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CHAPITRE XXII

PAR

W,. DUBREUILH

Professeur agrégé à la Faculté de Bordeaux.

Considérations générales.

La pelade est une maladie caractérisée par des plaques d'alopécie bien limitées; les poils ou cheveux sont simplement absents, de sorte que le cuir chevelu est tout à fait lisse. Les quelques cheveux que l'on rencontre sont quelquefois cassés à peu de distance de la peau, mais ne sont pas fragiles: on peut les arracher en totalité d'autant plus facilement qu'ils sont cadavérisés et ont perdu toute adhérence. Les lésions qu'ils présentent au microscope sont simplement atrophiques: il en est de même pour les cheveux qui entourent immédiatement une plaque de pelade en voie d'accroissement., Il en résulte que la pelade doit être considérée comme une maladie du derme et non du poil.

Dans quelques cas, les plaques limitées peuvent arriver à la confluence et dénuder des surfaces considérables en ne respectant que çà et là quelques îlots de forme angulaire, I peut mème arriver que, soit d'emblée, soit après un début

par plaques limitées, l'alopécie devienne diffuse et se généra-

lise à la totalité ou la presque totalité du tégument:; c'est ce qu'on appelle la pelade décalvante.

Depuis Bazin, la pelade est considérée en France comme une maladie parasitaire et contagieuse. Dans la plupart des autres pays, elle était jusque tout dernièrement considérée comme d'origine nerveuse et trophique. L'accord tend maintenant à se faire, et il est généralement admis que deux maladies au moins sont confondues sous le nom de pelade; l’une trophonévrotique, due à des troubles nerveux locaux ou généraux; l’autre contagieuse et probablement parasitaire, bien que le parasite soit encore inconnu.

Malheureusement, iln’est pas encore possible de faire avec assurance le diagnostic différentiel de ces deux formes.

La première question qui se pose à propos du traitement de la pelade est son efficacité; quand on considère combien il est fréquent de voir des pelades guérir spontanément en quelques semaines, tandis que d’autres, en apparence tout à fait semblables, voire même prises à la même source, délient tous les efforts de la thérapeutique pendant des mois et des années, il est permis de se demander si tous les traitements ne sont pas purement illusoires.

Certains faits montrent cependant qu'il n’en est pas ainsi, el l’on rencontre assez souvent, trop souvent pour que ce soit une simple coïncidence, des pelades stationnaires depuis longtemps qui guérissent du jour où un traitement méthodique a été institué. IT faut en tous cas se rappeler que la marche de la pelade est excessivement irrégulière, que sa durée est impossible à prévoir, que certaines plaques peuvent guérir très vite tandis que d’autres persistent beaucoup plus longtemps ou que la maladie est entretenue par l'apparition continuelle de nouvelles plaques. Enfin, même après la guérison complète, on voit se faire des récidives à des échéances de plusieurs années, comme si le parasite pouvait persister à l'état latent dans le cuir chevelu, prèt à reprendre une marche agressive à la première occasion.

Les observations de transmission de la pelade paraissent

bien indiquer que les cheveux peuvent être le véhicule de la contagion, mais l'étude des lésions du cuir chevelu et des cheveux démontre que ceux-ci ne sont atteints que secondairement, que la maladie siège dans le derme et entraine leur atrophie. Le parasite est done complètement inaccessible à nos moyens d'action; nous ne pouvons agir qu'indirectement et cela explique que tous les traitements se ressemblent, quelles que soient les opinions de leurs auteurs relativement à la nature de la maladie.

Traitement de la plaque de pelade.

Tous les traitements se ramènent à une seule indication, déterminer et entretenir une irritation modérée des parties malades. Chaque dermatologiste a certaines formules plus ou moins personnelles qu'il emploie de préférence; un très grand nombre ont été publiées, et chaque auteur assure avoir obtenu des guérisons très rapides par le procédé qu'il recommande; mais l'incertitude de la marche naturelle de la pelade rend les résultats toujours un peu suspects, el généralement ces mèmes formules essayées par d'autres auteurs ne leur ont paru ni meilleures ni moins bonnes que celles qui les ont précédées ou suivies. IT est cependant utile d'avoir plusieurs formules à sa disposition, fussent-elles de valeur égale: il est souvent bon de changer; et l'on obtient de meilleurs résultats en variant tous les mois par exemple: de plus, le malade se lasse d'employer le mème remède quand il n'en constate pas de prompts résultats.

A. — La teinture de cantharides entre dans plusieurs for-

mules; la plus simple est la suivante :

% Teinture de cantharides .

= s Ù | àà parties égales.

Baume de Fioravanti 3) I :

Mis a

On applique cette teinture avec un pinceau deux fois par jour sur les plaques. Suivant la susceptibilité de la peau, on peut espacer les applications ou diminuer la proportion de teinture de cantharides.

B. — L'acide acétique peut être appliqué de la même façon une fois par Jour, s’il est étendu de moitié eau distillée. Morrow recommande un mélange en parties égales d’acide acétique et de chloroforme qu'on applique deux ou trois fois par semaine.

C.— L'acide phénique est vivement préconisé par D. Bulkley qui badigeonne les plaques avec de l'acide phénique pur liquéfié par 5 p. 100 d'alcool, On applique la solution avec un petit pinceau d’ouate roulée au bout d’une baguette de bois ou simplement d’une allumette, en prenant soin de ne pas la faire couler sur les parties voisines; aussitôt après, la peau devient blanche, puis il se forme une eschare épidermique sèche qui se détache au bout d’une semaine. On peut alors renouveler l’application.

D. — L'essence de cannelle est proposée par Busquet : DRE HD Srdmines, Essence de cannelle de Chine . . . . . 10 —

M. s. a. Un badigeonnage par jour.

E. — Hallopeau préfère l'essence de Wüintergreen qu'il a essayée comparativement avec l'essence de cannelle et qui se serait montrée très supérieure :

D'AIDE Eee des 7. aa art egales, Essence de Wintergreen, . . . . . ÿ" P fe

M. s. a. Un ou deux badigeonnages par jour.

L’essence de Wintergreen a l'inconvénient d'être un produit assez cher et d'avoir une odeur singulièrement pénétrante, bien qu'assez agréable.

F. — La vésication est un moyen de stimulation locale encore plus énergique. Elle a été fort préconisée par Vidal qui appliquait sur les plaques une série de vésicatoires volants,

et comme les emplâtres vésicants n'étaient pas d'un emploi commode, il avait fait préparer le vésicatoire liquide de Bidet. I faut avoir soin de ne pas vésiquer une trop grande surface à la fois.

La vésication a été reprise comme méthode de choix par Sabouraud. Il applique le soir une ou éventuellement plusieurs couches de vésicatoire liquide. Puis, le lendemain, il détache la membrane épidermique soulevée et fait un badigeonnage de nitrate d'argent à un quinzième sur la surface dénudée et essuyée. Au bout d'une semaine l'épiderme est reformé et l'on peut recommencer. Ce procédé aurait donné à Sabouraud des succès très rapides: il est surtout utile pour les plaques complètement glabres, car il n'influence pas la croissance du duvet lorsque cælui-ci a fait son apparition: je l'ai essayé dans quelques cas de pelade rebelle, mais sans résultats: il n'est pas démontré encore que dans les cas de pelade récente il produise une guérison plus rapide.

G. — Moty a proposé des zajections interstitielles de sublime. Les injections doivent se faire de la périphérie de la plaque vers le centre, On fait cinq ou six piqüres de cinq ou six gouttes d'une solution de sublimé à un trois centième deux fois par semaine ou bien tous les deux jours avec une solution au millième; le cuir chevelu devient rouge et gonflé. C'est un procédé assez douloureux et qui parait surtout agir par irritation du derme. Barthélemy a obtenu de bons résultats par cette méthode.

H. — Dernièrement Blaschko, Ehrmann ont obtenu des succès par la faradisation. On peut employer pour cela une machine à courants induits ordinaire: on place un pôle dans un point quelconque et l'autre sous forme de brosse est promené

sur la plaque de pelade.

Traitement de l’ensemble du cuir chevelu.

La difficulté du traitement de la pelade réside dans l'accroissement des plaques, leur multiplication et leurs récidives -bien plutôt que dans leur ténacité individuelle; il est donc nécessaire de se mettre le plus possible à l'abri des autoinfections. Bien que nous ne sachions pas exactement où réside le contage, l'observation montre qu'il est superliciel. I est donc nécessaire de pratiquer la désinfection répétée du cuir chevelu.

Le meilleur moyen consiste en stvonnages suivis de lotion de sublimé au millième, renouvelés tous les jours si les ches veux sont coupés courts, où un peu moins souvent, s'il s'agit d'une femme qui a conservé sa chevelure.

La surface de la plaque sera rasée ainsi qu'une bande de | centimètre au moins tout autour. Il ne me parait pas indispensable d’épiler la bordure; c'est une opération longue et pénible et qui ne met pas à l'abri des accroissements ultérieurs de la plaque, ainsi que j'ai eu plusieurs fois l'occasion de le constater.

Enfin, pour éviter les réinoculations au porteur, il fau désinfecter fréquemment les objets de toilette tels que peignes et brosses et garnir les chapeaux de coiffes de linge qui se puissent changer et laver fréquemment.

Prophylaxie.

La contagiosité de la pelade étant parfaitement établie, il importe de prendre des mesures contre sa transmission dans les milieux où cette transmission se fait le plus facilement.

Les épidémies de famille sont rares: cependant il sera

toujours nécessaire de prendre quelques précautions et notamment d'exiger Fa personnalité absolue des objets de toilette.

Comme les épidémies d'écoles et de casernes sont beaucoup plus fréquentes, c'est surtout pour ces établissements qu'il importe dé prendre des mesures de protection. Nous ne pouvons faire mieux à cet égard que citer le rapport de Besnier à l’Académie de médecine",

Il pose en principe que, dans tous les établissements publics ou agglomérations d'individus, aucun individu atteint de pelade ne peut réclamer son admission comme un droit. Chaque malade devra être l'objet d'une enquête spéciale. L'ancienneté de la maladie, son état stationnaire, le bon état du cuir chevelu en dehors de la partie dénudée, sa réparation manifestement en voie d'exécution sont au nombre des conditions qui permettront l'admission ou la conservalion sous certaines réserves. Les circonstances opposées, le début récent, l’'augmentalion manifeste, la multiplicité des plaques, le peu d'adhérence des cheveux alentour justifieront le renvoi ou l'isolement.

Dans les asiles et écoles de la première enfance, l'exelusion ou l'isolement effectif seront de règle. Dans les écoles primaires, on pourra admettre les peladiques à la condition qu'ils soient isolés pendant les classes et les récréations, qu'ils soient régulièrement soignés, qu'ils aient la tête couverte et les plaques oblitérés par un pansement. Dans tous les externats, les peladiques pourront être admis à des conditions analogues. Dans les internats et écoles supérieures, la surveillance pouvant être plus effective, l'exclusion sera exceptionnelle, Si les sujets peladiques conservés par tolérance sont le point de départ de cas nouveaux, la tolérance cessera tant pour eux que pour les nouveaux atteints.

1]. E. Besnier. — Sur les mesures à prendre à l'égard des sujets atteints de pelude. Académie de médecine, 31 juillet 1888.

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