À. —— AVANT LA SUPPURATION
La douleur, l’élément infectieux, la présence du pus, l’évolution extensive, par étapes, ou la multiplicité des points enflammés, à la fois, voilà autant d'indications pour la thérapeutique, qui doit être à la hauteur d’une lutte aussi sérieuse ; car la vie du sujet, aussi souvent que le sens de l’ouïe, est en péril.
[Il faut d’abord calmer la douleur, souvent atroce; dans ce but on ordonnera des bains tièdes prolongés versés dans l'oreille au moyen de la cuiller chaude (eau bouillie, décoction de pavots, filtrée); des embrocations, des irrigations chaudes (eau infusée de camomille) autour de la région otique; et applications de mousselines trempées d’eau chaude (40°); puis, instillations de solutions calmantes chaudes, solutions de mnorphine, de cocaïne, d'atropine, concentrées.
Si la douleur ne cède pas, il faut rapidement remplacer les topiques chauds par les réfrigérants; l’eau glacée (compresses mouillées, avec quelques morceaux de glace retenus entre les mousselines); glace pilée en sachets; tubes de Leiter enroulés sur la région mastoïde; cependant le conduit auditif est tenu bien clos et protégé contre l'introduction des liquides froids.
De plus, il faut couvrir de réfrigérants en couches épaisses toute la moitié de la tête, les régions otique, mastoïde, parotidienne, sous-lobulaire, et le cou jusqu’à la nuque, et au
niveau du larynx; toute la zone auriculaire est ainsi soumise à la réfrigération continue.
Parfois la douleur et la fluxion inflammatoire s’apaisent excellemment par l'application de quelques sangsues (quatre à six en fontaine, Gruber), sur la région mastoïde, si le sujet est vigoureux.
Les topiques calmants sont indiqués à doses très énergiques, tant qu'il n'existe pas de plaie. On versera dans le conduit quelques gouttes de la mixture suivante, tiédie, au moyen d’une cuiller chaude, et elle sera retenue par de l’ouate également mouillée :
% Glycérine fine neutre. . . . 20 grammes.
Usage externe Chlorhydrate de morphine . 06",30 Sulfate d’atropine . . . . . O5r,05 Dissolvez.
> Eau distillée. . . . . . . . X grammes. 0 à ue + Teinture d’opium . . . . . 3 — M. s. a. POoLITZzER.
Je n'aime pas les huiles, ni le baume tranquille, si calmants, parce qu'ils salissent tout et gènent l’action des antiseptiques. L'antipyrine par paquets de 1 gramme sera largement administrée, le soir. Le sulfate de quinine, à hautes doses, 1 gramme par cachet de 0“,30 de trois en trois heures, dès le matin.
Cet ensemble de moyens suffit très souvent à calmer la fièvre et la douleur, à procurer du sommeil, à diminuer la fluxion, à préserver les cellules mastoïdes.
Une potion chloralée où bromurée est quelquefois nécessaire pour obtenir une sédation de la douleur et des énervements consécutifs à l’insommie.
Zaufal recommande le pansement avec l’ouate trempée de la solution suivante (à 50°), dont on couvre l'oreille et la région péri-otique :
AIO ES PCTAMMe.
Usage externe Acétate de plomb. . . . . . 5 — Eau distillée. . . . : . . . 1litre.
Dissolvez.
Le tout est enveloppé d’une batiste imperméable ou de taffetas ciré, ou de bandes qui maintiennent le pansement solidement.
J’emploie l’eau phéniquée (1 p. 1000), la glycérine phéniquée dans le même but, pour couvrir d’ouate l'oreille, et tout le côté de la face et du cou, soit à chaud, soit, plus souvent, à froid.
À ce propos, il faut prendre soin de placer un tampon épais de cette ouate humide derrière le pavillon, et un autre en avant de celui-ci; de la sorte, la compression n’est pas douloureuse, et le décubitus est bien supporté du côté malade.
Par l'inspection fréquente de l'oreille, on surveillera l’évolution de l’otite. Dès que le tympan apparaît rouge, tendu, mat, sec, saillant en ronde-bosse, le manche ni le triangle n'étant plus visibles, cachés par la saillie du quart supéro-postérieur procident dans le conduit, rouge lui-même dans sa portion osseuse; ou bien, si la paroi supérieure du conduit osseux, tendue, colorée, bombée, s’abaisse, et tend à masquer le haut du tympan, en retrécissant le fond du conduit, il y a urgence d'intervenir sans attendre l’ouverture spontanée.
Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit de la technique de l'opération et des soins à donner avant et après l'incision tympanique.
Je recommande tout particulièrement de la pratiquer larga manu et d’inciser aussi un peu la paroi du conduit, en dépassant le cadre tympanal ; je conseille de pousser le couteau profondément et de faire plutôt deux sections parallèles ou en V, afin d'obtenir un dégorgement abondant et prompt suivi d’une sédation rapide et sûre.
Ensuite, il est bon d’agir énergiquement par la douche d’air pour chasser le sang et le pus au dehors. — Dans l’otite aiguë infectieuse spécifique, la simple ponction est une faute. — Une injection douce d’eau (bouillie) tiède nettoie le conduit aussitôt après. Pendant une heure après l’incision, il persiste un endolorissement de la région que le froid localement appliqué calme mieux que tout le reste : la boulette d’ouate
mouillée de solution froide d’un antiseptique portée au fond calme sûrement la douleur. On baigne ensuite la partie avec la solution à peine tiède de phéno-salyl au 100, versée à la cuiller; puis on panse avec l’ouate trempée du même liquide, portée en forme de pinceau souple et long jusqu’à la section, et laissée à demeure.
Le pansement réfrigérant est ensuite remis en place sur toute la région.
En général, une détente immédiate succède : douleurs, fièvre, insomnie prennent fin.