À. — GASTRITE CATARRHALE
4° Considérations générales.
Les causes de la gastrite catarrhale se confondent avec celles de l'embarras gastrique : ce sont le plus souvent une alimentation vicieuse, des écarts de régime ou encore le développement de maladies générales qui retentissent sur l’estomac; les lésions de l'intestin peuvent quelquefois aussi devenir le point de départ des lésions stomacales, de même que celles-ci peuvent succéder à des pharyngites. Une fois installée, la gastrile se traduit par de l’anorexie, l’amertume de la bouche, une soif vive, puis des nausées et des vomissements; il y a des maux de tête, de l’anxiété du malade, de la fatigue musculaire et même des vertiges.
Presque toujours les autres parties du tube digestif subissent le contre-coup de l’inflammation gastrique : la bouche est sèche, la langue sale, en même temps qu'il y a de la diarrhée et des coliques.
Localement, on constate de la douleur à la pression au creux épigastrique, et en recherchant les symptômes généraux, on trouve souvent de la fièvre et une température qui monte vers 39 degrés.
2° Traitement.
La première chose à faire dans le traitement d’une gastrite catarrhale aiguë, c’est de régler l’hygiène alimentaire du malade; comme, dans la plupart des cas, la maladie a eu comme point de départ éloigné une indigestion ou un embarras gastrique aigu fébrile, il y a lieu de laisser reposer l'organe et, par conséquent, de mettre le malade à la diète. On lui permettra l’usage de boissons, de préférence froides et même glacées, légèrement alcoolisées avec du cognac, du moins chez les sujets qui ne font pas habituellement usage de
l'alcool; ces boissons seront données par petites quantités à la fois, mais assez souvent, et l’on évitera avec soin de laisser le malade satisfaire sa soif et prendre une grande quantité de boissons en une seule fois, ce qui pourrait devenir la cause de douleurs et de vomissements.
Chez les alcooliques et mème chez les malades dont la gastrite aura été causée par un excès passager d'alcool, il est préférable d'employer des boissons alcalines, eau de Vichy, eaux de Vas, etc.
Quand il y a des tendances aux vomissements, on se trouve bien de donner du champagne coupé avec de l’eau de Vichy.
Comme aliments, on doit s’en tenir à des liquides, au lait pur ou coupé d’eau alcaline selon les cas, et pris lui aussi par petite quantité et de deux heures en deux heures. Quand l'estomac devient plus tolérant, on peut lui adjoindre des jaunes d'œuf et du bouillon froid; plus tard, on fera peu à peu le retour à l'alimentation normale, en commencant par les peptones et les viandes crues pour n’arriver aux végétaux que lorsque la guérison sera complète.
Les indications thérapeutiques que l’on peut être appelé à remplir au cours d’une gastrite catarrhale aiguë, sont très variables; elles diffèrent, en effet, selon les causes, les symptomes et la marche de la maladie. Nous ne parlerons pas ici de l'élimination du contenu stomacal par des vomilifs ou la pompe stomacale; ces méthodes appartiennent au traitement de l'embarras gastrique, et nous envisagerons seulement les indications qui sont tirées de l’état de l'intestin et des symptômes gastriques.
Les purgations répétées sont nécessaires toutes les fois qu'il y a des coliques ou des diarrhées fétides: elles ont pour objet de débarrasser le tube digestif des produits incomplètement digérés ou en décomposition putride qui proviennent de l'estomac, et qui, sur l'intestin, donnent naissance à des résorptions fâcheuses; elles constituent un des meilleurs moyens pour diminuer et faire disparaître la fièvre
de la gastrite, qui n’est souvent qu'une fièvre de résorption.
En outre, les purgations produisent un appel sanguin vers l'intestin, et en décongestionnant la muqueuse stomacale, en modifient les sécrétions. Les purgatifs sa/ins et les eaux nunérales purgatives doivent être, en pareil cas, employés de préférence aux autres.
Quand le malade est ordinairement constipé et habitué aux purgatifs salins, il vaut mieux donner de l'huile de ricin, soit par la bouche, soit en lavement.
Quand les purgations ne suffisent pas pour modifier rapidement l’état de la muqueuse de l’estomac et de l'intestin, lorsque la bouche reste amère, les renvois et les selles putrides, il faut faire le lavage de l'estomac tous les jours ou tous les deux jours, plus ou moins souvent, du reste, selon les cas. Grâce à lui, on enlève la couche de mucus qui tapisse la surface de l’estomac et on permet aux matières alimentaires qui sont introduites ensuite de subir plus efficacement l’action des sécrétions gastriques.
Les sécrétions de l'estomac sont ordinairement très modifiées par la gastrite; le suc gastrique ne contient plus ou conlient peu d'acide chlorhydrique, la pepsine diminue également, d’où la lenteur des digestions et les fermentations alimentaires.
Les acides faibles, l'acide lactique en particulier, remplacent l'acide chlorhydrique et contribuent pour une large part à donner aux renvois leur goût aigre et désagréable.
L'indication thérapeutique est donc ici de donner de l'acide chlorhydrique, par exemple deux ou trois cuillerées à café par jour d’une solution d'acide chlorhydrique au centième ou un peu plus concentrée s’il y a lieu. En Angleterre, l'acide chlorhydrique entre peu dans le traitement de la gastrite, on le remplace par des acides plus énergiques, l'acide nitrique dilué et l'acide sulfurique dilué, que les Anglais associent volontiers à la pepsine. D'après Coutaret, l'emploi des acides minéraux forts qu'il a fait adopter par sa clientèle donne de meil-
leurs résultats que l'emploi de l'acide chlorhydrique. Il prescrit une préparation composée de
> Acide sulfurique chimiquement pur. 28 grammes. Acide azotique . . . . . . . . , . 8 — Alcool de vin à 80° Cartier. . . . . 180 — M. s. à.
Renfermez dans un flacon en verre coloré, ne bouchez que 15 jours après avoir fait le mélange et conservez-le pendant 6 à 8 mois avant de vous en servir.
C’est ce que Coutaret appelle l'acide su/fo-nitrique rabelisé; ille donne à la dose de 10 à 30 gouttes après les repas dans de l’eau, du vin ou de la bière.
La pepsine ou mieux encore la papaïne sont indiquées dans le cas d’intolérance gastrique pour les aliments. On en donne une pincée, 5 à 10 centigrammes environ, toutes les fois que le malade prend une tasse de lait.
La douleur qui survient fréquemment au creux épigastrique après l’ingestion des boissons ou des aliments constitue une autre indication. On peut la remplir en donnant, quelques minutes avant que le malade boive, une cuillerée à café contenant 1/4 de centigramme à 1 centigramme de cocaïne en solution. Je donne souvent la solution suivante :
% Sirop d'écorces d’oranges amères, . 100 grammes. Cocaine. 5... . 0... 08,10:
Dissolvez.
Chaque cuillerée à café contient 1/2 centigramme de cocaïne.
On peut remplacer la cocaïne par de l’eau chloroformée, qui réussit assez bien à calmer la douleur; mais il ne faut pas compter sur son action antiseptique qui, décidément, parait être nulle.
Pour calmer la douleur épigastrique et pour modifier les conditions de fonctionnement de la muqueuse, il est souvent utile, quand la maladie dure depuis quelques jours, de faire
de la révulsion à l’épigastre au moyen soit de pointes de feu, soit d'ammoniaque, soit d’un vésicatoire.
Un heureux résultat succède assez souvent à cette médication.