TRAITEMENT DE L’OTITE MOYENNE AIGUE SIMPLE NON SUPPURATIVE
M. E. GELLÉ
Membre de la Société de Biologie.
Considérations générales sur les maladies de l’oreille moyenne.
L’oreille moyenne comprend la trompe d'Eustache, la caisse tympanique et les cavités mastoïdiennes (antre et cellules).
Cette division anatomique sépare trois cavités communicantes, que la pathologie et la pathogénie réunissent à
chaque instant dans le même processus.
Aussi la thérapeutique qui semble s'adresser à l’une de
ces parties de l'oreille en particulier a-t-elle une action géné-
rale; et si l’on soigne la trompe, il est sùr que la caisse en profite et réciproquement; et il en est de même pour les cel-
Jules de l'apophyse mastoïde, et vice versd.
Aussi pour éviter les redites, je tiens pour avantageux de former un faisceau des divers traitements, et d2 les grouper autour de ce titre : les affections de l’oreille moyenne.
L’extraction des corps étrangers de l’oreille moyenne a été traitée au chapitre des corps étrangers du conduit. Le traitement des traumatismes de l'oreille moyenne sera d’ailleurs suffisamment décrit à propos des multiples opérations chirurgicales qui se pratiquent sur l'organe de l’ouie.
La thérapeutique des affections inflammatoires sera étudiée dans les formes aiguës et chroniques ; on admet deux grandes divisions suivant qu'elles sont ou non suppuratives.
If
Traitement de l’otite moyenne aiguë simple, non suppurative.
A. — Dans les cas les plus simples (catarrhe aigu), l'oreille souffre peu, et surtout de la gêne de la circulation de l’air ; la trompe est close par le gonflement de la muqueuse nasopharyngée, et le plus fort du traitement sera dirigé contre l'affection catarrhale initiale des fosses nasales. On obtient souvent ainsi la rétrocession du processus; et, quelle qu’en soit la cause, locale ou générale, on arrête son évolution envahissante vers la caisse ; il en sera de même quand c’est par une amygdalite inter-tubaire (adénoïdite) que le mal a débuté.
L'infection, tant légère soit-elle, joue un rôle étiologique important : on doit aseptiser le rétro-pharynx.
Ainsi on prescrira des fumigations nasales d’infusions de plantes aromatiques additionnées de quelques cuillerées de la solution phéniquée (à 1 p. 500); des humages d’infusions chaudes de #hé noir, de feuilles d'eucalyptus, de petite centaurée, de décoctions de colombo, de quassia amara faibles, soit pures, pour faciliter la crise sécrétoire ; soit additionnées de sel marin et de sulfate de soude (formule du sérum artificiel) ; soit d'acide borique, d'alcool boriqué ; et, s’il y a douleur, de lait bouilli (1/4) et d’eau de Vichy (Hauterive) (3/4) tièdes.
La pulvérisation intra-nasale d'huile de vaseline aseptique,
avec menthol à À p.20 ; les insufflations et prises des poudres calmantes suivantes :
| > Poudre de sous-nitrate de bismuth. . . 10 grammes. A. — fine d'acide borique . . . . . . 4 — — de menthol. . . . . . . . . . O8r,50 M. 5. a.
ou, s’il y a grande gêne de la respiration :
% Poudre de chlorhydrate de cocaïne . . 08r,50 B. — de sucre de lait . . . . . . . . 5 grammes. — decamphre. . . . . . . . . . 10 — M. s. a.
ou, en cas de céphalalgie frontale :
% Poudre de sulfate de morphine. . . . . Oër,05 C. — d'acide borique , : . . . . . . 410 grammes. — de sous-nitrate de bismuth. . . 5 — M. s. a.
Le soir, introduire dans les narines et aspirer gros comme un pois de la pommade :
% Vaseline fine. . . . . . . . . . 30 grammes. D. Menthol. . . . . . . . . . . . 08r,50 à 1 gramme. Acide borique . . . . . . . . . 2 grammes, M. s.a.
S'il s’agit de réprimer un flux nasal habituel ou récidivant, on conseillera les poudres soit de raumatol, soit d’aristol, soit de tannin ou d’alun en insufflations, après les irrigations nasales ou à la suite du nettoyage des fosses nasales au pinceau trempé dans les solutions étendues phéniquées, boriquées, d'antipyrine (1 p. 20), de permanganate de chaux (2 p. 1000), de fluorure de calcium (10 p. 1000).
Chez les enfants au sein, on ordonnera de nettoyer les fosses nasales par la douche d'air faite avec la poire à air adaptée à une narine, l’autre laissée ouverte; on mouche ainsi les nourrissons et les bébés, après l'introduction dans leurs narines de quelques gouttes d’eau bouillie versée au moyen d’une cuiller chaude.
Ce traitement nasal est indispensable à la cure et sera répété plusieurs fois le jour.
B. — S'il n'y a qu'une hyperémie légère, peu de douleur et de réaction, il suffit du repos à la chambre, d’une sudation par les boissons chaudes et aromatiques, et de quelques bains d'oreille (eau bouillie tiède versée au moyen d’une cuiller chaude dans le conduit et gardée dix minutes); ou encore couvrir l'oreille de mousseline mouillée et essorée que l’on revêt de taffetas ciré; le tout maintenu par une mentonnière. Si la douleur ne cesse pas, on prescrira un gramme ou deux d’antipyrine, ou une dose assez forte de sulfate de quinine, 75 centigrammes en deux fois.
Si le tympan rougit, se ballonne ; si les douleurs sont paroxystiques, le soir, la nuit, avec fièvre, insomnie, au quatrième et au cinquième Jour, la résolution est encore possible par ces moyens ; on y adjoindra soit une infusion de feuilles de 7aborandi (k grammes pour 250 grammes d’eau), ou une pilule de nitrate de pilocarpine (2 centigrammes et mie de pain Q. s.) à prendre le matin au lit, à jeun : la crise sudorale amène une détente sérieuse. On ordonnera l’anhipyrine (1 à 2 grammes le soir, et Le sulfate de quinine pendant plusieurs jours (trois cachets de 25 centigrammes) au besoin. Dans le conduit, on versera quelques gouttes de glycérine phéniquée au 5°ou au 10e, qui sont souvent sédatives et résolutives. On peut prescrire encore comme calmant plus actif, après le bain otique, l’instillation de quelques gouttes de la mixture suivante :
MSulfate dAtropINe EEE ER DE O0 Sulfate de morphine. . . . - . 06r,20 EQU REP NEN NEO 2 ONETAMNIESE
Dissolvez.
qu'on versera dans le conduit avec la cuiller chaude; à garder sous un bouchon d’ouate.
C. — Dès que l'augmentation des signes locaux et la persistance de la réaction rendent manifeste la marche progressive de l’inflammation, du septième au dixième jour, mal-
gré la continuité des soins indiqués, il n’y a pas à hésiter, la trompe est close; derrière le tympan plus ou moins ballonné et saillant, il s’est produit un exsudat; l’inflammation de la caisse est totale; il faut agir de ce côté par une encision du tympan, dont l'aspect est significatif. Cette opération à une action à la fois sédative et résolutive sur le processus mena-
çant.
Myringotomie ou paracentèse du tympan.
En pareil cas, ce n’est pas une ponction simple qu'il faut faire, c’est une incision qui, seule, donnera le résultat cherché.
La simple ponction avec une pointe triangulaire est réservée à l'ouverture des simples bulles ou grosses vésicules qui se développent sur le fond du conduit et sur le tympan dans certaines formes d’otites infectieuses.
Avant d'opérer, l’on doit faire l’asepsie du conduit auditif, et autant que possible avoir nettoyé les fosses nasales.