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B. — TRAITEMENT PRÉVENTIF

C'est le véritable traitement de l'hématémèse, en vertu de ce principe si vrai en médecine qu'il vaut mieux prévenir que d'avoir à guérir. Seulement l'intervention, dans cet ordre d'idées, suppose nécessairement un diagnostic exact, une connaissance précise de la lésion qui engendre l’hématémèse. Si l’on a reconnu l'existence d’un ulcère de l'estomac ou du duodénum, c'est le régime lacté qui s'impose, absolu, exelusif, pendant des semaines, et même pendant des mois, jusqu’à la disparition des signes propres à la maladie. Il convient

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d'y joindre l’action des a/calins, quand on a des raisons de croire que l’hyperacidité des liquides gastriques joue ur rôle actif dans la formation de l’ulcère, ou contribue à l’entretenir. Dans certains cas, l'usage exclusif du lait ne suffit pas, et les hématémèses se reproduisent quand même avec une fréquence inquiétante. C'est pour ces cas exceptionnels que l’on a recommandé d'interrompre toute alimentation par la bouche. Ce serait un moyen d'assurer le repos physiologique de l'organe, que certains pathologistes regardent comme une condition indispensable à la guérison des lésions telles. que l’ulcère simple, pour lesquelles l'exercice de la fonction est une cause d’aggravation. Bouveret, en particulier, insiste sur ce point, et il recommande d'éviter autant que possible les ingesta pendant huit jours au moins à partir du moment de l’hématémèse, parce que la présence des aliments provoque les contractions de l'estomac, et entrave l’hémostase. Il recommande même l'usage des piqûres de #70rphine, comme. un moyen d'assurer cette immobilité de l'estomac à laquelle il attache beaucoup de prix. La diète prolongée étant à peu près impossible, il substitue à l’alimentation buccale l’emploi des /avements nutritifs, et il conseille cette voie d’absorption même pour les boissons, qu’une soif impérieuse rend souvent indispensables aux malades.

Cette question de l'utilité des lavements nutritifs soulève. celle de l'absorption par le rectum, déjà si souvent discutée, tour à tour niée, affirmée, sans que nous possédions encore la vérité absolue en ce qui la concerne. Nous rappellerons à ce sujet l'opinion de Singer, de Vienne, qui à étudié avec soin ce point de thérapeutique. Singer estime, contrairement à l'opinion commune, que la muqueuse rectale est douée d’un réel pouvoir d'absorption pour les particules nutritives que l'on y introduit sous forme de lavements, et il admet qu'elle peut suppléer la fonction gastrique pendant un certain temps. Ce serait, d’après lui, une précieuse ressource pour combattre l’ulcère et, indirectement, prévenir les hématémèses qui seraient par ce moyen complètement supprimées. Conformé-

ment à cette manière de voir, Singer, dans son service de l'Hôpital Général de Vienne, a institué le traitement de l’ulcère avec hématémèse de la facon suivante :

1° Repos absolu et prolongé au lit. C’est là une des conditions indispensables du succès.

2° Application d’une vessie de glace ou de cataplasmes chauds sur l’épigastre pour calmer la douleur.

3° Alimentation rectale exclusive pendant quatre à huit jours.

La formule de lavement que Singer recommande à cet effet est celle de Boas :

DE en à sr LÉ âd4. . . 125 grammes.

Vin rouge. . ‘ Jaunerdiœut er RE NC?

Peptone sèche, = "16" "Une Cuilleréerancaté

Pour un lavement. Ajouter une pincée de sel ou un petit morceau de sucre de raisin.

On administre deux ou trois de ces lavements par jour, à quatre où cinq heures d'intervalle, en prenant les précautions nécessaires pour débarrasser préalablement le rectum des matières qu'il peut renfermer eten faisant au besoin usage des opiacés (lavements laudanisés) pour assurer la tolérance. En même temps, on peut administrer par la voie stomacale quelques pilules d'extrait thébaïque, ou quelques cuillerées d’eau pure (200 grammes par jour) pour calmer la sensation de soif qui est généralement assez vive chez les malades ainsi traités.

Telle est la pratique habituelle du médecin viennois, qui affirme avoir pu, grâce à elle, faire cesser des hématémèses abondantes et n'aurait constaté de récidive que chez les malades qui prenaient des aliments clandestinement. Le raisonnement qui l’a guidé est assurément logique, et il y aurait lieu d'essayer sa méthode dans les cas assez nombreux où la présence fréquente du sang dans les matières vomies indique une lésion ulcéreuse en pleine activité. C’est contre cette sorte d’éréthisme hémorragique, source de danger permanent,

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qu'il conviendrait d'en réserver l’emploi. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas oublier que le lavement nutritif constitue un moyen d'alimentation très précaire, en tout cas insuffisant, de l’aveu mème de ceux qui s’en déclarent partisans. L'inanition, ou tout au moins une inanition relative, en est rapidement la conséquence, et c’est là une considération qui doit entrer en ligne de compte, ajoutée à toutes celles qui résultent de la maladie elle-même.

Albert Robin insiste également sur l'importance du traitement préventif de l’hématémèse. D'abord il est rare que celle-ci, qui est synonyme d’ulcération, survienne sans avoir été précédée d’une période d’hypersthénie gastrique. Le traitement de celle-ci doit donc être la première préoccupation du médecin. Si l’ulcère est constitué, toute alimentation doit ètre suspendue et remplacée par l'usage exclusif du lait qui, en plus de ses qualités nutritives, joue un rôle curateur en saturant les acides et en exercant une action sédative sur la sécrétion chlorhydrique.

Le même auteur rejette le /avage de estomac, qui prédispose à l'hémorragie, et admet l'utilité du bismuth associé au régime lacté absolu. Il propose l’usage des paquets suivants, qui ont l'avantage d’agir à la fois sur l’ulcère, l'hyperacidité et la douleur :

% Magnésie. . RL 46",50 Sous-nitrate de bismuth. . } ,.

Bicarbonate de soude. . se CE AAC Poudre d’opium brut. . . . . . . . . 05r,05 FAC COS CRE 0: 05",50

Pour un paquet. Deux paquels par jour, en une fois dans un peu d’eau.

D'une manière générale, il ne faut pas oublier que la guérison de certaines lésions génératrices de l’hématémèse, ulcère simple de l’estomac, ulcère de l’œsophage, ulcère du duodénum, est souvent très lente, qu'elle exige des mois et même des années. De plus, il est en général assez difficile de connaître exactement le moment où la cicatrisation définitive est effectuée. Il faut donc se défier de toute manœuvre qui pour-

rait entraver le travail de cicatrisation, et en particulier du lavage qui représente en l'espèce une manière de traumatisme.

Peu de chose à dire en ce qui concerne les hématémèses du cancer et de la cirrhose. Ici le traitement préventif, repré- senté surtout par le repos fonctionnel et le régime lacté, n’a pas à beaucoup près l'importance qu'il offre quand il s’agit de l’'ulcère simple, car il s'adresse à des lésions d'ordre à peu près incurable, qui sont vouées à une évolution progressive et fatale que le médecin n’a guère le pouvoir d’arrêter. Le régime diététique a pourtant ici une certaine utilité et l'usage du lait, qui supprime la plupart des causes d’irritation, peut avoir pour effet de retarder l’ulcération du néoplasme dans un cas, la rupture des veines œsophagiennes dans l’autre.

Nous serons également bref en ce qui concerne les hématémèses dites supplémentaires et les hématémèses nerveuses. D'abord il s’agit à de deux groupes de faits très discutés et au sujet desquels les médecins sont encore divisés. En second lieu, ce sont des hémorragies d'ordinaire médiocrement abondantes et qui n'offrent comme telles qu'une gravité fort minime. Au cas d'hémorragie supplémentaire, la seule indication rationnelle serait celle qui consisterait à rappeler le flux menstruel supprimé ou dévié, résultat que l’on peut à la rigueur obtenir par le traitement général, combiné avec l'emploi des emménagoques. Les hématémèses d’origine nerveuse ne motivent guère l'intervention. Elles résultent vraisemblablement de simples troubles vaso-moteurs produisant des afflux sanguins passagers, etne comportent jamais de pronostic sérieux. C’est surtout affaire d’hydrothérapie et de tous autres moyens propres à modifier la modalité troublée du système nerveux.

C. — TRAIÎITEMENT CONSÉCUTIF Enfin n'oublions pas que le malade guéri de son hématé-

mèse reste en général profondément anémié et débilité. Cette anémie est difficile à combattre, en raison des contre-indica-

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lions qui résultent de l'affection causale; il faut avoir recours aux moyens médicamenteux.

Le fer se trouve ici naturellement désigné, mais la plupart des préparations martiales ont une action congestive fort inopportune ici. Albert Robin préconise de préférence le perchlorure de fer, qui est à la fois hémostatique et ferrugineux et que l’on peut administrer en gouttes, en liqueur ou en pilules. On ne doit pas prolonger plus de huit à dix jours l'usage de ce médicament qui est irritant pour la muqueuse gastrique. On peut le remplacer alors par le pro/ochlorure de fer, en l’associant au guinguina et à la rhubarbe, d'après cette formule :

% Protochlorure de fer, . . . A4 08 10 Extrait mou de quinquina. . $ " " ‘: { Poudre de rhubarbe "...,..05,09

Pour une pilule. Une pilule à chacun des principaux repas, soit deux par vingt-quatre heures.

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