CHAPITRE VITI
PAR
M. E. GELLÉ
Membre de la Société de Biologie.
Lésions traumatiques du tympan.
Le traitement varie suivant la gravité de la lésion. Si la membrane seule a été blessée, sur le moment, on calmera les effets de la commotion du labyrinthe (bruits, vertiges, demisyncope, émotion), et de la douleur auriculaire. On défendra toute injection dans le conduit auditif, et on recommandera au blessé de ne pas se moucher. L'inspection de l'oreille méthodiquement faite, s’il y a simple piqüre, sans pénétration ou perforation, il suffit d’oblitérer le conduit avec de l’ouate boriquée ou salicylée, après avoir instillé quelques gouttes d'un calmant opracé dans le conduit auditif.
S'il y a une forte dépression de la cloison, du sang à sa surface, des signes de choc, on redressera celle-ci par un Politzer ; l’otoscope en place, on en surveillera l'effet ; le soulagement est immédiat.
Le pansement sévère sera appliqué (rondelle de gaze iodoformée sur la plaie et ouate aseptique ou mouillée de la solution de phéno-salyl à 1 p. 100 pour remplir le conduit.
S'il y a de la réaction, les jours suivants, on prescrira trois fois par jour des bains d’eau boriquée chaude dans le conduit, ou d’eau bouillie tiède, versés avec une cuiller chaude, ct gardés dix minutes à un quart d'heure ; puis on fera le pansement indiqué à demeure.
S'il existe une rupture simple, la douche d’air fera sortir les caillots, redressera le tympan, et on terminera par le pansement susdit.
Si le traumatisme a été plus sérieux, s’il y a plusieurs déchirures, des lambeaux, les soins topiques, l’obturation, les applications antiseptiques seront prolongés pour atténuer l’otite traumatique ; et les bains et pansements avec l’ouate trempée de la solution de phéno-salyl à À p.100, ou dans l’eau oxygénée (12 vol.), y parviendront en général : la cicatrisation a lieu rapidement. Les pansements doivent être quotidiens, car l’exploration de chaque jour guidera le traitement. (Pour l’otite consécutive, voir plus loin.) Par la persistance de la suppuration, l’on soupçonnera la présence d’une balle de revolver, d’une pointe d’aiguille, d'un fétu de paille; il y a lieu alors de procéder à une inspection méthodique de l'oreille, après nettoyage à sec, avec le miroir, le spéculum, avec le stylet fin porté au fond du conduit, promené sur les parois, et parfois sondant la caisse, à travers la plaie tympanique ; les insuffla tions d’air par la trompe aideront à l'issue des caillots et du corps étranger; le sinus pré-tympanique cache souvent la dépression où loge le corps étranger, si celui-ci a pénétré (fait commun) dans la paroi mastoïde du conduit; c’est la déflagration qui a rompu la membrane ; le stylet coudé s’enfonce alors dans la plaie et touche la balle. On peut ne rien trouver à un premier examen. Le stylet électrique de Trouvé peut être utilisé. La balle a pu se loger profondément dans le rocher (sinus carotidien, facial, méninges, veine jugulaire, labyrinthe peuvent être touchés), les organes blessés signalent la gravité de la lésion (hémiplégie, paralysie faciale, bruits, vertiges, surdité unilatérale, méningite).
On peut extraire une balle de revolver arrêtée au niveau de
la paroi du conduit; ailleurs il semble prudent d'attendre l'effet d’un travail lent d'élimination. Cependant il m'est arrivé de constater que le corps étranger alors s’engageait par son poids dans la profondeur de l’apophyse, et une opération assez simple ménageant le facial en permit l'extraction; on est souvent forcé d'abandonner à la nature le travail d’élimination, le siège de la balle ne pouvant être précisé. Dans deux cas où la balle était logée dans l’apophyse, les rayons X n’ont rien décelé.
On a cité quelques faits de fractures du manche du marteau (Moure); après le redressement de la cloison, après l'issue des caillots, et le nettoyage avec l’ouate mouillée d’eau oxygénée, on fera le pansement occlusif avec la rondelle de gaze iodoformée et l’ouate salicylée, remplissant le conduit sous forme d’une mèche compacte, facile à enlever tout d’une pièce,
On a exposé à part le traitement chirurgical pour le cas où le corps étranger a pénétré dans la caisse du tympan.
IT Inflammation du tympan (myringite).
Sous l'influence des affections du conduit ou du traumatisme, la membrane peut s’enflammer sans participation de la caisse; elle perd sa translucidité, son triangle lumineux; le manche cesse d’être reconnaissable; l’opacité est totale, avec rougeur mate et taches d’exsudat ou d’épiderme décollé ; une goutte de muco-pus brille au niveau de l’éraillure ou de la déchirure ; il y a de l’'hyperacousie, de l’otalgie, de la surdité relative par l'air; au moyen des bains antiseptiques et des précédents pansements, tout se guérit en cinq à dix jours.
La dermite du coup d'air se calme avec quelques fumigations (infusé d'eucalyptus), avec une boulette d’ouate trempée de baume tranquille; en l'absence de plaie, par des instillations tièdes de solution légère de cocaïne (1 p. 20). Chez les arthritiques, l’otite sus-tympanique ou de l'attique débute
souvent sous cette forme. Les altérations subies par le tympan sont consécutives pour la plupart aux maladies de la cavité tympanique; nous en traiterons donc à propos de celles-ci. (Voir Otite chronique suppurative, perforation du tympan, ramollissement, épaississement, induration, etc.,etc.) La myringite parasitaire (aspergillus) cède aux bains tièdes de sublimé (1 p.1000), et aux attouchements avec les solutions picriques ou chromiques faibles.