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À. — TRAITEMENT DES PELADES EXTENSIVES

1° Une plaque de pelade est en extension actuelle quand elle présente sur son pourtour une couronne de cheveux morts, fragiles où massués.

Les cheveux morts viennent en totalité à la main sans résistance, sans douleur pour le malade.

Les cheveux fragiles cassent à quelques millimètres audessus de la peau.

Les cheveux en forme de massue sont des tronçons de cheveux fragiles, demeurés en place et qui, de haut en bas, présentent une métamorphose régressive du cheveu adulte en follet.

Toutes les fois qu'une plaque de pelade présente ces symptômes, elle est en extension à l'heure présente.

Et la première indication est d’enrayer son extension.

Or, l'expérience clinique, en dehors de toute considéralion doctrinale, montre que l'épilation large de la bordure des plaques malades est le meilleur moyen d’enrayer la marche progressive de l’alopécie (E. Besnier).

Cette épilation ne doit pas comprendre que les seuls cheveux malades : morts, fragiles, massués, mais bien aussi les cheveux sains, sur une largeur d’un centimètre environ autour des points malades. C’est là une séparation artificielle entre le mort et le vivant. C'est la tranchée que l’on pratique pour limiter l'incendie d’une forêt.

Quelques considérations sur l'importance pronostique et thérapeutique du cheveu peladique vrai de la pelade, du cheveu massué, doivent trouver ici leur place. Car la présence et le nombre de ces cheveux dictent en quelque sorte mathématiquement au médecin la conduite à tenir en présence d'une pelade envahissante.

Avant que le poil ne tombe, sa racine est le siège d’une

altération progressive, /4 papille qui lui donne naissance meurt, et elle meurt lentement. s'ensuit qu'avant de perdre son adhérence, le cheveu, dans sa partie sus-radiculaire la plus récente, est altéré. D'abord le cheveu est fragile; il casse à # ou 5 millimètres de la peau. La partie du cheveu restée adhérente à la peau continue de vivre, mais sa vie s'éteint progressivement. La papille qui le faisait poil adulte ne le forme plus que follet, dépourvu de pigment, dépourvu de moelle.

C'est ce reste de cheveu, dont la forme est exactement celle du point d'exclamation d'imprimerie {!), que l’on appelle le cheveu peladique.

Après un temps, la papille meurt tout à fait et le poil peladique est expulsé. L'existence de ce symptôme est donc momentanée. Et le nombre de ces cheveux spéciaux autour d’une plaque peladique permet de diagnostiquer rétrospectivement la rapidité de l’envahissement récent d’où l’on peut pronostiquer la gravité à venir de la maladie. C’est dire enfin, par corollaire, quelle indication de traitement léger ou intensif ce symptôme fournit par lui-même.

Là done où la ceinture de poils massués sera épaisse autour d’une plaque peladique, la rapidité de l’envahissement est excessive et le traitement devra être plus sérieux. En conséquence, dans ces cas, on fera la bordure d'épilation plus large autour de la plaque, sous peine de ne pas enrayer le processus d'extension de la maladie.

La première indication du traitement d’une pelade, la limitation de la plaque par l'épilation de sa bordure, est de toutes choses la plus nécessaire. La dimension et la forme de la bordure sont commandées par le nombre et la disposition des cheveux peladiques que la plaque présente. Cette épilation est d'autant plus nécessaire et sera faite d'autant plus large que la plaque a grandi plus vite, c’est-à-dire qu'elle porte plus de cheveux peladiques à son entour.

Elle sera pratiquée méthodiquement à la pince, sans laisser passer ni une racine courte ni un follet.

Elle aura au moins un demi-centimètre de large.

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90 La deuxième indication thérapeutique est le traitement de la plaque peladique elle-même.

lei deux opinions divisent les auteurs.

Les uns, partisans convaincus, mais aveugles, de l’étiologie microbienne de la maladie, appliquent à la surface de la plaque déglabrée les antiseptiques les plus divers.

Les autres, qui peuvent croire comme les précédents à l'origine parasitaire de la maladie, mais qui, dans le traitement, ne considèrent que les résultats, se contentent d'irriter la surface de la plaque déglabrée par un moyen artificiel quelconque. Je n'hésite pas, pour ma part, à me ranger parmi ces derniers, et j'ai pour cela deux raisons.

La première est une raison de pratique et dispenserait à la rigueur de la seconde : aucun antiseptique ne donne, dans le traitement de la pelade, des résultats concluants. Au contraire, il est certain et de confirmation quotidienne que l'irritation permanente de la plaque déglabrée hâte la repousse des cheveux à sa surface. Assurément, certains antiseptiques peuvent donner des résulats équivalents; c’est à proportion de lirritation tégumentaire qu'ils provoquent.

La seconde raison qui fait conseiller les agents irritants plutôt que les antiseptiques est d'ordre histologique.

Les lésions que l’on rencontre dans la pelade témoignent d’un trouble profond de la nutrition locale ou (en tenant comple de la nature certainement microbienne de la maladie) d’une intoxication profonde des tissus frappés.

Quelles sont, en effet, les lésions histologiques de la pelade?

En dehors de la disparition absolue de beaucoup de follicules pilaires et de l'hypertrophie consécutive de leurs glandes sébacées annexes, voici ce que j'ai trouvé constamment dans les trente-deux examens biopsiques que j'ai pratiqués.

A. — Tous les vaisseaux sous-jacents à la plaque sont entourés d’un manchon de cellules migratrices.

B. — Tous les follicules pilaires demeurés en place sont contournés, difformes et ne présentent plus que les rudiments des papilles pilaires normales.

C. — Ces papilles elles-mêmes, impuissantes à former des poils normaux, sont, en quelque sorte, frappées d'afarie. Leurs cellules répandent autour d'elles le pigment qui devait être le pigment du cheveu normal.

D. — Le pourtour des follicules est criblé de cellules migratrices; presque toutes sont des leucocytes mononucléaires et des cellules à granulations basophiles (Mastzellen d'Ebhrlich). Il n’y a pas parmi elles de cellules phagocytaires.

E. — Ces cellules à granulations basophiles sont innombrables dans toute l'épaisseur du derme et de l’hypoderme de la plaque malade.

F. — Enfin, dans toute la surface de la plaque, l'épiderme est frappé aussi, et sa couche profonde ne sécrète plus le pigment normal de la peau.

Or, si l’on raisonne un peu la cause possible de telles lésions, on se rend facilement compte qu'aucune d’entre elles n'est le témoignage d’une pullulation microbienne actuelle : que toutes indiquent une intoxication survivant à l'infection parasitaire que nous avons été forcé de supposer au début de la maladie.

Les manchons péri-vasculaires se retrouvent dans les intoxications métalliques cutanées : bromisme, iodisme (Darier).

La papille existe encore : elle ne forme plus de cheveux. Ses cellules encore actives sont inaptes à remplir leurs fonelions normales:

Les Mastzellen sont, partout où on les rencontre, l’indice d’un trouble de nutrition locale.

Enfin l’épiderme lui-même montre qu’il participe à lPinhibition de tous les organes de la peau. Il ne sécrète plus sa couche pigmentaire.

Ainsi donc : empoisonnement local, cellules atones, stupéfiées, fonctions suspendues et non détruites, voilà ce que montre l’histologie.

Mais alors, l’action des topiques irritants n'est-elle pas facile à comprendre? Toute irritation locale qui causera une diapédèse intense hâtera la répurgation celiulaire. Tout mou-

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vement cellulaire favorisera l'issue des poisons stagnants. Toute élimination des poisons locaux hâtera la reprise de la vie cellulaire normale. et la reformation des cheveux.

Et l’on se demande ce que pourrait faire à de telles lésions l'application sus-tégumentaire d’antiseptiques anodins.

Cependant, comme il est fréquent de trouver autour de lésions vieilles des traces indiscutables d'extension récente, supposée parasilaire, on ne saurait sans danger négliger l’antisepsie locale. Aussi faut-il conjuguer dans ces cas les deux méthodes thérapeutiques jugées plus haut. Elles ne sont d’ailleurs nullement contradictoires : le sublimé dans l'alcool au vingtième ou au trentième, ou bien l'acide phénique cristallisé sont des irritants violents et des antiseptiques valables tout à la fois.

Certains auteurs, en conseillant les topiques irritants sur les plaques peladiques, veulent une irritation légère, intermittente, renouvelée fréquemment. Il m'a semblé, au contraire, que les résultats thérapeutiques étaient d'autant meilleurs que l'irritation locale était plus vive, plus soutenue, plus constante. Et la seule extrémité qu'il ne faille pas atteindre, c'est la suppuration ou l’ulcération dermique qui serait suivie de cicatrices.

On comprend aisément, d’ailleurs, que le choix du topique soit à faire suivant la sensibilité du malade, le nombre et la dimension des plaques déglabrées et leur surface d'absorption, au cas où le médicament employé est toxique, suivant, enfin et surtout, le degré d'intelligence du malade s’il doit se traiter lui-même.

Nous ne passerons pas en revue tous les médicaments irritants qu'on peut employer. Le nombre de ceux qui ont été préconisés est infini. Nous croyons, au contraire, qu'on peut, avec avantage, limiter ce nombre à quelques topiques dont on peut graduer à volonté l'énergie.

Ce sont l'acide acétique, l'acide phénique, le sublimé, la teinture de cantharides, et quelques emplätres mercuriels dont le type est le sparadrap de Vigo.

Donnons quelques exemples de formules fortes et faibles auxquelles il sera facile d'imaginer des intermédiaires.

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