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F, — SURDITÉ

Nous voici maintenant en présence du type clinique où la surdité domine. La surdité a ses degrés et ses formes. Les méiopragies auditives, simples troubles fonctionnels, dépendent souvent de maladies d'organes éloignés, qu'il y ait ou non lésion otique (méiopragies auditives réflexes); nous avons déjà dit tout ce qui est utile à connaître, à propos des bruits et des vertiges et de leur pathogénie.

Le pronostic varie suivant qu'on aura affaire à une simple méionacousie (affaiblissement léger de l’ouïe), ou une dysacousie (degré plus prononcé), ou à une surdité totale.

Le traitement médical de la surdité est variable suivant l'étiologie reconnue; et nous ne pouvons répéter les indications déjà énoncées et les traitements adaptés tels que l’on a pu les lire dans les chapitres précédents : nous éviterons ces redites.

L'ancienneté de l'affection otique est la condition la plus grave, quel que soit l’âge du sujet.

En général, le médecin auriste est consulté tardivement, et les lésions anciennes, fixes, ont rendu l'organe méconnaissable.

La surdité est la fin du drame dont les oreilles ont été le théâtre ; les bruits et les vertiges sont souvent les éléments du prologue; l’auriste arrive quand la pièce est jouée.

Nous ne répéterons pas ici tout ce que les chapitres suivants contiennent sur la thérapeutique générale de la surdité ; les

mêmes indications se présentent, parallèles à celles du bruit subjectif et du vertige auriculaire, secondaires ou réflexes. Je donnerai quelques conseils de thérapeutique symptomatique.

S'il n'existe que la surdité, sans bruits, sans vertige, sans excitation sensorielle quelconque, on se trouvera bien d’'ordonner la strychnine à doses rapidement croissantes, la ko/a, le café et la caféine, le thé, et l’on recommandera l'usage prudent et surveillé des inhalations d’éfher, de chloroforme, d’éther bromhydrique, pour réveiller la sensibilité de l’acoustique. Pour le même but, de petites doses de sulfate de quinine, de vin de Champagne, d’élixir de Garus.

On se rappellera que les bruits intenses stimulent les centres auditifs, et on essaiera de la trépidation, des bruits rythmés, etc., musicaux ; la chaleur et les pays chauds améliorent aussi l'audition.

On n'oubliera pas l'importance des réflexes gastriques, etla possibilité de voir l'audition baisser dès le premier jour d’une cure à Vichy. Enfin, au besoin, il ne faudrait point négliger de relever les forces au moyen des injections de sérum artificiel.

Je ne puis oublier de mentionner l'application de la suggestion et de l’Aypnotisme au traitement de la surdité. Évidemment certaines surdités, et mieux certaines hyperesthésies sensorielles, paraissent susceptibles d’être améliorées par ces pratiques. Mais les résultats sont bien limités, et l'application en reste réservée aux névroses, à la neurasthénie, et à l’hystérie. Nous ne partageons pas, et pour cause, l'enthousiasme de Braid sur la valeur de ce traitement. Cependant, en définitive, c'est avec le cerveau que l’audition a lieu; tout modificateur du système nerveux est donc susceptible d'agir sur l'ouie.

De l’aérothérapie. — Bains d’air comprimé.

L'oreille moyenne est une cellule aérienne comme les cellules pulmonaires; elle s'ouvre à l’action de l’air ambiant

dans chaque mouvement de déglutition, si les trompes sont bien perméables. On peut essayer de l’action de l'air comprimé sur la muqueuse de la caisse et ses organes mobiles (tympan, osselets et fenêtres labyrinthiques), dans certaines otites chroniques avec bruits subjectifs et vertiges (Pravaz). La condition majeure de l'opportunité de ces bains d'air comprimé, est la facile ventilation par les trompes libres. Le patient devra dès l'entrée et à la sortie de la cloche exécuter des mouvements de déglutition pour établir l'équilibre de pression sur les deux faces interne et externe de la membrane du tympan, sans quoi il apparait de vives douleurs d'oreille, signes de la compression de l'organe. On sait que ces bains d'air comprimé sont facilement supportés par l'oreille (Hartmann); ils agissent sur la nutrition, sur la circulation, stimulent l’hématose, amaigrissent les obèses, améliorent la dyspnée des emphysémateux. Ce sont les sujets de cette catégorie que ces bains peuvent soulager de leurs bruits et de leurs vertiges, et parfois l'audition bénéficie de cette cure d’air.

La douche d'air de Politzer, l’aération avec le cathéter sont certainement bien supérieurs à ce traitement; mais il remplit, ainsi que je l'ai dit, plusieurs indications dont la satisfaction profitera toujours davantage à certains sujets.

Les procédés de la pneumothérapie inaugurés par Hanke, et introduits en France par Labadie-Lagrave (1874) pourraient de même rendre des services ; leur application est simple et évite le séjour sous une cloche ; l'air comprimé arrive directement à la bouche ; l’otologiste peut adapter le tube adducteur au nez, et à chaque déglutition du patient ouvrir le courant, comme cela se pratiquait dans la ventilation de la caisse au moyen de l'air comprimé; je ne pense pas qu'il soit utile d'employer l'air raréfié, nous obtiendrons l'effet suffisant en faisant déglutir le malade, le nez pincé, aussitôt après chaque injection d'air.

En vérité, la douche de Politzer est plus pratique et le massage du tympan plus actif.

Val

Électricité. — Courants induits, continus, sinusoïdaux. — Le «transfert » par les courants faibles.

(Découverte de Gellé.)

La thérapeutique générale des affections auriculaires utilise encore un puissant modificateur, l'électricité.

À propos du traitement des otites aiguës et chroniques, nous dirons dans quel état d’atrophie, de semi-parésie on voit réduits à leur suite les muscles tympaniques et tuba ire. Dans la convalescence des otites aiguës, on se trouvera bien d'employer les courants induits ou continus, prude mment gradués, pour tonifier les muscles et rétablir ainsi les tensions indispensables et les antagonismes nécessaires à l’é lasticité de l'appareil de transmission. À mon sens, on n’insiste pas assez sur l'importance de cette pratique à la suite de ces maladies : on oublie que les otites se compliquent facileme nt, et plus souvent qu'on ne le dit, de parésie, de paralys ies faciales, de contractures réflexes ; l’amélioration rapide de la portée de l’ouïe que l’on constate chez les convalescents d’otite qui ont subi le traitement par les courants, montre ass ez leur activité.

L’ouie douloureuse, les spasmes du tenseur, causes de bruits subjectifs ou de vertiges, sont aussi amendés par ces applications modérées (2 à 3 milliampères). Dans la sclérose secondaire, les stimulations vasculaires, les hyperémies ainsi produites modifient la nutrition et ont un bon effet.

D'autre part, d’Arsonval a montré que les courants sinusoidaux (appareils magnéto-faradiques) excitent le muscle et non le nerf et ne provoquent pas de douleur, ce qui est un résultat sérieux dans l'application pratique. Sous la forme de bains électriques, plus ou moins prolongés, sur le tabouret isolateur, ou d’étincelles, de souffle, etc., on peut obtenir de l'emploi de l’électricité statique chez les névrosés, les débi-

lités irritables, dans le cas d’hyperesthésie labyrinthique, un

‘soulagement appréciable des bruits, vertiges, otalgie, ete. (Arthuis, Vigouroux). Chez les sourds hémi-anesthésiques, l’action des courants électriques faibles se manifeste par le phénomène connu du « transfert», c’est-à-dire que l'audition s’accroit du côté sourd et s’affaiblit d'autant du côté sain. Ce phénomène a été découvert par Gellé (1876). Enfin, au moyen de l’auto-induction produite par les courants de haute fréquence, dont la tolérance est si remarquable, ainsi que d'Arsonval l’a montré, on peut agir sur la nutrition générale, sur l'assimilation et les échanges organiques, et sur les fonctions Les plus intimes de l’économie. Appliqués à l'organe de l’ouïe, ces ébranlements si fréquents des courants alternatifs auront sans doute une action curative, sédative au moins dans les hyperesthésies auditives. Certainement, ce sont là des ressources thérapeutiques qui ne sont point à négliger par le médecin auriste. Cependant les résultats sont loin de répondre aux applications si longtemps prolongées qu’exige ce traitement : on attend trop tard sans doute.

Exercices acoustiques.

Par ce coup d'œil sur la thérapeutique générale des affeclions de l'oreille, on peut juger combien elle est utile, nécessaire et souvent indispensable à la cure des divers troubles auditifs.

Locale ou générale, la thérapeutique tend à venir en aide à la « nature médicatrice ».

L'enfant relégué chez la nourrice, dans la solitude, apprend tardivement à parler; celui des villes lui est toujours supérieur en cela comme dans les autres manifestations intellectuelles.

L'enfant qui cesse d'entendre clairement la parole n'apprend plus, et désapprend ce qu'il savait, s’il n’a pas dépassé l’âge de 8 à 10 ans: bien plus vite s’il n’est pas intelligent.

Le sourd adulte intelligent ne désapprend pas à parler.

Il y a donc lieu chez les jeunes sourds de cultiver, d’entretenir le plus possible l'audition, de cultiver le sens de l’ouie par tous les moyens, et en mettant en œuvre toutes les ressources. Il ne s’agit point ici de procéder à l'éducation des sourds-muets, mais nous disons tout d'abord qu'il faut utiliser toute trace reconnue de sensibilité acoustique, et s’efforcer d'en développer l'énergie.

Nos établissements de sourds-muets trop souvent exeluent systématiquement l'emploi des fonctions auditives dans l’éducation donnée. Itard et ses « exercices méthodiques » sont tout à fait oubliés. Mais Urbantschitsch vient de montrer par des observations combien on a tort d'abandonner cette voie de communication avec le sourd. Il a pu développer, par des exercices gradués adaptés aux susceptibilités individuelles, et qui exigent du médecin encore plus de dévouement et de patience que de science, la réceptivité acoustique de sujets délaissés. Il est arrivé à rétablir en partie la fonction, à être utile d’une facon évidente dans des cas désespérés.

Cette méthode, née en France, retour de l'étranger, va sans doute être l’objet d'études nouvelles en son pays d’origine.

Comme Itard, Graham Hill et Gordon Clarke, Urbantschitsch va du simple au composé, il débute par l'émission d’une voyelle (A el É); il en essaie l'audition patiemment, cherche celle qui est perçue, et l'intensité sonore nécessaire à la perception; puis il passe à une autre voyelle; il renforce le son avec les deux mains réunies en cornet au-devant de l'oreille du sourd, et n’emploie pas d'appareils conducteurs ni de renforcement. L’harmonica lui sert à obtenir plus d’intensité et de durée, sans épuiser les forces de l’éducateur. L’impression binotique est souvent utile pour éveiller la sensation. En somme, il ne faut pas désespérer des pires surdités puisque, sur cent élèves de l'École de sourds-muets de Vienne, trois seulement ont été reconnus absolument sourds.

On comprend maintenant pourquoi l'étude de la thérapeutique des maladies de l'oreille, quelque forcément spécia-

liste qu'elle soit, doit comprendre un enseignement encyclopédique, c’est-à-dire embrasser tout à la fois les notions médicales spéciales et générales, afin de contre-balancer la spécialisation nécessaire par le contrepoids de considérations générales nées des rapports de la pathologie auriculaire avec l’ensemble de la pathologie générale.

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