‹ Traité de thérapeutique appliquée (volume 3)Chapitre 96 sur 111 · À. — POUX DE TÈTE · texte numérisé non relu

À. — POUX DE TÈTE

1° Considérations générales.

Le pou de tête, Pediculus capitis, habite presque exelusivement la chevelure et quelquefois la barbe: il dépose ses œufs sous forme de /entes à la base des poils. Ce pou est le seul qui, dans le peuple, jouisse, malgré ses méfaits, d'une bonne réputalion. C'est dicton courant dans le Midi de la France que les poux sont la santé des enfants, et j'ai entendu dire en Bretagne que le pou est sain.

I ne faut pas montrer trop de dédain pour les croyances populaires. L'estomac décroché, par exemple, a trouvé sa formule scientifique dans la théorie des ptoses de Glénard; mais Javoue avoir cherché en vain les bienfaits du pou de tête. Je les ai vus être une cause de prurit et d’insomnie, de dépérissement, d'impétigo fétide suintant ou granulé, localisé surtout à la nuque, d'engorgements et d'abcès ganglionnaires ou eutanés. Je les ai même accusés, avec de bonnes preuves, de favoriser le développement du favus en fournissant aux spores un terrain humide qui les fixe et permet leur premier développement.

Le pou de tète se trouve surtout chez les enfants; la fréquentation des écoles est une cause de sa propagation, comme de tout ce qui est contagieux, mais on peut le rencontrer à tout âge. Les maladies, blessures, en faisant négliger ou en rendant difficiles les soins de propreté, favorisent son extension, On le voit pulluler quelquefois sous les minerves plâtrées destinées à immobiliser la tête.

2° Traitement.

Il faut détruire les poux et traiter les lésions qu'ils provoquent. Le peigne et surtout le peigne fin est l’instrument par excellence du traitement préventif et même euratif dans les cas simples. Mais quand les poux sont abondants, que les cheveux sont collés par l'humeur impétigineuse, couverts de croûtes ou de lentes, le peigne devient insuffisant et cède la place aux ciseaux.

lei encore il faut distinguer. Chez les garçons et les petites lilles, rien ne vaut la coupe des cheveux suivie de lotions savonneuses et légèrement antiseptiques, de pommades variées au calomel à 1 sur 30, à l'acide borique, à Voxyde de zinc, au sulfate de cuivre à À sur 30, etc., ete. Les cataplasmes arrosés d'huile, le bonnet de caoutchouc, sont souvent utiles pour apaiser l’inflammation, détacher les croûtes et favoriser la section des cheveux à la base. Pour les grandes filles et les femmes, on peut bien sacrifier quelques toulfes plus compromises, mais il faut conserver la chevelure. J'avais essayé dans ce but les vapeurs de sulfure de carbone sous un bonnet de coton, mais au bout de quelques secondes les douleurs sont intolérables; l'essence de térébenthine employée de même est bien tolérée et réussit bien.

Les poudres insecticides, quand elles sont bonnes, rendent aussi des services pour cette destruction préalable des poux. Là encore les cataplasmes, les onctions huileuses permettent de ramollir les croûtes et de les détacher plus facilement avec le peigne. Plus tard les pommades indiquées ci-dessus trouvent leur emploi. On arrive avec un peu ou beaucoup de patience à détacher les lentes en mouillant les cheveux avec du vinaigre chaud qui ramollit la chitine et en se servant d’un peigne métallique à dents serrées.

B. — Poux pu PuBIS 4° Considérations générales.

Le pou du pubis, Pediculus pubis, morpion, habite surtout le pubis, mais on le trouve aussi sur les poils des membres, du tronc, des aisselles, et même chez les enfants à la périphérie du cuir chevelu. Plusieurs faits de phtiriase des paupières ont été signalés dans ces dernières années, surtout chez les enfants (Jullien). En présence d’une blépharite rebelle, il faut toujours penser à la possibilité de cette localisation et explorer soigneusement le bord palpébral à la loupe.

Le pou du pubis, propagé par les prostituées et les femmes galantes, se rencontre dans un milieu social plus élevé que le pou de têle ou le pou de corps. Il est le point de départ d'un prurit d'intensité variable qui n’est pas en rapport avec l'abondance des parasites, et d’éruptions prurigineuses. On a vu les excorialions qu'il provoque ètre suivies de gangrène du serotum, et Gemy a cité un fait de verrues scrotales devenues horriblement prurigineuses et pullulantes à la suite d'une invasion de morpions. [ls sont encore la cause unique des taches bleues ou taches ombrées dont on faisait autrefois un symptôme de fièvre typhoïde. Ce fait était connu dès 1868, à l'école de médecine de Toulon, par le professeur Falot etses élèves: il ne fut publié que dix ans plus tard. Duguet a beaucoup ajouté à l'intérêt très réel de la question, en démontrant que l'inoculation à la lancette d’une purée de morpions produit ces taches, et que cette propriélé appartient exclusivement au segment thoracique supérieur où se trouvent les glandes sali-

vaires.

2° Traitement.

L'onguent gris est un moyen populaire et très eflicace. Quand on l’emploie, il importe, pour éviter les accidents d'irrilalion locale et d'absorption, de ne le laisser en place

que quelques heures (Besnier) et de l'enlever par des lotions savonneuses et un bain. On peut répéter ces applications plusieurs jours de suite. Les /ofions alcooliques aqueuses ou vinaigrées de sublimé à 1 p. 300, les pommades ou huiles naphtolées au dixième, sont utiles. À ces divers moyens, nous préférons la pommade camphrée que l'on peut appliquer largement et qui constitue un moyen inoffensif propre et très eflicace (Cordier).

Les bains sulfureux ou les bains de sublimé à 10 grammes ou 20 grammes par bain sont des adjuvants très utiles.

Pour les paupières, les pommades au calomel au dixième, à l'oryde jaune de mercure au quarantième, la pommade camphrée de préférence; mais rien ne vaut l'extraction patiente, avec une pince à griffes, des poux et des lentes. Quelques malades se sont même très bien guéris en se servant simplement de leurs ongles.

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