TRAITEMENT DE LA PHTIRIASE ET DES PIQURES DE PUCES ET PUNAISES
P. AUBERT
Chirurgien de l'Antiquaille.
Piqüres de puces.
A. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
La puce commune (Pulex irritans) est un insecte petit, brun, très agile, de l’ordre des aphaniptères et de la tribu des pulicides.
Les puces sont une des petites misères de l'existence, bien plus qu'une cause de maladie. Il n’est sans doute pas un de nous qui ne leur ait dù quelques sensations désagréables et mème quelques mauvaises nuits. Gest une chose à laquelle il faut penser surtout chez les petits enfants que l'on voit inquiétés et agités sans motif, En examinant la surface de leur corps, on verra de petites hémorragies punceliformes caractéristiques, et plus souvent encore de petits groupes érythémateux ou ortiés, et on trouvera dans les langes ou les chemises examinés avec soin la cause du mal. Ces petites lésions méritent à peine d'être traitées, quoique chez des sujets prédisposés les puces puissent provoquer et entretenir des poussées d'urti-
caire. Wood a même vu de légères élévations de température succéder à des piqûres multiples. Les soins de propreté, le changement de linge, quelques poudres inertes, une pommade innocente quelconque suffisent.
B. — TRAITEMENT
Le vrai traitement doit être préventif : il faut se préserver des puces et les détruire. Nous ne voulons pas enseigner ici l’art de prendre les puces, mais il ne nous semble pas inutile d'indiquer quelques moyens de s’en préserver.
On attrape ces insectes un peu partout, dans les omnibus, les théâtres, les églises, les foules; on les attrape même chez soi si on à des chiens. Aussi faut-il tenir ces animaux très propres, les laver et les savonner, les poudrer de soufre deux ou trois Jours de suite en les tenant pour les empêcher de se secouer. On bràlera de temps en temps la paille des chenils. Les propriétaires de meutes que J'ai consultés ont peu de confiance dans les poudres insecticides; cela ne m'étonne plus depuis que, parcourant les montagnes, J'ai trouvé un industriel qui faisait récolter les fleurs de marguerite des prés par centaines de kilogrammes pour falsifier la poudre de pyrèthre.
Les tissus duveteux, flanelles, molletons, couvertures de laine où les mouvements sont gênés par la finesse et la multiplicité des brins constituent de vrais pièges à puces. Une religieuse qui visite les pauvres et les malades m'a appris qu'elle garnissait de molleton le bas de ses jambes et le tour intérieur de ses jupes; elle fait ensuite dans ce tissu d’abondantes récoltes.
Mentionnerai-je le procédé de l’école de Rome qui me fut enseigné par un peintre éminent? II consiste à se mettre nu dans une chambre où il y a des puces, et quand elles vous sautent aux jambes à appliquer vivement une boulette d'argile ou de cire à modeler.
Piqûres de punaises.
À. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
La punaise des lits (Cimera lectularius) est un insecte de couleur rougeâtre, plat, sentant mauvais surtout quand on l'écrase et qui appartient à l'ordre des hémiptères hétéroptères de la tribu des Géogorises. Sa bouche est munie d'une trompe raide qui cause de plus sérieuses lésions que le sucoir des puces. La petite piqûre s'accompagne souvent d'urticaire, de prurigo, d'une zone inflammatoire: elle est le siège d’un vif prurit et peut devenir le point de départ de véritables excoriations ou ulcérations. Les otologistes ont cité des faits de punaises fixées au tympan où elles étaient la cause de douleurs intolérables. Avant l'occupation russe, il existait dans la capitale du Turkestan une tour des punaises où l’on enfermait certains condamnés qui y mouraient au bout de quelques semaines rongés de plaies et d'ulcères.
Les punaises habitent les bois de lit, les interstices des planches et des murs; j'en ai vu s'insinuer sous les bandages inamovibles ; elles sortent la nuit pour se nourrir et rentrent au jour dans leur gite; si pourtant on se couche dans la journée, elles savent fort bien trouver leur victime; on dit même qu'elles ont l’astuce de grimper au plafond, le long des murs et de se laisser choir sur les lits.
Les grandes manœuvres, les pèlerinages, les simples excursions et les nuits passées dans les auberges sont une
occasion de les rencontrer.
B. — TRAITEMENT
ILest généralement facile de guérir les lésions consécutives D D à leurs morsures. Les soins de propreté, les bains simples ou
amidonnés, les lotions avec de l’eau additionnée de vinaigre, d'eau de Cologne, d'acide phénique, c'est tout ce qu'il faut. De pelites ulcérations peuvent exiger en plus le séjour au lit et quelques pansements, mais cela est rare.
I est plus difficile de se débarrasser des punaises qui ont envahi un appartement, une chambre ou un lit. Le petit passerage, cresson des ruines (Lepidium ruderale) les attire, dit-on, et permet de les rassembler et de les détruire.
Dans le Midi de la France, Lyon est déjà du Midi, on a mis à profit cet instinct qu'ont les punaises de se loger dans les interstices du bois, et on place sous les matelas ou les oreillers, des claies en osier tressé dites bardanières, les punaises s’appelant des bardanes; le matin on va secouer ces claies sur le palier et on écrase les punaises. Cela se fait encore dans les quartiers ouvriers; souvent il faut démonter les bois de lit, enduire les joints de pétrole, d'essence de térébenthine, de décoction forte de tabac.
Deux fois pour débarrasser un appartement envahi par les punaises J'ai conseillé de faire brûler du soufre, les portes et fenêtres étant closes et les issues fermées par de la colle d'amidon et du papier. Après 24 heures le résultat était complet et définitif.
TI
Poux.
- Les poux sont des insectes parasites aptères qui n’ont que trois paires de pattes. Les espèces en sont nombreuses. L'homme est en proie à trois de ces espèces : le pou de tête, le pou du pubis, le pou de corps. Le pou des cachectiques, Pediculus tabescentium, n’est qu'une variété du pou de corps. Nous ne croyons plus que « la chair se tourne en poux », et nous savons que ces insectes viennent d'autres poux et naïissent par des œufs. Les faits légendaires où l’on nous représente des serviteurs constamment occupés à recucillir et à
détruire les poux de personnages illustres n'en gardent pas moins un réel intérêt en montrant à quel degré de misère peut conduire, même en ces choses simples, l'absence de soins judicieux.