voculaire de Ckildéron.^ C'est un oculaire négatif, contenant une lame C de calcite [fig. 215) obtenue en sciant un rhomboèdre de spath suivant sa plus courte diagonale, et en recollant les deux moitiés après avoir repoli les faces artificielles, de façon à ce que leurs sections principales fassent un petit angle u entre elles. On taille dans cet assemblage une série de lames parallèles, qui sont toutes normales au plan de jonction.
Une telle lame, placée entre les niçois croisés, rétablit faiblement la lumière et donne une teinte grise uniforme; le plus petit déplacement de Tun des niçois par rapport à l'autre amène une différence dans l'intensité lumineuse des deux moitiés Fig. 216. Oculaire du champ. On procède avec cet oculaire comme c*ldéros)^^Fuem avec celui de Bertrand; la coloration égale des Berlin).
secteurs est ici remplacée par l'égal éclairement du champ de l'appareil, qui sera obtenu lorsque les sections du polariseur et de l'analyseur sont rigoureusement perpendiculaires.
161. Réglage du réticule. Il s'agit maintenant de placer les fils du réticule parallèlement aux sections principales des deux niçois; on arrive à ce résultat en se servant d'une lame de clivage d'anhydrite, ou d'un petit cristal allongé de mésotype. Ces deux minéraux étant orlhorhombiques s'éteignent, le premier parallèlement à la trace de son clivage, le second parallèlement à sa direction d'allongement. On choisit de préférence une lame d'anhydrite, taillée parallèlement au macropinacoïde fe' = (100), dont la biréfringence est relativement faible, et sur laquelle on distingue nettement les clivages //' ^ (001) et p = (010). Cette plaque doit être assez mince pour présenter le phénomène de la polarisation chromatique. On la place sur la platine du microscope, et on l'éteint par une rotation convenable de celleci; on répète plusieurs fois cette opération en relevant la position de la graduation du cercle lorsque la lame est éteinte; ta moyenne de ces différentes lectures fixe la po.sition qu'il faut donner à la platine pour avoir l'extinction aussi complète que possible de la lame
1 L. Caldëron, Zeitscli. f. Krysl. 2. 1878, 70.
Réglage du microscope polarisant
auxiliaire. On fait alors coïncider l'un des fils du réticule avec la trace du clivage de l'anhydrite, le minéral étant dans sa position d'extinction; pour cela on enlève la lentille de champ de l'oculaire, et à l'aide d'une clef s'engageant dans l'encoche a marquée sur la fig. 198, on fait tourner le tambour qui supporte le réticule de la quantité nécessaire pour amener cette coïncidence. On opère de la même façon avec le cristal de mésotype, on fait alors coïncider le fil du réticule avec sa direction d'allongement, le minéral étant complètement éteint entre les niçois croisés. Il est évident qu'il faudra effectuer le réglage indiqué pour chaque oculaire. Pour fixer la position d'extinction de la lame d'anhydrite avec une grande précision, on peut se servir de l'oculaire Bertrand.
162. Centrage du microscope. Cette opération ne doit être effectuée qu'avec les microscopes de la première catégorie, et pour chaque changement d'objectif. Si cependant ce centrage a été fait tout d'abord pour l'objectif le plus fortement grossissant, il persiste sensiblement
pour les objectifs plus faibles qu'on lui substitue dans la suite. Le décentrement se manifeste, comme nous l'avons vu, par un déplacement de l'image de l'objet sur un cercle, dont le centre ne coïncide pas avec le point de croisement des fils du réticule lorsqu'on tourne la platine du microscope. Pour centrer un objectif, on examine avec celui-ci une préparation microscopique, que l'on fait tourner pour se rendre compte de la position qu'occupe le centre C du cercle décrit par un point quelconque de celle-ci. Supposons qu'il se trouve par exemple dans le quadrant inférieur de droite (fig. 216) ; on agira tout d'abord sur la vis A de façon à déplacer l'objectif de droite à gauche pour amener le point C en C sur la trace du fil vertical; on agira ensuite sur la vis B, pour amener par un nouveau déplacement de l'objectif, le centre C au point de croisement des fils du réticule. Une nouvelle rotation de la platine permet de juger du centrage; s'il est insuffisant, on répèle plusieurs fois l'opération de la même manière.
Examen des cristaux en lumière parallèle. Action d'une lame biréfringente 169