À. — LES TRAITEMENTS A ÉVITER
Depuis que la dilatation de l’estomac a monopolisé, pour un temps, la pathologie gastrique, il était rationnel que son traitement fût au pinacle. Régime sec ou relativement see, réduction considérable des boissons pendant les repas, antiseptiques tels que le naphtol, le benzonaphtol, le salol, le
1. Je donne ici seulement la conclusion sommaire des recherches que j'ai faites sur la nutrition des hypersthéniques. Ces recherches seront publiées com-
plètement, avec les conclusions thérapeutiques qui en découlent, dans un ouvrage en préparation, sous le titre de Trailement des maladies de l'estomac.
salicylate de bismuth, etc., administrés à larges doses; médication acide par l'acide chlorhydrique; médication alcaline par le bicarbonate de soude à haute dose: strychniques, électricité et massage pour réveiller la contractilité de l'organe dilaté; lavage de l'estomac pour remédier à la stase: gamers pour stimuler l’appétit; peptones pour pallier l'insuffisance de l’assimilation ; narcotiques pour calmer les douleurs; charbon pour absorber les gaz; astringents pour aider à la rétraction de l’organe, ete., tels sont, rapidement énumérées, les médications qui ont joui de la faveur publique tant qu'on s’est figuré qu'elles réalisaient une thérapeutique pathogénique, mais qui sont tombées dans le discrédit, quand on s’est aperçu que cette thérapeutique n'avait de pathogénique que l’apparence et qu'elle constituait, moins complètement encore que ses devancières, un mode de traitement purement symptomatique.
La preuve en est facile à faire. Il suffit d'étudier les effets de cette thérapeutique dans lhypersthénie permanente, si fréquemment diagnostiquée « dilatation de l'estomac » et traitée comme telle.
Le régime sec et la restriction marquée des boissons pendant les repas sont encore très en faveur auprès des médecins qui les ont acceptés sous l'autorité de Chomel, de Schwenninger, de Bouchard, etc. Mais on a certainement dépassé la pensée de ces auteurs en faisant du régime see l’abus qui règne aujourd’hui. Il est nuisible, parce qu'il enlève aü malade la possibilité de diluer l'acide chlorhydrique en excès dans l'estomac, parce qu'il augmente les crises douloureuses des hypersthéniques polyuriques et les prédispose au vertige.
L'acide chlorhydrique, soi-disant antiseptique, est tout aussi irrationnel. D'abord, ses propriétés antiseptiques sont nulles, puisque c'est précisément chez les hypersthéniques avec hyperchlorhydrie que l’on trouve le plus de fermentations secondaires; et puis, je ne conçois pas l'étrange homéopathie qui consiste à traiter l'hyperchlorhydrie en renforcant
le titre de l'acide chlorhydrique déjà en excès dans le contenu stomacal! D'ailleurs, il n'y a qu'à interroger les hypersthéniques ainsi traités, et on sera immédiatement fixé sur la valeur de la médication.
La mélhode antiseptique est surtout battue en brèche par ses résultats. Outre qu'elle est irritante, anorexique, que certains de ses agents, comme le sa/o/, peuvent former des calculs dans l'intestin’, qu'elle ne remédie en quoi que ce soit au processus même de l’hypersthénie permanente et ne vise qu'une complication de celle-ci, à savoir les fermentations secondaires, outre ces multiples inconvénients, elle a celui d’être antipeptique quand on l’emploie aux doses où elle est réellement antiseptique.
Les /raïtements stimulants dirigés contre la dilatation gastrique et destinés à renforcer la contractilité de la tunique musculeuse (strychniques et amers, électricité, massage, ete.), sont également irrationnels, en tant que médication fondamentale. Car, à quoi peut bien servir d’exciter encore un organe en état d’excitation exagérée, quand c’est cette excilation même qui conditionne presque toute la symptomatologie ?
Les alcalins et le bicarbonate de soude constituent une médication absolument symptomatique. Sans revenir sur les arguments développés à propos de l’hypersthénie aiguë”, ajoutons que le soulagement qu'ils procurent est tout à fait momentané, qu'ils sont l’occasion d’une nouvelle poussée sécrétoire de l'acide chlorhydrique, et que par leur transformation en chlorure de sodium, ils fournissent à l'estomac la malière première qui sert justement à la fabrication de cet acide. Les alcalins à haute dose épuisent la muqueuse gastrique; ils conduisent le malade, atteint d’un simple trouble fonctionnel, au catarrhe gastrique et à la gastrite chronique.
Le lavage de l'estomac, après quelques années de vogue, est aujourd'hui en défaveur. Il peut rendre des services dans
1. Brossarp (du Caire). — Bulletin général de thérapeutique, 1° mai 1897. 2. Voyez page 219.
les cas de stase prolongée ou de crises très douloureuses. Mais pratiqué régulièrement, il fatigue les malades sans résultat appréciable, puisqu'il ne constitue, en réalité, qu'une médication symptomatique.
Quant aux peptones, leur effet le plus sûr est de provoquer l'inhibition de la fonction pepsinique.
Lorsqu'un individu a été soumis aux médications sueces-
sives qui précèdent, — et c'est le cas pour un grand nombre d'entre eux, — lorsqu'il a parcouru le cycle des cures hydro-
minérales fortes qu’on ne manque pas de lui prescrire quand on à épuisé les agents médicamenteux, il est bien près de devenir un type à lésion, c'est-à-dire que le trouble fonctionnel dont il est atteint est bien près d'aboutir à une lésion anatomique de l'estomac.
La thérapeutique que je vais exposer diffère absolument des précédentes : elle est uniquement établie sur la connaissance des troubles fonctionnels constatés au cours de l’hypersthénie permanente et qui en constituent les é/éments mor-
bides.