ÎJ. — DE LA CHLOROSE DYSPEPTIQUE
Le traitement de la chlorose associée aux dyspepsies est l’objet d’un débat qui ne semble pas près de se terminer. D'ailleurs, on s'entend fort mal sur la nature de la dyspepsie associée à la chlorose, puisque, pour ne citer que des opinions extrêmes émanant d'hommes également compétents, Ewald déclare que le plus grand nombre des chlorotiques ont un suc gastrique normal, tandis que Oswald dit avoir noté l'hyperchlorhydrie dans 95 p. 100 des cas qu'il a examinés. D'autre part, entre l'opinion de Beau, qui voit la dyspepsie à l’origine de toute chlorose et de toute anémie, et l’avis de ceux qui font de la dyspepsie une conséquenee de la chlorose, il y a place pour une moyenne qui est conforme à la réalité des faits.
En pratique, l'association de la chlorose ou de l’anémie avec la dyspepsie est chose extrêmement fréquente, voilà un fait indéniable et admis par tout le monde. On discute sur deux choses, la nature de la dyspepsie des chlorotiques, et les rapports de causalité entre les deux affections. D'ailleurs, pas d'indications thérapeutiques possibles sans la solution de ces deux questions.
Or, voici quelle est mon opinion personnelle. Il y a des anémies d’origine dyspeplique, des dyspepsies d'origine anémique et des dyspepsies chez des anémiques.
Le diagnostic de ces trois variétés n’est pas toujours facile et les plus habiles s’y sont trompés. En effet, il n’y a pas de signes dilférentiels absolus; et sauf dans quelques cas trop nets pour n'être pas exceptionnels, le diagnostic estbien souvent tendancieux. En tout cas, voici quels en sont les éléments :
Quand l’anémie est d’origine dyspeptique, elle reconnaît deux variétés. Dans la première, on trouve des commémoratifs chronologiques qui antériorisent la dyspepsie. Celle-ci est d’ancienne date; elle est survenue à la suite d’une des
étiologies rapportées plus haut; elle s'accompagne de retentissements ou de complications qui ne font pas partie du cortège symptomatique habituel des anémies; la dyspepsie est le plus souvent du type hypersthénique, et l’anémique en question a conservé un excellent appétit; il a un gros foie; il est constipé; il a du clapotage gastrique et l'analyse du contenu stomacal le montre hyperchlorhydrique.
Dans la seconde, on voit des individus, surtout des enfants, pâlir ou maigrir rapidement et présenter les signes de l’anémie. On leur donne du fer, on force l'alimentation, on recommande d'insister sur la viande et les vins soi-disant généreux. Peine perdue, tout s'aggrave. C’est que ces enfants sont déjà des suralimentés, et ces adultes des constipés, comme l’a si bien remarqué Duclos (de Tours) et après lui A. Clarke, Schültz et Strübing. Qu'on donne des laxatifs, qu'on institue une diète relative, lait, œufs, végétaux, pris en petits repas très surveillés, et l’on verra les forces revenir, la langue se nettoyer et l’anémie disparaitre, sans l'intervention d'aucun traitement ferrugineux. C’est dans ces cas que le soufre proposé par les médecins allemands et donné à doses laxatives, fait parfois merveille.
Ajoutons que dans ce genre d’anémie, on constate presque toujours des fermentations gastriques, et que le chimisme stomacal est essentiellement variable.
S'agit-il, au contraire, d’une dyspepsie d’origine anémique? Alors, les signes. de l’anémie ont précédé ceux de la dyspepsie; celle-ei est récente; elle ne présente que des retentissements de moindre importance ; elle est ordinairement du type hyposthénique ou insuffisant; par conséquent, le dyspeptique par anémie a perdu l'appétit ; il n’a pas le foie gros; il n’a pas nécessairement de coprostase; le clapotage gastrique est exceptionnel, et l’analyse du contenu stomacal le montre hypo ouanachlorhydrique avec ou sans fermentations secondaires.
Enfin, il est une variété fréquente de dyspepsie chez les anémiques qui reconnait comme cause essentielle l'abus des médicaments ou l'emploi de médicaments intempestifs. Celle-
là guérit toute seule par la simple suppression des drogues pharmaceutiques (fer, arsenic, quinquina, vins médicamenteux, elc.), et par la surveillance rigoureuse de l’alimentation.
Cette classification pathogénique simplifie la thérapeutique.
Chez les anémiques du premier groupe (anémie d’origine dyspeptique),on traitera d’abord la dyspepsie en lui appliquant les règles hygiéniques, diététiques et médicamenteuses qui ressortissent à l'hypersthénie. — Puis on tentera la médication ferrugineuse associée aux glycéro-phosphates et souvent à l’ersenic quand il est prouvé que l’estomac peut le supporter.
Chez les anémiques du second groupe (dyspepsie d’origine anémique), on traitera d'emblée l’anémie par les moyens appropriés, en lui associant le traitement spécial des insuffisances gastriques, et, le cas échéant, des fermentations vicieuses.
CHA PIMPEUE XVII
PAR
G. LEMOINE
Professeur à la Faculté de Lille.
Considérations générales.
Après avoir tenu la première place parmi les maladies de l’estomac, au commencement de ce siècle, la gastrite est mise actuellement au dernier rang et même certains auteurs lui refusent presque le droit d'existence.
Avec Broussais, la gastrite dominait toute la pathologie de l'estomac et était considérée comme le type des maladies inflammatoires; actuellement elle reste confondue parmi d’autres troubles gastriques; c’est à peine si on en fait encore une entité morbide. Les dyspepsies remplacent l'ancienne conception de la gastrite, et on a une tendance à leur rattacher la plupart des symptômes qui appartenaient jadis à cette dernière. Il y a même des fervents de cette doctrine nouvelle qui considèrent comme une conséquence de la dyspepsie les lésions de la muqueuse que l’on considérait autrefois comme primitives. Il est vrai que la structure de la muqueuse stomacale se modifie rapidement après la mort et qu'il est facile de prendre pour des lésions d'ordre pathologique de simples altérations post mortem.
Jusqu'à plus ample informé, nous croyons qu'il faut conserver un chapitre spécial pour les gastrites, soit aiguës, soitchroniques, et nous obéissons en cela aux données de la clinique. Il est en effet inadmissible de confondre ensemble des troubles fonctionnels qu'une médication appropriée dissipe parfois en quelques jours, et des états pathologiques avec fièvre, douleur et intolérance gastrique sur lesquels la thérapeutique n’exerce qu'une action lente. À notre avis, il y a dyspepsie toutes les fois que les troubles fonctionnels existent seuls et gastrites lorsque les tuniques de l’estomac sont lésées.
On divise les gastrites en aiguës et chroniques, selon la rapidité de leur évolution; mais la séparation entre ces deux classes n’est nullement tranchée, et il y a beaucoup de formes intermédiaires. Nous les étudierons successivement.
Gastrites aiguës.
Nous avons séparé des gastrites aiguës l’indigestion et l'embarras gastrique, obéissant en cela plutôt à une coutume qu'aux soucis de faire une division logique; en effet, ces deux affections ne sont que des modalités, ou mieux encore que des degrés de gastrites aiguës. Seules la soudaineté de leur invasion et leur courte durée peuvent justilier dans une certaine mesure leur exclusion du groupe des gastrites aiguës.
Les gastrites aiguës sont surtout bien nettes dans leurs cas intenses; c’est ainsi que la gastrite toxique en forme le type le plus accentué et le mieux délimité comme séméiologie et comme lésions anatomiques. Au contraire, la gastrite catarrhale, qui comprend les formes simples et de beaucoup les plus fréquentes, est encore assez mal connue. Il est d'usage de subdiviser les gastrites aiguës en trois classes : gastrites catarrhales, gastrites toxiques, gastrites phlegmoneuses.
34h TRAITÉ DE THÉRAPEUTIQUE APPLIQUÉE.