CHAPITRE V
rRAITEMENT DU DIABÈTE
ALBERT ROBIN
De la nutrition du diabétique et de l'Indication dominante qu'elle fournit à. la thérapeutique.
Depuis trente ans, la thérapeutique du diabète a fait peu de progrès. Et pourtant, longue serait la liste des médications et des médicaments qui sont apparus sur la scène médicale dans les dernières années. De ces médicaments, combien ont survécu, et quel est le médecin qui se sert encore de l'iodoforrae, de l'acide pbénique, de l'acide salicyllque, de la créosote, des sullites, du manganèse, du nitrate d'urano, du sulfate de cuivre ammoniacal, du permanganate et du chlorate de potasse, du jaborandi. etc.? De môme, la diète lactée et le régime carné exclusif ont fait leur temps et ne figurent plus que pour mémoire dans la longue liste des traitements inusités.
Aussi, dans la pratique, chacun agit-il suivant son expérience personnelle, sans se soucier autrement des théories pathogéniques dont le nombre et l'incertitude sont vraiment déconcertants. Chaque traitement systématique correspond
A uoL- conception particulière do lu maladie, et, comme l'on J ne s'entend pas sur la maaitrc de comprendre la path<^^nie ] du diab&te. il s'ensuit que ces traitements ont été succea- | sivement abandonnés et que l'on est arrivé à une sorte d'op- 1 portunisme thérapeutique qui fait une cote mal taillée entre I les docfrinos et tient heureusement beaucoup plus compte dul malade que de l,a maladie.
Kst-il donc impossible de trouver un fil conducteur et de J se diriger avec des lumières plus nettes que celles de la purel et simple observation?
Celte lumière, l'iîtude de la iiuliition dans le diabMe peut I nous la fournir.
En passant au crible les théories qui se partagent la faveur J des médecins, il en émerge trois. L'une aurait pour elle l'expë-J rimentation et la clinique : c'est la théorie pancréatique. \Am diabète pancréatique, individualisé par M. Lancereaux, réalisa espérimentalementparMering, Minkowski, Hedon.ctc, etdon^ l'étude a été récemment complétée par M. Thiroloix, est unsl espèce morbide indiscutable. Son interprétation pathogéniquaj laisse encore beaucoup à désirer, mais son existence, sa per-B sonnaille clinique, ne sont mises en doute par personne.
Partir de là pour faire jouer au pancréas un rôle prt minant dans la pathogénie de tous les cas de diali^'tc, c'est généraliser un fait particulier. Aussi, les objections solides ji'ont-elles pas manqué à ceux qui ont voulu restreindre 1 diabète à un trouble matiC-rîel ou dynamique de la fonctioa! pancréatique, et l'idée n'est pas encore parvenue à s'imposerJ
Défalcation faite des cas de diabète pancréatique, il resta pour expliquer ceux qui ne rentrent pas dans cette catégorie deux autres théories qui tiennent pour F hypersécrétion • sucre ou pour un défaut de consommation par ralentisnetitentM de ta nutrition. Suivant que l'on se range à l'une ou à l'autre, on arrive à des médications totalement divergentes: ou bien modérer la production du sucre, ce qui ne peut guère se faire qu'en ralentissant les mutations nutritives et l'activité ii<^patique; ou bien accélérer la combustion du sucre, ce qui équi-
ÏIIAITEMENT DU DIABÈTE.
vaut à stimulor la nutrition générale. Donc, avant de formuler une rî-glc thi^rapcutique quelconque, il importe de choisir entre ces deux théories, que la meilleure volonté du monde ne saurait concilier.
Une étude rigoureuse de la nutrition du diabétique juge la question. En effet, si le diabète est dû à un défaut de consommation du sucre, les mutations nutritives seront ralenties. Si le diab^te est une maladie par accélération de la nutrition, on verra s'accroître, au contraire, tous les acte* de celle-ci. Tel est le dilemme dont on doit sorlîr.
Un premier point incontesté, c'est que la désassimilalion totale est augmentée. La désassimilalion azotée est spécialement accrue : le diabétique consomme plus de matériaux azotés que l'homme bien portant, ce dont nous avons la preuve par l'élévation de ses éliminations d'azote total; et il iitilise/il consume ces matériaux de la désassimilation azotée mieux qu'un organisme normal, puisque le coe/ficietiC doxi/datiun ou tC utilisation azotée atteint en moyenne HT p, 100. au lieu de la normale 80 p. 100.
Et cependant, l'organisme du diabétique est loin d'avoir perdu son pouvoir oxydant sur les matériaux organiques non uzotés, puisque des corps aussi stables que l'acide lactique et U> benzol y sont comburés au moins aussi éncrgiquement que cliez les sujets bien portants (Nencki et Siebcr. H. Reyher). J'ai démontré aussi que le coefficient d'oxydation du soufre &'él^ve à 96,4 p. 100 au lieu de lu normale, 80 à 90 p. 100, et que le coefficient d'oxydation du phosphore était aussi supérieur au chiffre physiologique. Ajoutons que l'osyhémoglobiue augmente dans le sang (Quiocke), que l'urée atteint un taux ordinairement élevé, enfin que l'acide carbonique expiré et l'oxygénc consommé s'élf?vent sensiblement (Ouinquaud, Albert Robin' et M. BJnet'); comment nier, en présence de
I. AtBERT RnRin. — Lo DinWie. Phjaiologie pathologique et rApirulUiues. BuUelins de l'Académie de médecine, 18B9.
Les échnngoa l'espiratoiros dans les maladies i fTr«». in-Sdit.)
116 ïnAITÉ DE THÉRAPEUTIQUE APPLIQUÉE.
ces faits, <]ue chez le diabétique soient accrus les actes d'hii dratation, de dédoublement et d'oxydation?
Ces actes ne sont pas les seuls qui traduisent l'activité i la vie cellulaire, et les syuth&ses, elles aussi, dépassent la normale, si l'on en juge par l'augmentation de deux principes synthétiques, l'acide sulfurique conjugui^' et l'acide hippurique.
11 y a donc, chez les diabétiques, une exagération de ti les actes chimiques de la nutrition générale, et Je crois avt établi qu'il existe, en outre, une suractivité spéciale de tains organes, au premier rang desquels ligurent le foie et système nerveux.
Le diabf-te est essentiellement conditionné par une fobi Cation anormale de sucre, par un fonctionnement exagéré la cellule hépatique. Ce fonctionnement accru trouve le pli habituellement son point de départ dans une excitation n yeuse primitive; mais on conçoit que toute cause capable stimuler la cellule hépatique, directement ou réflexemei aboutira aux mêmes conséquences. Ainsi il existe des gjyi suries par abus d'aliments féculents ou sucrés; ces glycosuril sont transitoires, parce que le fonctionnement de la celli hépatique n'est excité qu'à certains moments; il ne d'abord que d'un acte local, mais qui peut, à la loi mettre en branle le système nerveux et créer le diabMe c'est-à-dire l'excitation continue. En thérapeutique, la suj pression des amylacés et des sucres agit peut-être autant privant le foie de son excitant habituel qu'en supprimant ïf matière première du glycogène. Et le diabète pancréatique de M. Lancereaux ne provient-il pas de l'excitation continue et directe exercée sur la cellule hépatique par la lésion d'un organe voisin en communauté nerveuse originelle avec elle'? Théorie pour théorie, la mienne vaut celle de l'abolition de
1. D'api-ès J. Renaut, le gique communu l'eipansion ou plutAt doui parties d'un apporta képalo-pancrtalique
elle paQi:r£as, ay^nL pour nrïgino riiibrvnliiinsc duodiinnlc, sont deux appareil! fonjvfnrt e appareil glaiidulairo qunn ponrrail nomoiM
la sfcri5tion inlcriic du pancri^as et celle du ferment glycolytîque qui n'est plus sotitenable depuis les expériences d'Arthus.
C'est donc le fait indénitible de la suractivité de la nutrition générale et de la cellule hépatique, commandée par une excitation nerveuse conlinue, directe ou réflexe, qui doit être le pivot de la thérapeutique rationnelle du diabète; et si quelques doutes pouvaient rester dans l'esprit, ils seraient dissipés par les arguments décisifs que j'ai donnés en 1889, lors de ta discussion sur le diabète à l'Académie de médecine : à savoir, que tout médicament, qui ralentit la nutrition générale et celle du système nerveti.t, diminuf. In i/li/cosurie.
Les médicaments inutiles ou dangereux dans le diabète.
Si ces recherches n'aboutissent pas immédiatement à fixer le traitement du diabète, on peut dire cependant qu'elles montrent la voie dans laquelle on doit marcher. En tout cas, l'idée d'accélérer la nutrition des diabétiques a fait son temps, d'abord parce qu'elle reposai! sur une conception fausse de la maladie, ensuite et surtout parce qu'elle n'a jamais eu pour elle la sanction de la pratique.
Ainsi. Voxyijène n'a rien donné de bon à Jacobs qui l'a expérimenté. Les préparations ferrugineuses, qui stimulent si énergi(|uemenl la nutrition, et qui, d'après nos expériences, augmentent le coeflîcientd'oxydation.ne sont pas des m^^dicaments fondamentaux du diabète et ne doivent être utilisés que suivant des indications particulières. L'essence de térébenthine osonisée,(\\\\ est un oxydant puissant, n'a satisfait personne. L«' permanganate et le chlorate de potasse sont tombés dans un oubli mérité. La strychnine et ses diverses préparations.
Ils
TRAITÉ DE THÉRAPEUTiyiIt: APPLIQUÉE.
qui, loin de niod^-rer l'excilabililC nervfuse, l'activent »^nergî- J quemenf et qui aiigniL'ntent le cot'flicient des oxydations phoB- I phoréeg, ont paiu un instant sur la scène ; mais Dickinsnn, qni les a proposi^es. dc^clare lui-mfme qu'elles sont sans action sur i la glycosurie. V.' électricité , qui agit dans le m^me sens, n'a | plus pour adeptes que de rares spécialistes.
Puisque nous en sommes au\ niédicanietits inutilei faisons tout de suite jusltce des antizymoliques. Ils ont fait ! leur entri^e quand Pavy lança sa thi''orie du ferment morbide J cause de la formation du sucre. Apr^H une pi^riode d'oubli, nous allons les voir n^apparaître, puisque revient sur l'eau Is I thème qui lendail à faire du diabète ime maladie infectieuse; 1 contagieuse, microbienue par conséquent. Je laisse au tenipsl et surtout au sens commun le soin de faire l'oubli sur une telle*! conception; mais, comme son application est éminemmentl dangereuse, je suis forcé de passer en revue les niëdicamenta | qu'elle met en œuvre.
hs. créosote, déjà employée parBernoten IS-it, n'a réussi! ni à Itouchardat, ni à firicsinger. Au désavantage de ne pasJ diminuer la glycosurie, elle joint celui de restreindre l'appéU du diabétique et de fatiguer son estomac. M. Lecorchf peu que les irtjeclioitx sous-ciilaiiéex d'huile irèosotér sont ration^ nellement indiquées chez les diabétiques cacheclisés ou Itt» j berculeux, mais l'on sait ce que vaut la logique en matière (t'indicafion thérapeutique, et l'éminent clinicien n'apporte aucun fait à l'appui de son opinion.
L'acitlff phéinque a eu plus (te vogue que la créosote. Fiirbringer déclare même qu'à la dose de 0*',30 ù ((".HO par jour il fait diminuer la proportion du sucre urinaire. Mais, si les malades rendent moins de sucre, c'est pour deux motifs : d'aboitl, parce que l'acide phénique provoque rapidement chez eux des troubles dyspeptiques et souvent du catarrhe gastrique, qui diminuent l'absorption des aliments: ensuite,-, parce qu'il réduit le nombre des globules rouges et rhémO"! globine dn sang. Voilà, n'esl-il pas vnii, une étrange manitrp de Irailer le diabMe, que d'anémier le diabétique et do trou-
TRAITEMEXT DU DIABÈTE. 119
blcr sa digeslion gastriquo! — Tout ceci s'applique à Vioilo' forme, vantf' par Moleschott, à la teinture d'iode que Scegen administre à la dose de 20 à 30 gouttes par jour, aux sulfites qui auraient guéri un malade de Mancini, et à tant d'autres médicaments, comme le rhloral, le syzigiiim jambulanum ou jambul, etc., qui n'ont gutre à leur actif que les troubles digestifs dont ils ont été la cause.
11 est vrai qu'après avoir voulu tuer des ferments ou des microbes imaginaires, on en est venu, par contre, à supposer que l'administration de certains ferments pourrait aider ù la destruction du sucre, et voici venir la présure (^Gray). la pepsine (Pavy, Richter, Bennett), la levure de bière (Bîrd, Herepath, Baudrimont), le thymus de veau (Ruckoldt), enfin le pancréas en nature ou ses extraits en injections sous-cutanées. Aucune de ces tentatives n'ayant donné de résultats, elles doivent donc être abandonnées.
Quelques-uns ont eu l'idée de provoquer la sortie du sucre par d'autres voies que le rein. C'est ainsi qu'on a conseillé les bains de vapeur sèche (Swinhoc) et les bains turcs (Ooolden), sans penser qu'on accroissait par ces moyens une dénutrition exagérée déjà du fait de la maladie. Lcjaborandi a eu aussi ses rares partisans : pour ma pari, je ne lui ai trouva qui« des inconvénients.
Alors vient l'innombrable liste des ni6dicameuls dont tes noms gisent oubliés et qui no méritent qu'une mention rétrospective : la digitale (Fiirbringer), le copahu et la térébenthine (Schonlein). le cubèbe (Baumgartner), le baume du Pérou (Van Nées), X'huile de pétro/e. le sulfate de cuivre ammoniarul [P. Franck et Berndt), Vurée (Lulk et Rocheux), les acides sulfuriqne (Fraser et Scheiïer), ch/orhi/drigue (Fcslegianno. Martin Solon), phosphorti/ue (Nicolas et Guoudcville, Thornley), le raifort (Fauconneau-Dufresne) . Yalun (Mcad, Dower. Selle, Dreyssig), le tannin (Jarold), la santonine (Séjournet), les émissions sant/uines (Bedinfield, Walt, Muri'ay, Kennedy, etc.), le colchique (Willis, Pulchell), le camjjhre (liasse. Dzoudi. Richter), la teinture de cantharides (Morgan.
120 TRAITÉ DE THÉRAPEUTIQUE APPI-IQUÉE.
Brisbanc, Wrisberg, Schonlein), i'acidi' salieyliqtte. Vactde lactique (Cantani), Yatotale d'urane (Currie), le sucre (Piorry). V aconiline , le calomel (Robinson), Yêlher (Brcra), Vacétate de plomb (Ricliter), le manganèse, le nitrate d'argent, le cuivre métalligtte {Graz/Am). etc., elc. !
Hëgles générales du traitement.
INDICATION a MÉUICAMENTEISES r.ËNËRALES
r.ette rapide revue des médications abandonnées est en-i core une preuve indirecte de l'urgence où l'on se trouve deJ choisir comme guide, dans le traitement du diabMe, le seul J élément certain que nous possédions, c'est-à-dire le trouble I de nutrition, caractérisé, comme je viens de le dire, pari l'exagération de tous les actes de la nutrition générale, avec I suractivité spéciale du foie et du système nerveux. Le fait de J cette suractivité de la cellule hépatique, commandée par une 1 excitation nerveuse directe ou réflexe, doit donc être le point J de départ de la thérapeutique.
Tout médicament qui ralentit, par un procède quelconque, les mutations géni'rales- avec celles du système nerveux aurû beaucoup de chances pour diminuer la glycosurie. Mais eo médicament ne sera capable d'influencer le diahMe que s'il retardaJ les mutations gcl-nérales, par l'intermédiaire de son action pri-j mitive sur le système nerveux, et s'il n'exerce pas sur lesn fonctions de ce système une action suspensive trop énergique. Quant aux moyens qui accélèrent la nutrition, ils doivent être écartés, a priori. En dernier lieu. iV importe de soustraire à f organisme, par un régime approprié, les matériaux avec lesquels celui-ci peut fahrigiter du sucre, tout en privant ainsi la cellule hépiiliqui- il{' son excitant fonctionnel.
TRAITEMIÎNT Dl' DIABÈTE.
Essayons ilc réaliser ces indications on clinisissaiil nn cas type de diabMe et sans nous attarder aux nombreuses distinctions qui ont étfi introduites dans cette maladie. En somme, au point de vue de la clinique thérapeutique, ces distinctions se réduisent à (rois :
1" he diabète pancréatique, contre lequel la thérapeutique a été. jusqu'à ce jour, impuissante et qui n'a même pas bénéficié des injections sotis-cutanées d'extrait de pancréas.
2° Le diabète hépatique ou hépatico-nerveux, où la glycosurie oscille de 100 ft 300 grammes par jour, qui succède aux dépressions brusques ou aux excitations exagérées du système nerveux, que l'on peut atténuer rlaiis la majeure partie des cas et guérir dans quelques-uns.
3" Le diabète, léger, intermittent, goutteux, qui survient chez des individus entachés d'arthritisme héréditaire, atteints de goutte articulaire ou de gravelle. Ce diabète est le plus souvent curable, quand 11 est traité énergiquement à une époque assez rapprochée de son début, Cette troisième variété j>eut, à la rigueur, rentrer dans la précédente, dont elle ne constitue souvent que la première étape.
Au-dessous de ces types fondanieuluuv, il fanl ranger les diabètes aggravés et les diabètes compliqués, qui réclament des interventions parlicntiéres et ofi nous emploierons parfois des médications qui devraient être ropoussées dans les cas de diabète pur. C'est ainsi, par exemple, que lorsqu'un diabétique décline et frise la période cachectique, la médication tonique et stimulante reprend tous ses droits et que la parole revient aux médicaments capables d'accélérer une nutrition f|ui déchoit. Mais j'insiste encore sur ce fait qu'il s'agit alors de diabètes aggravés, dans lesquels l'état de la nutrition est absolument dilTérent de ce que l'on observe dans le diabète à la période d'état, et cela est un argunu'nt de plus à l'appui lie ce principe que l'état de la nutrition est le seul guide à
122 TIIAITK IIE THÉUAPEUTIQUE APPLIQUÉE.
peu jn'ts silr que nous posséclkins puur diriger le traitenieni des diabétiques.
Mais rcvpnons à notre cas type dr diabMc héputiquc.
V hygiène et le régime forment fa base essentielle du traî tement; les actions médicainenleuxen ne viennent qu'en 9fconde ligne.
L'hygiène et le rL-ginie doivent i^tre longtemps continués; J les mi^dicRmcnts ne seront administrés que teniporairemenil et par périodes.
11 faut inculquer au diabétique l'idée que son amélioration/ et sa guérison dépendent de sa persévérance et du soin qu'ilï mettra il se surveiller lui-m(^me, en faisant doser ou en dosaalj d'une fa<;on régulière et méthodique, le sucre de ses urines.
Il devra se peser fréquemment et recourir à son niédecinJ s'il voyait son appétit et son poids diminuer sensiblement.
Enfin, le médecin ne devra prescrire aucun trailemenll médicamenteux, avantd'avoir apprécié les effets du traitemeat] purement hygiénique et alimentaire.
Si le sucre disparaît de l'urine après cette preiniI>Pol épreuve, dont la durée minima sera de quinze jours, on esl g présence d'un diabète curable ou tout au moins très amélin^ rable, avec lequel le sujet pourra fournir une longue carrière, s'il consent à ne jamais se départit- d'une rigoureuse surveillance. Mais, quand bien même le sucre aurait disparu dbs les premiers jours du régime, il importe de ne pas cesser celui-ci brusquement et le diabétique ne doit pas se considérer comme guéri. Il est tenu de ne reprendre qu'avec la plus grande lenteur et avec une extrême circonspection l'usagi* des féculents, puis des fruits et du sucre. 11 ne devra y revenir que lorsque ceux-ci ne seront plus nuisibles, et l'on ne peut le savoir qu'en faisant l'essai de* urines après chaque tentative alimentaire.
Vnici. pur exemple, un diabi^tiquc mis au lY^ginie que nous donnerons tout à l'heure : le sucre disparait des urines et ne reparaît pas pendant quinze jours; alors, le malade prend un peu de pain à ses repas; si le sucre ne se montre pas dans l'urine do la digestion, il continue pendant huit jours, en augmentant Ms légèrement la portion; puis, le sucre étant toujours absent, il essaie de prendre un peu de luit; plus tard des pommes de terre ou tel autre fi>culent, ou un fruit, faisant exactement la recherche du sucre après chaque tentative alimentaire et ne passant à une autre que lorsque cette recherche demeure négative. Si le sucre reparaît après l'ingestion d'un aliment non encore essayé, non seulement on doit le supprimer, mais il faut reprendre aussitdt le régime le plus strict, et recommencer ensuite, comme précédemment, la série des essais alimentaires.
En général, même dans les cas les plus simples, ce retour graduel à l'alimentation normale demande plusieurs mois; c'est à ce prix seulement (|u'on (ihtiiMidra tles guérisons durables.
Mais, après quinze jours du régime d'épreuve, souvent le sucre n'a pas disparu; il s'est abaissé à un point fixe au-dessous duquel il ne parait plus pouvoir descendre. Si le diabète est encore de date récente, il sera néanmoins possible encore de le réduire, en combinant à un rigoureux régime une médication appropriée; toutefois, comme le régime intégral ne saurait être maintenu sans inconvénient pendant trop longtemps, il faudra savoir le manier habilement et le faire alterner avec les actions médicamenteuses, pendant l'emploi desquelles on se restreindra un peu de sa sévérité.
Dans les variétés plus graves encore, ni le régime, ni les mi^dicaments ne sauraient faire disparaiire le sucre, mais ils le maintiennent à un taux minimum, à la condition d'un nsage pour ainsi dire indéfini. !l est évident alors, pour que soit scrupuleusement suivi un régime d'une durée illimitée, que celui-ci ne doit pas être d'une absolue sévérité, d'abord parce que le malaile finirait par s'en dégoûter, et puis parce que
l'absence totale de féculents engendre à la longue des troubles dyspeptiques et accélère la dt^nutriUon azotée déjà si int{.>Dse chez le diabétique. Dans ces conditions, tout en excluant lee sucres et les féculents purs, il est possible de constituer des . régimes à peu près suffisants auxquels le diabétique s'habituera peu à peu et qu'il pourra suivre pendant un temps très i long. Cependant, si la glycosurie subissait toul k coup une I élévation irréductible parles médicaments, il faudrait revenir au régime absolu, qui serait continué jusqu'au moment ofi la glycosurie aurait repris son taux antérieur.
Le diabète des jeunes et le diabète pancrcali'/ue sont peu touchés par le régime, si sévère qu'il soit. J'ai pourtant ob- ! tenu de sérieuses amélioralious avec le traitement type qui 1 sera exposé plus loin, mais ces améliorations survivaient peu I à l'interruption du traitement. L'introduction des corps gras J et de l'huile de foie de morue dans l'alimentation est, dans c»J CHS, d'une inconteistable utilité.
Du régime des diabétiques.
A. — HËnniEN KXCH8IK8
D'abord, repoussons tous les régimes exclusifs, aussi bien le régime lacté absolu que ta diMe carnée de Ontanï. La diète carnêp absolue était peut-être de mise en Italie où Cantani trouva sur 168 diabétiques, 161 qui avaient fait abus d'aliments féculents et sucrés; mais, étant données nos habitudes alimentaires, elle est parfaitement inutile et même dangereuse, car l'on sait, depuis Ebstein, qu'elle expose le diabétique aux accidents que l'on décrit sous le nom iacélonémie. Certes, it est des cas ou ce régime a fait disparaître lr^s rapidement la glycosurie, mais comme l'ont fort bien dit tous les médecins qui ont eu beaucoup de diabétiques à soigner, h il ne faut pas s'attacher à faire disparaître complMoment et trop
THAITEMENT DU DIABÈTE. 123
bmsquctncnt le sucre de l'urine des diabéliqucs >■ (Lecoreht^). Je me souviens à ce propos d'uue dame de soisaote-quinze ans, qui rendait 300 grammes de sucre en 2i heures, chez laquelle la glycosurie disparut après huit jours de régime carné et qui fut prise ensuite d'accès d'asthme si violents qu'elle manqua succomber : ceux-ci ne s'atténuèrent qu'avec ta réapparition du sucre.
Quand au régime lacté absolu, l'enthousiasme de Donkin n'a pas réussi à l'imposer, et il n'est plus utilisé que chez les diabéliques albunimuriques.
B. — ALt:tle^TS DËFEriDrs
Ce sont tous ceux qui contiennent des sucres ou qui on fournissent par leurs transformations, à savoir : le sucre, le miel, les fruits sucrés, tels que raisins, prunes, abricots, pommes, poires, figues, fraises, cerises, groseilles, cassis, framboises, pèches, ananas, marrons, oranges. Les fruits secs, pruneaux, raisins secs, ligues, les confitures, les glaces, les sorbets, les entremets, les pâtisseries. Puis viennent parmi les légumes : les melons, betteraves, carottes, oignons, raves, navets, radis, haricots, pois, lentilles, fèves. On interdira aussi le pain, le riz, le maïs, la fécule de pomme de terre, l'arrow-root. le sagou, le tapioca, la semoule; les pâtes alimentaires : le macaroni, lesnouilles, le vermicelle. Les farines, la chapelure, le caramel, employés dans les sauces ou les potages, participent à cette interdiction.
BOISSONS DÉFEKULES
Les vins mousseux, le vin doux, les vins d'Espagne, de Portugal, de Madère, de Marsala, de Hongrie, le cidre, la bière, les limonades, l'eau de seltz et les eaux très gazeuses, les liqueurs douces, le lait, le cacao et le chocolat.
Pour remplacer le sucre, à la privation duquel les diabétiques ont tant de peine à s'habituer, on a proposé la glydiiiie
126 THAITK UE THIiHAJ'KUTIQUE APPLIQUÉK.
pI la saccharine. Mais, comme le dit fort jusiemenl M. Lecftrchf^. il est plus facile de s'habituor h prendre le caf^ sans »ncrc : qu'additionni^ do glyct'rine. et, d'autre part, la pratique n'a guère juslilif^ les vues tlu'orlques d'après lesquelles Scliultzer proposait son emploi ; aussi, comme sa valeur th<5rapeutique est à peu prts nulle et qu'à la longue elle peut m(>nie causer des troubles dîgeslU's, est-il prëfi^rable de s'en abstenir. (Jiiant à la sacc/ian'up, je la repousse absolument, car. m^me en minime quanliti^-, elle est rapidement nuisible par l'entriivu qu'elle apporte à lu digestion et par ranmexie qu'elle pntvoquc.
11 demeure bien entendu que les inlenlictionn qui procf'dent n'ont rien de strictement absolu. On devra toujours commencer par les formuler pendant la dnri'e du traitement d'épreuve, mais la diSfense sera levée quand l'un quelconque J de ces aliments pourra fitre utilisé, c'est-à-dire quand il ae j provoquera plus le passage du sucre dans l'urine et quand il | n'augmentera pas une glycosurie ramenée à son chifl're irré- j ductiblc. D'un aulre cûlé, Bouchardat a remarqué que chaque J malade avait i. son équation idiosjncrasique pour chaque aliment glyeogénique eu particulier ». Donc, si de sérieuses ana- 1 lyses d'urine démontrent qu'un des aliments défendus est! utilisé par tel diabétique, il n'y a pas lieu don suspendre'] l'usage. C'est là, de la pari du médecin et du malade, une ' all'aire de lad, d'intelligence et d'observation juurnalière.
Le régime doit être combiné de façon à éviter au malade le dégoût, l'anorexie, les troubles digestifs : par conséquent, il sera varié et relativement aussi complet qu'il est possible.
A. Alimentation animale. — Toutes les viandes sont permises; qu'elles soient noires, rouges, blanches, bouillies, grillées, rôties, ou accommodi^es de quelque fai;oii que ce soit. pourvu qu'il n'y ait pas de farine dans les sauces. Permis aussi, les cervelles, ris de veau, rognons, les tripes, la chai--
TRAITKUENT DU DIABÈTE.
cuteric. le boudin, les saucisses, les viandes fumées et salées, le jamboti, le lard, les rillettes. De même, tes poissons, les huîtres maigres, les moules, les escargots, les langoustes, les homards, les crabes, les crevettes, les ôcrevîsses, les grenouilles.
Avec certaines viandes, le besoin de pain se l'ail moins sentir; citons le dindon (II. Cloquet), les poissons à chair blanche. Le foie est le seul aliment animal qui soil interdit. Quaat aux œufs, ils constituent pour le diabt^tique un aliment de choix.
B, Cofps gras. — Comme on supprime les féculents, il est indispensable de les remplacer par des substances capables de les suppléer au moins dans une partie de leur rôle physiologique, d'où l'urgence de l'emploi des corps gras, qui sont encore moins giycogiîniques que les albuminoïdcs. — Parmi ceux-ci, le beurre, la graisse d'oie, le lard, les diverses huiles, les fruitshuileux.lamoellede bœuf, le fromage, la crème, etc. Un diabétique peut prendre par jour, en moyenne, et sous diverses formes, de 130 à 200 grammes de corps gras, qu'il sera pr<^férable d'associer aux autres aliments.
L'huile de foie de morue doit figurer, sur Is table du diabétique, au rang des corps gras alimentaires, à moins d'une absolue répugnance. Il est inutile de dépasser 2 à i cuillerées par jour; mais,avec cette dose, on obtiendra souvent, surtout chez les grands diabétiques, des effets extrêmement utiles. Et quand à la suite du traitement hygiénique et médicamenteux, le sucre reste stationnaire, il suffit quelquefois de 30 ou iO grammes d'huile de foie de morue pour abaisser la glycosurie.
Mais il faudra toujours s'assurer si le diabétique absorbe bien les corps graa qu'il ingfrre, ce qui n'est pas toujours le cas. La meilleure manii^re de le faire, c'est d'examiner souvent les garde-robes. Si celles-ci renferment de la graisse en abondance, on en conclura que l'activité des appareils destinés à la digestion de la graisse est amoindrie, et on modérera son usage.