C. — Eaux alcalines salines
Elles contiennent surtout du sulfate de soude, du bicarbonate de soude, du chlorure de sodium et de l’acide carbonique.
Les eaux de Xarlshad sont le prototype de ces eaux. Elles ont pour résultat de neutraliser l'acidité du suc gastrique, d'augmenter les mouvements péristaltiques, et d'agir aussi par leur température.
Comme elles ont aussi une action purgative, elles relèvent l’appétit et favorisent la circulation abdominale.
La sécrétion du suc gastrique est sûrement augmentée.
C’est à petite dose et non à forte dose que l’eau de Karlsbad produit ces différents phénomènes.
Parmi les alcalines salines, nous citerons en première ligne lessourcesde Karlsbad ; elles sontassez nombreuseset se distinguent surtout par leurs variations de température qui oscille entre 50 et 73 degrés; elles contiennent en moyenne 2, 3 p. 100 de sulfate de soude.
Les eaux de Brides se rapprochent beaucoup des eaux de Karlsbad; les carbonates y sont remplacés par le sulfate de chaux.
Les eaux alcalines salines sont ou bien froides (Chdtel- Guyon, Elster, Franzensbad, Marienbad, Rohitsch, Tarasp), ou bien chaudes (Karlsbad, Bertrich).
Les eaux d'Efster et de Marienbad sont préférables à celles de Karlsbad dans les cas de paresse intestinale ; les eaux de Tarasp doivent être surtout employées dans les cas de dyspepsie nerveuse.
Il convient aussi de citer les eaux de Saint-Nectaire, dont la minéralisation est remarquable; le chlorure de sodium et le bicarbonate de soude y sont associés à parties égales (2
grammes environ de chaque par litre), et confèrent à ces eaux des propriétés excitatrices.
Szézawinca, en Galicie. La source Madeleine contient 8,4 p. 100 de bicarbonate de soude et 4,6 p. 100 de chlorure de sodium.
D.— Eaux chlorurées-sodiques. —Ces eaux ne doivent être employées que dans le cas où leur teneur en sel ne dépasse pas 1 p. 100. L’expérimentation semble prouver que le chlorure de sodium agit défavorablement sur la digestion gastrique ; pratiquement, le contraire semble se produire.
En tout cas, ces eaux sont légèrement purgatives. Elles n'ont aucune action sur le foie et sur le pancréas.
Elles sont généralement prescrites dans les gastrites avec hypochlorhydrie ou même absence d’acide chlorhydrique.
Elles sont contre-indiquées dans les cas de chimisme exagéré, d’atonie ou de dilatation de l'estomac avec sténose.
Nous citerons parmi les principales sources : Bourbonne, Bourbon-l'Archambault, Bourbon-Lancy, Balaruc; à V’étranger : Nauheim, Hombourg, Kissingen, Wiesbaden, Baden, Mergentheim, Pyrmont, Baden-Baden.
E. — Eaux ferrugineuses.— On les emploie surtout dans les dyspepsies chroniques, quand elles sont en même temps alcalines ou salines; elles agissent alors en même temps contre la constipation habituelle qui accompagne toutes les anémies.
Nous citerons en première ligne Orezza, Bussang, Franzensbad et Elster, Reinezzer, Cudowa en Silésie : Rippoldsau, Bertrich dans la Prusse Rhénane, etc.
F.— Eaux calcaires. — Elles agissent surtout dans les cas de catarrhe de l'intestin grèle, de tendance à la diarrhée. On peut s’en servir comme eaux de table; on emploie principalement les eaux de Contrexéville, Vittel, Wildungen, Driburg, Lippspringe, Rappoltsweiler, Coburg, Auerbach, Weissenburg, ete.
G.— Eaux purgatives salines. — Elles contiennent en outre du sulfate de soude. Elles sont indiquées dans les cas de constipation babituelle, de pléthore abdominale, d’hémorroïdes:
Elles sont contre-indiquées dans l’ulcère simple, les suites de typhlite, etc.
Les eaux les plus employées sont les eaux d’Hunyadi, de Birmenstorff, de Pullna, de Montmirail, de Chätel-Guyon, ete.
Citons aussi les eaux sulfurées et notamment celles de Cauterets (source de Mauhourat), qui est sulfurée sodique; celles d'Olette (source Saint-Louis), qu'on peut utiliser dans certaines formes de dyspepsie, et enfin, parmi les eaux indéterminées, Plombières, dont l'action est si connue.
Climatothérapie.
Dans les cas de troubles purement fonctionnels de l’estomac ou de l'intestin, sans substratum anatomique, de névroses du tube digestif, il s’agit surtout de changer les malades de milieu et de climat, de modifier leur régime, leur manière de vivre.
Les bains de mer, les séjours au bord de la mer,les voyages sur mer, les climats d'altitude, parfois le simple séjour à la campagne, ou au milieu des bois, produisent des résultats excellents. Certains dyspeptiques digèrent même des aliments réputés lourds dès qu'ils sont en voyage.
Le séjour du bord de la mer convient en général aux malades dépourvus d’appétit, déprimés physiquement et moralement, amaigris, atteints de constipation. Certains malades se trouvent très bien des bains; d’autres, nerveux, impressionnables, atteints d’anorexie nerveuse et d’insomnie, ne supportent ni les bains ni mème le séjour au bord de la mer. D'autre part, il est souvent difficile de soumettre ces malades à un régime approprié dans les stations maritimes.
Un voyage un peu prolongé sur mer réussit chez certains neurasthéniques gastriques; ils y sont soumis à un repos forcé et salutaire.
Il faut envoyer dans les climats d'altitude les pléthoriques avec tendance à la constipation, les dyspeptiques, anémiques,
les névrosés surmenés physiquement et intellectuellement.
Traitement complémentaire. — Sanatoria. — Le séjour dans un établissement spécial destiné au traitement des maladies de l'estomac et de l'intestin est parfois indispensable à la guérison des malades.
On trouve dans ces sanatoria fermés une surveillance médicale, une direction intelligente, une nourriture choisie, une discipline sévère, qui mettent Ile malade à l'abri des écarts hygiéniques.
Il existe de ces établissements en Allemagne (Xissingen, Wiesbaden, Baden-Baden), en Suisse (Nidelbad, Lausanne). Il est à regretter qu’on n’en trouve pas en France, surtout à Vichy.
Le traitementdans un sanatorium est particulièrement indiqué dans les cas d’uleère simple de l’estomac ou du duodénum, dans les ectasies gastriques, les névroses, l’entéroptose, les catarrhes chroniques de l'intestin.
Le malade trouve dans ces établissements le repos moral si nécessaire dans le traitement d’affections qui prédisposent tout particulièrement à la mélancolie et à l’hypocondrie, et surtout l'installation nécessaire pour tous les traitements complémentaires ‘massage, électricité, hydrothérapie).
Mais ce qu'il faut, avant tout, c’est choisir une station bien acrée; le dyspeptique, qui est souvent un candidat à la tuberculose, doit vivre à l'air, la nuit comme le jour, et cette aération absolue ne peut se faire convenablement que dans un sanatorium.
Traitement hydrothérapique. — Balnéothérapie.
Le traitement hydrothérapique constitue un complément précieux des autres formes de traitement ; il peut agir comme calmant ou comme excitant.
La simple compresse froide, l’enveloppement de Priessnitz, rendent parfois des services incontestables dans le traitement des maladies de l'estomac et de l'intestin. Il faut cependant surveiller l'application de ce mode de traitement, et faire recouvrir la serviette mouillée d’une couche de tissu imperméable et d’une bande de flanelle qui recouvre hermétiquement toutle pansement, afin d'éviter l’évaporation qui pourrait exposer les organes, chez des malades impressionnables, à des variations brusques de température.
On emploie également le drap mouillé, les frictions à la serviette mouillée, le demi-bain, les douches écossaises.
Winternitz a recommandé, aussi bien dans le traitement des névroses que dans celui des affections organiques (ulcère simple, dilatation de l'estomac), l'emploi combiné de l’enveloppement abdominal mouillé et froid, recouvert d’une bande sèche, et d’un courant d’eau chaude à 40°, qui circule dans des tubes de caoutchouc appliqués sur le pansement.
Les applications chaudes (compresses, cataplasmes) soulagent les manifestations douloureuses.
Il peut être utile, dans certains cas, de faire des applications froides, d'une certaine durée, dans le gros intestin.
Winternilz a imaginé, à éet effet, un appareil composé d’une petite vessie allongée ; au centre se trouve une canule à double courant qui communique avec un injecteur. La vessie est ainsi continuellement irriguée par un courant d’eau renouvelée.
Les bains de siège à eau courante, de trois à cinq minutes de durée, suivis de frictions, rendent des services dans les cas de pléthore abdominale avec hémorroïdes chez les obèses, et les malades atteints de constipation opiniâtre.
Les résultats du traitement hydrothérapique varient avec les malades.
Chez les uns, cette médication est calmante et tonique ; chez d’autres, elle produit de l'excitation, notamment dans la neurasthénie, où elle aggrave souvent les symptômes.
En tout cas, ce traitement devra être toujours suivi dans
un établissement hydrothérapique; on pourra y associer le massage, l'électricité.
Les bains chauds, bains d’eau minérale, salés, sulfureux, suivis ou non de douches ou de frictions avec massage, constituent un des grands moyens complémentaires de traitement des stations balnéaires.
Méthodes de traitement physique.
AMC LAVAGE DE VLCESTOMAC
C'est à Casimir Renaut (1802) querevient l'honneur d’avoir le premier proposé la déplétion mécaniquedel'estomac comme remède aux empoisonnements; mais il faut arriver aux travaux de Kussmaul {1869-1870) pour voir le lavage de l’estomac entrer dans la thérapeutique courante. Le procédé de Kussmaul et de ses premiers imilateurs était loin d’être simple; il se servait d’une pompe aspirante avec sonde œæsophagienne rigide, et l’un des principaux inconvénients de l'instrument était la déchirure où l’arrachement possible de lambeaux de la muqueuse. Le siphon remplaca bientôt la pompe, et la sonde molle le tube rigide.
C'est au moment où les inventeurs compliquaient à plaisir l’instrumentation du lavage de l'estomac que Faucher (1882) inventa un appareil fort ingénieux et presque parfait.
Il se compose d’un tube en caoutchouc rouge, mesurant 1%,50 de longueur et 8 à 12 millimètres de diamètre extérieur; ses parois sont assez épaisses pour que son calibre ne puisse être effacé parles contractions des muscles æsophagiens. Il porte à son extrémité gastrique un orifice circulaire et une fente latérale. À l’autre extrémité s'adapte un entonnoir. Un point de repère, situé à 50 centimètres de l'extrémité gastrique, permet de limiter l'introduction de la sonde.
Après cela vint la sonde à double courant d'Audhoui; puis
Debove modifia légèrement le tube de Faucher en substituant à la sonde molle une sonde plus rigide, permettant de vaincre plus facilement les contractions spasmodiques, mais assez souple cependant pour éviter les traumatismes. Elle se compose de deux parties réunies par une armature métallique ; la partie œsophagienne mesure 50 centimètres, l’autre, complètement molle, a 90 centimètres.
En 1883, Reichmann proposa une sonde à double courant, il employait un tube de Faucher munilatéralement d’un second tuyau de caoutchouc, à parois minces et de petit calibre, par lequel on introduisait le liquide laveur.
Les appareils de Ruault et Frémont ne sont pas supérieurs au tube de Faucher.
En Allemagne, on se sert beaucoup de l'appareil de Leube- Rosenthal, composé d'un irrigateur au tube duquel on adapte une armature en forme d'Y, dont les deux branches laférales sont munies de deux longs tubes en caoutchouc.
On emploie aussi dans certains cas, où la sonde s’obstrue par la présence de nombreux débris, ou dans le cas d’empoisonnement, la pompe stomacale de Sülzer ou de Schliep. Bourget, de Lausanne, se sert d’une grosse sonde œæsophagienne de Jacques, à laquelle il adapte un énéma qui lui sert à projeter du liquide dans la cavité gastrique; c’est, à coup sûr, l’appareil le plus simple et le plus pratique.
Le lavage de l'estomac est une opération des plus faciles, mais l'émotivité du malade, qu'il faut, avant tout, rassurer, la complique parfois.
On se place devant le malade, et, déprimant la base de la langue avec l'index de la main gauche, on introduit, le plus loin possible, et en la faisant glisser contre la paroi postérieure du pharynx, l'extrémité semi-rigide du tube.
On peut enduire cette extrémité de glycérine, de vaseline, mais le plus simple est de la mouiller. On prie le malade de faire des mouvements de déglutition, et une pression légère fait rapidement pénétrer le tube dans l’œsophage, puis dans l'estomac.
Le malade doit respirer largement, ce qui empêche la congestion excessive de l'extrémité céphalique, et permet de s'assurer que la sonde a réellement pénétré dans l’œsophage. En faisant respirer le malade régulièrement, assez vite et profondément, on évite également les nausées et les vomissements.
Dès que le tube est introduit, le malade doit pencher fortement la tête en avant pour faciliter l'écoulement de la salive, dont l’hypersécrétion est provoquée par le passage de la sonde. :
Quand les malades ne sont pas très impressionnables, il est bon de les engager à faire des mouvements de déglutition pour avaler la sonde. Ce moyen réussit souvent fort bien.
Une fois le tube introduit, on remplit l’entonnoir du liquide destiné au lavage et on l'élève ensuite au-dessus de la tête du malade. Quand le liquide est sur le point de disparaitre, on abaisse rapidement l’entonnoir au-dessus du niveau de la ceinture. L'eau s'écoule par le procédé du siphon en entrainant avec elle les débris alimentaires, le mucus, etc., qui peuvent être contenus dans l'estomac. On renouvelle cette opéralion autant de fois qu'il est nécessaire pour que l’eau ressorte propre. Avec le procédé de Bourget l’entonnoir devient inutile. Il faut retirer la sonde doucement, en engageantle malade à faire quelques mouvements de déglutition pour éviter des régurgitations parfois pénibles.
Il ne faut jamais oublier de s'assurer de la température du liquide destiné au lavage; il ne doit être ni trop chaud ni trop froid.
La première séance de lavage est parfois pénible, mais la tolérance s'établit en général vite.
Si l'hyperesthésie du pharynx rend l'introduction de la sonde presque impossible, on aura recours aux badigeonnages à la cocaïne ou à un peu de bromure.
Le lavage ne comporte en général aucun danger. Il est arrivé qu'on à introduit le bout du tube dans le larynx; c'est une faute opératoire facile à éviter en se servant d’une sonde de gros calibre.
Le tube peut s’enrouler au fond de la bouche ; cet accident est d'autant moins possible que le tube est plus gros.
Les lésions de la muqueuse sont fort rares ef sans grande importance; elles ne se produisent qu'à la suite de l'emploi de la pompe ou de sondes trop dures.
Quant à l’'hémorragie, elle est à redouter dans les cas d’ulcère ou de cancer; il vaudra mieux s'abstenir dans ces conditions. Au reste, c'est un accident fort rare et l’hémorragie consécutive au lavage n'est pas aussi sérieuse qu’on pourrait le croire.
On a signalé également un autre accident, consécutif au lavage, c'est la tétanie. Elle se produit fort rarement. Kussmaul l’a attribuée à la déshydratation brusque produite par l'évacuation d'une grande quantité de liquide. Bouveret et Devic l’ont cependant observée, en dehors de tout lavage, chez des dilatés hyperchlorhydriques.
Nous n'avons pas à nous occuper ici des indications du lavage de l'estomac.
Il faudra s'abstenir de cette intervention chez tout malade qui aura présenté une hémorragie, chez les cardiaques atteints de troubles de compensation grave, chez les aortiques porteurs d'anévrysme, chez les malades présentant des lésions pulmonaires avancées.
On utilise rarement l’eau pure pour le lavage de l'estomac, car on associe presque toujours à cette petite opération une action médicamenteuse.
On emploie surtout les solutions alcalines naturelles (eaux de Vichy, Vals, Royat, Saint-Nectaire, Chätel-Guyon, Karlsbad), ou artificielles (bicarbonate de soude à 10 ou 30 p. 1 000).
On a également employé d'autres sels de soude : le chlorure de sodium à 10 p. 1000; le su//ate de soude à 10 p. 1000. Ces solutions sont surtout destinées à dissoudre le mucus qui recouvre souvent la muqueuse d’un enduit visqueux adhérent, qui agglutine les résidus alimentaires.
Dans le but d'agir sur certaines lésions gastriques, on