CONTUSIONS
Les contusions ont une thérapeutique fort différente. Ici en effet, comme ledit Verneuil, « la diérèse est produite par pression, et s'accompagne,
CONTUSIONS ET l'LAIES CONTUSIiS. l"u
au point It-sé, (l'allrition des éluments aiiutorniciues ». La zone mortitiée et la zone stupéliée ont une étendue souvent fort grande : dans les cas où l'altrition est grande et les risques d'infection considérables, non seulement la réunion immédiate ne saurait être tentée, mais encore il faudra, dans l'exérèse des parties sphacélées, ne pas trop compter sur des tissus d'apparence saine et prévoir des lésions cachées au delà des dégâts tangibles et visibles.
Toute contusion crée un fuyer traumatique qui tantôt est recouvert par une peau presque intacte — c'est la contusion interslitielle, la contusion proprement dite^ — et tantôt communique soit avec l'air extérieur, soit avec une cavité séreuse ou muqueuse : dans le premier cas, nous avons la contusion exposée externe de Verneuil, ou plaie contuse des auteurs, et, dans le second, la contusion exposée interne. Cette distinction est capitale, car les contusions exposées réclament la plus scrupuleuse antisepsie et toutes les ressources des pansements nouveaux, tandis que la contusion interstitielle, à l'abri du contact des germes, marche d'ordinaire vers une guérison spontanée ; le sang, les débris de tissus se résorbent, les parois du foyer traumatique se rapprochent et se cicatrisent.
La contusion interstitielle la plus simple est constituée par une infiltration sanguine dans les mailles du tissu cellulaire ou dans la trame de la peau, une ecchymose dont la résorption est rapide. Des lotions à l'eau blanche, le repos de la région frappée, une douce compression par des lames d'ouate, l'expectation même, et l'on voit la tache noire suivre ses phases de décoloration, virer au violet, au bleu, au vert et au jaune, jusqu'à disparation totale. Mais, lorsque des vaisseaux d'assez fort calibre ont versé dans le] tissu cellulaire une certaine quantité de sang amassé en foyer circonscrit et fluctuant, lorsqu'il y a bosse sanguine, aux lotions astringentes on ajoute la compression, qui favorise la dissémination et l'absorption du liquide extravasé, mis en rapport avec des surfaces plus larges : c'est ainsi que, pour les bosses sanguines si fréquentes au front et sous le cuir chevelu des enfants, la compression avec une pièce de monnaie, classique chez les bonnes et chez les nourrices, mérite d'être conservée.
Le massage méthodique ou l'écrasement brusque de la tumeur et le refoulement énergique de son contenu dans les mailles du tissu cellulaire, à la manirre de Champion, de Bar-le-Duc, a joui d'une longue vogue, et, de fait, on a guéri parce procédé un certain nombre de bosses sanguines ; mais, outre qu'il échoue souvent, il est brutal, et on l'a vu provoquer des phlegmons difl'us : nous conseillons plutôt la compression, dont l'efficacité est indiscutable. Elle doit être lente, progressive, modérée, mais continue ; pour l'obtenir, on se sert de l'ouate maintenue et tassée par des bandes de flanelle ou de toile, et soutenue au besoin par des appareils plâtrés ou silicates. Maintenant qu'on sait mieux manier le caoutchouc, on peut arriver à des résultats plus rapides avec la bande élastique ; mais il faut une extrême prudence, et, dans des mains malhabiles, des œdèmes énormes, l'arrêt de la circulation dans un segment du membre, la
gangrène, ont été la conséquence d'une striction trop énergique. Une étroite surveillance est nécessaire, et la bande élastique doit être enlevée aussitôt qu'elle provoque chez le blessé la plus légère souffrance.
Le pansement ouaté retrouve ses indications lorsque le foyer traumatique est énorme, recouvert d'une peau altérée, et si un sphacèle étendu est à craindre : les douleurs s'atténuent vite et s'effacent sous cette compression et cette chaleur constante ; la stupeur locale se dissipe, l'œdème disparait, les complications inflammatoires sont prévues. Si Tattrition est trop intense, on trouve, en enlevant le premier pansement, quelques placards mortifiés, mais sans réaction voisine, sans fusée purulente, et le sphacèle demeure aseptique.
Pourtant la compression ne suffît point dans tous les cas. Si des épanchements volumineux subissent parfois une rapide résorption, on peut observer au contraire la persistance d'extravasats abondants. Verneuil (1) parle d'un épanchement qui soulevait le grand-pectoral, et tel qu'on aurait pu mesurer dix centimètres entre la peau et la paroi costale : or, le lendemain, il avait disparu. On a cité des faits semblables à la tête, aux fesses, dans la région des lombes. Il est, par contre, des collections sanguines dont la guérison ne s'obtient pas aisément: leurs parois se doublent de couches fibrineuses, des caillots s'organisent, et, au lieu d'une tumeur fluctuante, on trouve une masse indurée d'un diagnostic difficile. Cette transformation s'observe souvent lorsque l 'épanchement se fait dans une séreuse, « plus apte, dit Trélat, à sécréter qu'à absorber ». La cavité prérotulienne a le privilège de ceshygromas hématiques, et Velpeau, Denonvilliers, Cruveilhier, en avaient recueilli de nombreux exemples. Pareilles métamorphoses se constatent encore sous la peau, lorsque le sang est limité dans la profondeur par une aponévrose, un plan fibreux peu vasculaire et, partant, doué de médiocres propriétés absorbantes; Pelletan, Voillemier, Morel-Lavallée, ont été frappés de la durée des épanchements plaqués contre le fascia lata, à la région antéro-externe de la cuisse.
D'autres fois, le sang reste liquide ; mais il n'a, malgré sa fluidité, aucune tendance à la résorption. C'est le cas des hématomes des régions à tissu cellulaire dense : à la paume delà main et sous la voûte plantaire, on voit des tumeurs sanguines rester réfractaires à la compression et nécessiter une évacuation. Il faut rapprocher de ces collections les épanchements traumatiques de sérosité : la peau, privée de ses vaisseaux, rompus par décollement, glissement, étirement, devient aussi peu absorbante que le plan profond, une aponévrose épaisse et peu vasculaire. La douzième observation du mémoire de Morel-Lavallée montre une tumeur qui diminue pendant les six premières semaines, puis elle reste stationnaire, et l'était encore au bout du troisième mois; Pelletan attendit vainement deux mois la résolution d'un de ces épanchements ; et nous-même en avons vu, chez un vigoureux cuirassier, persister plus de sept semaines : il fallut l'évacuer.
Ces tumeurs stationnaires, dures ou fluctuantes, exigent une thérapeu-
(l) Verneuii., T/tése de Jalabert, p. 29, 18G0.