CHAPITRE XIV
PAR
W. DUBREUILH
Professeur agrégé à la Faculté de Bordeaux.
Considérations générales.
La sclérodermie est caractérisée par l’induration de la peau; mais il y faut distinguer trois formes différentes qui sont peut-être des maladies distinctes.
A.— La morphée, ou sclérodermie en plaques ou en bandes, est constituée par des plaques ou des bandes d’induration
limitées. Elles sont peu ou pas saillantes, mais la palpation montre toujours un épaississement marqué de la peau qui est dure et comme solidifiée; il semble, au point de vue de la consistance, que la peau a été congelée. La surface est blanche on jaunâtre, anémique, sauf quelques veinules bleues, lisse ou un peu squameuse ; la plaque est généralement entourée d’un liséré violacé, plus ou moins marqué. Ces plaques uniques ou multiples apparaissent successivement; elles peuvent déterminer des troubles fonctionnels par leur rétraction. Après avoir duré plusieurs mois ou plusieurs années, elle finissent d'habitude par guérir spontanément en laissant quelquefois une macule pigmentée ou une plaque d’atrophie cutanée.
B. — La sclérodermie diffuse d'emblée où sclérémie de Bes-
nier débute par des ædèmes passagers auxquels font suite des indurations diffuses du derme. Ces plaques d'induration peuvent persister et s'étendre, ou disparaître au bout de quelques mois, laissant des altérations atrophiques de la peau. Elles débutent par un point quelconque du corps, généralement la face ou le tronc, envahissent assez rapidement tout le corps sauf les pieds et les mains, mais l'induration est rarerement universelle, parce que certaines parties entrent en régression quand d'autres se développent. Les plaques sont diffuses, rouges, et la maladie peut guérir, surtout dans les formes aiguës, tandis que les formes chroniques aboutissent souvent à la cachexie et à la mort.
C. — La sclérodactylie constitue le début de la forme la plus caractéristique de la sclérodermie. La maladie commence par l’asphyxie locale des extrémités: puis la peau des doigts et des mains s'indure peu à peu; elle est dure comme du bois, adhérente aux parties profondes ; il est impossible d'y faire un pli; les doigts sont tantôt effilés comme dans la gangrène symétrique des extrémités, tantôt tuméliés. L'induration envahit peu à peu les membres supérieurs dont les mouvements sont gènés, la face, qui perd toute mobilité et toute expression, la poitrine, dont les mouvements sont rendus très difficiles par cette sorte de cuirasse. Entre temps les membres inférieurs peuvent se prendre exactement de la même façon. La marche de la maladie est fatalement progressive; elle peut se terminer par la mort par tuberculose ou cachexie au bout de quelques années, mais elle peut durer souvent quinze où vingt ans avant de déterminer des troubles
graves de la santé générale.
Traitement.
A. — Presque tous les faits de sclérodermie guérie que
l'on rencontre dans les auteurs sont relatifs à la morphée. Or,
comme cette forme finit généralement par guérir toute seule, on ne peut pas considérer toutes les observations comme probantes.
On a employé des onctions de pommade salicylée à 5 ou 10 p. 100. Le massage a été recommandé par plusieurs auteurs et parait rationnel, mais les résultats obtenus ne sont pas démonstratifs. Dans un cas observé par nous dernièrement, le massage fait pendant plusieurs mois par un masseur très exercé n'arien produit; la plaque a depuis guéri spontanément.
L'électricité a été employée de diverses façons. Les meilleurs résultats sont ceux qui ont été rapportés par Brocq. Une longue bande de morphée de l’avant-bras, lentement progressive, s'est assez rapidement améliorée sous l'influence de piqûres électrolytiques. Brocq recommande de faire les piqüres nombreuses, superficielles et très obliquement avec le pôle négatif; de faire passer un courant faible, environ cinq milliampères, pendant peu de temps, de façon à faire aussi peu de destruction de tissu que possible; renouveler les séances une ou deux fois par mois. Il est à remarquer que, dans le cas qu'il rapporte, l’électrolyse à été faite à la partie inférieure de la bande, et que c’est la partie supérieure de la bande qui a guéri la première. Le mode d'action de l'électricité reste donc assez obscur, et il serait nécessaire d’avoir de nouvelles observations pour juger de l'efficacité de ce procédé.
B. — Pour la sclérodermie généralisée d'emblée, on peut avantageusement employer les bains chauds; il faudra donner au malade des foniques et éviter les refroidissements en lui faisant porter des vêtements de laine.
C. — La sclérodactylie el la forme de sclérodermie généralisée qui lui fait suite est absolument rebelle au traitement. Sa marche n’est cependant pas toujours progressive, car je connais un malade chez qui, depuis une douzaine d'années, elle est absolument stationnaire. Parmi tousles traitements infructueusement employés, le massage et les bains prolongés on seuls donné quelques résultats en assouplissant un peu le derme et en rendant un peu de mobilité aux doigts.
Le traitement thyroïdien à été appliqué sans succès par A. Neisser dans un cas où le début des accidents avait coïn= cidé avec la disparition d'un goitre.
Eichoff a rapporté un fait très singulier où une sclérodactylie typique coïncidant avec une onychomycose a rétrocédé dans une grande mesure après la guérison des lésions unguéales.