À. — INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES GÉNÉRALES ET RÉGIME
Le traitement des prurigos simples ne diffère pas sensiblement de celui des prurits sans éruption: les quelques papules qui se produisent à la surface de la peau n’exigent pas un traitement particulier et ne modifient pas habituellement les indications thérapeutiques générales.
On élablira d'abord si le prurigo ou le prurit sont de cause externe ou de cause interne, Si la maladie est de cause externe, phtiriase, gale, etc., la première indication sera de supprimer cette cause, ce qui est en général facile. Si le prurit paraît être d’origine interne, il faudra s’attacher à déterminer avec toute la précision possible les causes déterminantes et aggravantes.
Le malade sera soumis à un examen détaillé de tous les organes; leur état actuel, leurs défauts et leurs vices de fonctionnement seront recherchés avec soin. Les conditions de vie du malade seront fouillées en détail ; le médecin recherchera l'influence que la profession du patient, le milieu social dans lequel il se trouve, les événements les plus récents de son existence ont pu exercer sur l'accident qu'il s'agit de traiter. Il faudra s'informer des antécédents héréditaires, des diathèses dont le malade peut être atteint : herpétis, arthritis, lymphatisme; rechercher les vices d'hygiène ou d’alimentation qui ont pu provoquer l'explosion de la maladie ; s'enquérir des causes susceptibles de réveiller les accès, de l'influence des saisons, des températures, de l’alimentation, du surmenage, elc.
Il sera bon, pour se faire une opinion exacte, de procéder à un examen approfondi de l'urine, quantité et qualité. On ne se bornera pas à rechercher l’albumine, le sucre, à doser
l’urée, l'acide urique, on recherchera les tares les plus obscures, la phosphaturie, l’oxalurie, la peptonurie, etc.
On arrivera ainsi à dépister les vices de nutrition qui peuvent exister chez le patient et à puiser de précieuses indications thérapeutiques.
Toutes les fois qu'une tare générale sera découverte, il faudra s’efforcer d’en obtenir l’atténuation ou la guérison; car nombre de prurits naissent ou se maintiennent sous l'influence de pareilles tares. |
Le diabétique sera soumis au régime spécial que son état commande; au lymphatique, on prescrira l'huile de foie de morue l'hiver, les préparations odées, les glycéro-phosphates pendant l'été; les arthritiques seront soumis aux préparations alcalines à doses élevées, etc.
Le régime des malades atteints de prurits, de prurigos doit ètre surveillé de très près. Sans parler des cas où une affection de l'estomac, du foie, de l'intestin, dilatation gastrique, rétention biliaire, etc., pourra ètre invoquée comme cause de l’état maladif de la peau et réclamera un traitement spécial, il faut craindre, chez tout sujet atteint de prurit ou de prurigo, que le mauvais état des voies digestives, les vices de l’alimentalion soient, sinon la cause première, au moins une cause d’exaspération des accidents. Ilest un certain nombre d'aliments dont les malades atteints de prurits devront s’abstenir ou n'user qu'avec précaution et modération, tels les poissons de mer, les coquilles de mer, les crustacés, la charcuterie, les conserves, les mets très épicés, les gibiers et parhüculièrement les viandes faisandées, les truffes, les fraises, les choux, les asperges, les végétaux acides, oseille, tomates, les boissons fortement alcoolisées, vin pur, liqueurs, le thé et le café en grande quantité.
L'alimentation se composera de préférence de viandes blanches rôties et grillées, de légumes verts et de fruits cuits; peu de sauces, surtout de sauces relevées. Les boissons seront le lait coupé d’eau, la bière légère, le vin de Bordeaux très étendu d’eau, une eau très légèrement alcoolisée, ou même
l’eau naturelle. Dans les formes intenses, il y aura quelquefois lieu de faire l’essai du régime lacté exclusif. La constipation devra être combattue avec rigueur. L'antisepsie intestinale, au moyen du charbon, du benzo-naphtol, du salol complétera avec avantage les effets du régime, surtout en cas de digestions manifestement défectueuses et de diarrhée.
Dans les cas sévères, Besnier commence toujours le traitement par la diète lactée absolue, revenant ensuite à l'alimentation graduellement, et guidé par les résultats observés.
Feulard déclarait encore récemment que, chez les enfants atteints de prurigos, ce qu'il fallait surtout surveiller, c'était le régime alimentaire. Chez les petits enfants, il suffit le plus souvent de régler l'allaitement; chez les plus âgés, d'empèêcher qu'on donne le vin, le café, la bière, les sucreries, et surtout qu’on donne trop de viande; la suppression complète de la viande, au moins provisoirement, donne dans quelques cas des résultats surprenants.
Ce régime sévère doit être continué pendant des mois, pendant des années. C'est en poursuivant avec persévérance dans celle voie qu'on pourra enrayer dès lenfance beaucoup de prurigos'. La thèse de Millon (1895) contient une étude très complète et très intéressante des manifestations cutanées qu'une alimentation vicieuse peut entrainer chez les enfants.