B. — RATIONNEMENT DES BOISSONS. — RÉGIME SEC
Nous touchons à l’un des points les plus controversés du traitement de la dilatation, savoir l'utilité de la diminution des boissons et l'institution du régime sec qui a précisément pour base cette diminution. On sait l’importance que Bouchard avait accordée à cette pratique, dont il voulait faire une des conditions essentielles de la guérison de l’ectasie gastrique. Aujourd'hui le régime sec est tombé dans un véritable diserédit, d’ailleurs amplement justifié par les objections qu'il soulève et parles méfaits qu'on lui reproche. D'abord les preseriptions qu'il comporte sont fort désagréables à observer et finissent presque toujours par lasser la bonne volonté des malades. Puis il présente le grave inconvénient d'amener chez ceux qui ont le courage de le suivre un amaigrissement rapide et inquiétant. On peut ajouter comme raison majeure que les boissons ingérées en même temps que les aliments favorisent la digestion stomacale, et que l’on ne saurait se passer de leur concours chez des sujets qui, précisément, présentent presque toujours des troubles dyspeptiques de date ancienne.
G. Sée, qui a vigoureusement combattu l'utilité du régime sec, conseille au contraire d’arroser abondamment le repas avec des boissons chaudes, qui ont, entre autres avantages, celui d’exeiter les contractions de la tunique musculaire de l'estomac généralement affaiblie chez les dilatés. Mathieu se range à cette manière de voir et donne, entre autres raisons, ce fait que la diète des boissons diminue notablement la sécrétion de la bile et de l'urine. Il ne conseille cette diète que dans les cas graves, c'est-à-dire dans ceux où ladiminution quotidienne de la
quantité d'urine démontre une rétention persistante des boissons dans la cavité stomacale, en s'appuyant sur ce que, chezles grandsdilatés, l'économieest avide d’eau et quechezeuxl'absorption s'opère avec facilité. Il prescrit alors des lavements aqueux réitérés qui suffisent généralement à calmer la soif des malades. Dans les cas moins graves, on doit se contenter de réduire la dose du liquide au minimum, soit à 1000 où 1200 grammes par vingt-quatre heures et faire boire cette quantité en plusieurs fois, partie pendant les repas, partie durant les heures qui suivent. Cette pratique représente une sorte de moyen terme entre le laisser faire de quelques médecins, qui permettent les boissons à volonté, et le régime sec proprement dit, si difficile à observer et d’une utilité si contestable.