Hucnarn. — Bull. méd
tout d’abord nous formulons celle que nous avons laissé entrevoir tout à l'heure.
Existe-t-il un traitement curatif du cancer de l’estomac ?
On ne peut répondre à cette question qu'en citant les faits que la science possède dans l’ordre d'idées qui s’y rapporte. Ces faits ont trait à l’emploi de certaines substances auxquelles on avait attribué, soit à priori, soit par empirisme, une action spécilique sur le cancer : le condurango, le chlorate de soude, l’aristol, pour ne citer que les plus vantées. Nous allons exposer brièvement ce qui a trait à chacune d'elles.
A.— Le condurango, plante de l'Équateur, appartient à la famille des Asclépiadées; il renferme une substance toxique, un alcaloïde, la condurangine, qui est contenue exclusivement dans l'écorce. La découverte des propriétés anti-cancéreuses de cette plante paraît être une conquête du hasard, ou, si l’on veut, de l’'empirisme. Depuis Casarès, le médecin espagnol qui l’a révélée en 1871, il ya eu l'observation de Friedreich, d’après laquelle ce médecin aurait constaté, en dix-sept jours, la diminution notable d’une tumeur cancéreuse et la disparition des ganglions sus-claviculaires concomitants. Ce résultat est trop brillant pour n'être pas sujet à caution, d'autant que Riess affirme de son côté n'avoir obtenu que trois améliorations temporaires sur un total de 51 cas traités. Il faut donc être très réservé quant à l'efficacité du condurango vis-à-vis du cancer de l'estomac, et il est peut être préférable de considérer le médicament pour ce qu’il vaut, c’est-à-dire comme un simple eupeptique et comme un amer qui est susceptible de réveiller l’appétit et d'améliorer momentanément les fonctions digestives. Du reste l’usage en est inoffensif, ce qui peut encourager tout médecin à l’employer le cas échéant. Il y a plusieurs formules qui peuvent servir dans ce but.
Celle de Friedreich :
JMÉCOTCEIdENCONTURANTO PEN 15 grammes.
QUE 4 Re SE RE 0 À —
Faire réduire à 180 grammes par macération prolongée et par ébullition. Trois cuillerées à soupe par jour.
Celle de Krauss :
> Écorce de condurango pulvérisée, . . : . 15 grammes.
Acideichlorhydrique. PEN EE ER NN OUteS,
Sirop d’écorce d’oranges amères. . . . . . 150 grammes. M. s. à.
Une cuillerée à soupe toutes les deux heures.
Il y a aussi les préparations alcooliques, les teintures, qui renferment plus de principes actifs que les solutions précédentes, et que l’on peut donner en quantités plus faibles, de deux à trois cuillerées à café par Jour.
B. — Le chlorate de soude à été très vanté, et il paraît appelé, d’après les promesses de ses débuts, à un certain avenir comme agent euratif dans le traitement de la maladie qui nous occupe. Son introduction en thérapeutique a reçu sa consécration au Congrès de Besançon 1893) sous forme d’une communication magistrale de Brissaud. Notre collègue a rapporté dans un mémoire une série de cinq cas dans lesquels il avait constaté du soulagement et même une amélioration durable par suite de l'usage du chlorate de soude à hautes doses (de 8 à 16 gr. par jour). L'amélioration s’est traduite de plusieurs manières : par suppression des traumatismes et du melæna, par le retour de l'appétit et la disparition de la cachexie. Simultanément, on à pu constater la disparition progressive et complète de la tumeur épigastrique après six semaines environ de traitement spécial. Brissaud dit avoir encore obtenu d’autres succès, moins démonstratifs toutefois à cause des doutes qui ont pu subsister sous le rapport du diagnostic. Il ÿ a eu aussi des échecs, lesquels sont peut-être imputables à l'espèce de cancer à laquelle on avait affaire. Ainsi les variétés interstilielle et sarcoma-
teuse semblent plus rebelles que la variété épithéliale, dont la structure comporte une plus grande vulnérabilité vis-à-vis des agents extérieurs. Une autre condition défavorable réside dans la marche et la généralisation : ainsi, les cancers à évolution rapide et ceux qui se généralisent de bonne heure, ne sont guère justiciables du chlorate de soude. Et pourtant, même dans ces conditions défavorables, on peut encore constater de l'amélioration, tout au moins temporaire, comme le prouvent certains faits, entre autres, celui de Nélaton fils.
Le mode d’action du médicament n’est pas connu, on ne peut formuler à son égard que de simples conjectures. Vraisemblablement, il intervient en modifiant les épithéliums qui constituent la base des tumeurs néoplasiques. Ce serait donc une action analogue à celle du chlorate de potasse, dont on connaît les effets vis-à-vis de certaines lésions de la peau et des muqueuses : leucoplasie buccale, cancroïde de la face, etc. Mais le chlorate de soude présente sur ce dernier des avantages marqués : solubilité plus grande, toxicité bien moindre. Ces deux avantages autorisent un emploi beaucoup plus large du médicament. Une des formules les plus simples à cet égard est celle que nous empruntons à Huchard :
% Chlorate de soude. . . . . . . . . . 8 grammes. HUNS QUE EE 100 —
Dissolvez.
A prendre par cuillerées à café dans les vingt-quatre heures.
On peut varier cette formule à volonté, soit au point de vue de la dose du médicament, soit sous le rapport de l’addition de certaines substances destinées à aromatiser la solution et à lui communiquer un goût agréable.
Pour résumer ce qui à trait au chlorate de soude, nous dirons que les faits qui établissent son efficacité sont assez nombreux pour lui assigner un rang dans la thérapeutique du cancer de l’estomac. On sera donc fondé à l’expérimenter dans tous les cas bien confirmés, mais surtout dans cette période qui précède la généralisation et la cachexie spéciale,
période qu'il est toujours facile de reconnaître quand on a l'habitude de la clinique. Il vaudra mieux employer de hautes doses dès le début, à l'exemple de Brissaud qui a prescrit Jusqu'à 16 grammes, dose maxima qu'il est peut-être plus sage de ne pas atteindre. Ajoutons que celte médication n’a de raison d’être que dans la période initiale du cancer. Plus tard, quand il y a ulcération du néoplasme et aggravation de l’état cachectique, tout essai de ce genre serait nécessairement voué à l’insuccès.
C.— L'aristol. — Nous n'avons que peu de chose à dire sur ce médicament dont l’emploi a été dicté par des considérations analogues à celles qui ont motivé celui du chlorate de soude, c'est-à-dire par les effets si remarquables qu'il produit en tant que médicament topique vis-à-vis de certaines lésions du tégument interne (cancroïde). L’expérimentation n’en a pas été faite jusqu'à ce jour sur une échelle assez étendue pour que nous soyons autorisé à en parler.
D. — Également on à recommandé, comme médicaments spécifiques, la teinture de thuya, le bichromate de potasse et en dernier lieu le sérum anti-cancéreux. Nous dirons avec Bousquet que ces diverses médications ne comptent pas encore un succès véritable à leur actif’, et que loin de posséder une valeur spécifique, elles s'adressent tout au plus à des indications d'ordre tout à fait secondaire. Le sérum anti-cancéreux, dit le même auteur, aurait fourni une guérison, mais le malade qui fait l’objet de cette observation unique est entré ultérieurement dans le service d'Albert Robin, où l’on a reconnu qu'il s'agissait en réalité d’une hypersthénie gastrique permanente, à physionomie carcinomateuse, avec hyperchlorhydrie considérable.