CHAPITRE XXIII
PAR
Ge ÉTIENNE
Professeur agrégé à la Faculté de Nancy.
Pathogénie et physiologie.
Le vomissement est un symptôme. Son étude, au point de vue thérapeutique, est très complexe, la multiplicité des remèdes proposés étant extraordinaire.
Pour essayer de les classer méthodiquement, nous allons rappeler rapidement la physiologie du vomissement et, avec son appui, indiquer le traitement général; puis, avec l’étiologie, nous verrons la médication à employer dans les cas particuliers, en insistant sur quelques-uns qui présentent un intérêt plus considérable, sauf à passer plus rapidement sur les autres. Il nous restera enfin à dire quelques mots du traitement des vomissements selon leur nature.
Cliniquement, le vomissement est caractérisé par une série de mouvements spasmodiques de déglutition introduisant de l’air dans l'estomac, puis par une inspiration profonde immédiatement suivie d’une expiration forcée : c'est pendant celle-ci que se produit le rejet du contenu stomacal; ces actes mécaniques sont accompagnés de phénomènes réflexes géné-
raux : anxiété, sensation de défaillance, vertiges, éblouissements, pàleur du visage, sueurs visqueuses, etc.
Longtemps on attribua le vomissement aux seules contractions de l'estomac. Une série de recherches physiologiques ont, au contraire, montré le très faible rôle de cet organe, dont la suppression n'empêche pas le vomissement. Magendie, en effet, après avoir lié, sur un chien, les vaisseaux de l'estomac, a enlevé ce viscère, l’a remplacé par une vessie remplie d’eau etadaptée à la partie inférieure de l’œsophage, a refermé la plaie sur cette vessie, etayant injecté de l’émétique dans les veines, il vit évacuer par la bouche le contenu de cet estomac artificiel.
Si, après avoir provoqué les vomissements, on met sur l’animal vivant l'estomac à nu, on voit les vomissements s’arrêter.
De ces deux expériences, on doit conclure que le vomissement est déterminé surtout par l’action de la pression abdominale comprimant l'estomac et le vidant par expression. La section du nerfphrénique, entraînant la paralysie du diaphragme, n'empêche pas le vomissement par action des muscles abdominaux; réciproquement, la section des muscles abdominaux permet cet acte par action du diaphragme respecté.
La presse abdominale peut donc être effectuée isolément par chacun de ces appareils musculaires ou par leur action combinée.
Mais l'augmentation de la pression intra-abdominale ne suffit pas à provoquer le vomissement, car elle devrait sans cela le produire chaque fois qu'il y a effort. Il faut, en outre, et les tracés recueillis par Arnozan et Franck ne laissent pas de doute à cet égard, abaissement de la pression intra-thoracique. IL est facile de comprendre que cet effet est produit, en même temps que l'hypertension abdominale, par la contraction des muscles inspirateurs, diaphragme et muscles abdominaux, la glotte étant obstruée.
Pendant ces phénomènes, l'estomac de son côté ne reste pas totalement passif. Les contractions vermiculaires lentes contri-
buent en effet à l’obturation de l’orifice pylorique; du côté du cardia, les fibres longitudinales lisses dilatent activement l'orifice ; leur désorganisation rend presque impossiblele vomissement(Schiff). Si on supprime l’innervation de ces fibres par section des pneumogastriques, le vomissement est très difficile et très irrégulier, il n’y a plus synergie entre la dilatation cardiaque et les contractions des muscles abdominaux, et l’expulsion ne se produit que quand il y a coïncidence fortuite entre les deux phénomènes. Ajoutons que le vomissement est très facile chez l'enfant, dont l'estomac est presque sur le prolongement rectiligne de l’æœsophage.
Enfin l’œsophage entre aussi en action; avant le vomissement, des contractions déterminent les mouvements de déglutition répétés qui introduisent l'air dans lestomac, augmentent la pression intra-stomacale, et fournissent le point d'appui nécessaire à l’action de la presse abdominale. — De plus, pendant les vomissements, les contractions énergiques de ses fibres striées longitudinales facilitent la progression des matières vomies, en raccourcissant et dilatant le conduit. En même temps le larynx est porté en avant et obturé par l’épiglotte, la langue est abaissée, l’isthme du gosier se dilate, le voile du palais se relevant ferme les fosses nasales et la bouche s'ouvre largement.
En un mot, pour déterminer le vomissement, il faut essentiellement hypertension abdominale, hypotension thoracique et, accessoirement, ouverture du cardia et mouvements synergiques du tube digestif antérieur. Pour assurer l'unité d'action de cet ensemble de phénomènes, il existe un cen{re d’innervation que les physiologistes s'accordent à placer dans le bulbe, tout près du centre respiratoire.
Tels sont les facteurs auxquels pourra s'attaquer la thérapeulique, bien que certains procédés fournis par elle puissent paraître paradoxaux.
IT Traitement général du vomissement.
Contre le vomissement, tout a été essayé, tout a réussi et tout a échoué. Il nous est impossible de rapporter ici toutes les formules qui ont été prônées. Nous nous contenterons d'indiquer les principales.
On peut agir : 1° sur le système nerveux central; 2° sur le nerf vague : 4) sur son département stomacal; 4) sur un autre département.