A. — FAVUS DU CUIR CHEVELU
Le favus du cuir chevelu était autrefois l'opprobre de la dermatologie; on ne parvenait pas à le guérir ni même à limiter son extension; il persistait done indéfiniment, ear il n'a aucune tendance à la guérison spontanée. C'est Bazin qui, éclairé par les recherches de Gruby sur la nature parasitaire des teignes, a le premier découvert dans lépilation un moyen de guérison efficace. Avant lui, les frères Mahon s'étaient fait une grande réputation dans le traitement des teignes, Bazin à montré que leur procédé, soigneusement tenu secret. n'était qu'une épilation déguisée. Entre autres applications topiques, ils saupoudraient la tête des malades d’une poudre qui, leur
donnant une prise plus solide, leur permettait d'épiler assez efficacement avec les doigts,
Actuellement, malgré quelques tentatives infructueuses (Peroni), l'épilation reste la base du traitement du favus.
Les faviques se présentent au médecin le plus souvent avec la tête couverte, dans une étendue plus ou moins considérable, de placards de matière favique plâtreux, épais, auxquels viennent s'ajouter des croûtes impétigineuses dues à la suppuration: les poux, protégés par les croûtes, manquent rarement.
Avant de commencer le traitement, il faut parfaitement nettoyer la tête. Les cheveux doivent être coupés ras dans tous les cas. On ramollit les croûtes, soit avec des cataplasmes, soit avec des onctions d'huile où de pommade formée d'aronge el de savon mou en parties égales. Ensuite, avec de l'eau tiède et du savon, on dissocie les croûtes, on les détache avec un instrument mousse comme un couteau à papier. I faut généralement y revenir à plusieurs fois pour arriver à un décapage complet du cuir chevelu, que l'on couvre d'une pommade anodine ou faiblement parasiticide pour calmer Virritation causée par l'ablation des croûtes. On peut employer à cet effet une pommade avec 3 grammes d'oxyde de zine el 1 gramme de baume du Pérou pour 30 grammes de vaseline,
Il faut alors commencer l'épilation. Elle sp faisait autrefois avec la calotte de poix, moyen brutal: mais la modification employée par les médecins lyonnais et italiens est très acceptable. Elle consiste à recouvrir la tête de bandelettes imbriquées garnies d'emplâtre de poix et à les enlever une à une; l'arrachement, encore douloureux, est de cette facon
beaucoup plus ménagé.
EMPLATRE DE POIX
% Résine de pin.: 1. 7..22%.,930 grammes, Poix noire, SÉATREEE nn — Térébenthine de Vénise. … à» : »: . 2 — Axonge.. 1 —
M.Ss. a. (BERTARELLI. )
TRAITEMENT DU FAVUS. 379
On pourrait encore employer certains dépilatoires mécaniques consistant en bâtons d’un mélange résineux qu'on ramollit à la chaleur, et qu'on applique aussitôt sur la partie à épiler. Les cheveux y adhèrent et on les arrache en retirant le bâton.
Le procédé classique est encore l'épilation à la pince, moyen plus long, mais moins douloureux et plus efficace parce que la traction est plus ménagée et mieux dirigée. Le malade, assis sur un tabouret bas, repose sa tête sur les genou. de l’épileur. Celui-ci saisit les poils un à un, les attire doucement dans le sens de leur implantation et, sans soulever la main qui prend un point d'appui sur la tête, dépose chaque cheveu arraché sur une compresse tenue à proximité par la main gauche. L'étendue de la région épilée en une séance varie suivant l'habileté de l'épileur et la tolérance du malade. Un point sur lequel il est utile d'insister, c’est qu'il: faut arracher tous les cheveux, même les plus courts et Les plus fins, et que pour les apercevoir tous, surtout sur une région malade, il est nécessaire de changer le point de vue et la direction de l'éclairage. En déplaçant la tête du malade par rapport à la fenêtre et en se déplaçant par rapport à lui, on peut découvrir bien des cheveux qui avaient passé inapereus.
I faut épiler toute la surface des plaques malades et de plus une large zone de protection tout autour, au moins un centimètre et même davantage, si l’on trouve encore des cheveux qui présentent une gaine œdémateuse.
L'épilation doit être maintenue tant qu'on trouve le cuir chevelu squameux, érythémateux, avec des points rouges autour de quelques cheveux, tant que l'examen microscopique fait découvrir du parasite. On arrache ainsi au fur et à mesure tous les poils qui repoussent. L'épilation seule, d'après Besnier, suffit pour obtenir la guérison; cependant, sans se faire illusion sur la pénétration très hypothétique des parasiticides dans le follicule mème évacué, il est bon de faire en même temps des lotions du cuir chevelu avec
une solution de sublimé au millième et d'appliquer une pommade avec 1 gramme de /urbith minéral pour 30 de vaseline ou 2 grammes d'huile de cade pour 30 grammes d'axonge.
Quand le malade paratt guéri, on laisse repousser les cheveux el le plus souvent on ne tarde pas à voir apparaître cà et là quelques points malades sous forme de taches rouges autour de certains cheveux; ceux-ci s'arrachent plus facilement que les autres, ont une gaine œdémateuse et contiennent du parasite. Un procédé indiqué par Horand (d'après Sabouraud) consiste à fléchir de force la tête du malade, celuici résistant énergiquement. On détermine ainsi une vive congestion du cuir chevelu et les points malades apparaissent plus nettement. À chaque point suspect, on fait un nouvel ilot d'épilation.
Lorsqu'on ne trouve plus de point malade, il n'est pas encore possible d'affirmer la guérison, il faut pour cela une surveillance de plusieurs mois, voire même d'une année, d'après Sabouraud.
B:: — FrFAvVUS "DE LA BARBE
Le favus de la barbe réclame exactement le même traitement que celui du cuir chevelu; mais, les poils étant plus gros, l'épilation est plus facile.