CHAPITRE PREMIER
NOTIONS PATHOLOGIQUES ET INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES GÉNÉRALES SUR LES MALADIES DE L'OREILLE PAR
E. MÉNIÈRE
Médecin adjoint des Sourds-Muets, chef du service otologique du Dispensaire Furtado-Heine.
Considérations générales.
L'étude des affections de l'oreille, négligée pendant longtemps, parce que les praticiens n’en soupçonnaient pas toute l'importance, a pris depuis plusieurs années un essor remarquable. Si de grands travaux ont été faits à l'étranger, et surtout en Allemagne, il est bon de ne pas oublier, comme c'est la tendance de beaucoup d’auteurs, les progrès réalisés par l’école francaise.
Ces efforts eussent été bien plus considérables si, en France, l’enseignement officiel n'avait pas été et n’était encore absolument nul. La clinique, dont l'importance est capitale, doit s'appuyer sur l'anatomie pathologique qui n’est possible,
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elle, qu'avec l’hospitalisation des malades et les nécropsies. Or, nos cliniques particulières sont absolument insuffisantes pour ce genre de recherches.
Apprendre les maladies de l'oreille est chose difficile au même titre que l'étude de bien d’autres maladies.
Ne trouvant pas chez nous un centre d'enseignement complet, les élèves vont à l'étranger. Il ne faut pas croire, cependant, qu'il suffit de passer deux ou trois mois à Vienne ou à Berlin pour en revenir otologiste. On sait, au retour, tout juste assez pour s’apercevoir qu'on ne sait pas grand'chose.
Qu'on donne aux étudiants et aux praticiens français les moyens de travail qui existent actuellement dans tous Les pays et nous pourrons égaler sinon dépasser nos rivaux étrangers.
L'appareil auditif, si complexe dans son ensemble, est contenu en grande partie dans l'épaisseur du rocher. Les rapports de la caisse du tympan et de ses diverticulums (trompe d'Eustache et cellules mastoïdiennes), avec les parties voisines sont d’une extrème importance. L'otologiste doit les connaître en détail au point de vue de l’éfiologre, du diagnostic, du pronostic et surtout du /raëtement. Ces rapports expliquent la gravité des complications dues aux inflammations si fréquentes de l'oreille moyenne.
La thérapeutique des affections de l’oreille est entrée dans une voie nouvelle, depuis que l’asepsie et l’antisepsie sont mises en pratique.
La place qui m'est réservée dans cet ouvrage ne me permet pas d'entrer dans tous les détails. Je m'occuperai donc plus particulièrement de la thérapeutique des otites en général, parce que ce sont les otites qui se rencontrent le plus communément dans la pratique.
IT Prophylaxie et hygiène.
Tous les auteurs sont d'accord pour admettre que les maladies, infectieuses ou non, de l'oreille moyenne, ont pour
cause, dans la presque totalité des cas, la propagation par la trompe d’Eustache d’une inflammation ayant pour siège le nez ou le pharynx nasal. La continuité des muqueuses de ces régions explique facilement la marche du processus.
En effet, dans toutes les maladies infectieuses ou spécifiques (scarlatine, rougeole, fièvre typhoïde, tuberculose, syphilis, grippe, etc.), l’otite est toujours secondaire et survient au début ou dans le cours de la maladie.
J'ai vu cependant plusieurs cas où une otite moyenne avait nettement marqué le début d’une affection rhumatismale, alors qu'aucune articulation n'était encore prise.
Je regarde donc comme très utile, au point de vue prophylactique et hygiénique, de faire pratiquer aux enfants les lavages du nez, non pas en employant les injections nasales, inutiles dans l'espèce, et parfois même nuisibles, mais les simples aspirations nasales dans le creux de la main. L'eau doit être chaude (35°environ, jamais d’eau froide), additionnée d’un antiseptique non caustique (acide borique, borate de soude, boricine, coallar saponiné, résorcine, etc.). C'est une habitude hygiénique que j'ai conseillée à beaucoup de familles, et l'expérience m'en a démontré les bienfaits.
Ces mêmes lavages du nez doivent être prescrits au début des maladies infectieuses, car ils peuvent empècher la propagation de l’inflammation à l'oreille moyenne. Ce résultat a sa valeur quand on sait combien sont graves et tenaces les suites de l’otite moyenne chronique suppurée ou non.
Le nettoyage des oreilles chez l'enfant doit être fait avec une grande douceur. On ne doit employer que le cure-oreilleéponge, afin d'éviter la blessure du tympan. L'humidité constante dans certaines contrées ou certaines maisons est souvent la cause de cette forme d’otite catarrhale chronique qui évolue lentement, mais conduit à une surdité plus ou moins forte, et souvent incurable. Il faut donc que chacun sache, malade ou non, les dangers qu'on court en habitant les lieux humides.
Enfin, on ne saurait trop recommander à ceux qui vivent au milieu des bruits violents (ouvriers de diverses catégories,
artlleurs, employés de chemins de fer, etc.), de toujours fermer leurs oreilles avec de fortes boules de coton, afin de diminuer la force des commotions transmises à l'oreille interne, commotions qui se traduisent plus tard par des bruits subjectifs intermittents ou constants, et souvent par une grave surdité.
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Moyens thérapeutiques.