‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 35 sur 191 · PIQURES ET COUI'LHES · texte numérisé non relu

PIQURES ET COUI'LHES

(l'antisepsie, les lèvres de la plaie détergée et granuleuse seront mises en contact.

Section ooiuplôte diiii 4>r$>^aiio ou d'une portion <roi*'j:an«'.

L'exérèse complète, la séparation nolto d'un organe ou d'une portion d'organe n'est pas toujours pour lui luie cause de mort et une « replantation » rapide peut amener lari-uiiion. La vio reste assurée dans les tissus amputés tant que la cellule possède des matériaux nutritifs emmagasinés. Or, ces substances ne s'écoulent point à la manière du sang après une coupure; elles demeurent dans les espaces interfasciculaires, et, comme k' dit .Martin (1), « cette réserve est suffisante pour entretenir la vie pendant un temps assez long, car, dans le segment détaché, les actes se réduisent à la nutrition, et il est démontré que, si les tissus ont besoin de beaucoup de principes nutiitifs pour fonctionner, il leur en faut très peu pour se nourrir ».

Les phénomènes qui accompagnent une coupure banale donnent la clef de ce qui se passe après les excisions totales: à la suite d'une incision, on observe d'abord, sur les lèvres de la plaie, un léger écoulement sanguin, que suspend bientôt un coagulum dans les ramuscules divisés et dans le réseau capillaire qui en dépend. 11 y a donc là, sur la marge de la solution de continuité, une bande de tissus où le sangne circule pas, et, cependant cette zone invasculaire vit, grâce à ses réserves interstitielles. Pourquoi un nez, un doigt, le pavillon de l'oreille, un copeau musculo-cutané séparé de ses vaisseaux ne pourrait-il, tout comme la lisière de la plaie fraîche, vivre aussi, grâce à ses matériaux nutritifs emmagasinés dans les espaces plasmatiques ? L'observation et l'expérience ont montré qu'il en est ainsi, et l'histoire des greffes, des transplantations et des replantations, en donne la démonstration. Comme l'ont prouvé Dolbeau et Félizet, c'est en elles et autour d'elles que les cellules trouvent assez d'aliments pour ne pas mourir pendant les trois ou quatre jours nécessaires au rétablissement de la circulation.

Georges Martin a réuni dans sa thèse vingt-sept cas de nez replantés avec succès. L'organe, on le comprend, doit être réappliqué le plus tôt possible. Cependant Hoffacker, médecin aux Indes, a suturé des nez trente, trente-cinq, quarante-cinq minutes, une heure même après leur section, et une adhésion immédiate a couronné ses tentatives. Le soldat dont l'histoire fit, au siècle dernier, accuser Garengeot de mensonge, n'eut son nez greffé qu'après un délai assez long : il voulut d'abord poursuivre son adversaire, puis il dut rechercher l'organe souillé de boue et qu'il fallut nettoyer. — On ne compte plus les doigts coupés et suturés; mais la réussite dépend de la région détachée : la pulpe reprend presque toujours, et nous avons obtenu un succès sur un homme de plus de soixante ans, bien que le bout du doigt eût été écrasé et arrachée par la

(1) .Martin, De la durée de vitalité des tissus. T/ièse de Paris, 1873.

portière d'une voiture, et que la réapplication n'eût été faite qu'au bout d'une demi-heure.

La vitalité est si grande au niveau de la phalangette que la réunion immédiate est la règle; elle devient rare lorsque la section porte sur la deuxième phalange, et il n'y a pas d'exemple indiscutable de réussite lorsque la première phalange est coupée, et le doigt complètement séparé. Mais si la section n'est pas absolue, si un isthme vasculaire, même étroit, persiste encore, le succès est probable, et il faut pratiquer la suture. Paul Bert a insisté sur l'importance de ce pédicule: quelque mince qu'il soit, il suffit pour assurer la reprise. Le pavillon de l'oreille, les copeaux musculo-cutanés bien nourris seront aussi replantés et suturés. Le principe est formel; mais on n'oubliera pas que la promptitude est la condition majeure du succès. On suturera le plus tôt possible ; d'autre part, comme on ne risque qu'un échec, on se rappellera la réussite » inespérée de greffes tardives, et, bien que mandé tard, on tentera la réunion, quand même une, deux ou trois heures se seraient écoulées depuis l'accident.

Avant de replanter l'organe, on en fera la toilette; il sera débarrassé des corps étrangers qui le souillent, des franges, des parties mâchées et confuses ; les lavages à l'eau simple sont insuffisants et nuisibles, et l'on se servira de solutions boriquées tiédes. Les surfaces de section, nettoyées et aseptiques, seront juxtaposées avec le plus grand soin, suturées exactement, saupoudrées d'iodoforme, protégées et soutenues par un pansement occlusif et compressif, qui maintiendra la plaie au repos dans une atmosphère chaude et régulière. On laissera les choses en l'état huit ou dix jours, jusqu'à cicatrisation complète, à moins que des gonflements, de la douleur, des battements dans la région, ne fassent craindre une inflammation locale.

Parfois, au cours de la cicatrisation, on constate quelques troubles trophiques de l'organe greffé: l'épidémie prend une teinte brune, se flétrit et tombe; de petites phlyctènes apparaissent; mais une couche cornée nouvelle ne tarde pas à se reformer. Cependant on a vu les tissus réappliqués se décolorer, s'amaigrir et s'atrophier; la sensibilité y est nulle et engourdie. Au doigt, il y a des ankyloses, des réunions tendineuses imparfaites et les mouvements sont compromis. Malgré tout, cet organe imparfait peut rendre des services, et il demeure indiqué de conserver la partie coupée, du moins quand la section est nette. Lorsque la plaie est contuse, lorsque les tissus sont mâchés, peu vivants, la greffe devient précaire; encore, depuis l'antisepsie, réussit-on où l'échec était autrefois de règle, et il faut une attrition très profonde pour qu'un bout de doigt, par exemple, n'adhère pas après suture.

Page 1